Les Sources, du P. Gratry, t. I
sophie allemande <|u'il s'adonna surtout. Le matin, cl une grande partie du jour, il lirait, cherchait à démêler la pensée des maîtres; et vers I»1 soir il se rendait auprès de son guide. Tous Les deux discutaient, se communiquaient leurs impressions communes, échangeaient leurs vues, si bien qu'à la lin, l'élève devint un véritable « allié intellectuel » pour son maître. Et, de cette recherche passionnée de la vérité longtemps continuée sous La direction d'un esprit supérieur et généreux, Tonnelle sortit plus convaincu que jamais de L'importance de la vie. N'était-elle pas la préparation plus ou moins Longue de L'état futur?
Mais à L'enjouement de sa nature, à son abord charmant qui semblait annoncer la joie de vivre, à le voir profiter simplement mais naturellement de toutes les jouissances de luxe que lui permettait sa fortune, on n*eût jamais deviné quel détachement profond de la vie se cachait sons ces dehors de gaieté. Il était tourmenté, envahi plutôt par la pensée de L'infini; la conviction qu'il fallait être prêt toujours à quitter son rôle pour se présenter à Dieu ne L'abandonnait jamais, et cette façon de cheminer toujours côte-à-côte avec la mort ne l'attristait pas. Ces réflexions Laissaient plutôt dans sa pensée comme une traînée lumineuse dejoie et d'espérance.
« Misérable cœur, qui souffre cruellement du changement et du passage des choses, écrivait-il,
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el qui ne saurait \ ivre sans ch el lan
haiter <l<i passer d'une chose .1 l'autre. Il souhaite retenir, el il souhaite échanger. Il souhaite demeurer, '■! il souhaite avancer. C'est ce sentiment qui fail demander a Paust, dans sa magnifique invocation, un coucher de soleil perpétuel, el non pas un midi perpétuel. El quelle es! la source de cette contradiction de notre nature, sinon qu'aucun «1rs biens que nous poursuivons ici-bas n'est digne ni capable de combler nos besoins infinis, el qu'à la longue ils ne peuvenl plus les satisfaire, mais s'usent cl éveillent le dégoûl ? Nous désirons rester el garder, parer que nous sentons que nous sommes faits pour l'immuable el I»' permanent : nous désirons changer et avancer parce que n< éprouvons que rien de ce qm- nous possédons el rien de ce que nous atteignons ici est encore le lien immuable de noire repos {. »
Lui, comme beaucoup, en effet, u il a ressenti ce sentiment d'inquiétude qui pousse toujours le cœur humain à désirer mieux qu'il n'a, et, dès que son désir est satisfait, à chercher plus haut ou simplement ailleurs ».
Mais sa pensée bien que sérieuse restait sereine : il fuyait avec soin ce qu'en un mauvais jour il avait appelé « les long- dégoûts d'ici-bas .11 respectait le repos et le calme de son for intérieur.