V. IIm.d
L'histoire consacrera un jour une ligne de compassion au prince Louis-Napoléon, Bis de l'empereur Napoléon III cl de L'impératrice Eugénie, morl quand il commençai! à vivre, ayanl devanl lui l'avenir immense et joyeux. Elle se prendra de pitié, un moment, «levant celte tombe juvénile,
connue elle s'esl émue devanl d'autres cercueils,
de même (aille, qui avaient enseveli, eux aussi, bien des espérances cl bien des fidélités. Elle a pleuré sur François II, ce roi (rime heure, marié un instant à la plus jolie reine d'Europe et succombant sans laisser de sillage sur les vagues du temps; clic a pleuré sur la morl native du duc de Bourgogne, sur le prince à l'âme bautequi disparut brusquement dans cette tourmente où sombrèrent en quelques semaines tous les descendants de Louis XIV, Le grand orgueilleux. Elle a
S \ il.- CLOSBfl
pleuré sur Louis XVII. l'enfanl martyr; elle s'esl attendrie sur le roi de Rome, né dans I apothéo morl en exil, sans que rien de la gloire paternelle ail rejailli sur lui. Elle se rappellera aussi ces mots vraiment saisissants que Napoléon 1 1 1. un - sur, n'avait pu s'empôcher de prononcer, mémea cette heure d'ivresse Inoubliable où tous lea grands corps de l'Etal venaienl le féliciter, lui, l'empereur, (ravoir donné un prince à la France :
« Les acclamations unanimes qui entourent ce berceau ue m'empêcheni pas de réfléchir sur la destinée de ceux qui ><>ut nés dans le même pays cl dans des circonstances analogue-. J'espère que le sort de cet enfant sera plus heureux. »
Quel serait-il ce sort mystérieux que tout faisait présager si enviable? Pendant quatorze ans, l'enfant impérial vécut aux Tuileries, élevé sévèrement, très surveillé par sa mère qui lui avait inculqué une piété rare, accompagnant parfois son père au camp de Chàlons, et charmant tout son entourage par sa jolie grâce enfantine. Certes, les anecdotes sont nombreuses sur cette phase de l'existence du prince, mais elles sont peu significatives : ceux qui les racontent ont été «les courtisans on des indifférents. Le temps d'épreuve et d'amertume qui approchait allait singulièrement mûrir l'enfant de quatorze ans, jusqu'alors acclamé par le pays, et faire de lui un homme d'une véritable élévation morale,
LOI IS > kPOLÉON
Ed L870, il accompagna son prie à l'armée : il reçut le baptême du feu à Sarrebruck et écrivait le lendemain une lettre enflammée à M. Filon. Il ue supposait pas que cette halle ramassée sur le champ de bataille, sous le coup d'un enthousiasme naïf, allait se retourner contre lui pour le faire longtemps souffrir el déciderde sa morl peut-être. N'est-ce pas à la lassitude des sarcasmes les plus Injustes, «les injures les plus lâches et les plus basses <ju il céda un jour, quand il partit tout à coup pour l'Afrique lointaine, où l'aïeul avait agonisé si longtemps, ei où lui, le petit neveu allait mourir si vite?
Après le i septembre, il passa en Belgique ei ><i rendH ensuite en Angleterre, où il lui rejoint par l'impératrice. La vie sérieuse recommença plus sérieuse encore que jadis, ei dans un entourage où tout n'était que regrets et tristesse accablée. En 1872, il entrait à l'Académie de Woolwich pour y apprendre un peu ce métier militaire qu'il aimait d'instinct, et dont les parades avaient ébloui sa première jeunesse.
La mort de l'Empereur en 1873, la majoritéproclamée le 16 mars 1874, firent sortir le jeune prince de l'obscurité et de L'ombre dans Lesquelles il avait vécu jusqu'alors. Mon courageet ma vie appartiennent à la France », disait-il alors dans son premier discours.
Il passait brillamment en février 1 s 7 5 , ses exa-
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mens de sortie de L'école de Woolwich, Il s .1 sur le séjour du Prince b cette école un témoi§ n peu suspect, celui d'un <l<- ses professeurs, Th dore Karcher, un ancien proscrit de l'empire, l'ancien collaborateur el l'ami de Gambetta, din teur de la Petite République, et, plus tard, du Globe. Au sorti c »! 11 premiercours, le Prince s'étail approché de son maître, un de ses ad versai Irréconciliables cependant, et s'était présenté a lui avec ces mots :
« Nous ne sommes ici <jue deux Français comme vous, Monsieur, je suis exilé de ma patrie !... »
« Le prince, disait Karcher toujours impartial. avait ce qu'on est convenu d'appeler une intelligence au-dessus de la moyenne ; ses vue- étaient hautes, sa conception facile, son impressionnabilité extrême... Avais-je. disait-il, à traiter dans un cours un sujet touchant à l'histoire contemporaine, il croisait les hras, plongeait pour ainsi dire dans mes yeux; la tête légèrement penchée sur L'épaule droite, il ne me quittait pas du regard pendant toute la leçon. C'était le regard velouté. fixe et pénétrant de sa mère... »
Les notes de classement qu'il obtint à la sortie de l'école lui sont personnelles, et Karcher affirmait que le Prince ne fut jamais l'objet dune mesure quelconque de favoritisme ou de partialité.
Les habitudes de labeur allaient continuer, car