LOUIS NAPOLÉON
il avait pris au sérieux son métier de prince. Pénétré de sa mission, il se préparait a l'avenir e1 ne se contentait pas seulement d'attendre les événements dans L'inaction. Ses lettres au cardinal de Bonnechose, ses travaux en collaboration avee Pidus prouvent <pfil s'intéressait aux questions
les pins diverses et les pins étendues.
Son existence était sévère : les distractions étaient rares; il n'en était que plus mûr d'intelligence et plus ferme de principes. Il vivait dans une réserve très Rère, ne pouvant ou ne voulant mener le train qu'eussent exigé son nom et sa situation. Il allait parfois à la cour d'Angleterre, où la famille royale le traitait avec une considération plus qu'affectueuse; la haute société de Londres le respectait et s'inclinait devant lui; il voyageait aussi on séjournai! àArenenberg. En L878 il entreprit une suite de visites dans les cours de Copenhague et de Stockholm : il fut traité en
souverain et laissa dans les deux pays les souvenirs les pins durables. Le roi de Suède avait pris en affection ce jeune homme d'une droiture extrême qui possédait, paraît-il, à un si haut point, l'art de se conduire dans le monde, et avait, avec une aisance et une distinction suprêmes, le Becret de ne rebuter personne. Vu grand instinct de bienve illance et de générosité présidait à ses démarches : il tenait à honneur de demeurer fidèle à ses amitiés. Que de laits en témoignent! Ceux qui l'ont
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beaucoup approché rapportent i|n il était d'une audace ei d'une témérité bien viriles : il avait Pin conscience et l<i mépris d u danger : une chevaleresque très française émanait de - 1 i sonne et deses actes, et deux idylles royales, diton, furent ébauchées à Londres et a Copenhague, car Louis-Napoléon plaisait où il passait.
Ses sentiments religieux étaienl demeurés profonds : il suffit, pour s'en convaincre, de lire l'admirable prière retrouvée dans son missel. On dirait un feuillet ajouté a certains chapitres un peu désolés de Y Imita/ion . On y -<>nt un<* résignation presque douloureuse. La résignation n'est-elle pas quelquefois une des formes de la désespérance? Quand on y songe, les motifs de décou gement ne lui manquaient pas, et l'exil lui pesait comme en ce siècle de liberté «il a pesé sur tant d'Ames hautes et indépendantes. Le vide d<- sa vie l'accablait; il ne voulait pas. disait-il. s'étioler dans l'inaction comme le duc de Reichstadt. Les grands souvenirs du premier de sa race l'obsédaient et il ne pouvait, sans souffrance, song qu'un Napoléon vécût dans l'oisiveté. Son regard et soncœur étaient fixés sans cesse vers la France, dont la nostalgie ne le quittait pas. Il voulait imposer silence à toute rette presse qui, sans pitié pour l'infortune de sa jeunesse, le harcelait de propos blessants ou grossiers. Il réfléchit longuement sur la conduite à tenir et pensa que la seule
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manière, pour un descendant «lu vainqueur de Marengo, d'occuper ses loisirs étaii «I»1 partir à L'armée.
Une fois sa résolution prise, rien ne put l'ébranler, ni les Instances de sa mère, ni les supplications de ses partisans, ni les prières «In roi de Suède, qui, jusqu'au dernier instant, par des dépêches
répétées, lui expliquai! la folie du départ; il n'enl p;is une minute d'attendrissemenl ; il supposait qu'il accomplissait un devoir el qu'il devait, avant tout, gagner par des actes, à force de bravoure, la confiance et l'estime de son pays.
« Depuis Longtemps, écrivait-il à un général français, le 25 février L879 ', j'ai le désir de sorlir de l'ombre où je vis en Angleterre, car, pour entraîner tout un pays à sa suite, il faut avoir donné des preuves d'initiative et d'énergie... Ma résolution n'a pas été prise à la légère* j'ai pesé les conséquences de mon départ. Rien 1e1 nie retient (Mi Europe, l;i situation politique de la France exige L'abstention et le recueillement, et je lr«<uverai là-bas, dans les rudes épreuves de la guerre,