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Les Vies Des Hommes Illustres Grecs Et Romains

pressée que claire, polie ou aisée, qui est propre à Plutarque » ; car « l'office d'un propre traduaeur ne gist pas seulement à rendre fidèlement la sentence de son auteur, mais aussi à représenter aucunement et à adombrer la forme du style et manière de parler d'iceluy ».

Quoi qu'il en soit, ce n'est plus aujourd'hui dans l'interprétation d'Amyot que nous allons chercher la pensée, ou, comme le disait I Montaigne « l'imagination vraie de Plutarque. » Mais nous lisons Amyot, comme nous ferions un écrivain original : il appartient à la littérature française.

Montaigne en faisait son bréviaire ; il y revient presque à chaque page de ses Essais, pour le citer ou pour le commenter ; il en goûtait « la naïveté et pureté de langage. » C'était encore l'avis de Vaugelas qui tenait Amyot pour avoir su mieux que personne « le génie et le caractère de notre langue ». « Bien que nous ayons retranché, disait-il, la moitié de ses phrases et de ses mots, nous ne laissons pas de trouver dans l'autre moitié presque toutes les richesses dont nous nous vantons et dont nous > faisons parade »'. Vaugelas considérait Amyot comme le meilleur prosateur du xvie siècle; cette admiration serait plus qu'excessive, s'il fallait y voir l'exclusion d'écrivains tels que Rabelais et Montaigne ; mais Vaugelas pensait à la langue plus qu'au style, et d'ailleurs le style même d'Amyot, toujours égal et soutenu, était bien fait pour plaire aux honnêtes gens du xvii« siècle.

Q.uant à ces richesses verbales, d'autres qu' Amyot pouvaient les revendiquer, du moins pour une partie. Sans parler de Rabelais, des érudits, comme Estienne Dolet*, avaient déjà fait entrer, par le moyen des traductions, une foule de mots « savants » dans notre langue littéraire. Mais c'est le fonds populaire qui fait peutêtre l'étoffe solide du français d'Amyot ; c'est ce qu'a remarqué un contemporain, Antoine Du Verdier : « il a la vertu qui est

1. Remarques sur la langue françoise, édit. Chassang, t. I, p. 57.

2. Traduction des Epistres familières de Cicéxon, 1542. V. sar cette histoire F. Brunot, Histoire de la langue et delà litt. fr, (Petit de Julleville), t. m, p. 829 et suiv.

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