‹ Les Vies Des Hommes Illustres Grecs Et RomainsChapitre 13 sur 43 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

se forme en son entendement y en considérant meurement Testât du monde qui a esté par le passé, et observant diligemment par quelles hix, quelles mœurs et quelle discipline les empires, royaumes et seigneuries se sont

5 jadis premièrement establies, et depuis maintenues et grandies, ou au contraire changées, diminuées et perdues. Aussi lit on qu'Alexander Severus très sage et vertueux empereur de Rome, toutes et quantes fois qu'il avoit à délibérer de quelque chose de conséquence, tant au faict de

lo la guerre que de gouvernement, appelhnt tousjours ceulx qui estoyent renomme:(^ de sçauoir bien les histoires. Je sçay bien toutefois quil y en a qui insisteront alencontre, en soustenant que ceste lecture des histoires ne sçauroit que bien peu, ou rien du tout, servir à Vacquisitùm de

15 prudence, veu quelle gist en action, et que cest expérience réelle et actuelle qui V engendre, quand V homme remarque bien et retient fermement ce quil a veu à V(eil, et qu'il a expérimenté de faict, suyvant ce que dit V ancien poète Afranius :

20 « Prudence suis, Vsage est le mien père, « Qui m'engendra en Mémoire ma mère; »

et ce qu'entendoit le philosophe qui dit que la main estoit Vinstrument de sapience : au moyen de quoy (disent-ili) ceulx qui parlent de matières de gouverne-

25 ment et d' affaires d' estât, mesmement de ceulx de Id guerre, par livres^ en parlent comme clercs d'armes, ainsi que dit le proverbe François, rapportant à celuy des Grecs, qui appellent un pilote par livre celuy qui na pas seure et certaine cognoissance des choses dont il parle,

30 voulans dire qu'il ne se fault pas fier à Vintelligence

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