‹ Les Vies Des Hommes Illustres Grecs Et RomainsChapitre 42 sur 43 · ET FABIUS · texte numérisé non relu

ET FABIUS

aussi que Ion ne sçauroit alléguer un tel acte de Pericles, comme fut celuy de Fabius quand il recourut Minutius des mains de Hannibal, et préserva une armée toute entière de Romains : qui fut sans point de doubte un faict 5 digne de grande gloire, comme procédant de prouesse, sagesse et bonté tout ensemble : mais aussi ne feit onques Pericles un tel erreur, comme feit Fabius, quand il fut affiné et abusé par la ruse des bœufs de Hannibal, ayant trouvé son ennemy, qui par cas d'adventure s'estoit de

10 luy mesme enfermé dedans le destroit d'une vallée, et l'ayant laissé eschapper la nuict par subtilité, et le jour par force : car il fut prévenu par trop dilayer, et batu par celuy qu'il tenoit enfermé. Et s'il fault qu'un bon capitaine non seulement use bien de ce qu'il a présent en

15 main, mais aussi qu'il juge sagement de ce qui est à advenir : la guerre des Athéniens se termina tout en la mesme sorte que Pericles leur avoit prédit : car par ambition de vouloir trop embrasser, ilz perdirent leur estât : et au contraire, les Romains ayans envoyé Scipion en Afrique

20 pour y faire la guerre aux Cartaginois, gaignerent tout ce qu'ilz voulurent, ayant leur capitaine vaincu, non par fortune, mais par vaillance et par prouesse leurs ennemis : de manière que le bon jugement de l'un est tesmoigné par la ruine de son pais, et l'erreur de l'autre adveré par

25 l'heureux événement de ce qu'il avoit voulu empescher. Or est-ce faulte pareille à un capitaine de tumber en un inconvénient non attendu ne preveu, que par deffiance faillir à embrasser l'occasion de faire un grand exploit quand elle se présente : car mesme default d'expérience

jo engendre témérité à l'un, et oste l'asseurance à l'autre. Voila quant à leurs faicts de guerre.

15 D : i avenir — 24 D : avéré r. /r. tnod. — Atnyoty L 8

III. Et quant aux actes de gouvernement civil, c'est un grand reproche à Pericles d'avoir esté autheur de la guerre : car on tient que luy seul en fut cause, en s'aheurtant à ne vouloir point que Ion cedast pour peu que ce S fust, aux Lacedsmoniens : toutefois il m'est advis que Fabius Maximus ne céda luy mesroe non plus aux Cartaginois, ains se présenta hardiement et courageusement à tout danger pour maintenir contre eulx l'empire de son pais. Mais la debonaireté et clémence que Fabius monstra

10 envers Minutius, condamne fort les brigues et menées de Pericles à rencontre de Cimon et de Thucydides, tous deux gens de bien et d'honneur et tenans le party de la noblesse, qu'il feil chasser de la ville et les bannir à certain temps. Aussi estoit l'authorité et la puissance de

1$ Pericles en sa chose publique plus grande, moyenant laquelle il empescha qu'il n'y eust de son temps aucun capitaine qui executast sa folie et sa témérité au dommage du public, excepté Tolmides seul qui luy eschappa, et malgré luy s'alla aheurter contre les Bœotiens, ou il

20 demoura : car tous les autres au demourant luy adhérèrent, et se rengerent à sa voulunté pour la grandeur de son authorité ; là ou Fabius, encore que quant à luy il ne feist point de faulte, et qu'il allast seurement en besongne, si est-ce que pour n'avoir pas esté assez fort pour empes-

2$ cher les autres de faillir, semble avoir esté en ce regard défectueux : car les Romains ne feussent pas tumbez en tant de calamitez, s'il eust eu autant d'authorité à Rome, comme Pericles en avoit à Athènes. Et quant à la libéralité, l'un la monstra en ne voulant point accepter l'argent

30 qu'on luy présenta, et l'autre en en donnant à ceulx qui en avoyent besoing, et racheptant ses citoyens qui estoyent

4 A : que Ion cedast un pea aux Lacedaemoniens

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