VIII PREFACE
leurs enfansy ainsi que Ion a peu voir de nostre temps par l'exemple des barbares habitans es terres neufves Occidentales y qui sans conservent aucunes lettres avoyent la cognoissance des choses cuivenues bien huit cents ans aupa- 5 ravant. Je laisse semblablement à déduire que c'est la plus seure garde et le plus durable monument que les hommes puissent laisser de leurs faicts en ce monde y pour consacrer leur nom à l'immortalité : car il n'y a ny statues^ ny trophées de marbre, ny arcs de triomphe, ny coulomnes,
lo ny sépultures magnifiques, qui puissent combatre la durée d^une histoire éloquente, accomplie des qualite:(^ qu'elle doit avoir. Aussi peu me veux-je arrester à peser que elle a je ne sçay quoy de vénérable, en ce quelle fait profession de dire tousjours vérité, et en ce que son propre subject est
is de traitter de toutes les plus hautes et plus grandes choses qui se facent en ce monde, pour ce qu'il me semble que l'uti-lité grande, qui est, comme dit Horace, presque la mère de justice et d^ équité, la recommande tant, qu'il n'est ja besoing de luy chercher d'ailleurs authorité ny ornement
20 de dignité. Car c'est une règle et instruction certaine, qui par exemples dupasse nous enseigne à juger drrpresent, et à prévoir V advenir, afin que nous sçachions ce que nous devons suyvre ou appeter, et qu'il nous faut fuir et éviter. C'est unepeincture qui nous met devant les yeux, ne plus
25 ne moins qu'en un tableau, les choses dignes de mémoire, qu'anciennement ontfaictes les puissants peuples, les roys et princes magnanimes, les sages gouverneurs et vaillans capitaines et personnes marquées de quelque notable qualité, nous représentant les mœurs des nations estrangeres,
30 les loix et coustumes anciennes, les desseings des hommes
9 Â et D : coulonnes