D : M. D. LVIII
AVX LECTEVRS
La lecture des livres qui apportent seulement une vaine et oiseuse délectation aux lisans, est à bon droici réprouvée des hommes sages et de grave jugement ^ et ulle $ qui profite aussi simplement ^ sans faire aimer le profit quelle apporte^ et addoucir la peine que Ion prend à le recueillir^ par quelque allechement de plaisir y semble un peu trop austère au goust de plusieurs délicats entendemens y qui pour ce défaut ne s'y peuvent arrester longue-
lo ment. Mais celle quiplaist etprofite, qui délecte et instruit ensemble, a tout ce que Ion sçauroit désirer, pour estre universellement aimée, receuë et estimée de toute manière de gens, suyvant le commun dire du poète Horace : « Qui le plaisir à V utilité joinct
15 m En ses escripts, le gaigne de tout poinct :
et fait mieuls ces deux effects, F un pour V amour de Vautre réciproquement, en profitant plus Sautant qu'elle délecte, et délectant davantage d'autant quelle profite, Ceste louange à mon ctdvis est deuë proprement, ou principaU-
20 ment plus qu'à nulle autre, à la lecture des histoires, comme à celle ou il y a plus d'honeste plaisir conjoinct avec utilité, et qui a plus d'efficace pour ensemble plaire et profiter, resjouîr et enseigner, que nulle autre sorte Sescripture ne d'invention humaine. A raison dequoy il
25 sembleroit aussi convenable d'advouer que les hommes sont autant ou plus oblige:^ aux bons esprits, qui ont mérité le nom d'historiens par leurs sages escripts, quil:(^
nŒFACE Tir
ne sont à nulle autre manière de lettres -* potÊramtamt qu£ V histoire est une narration ordoima des chises fsutabùs, dictes, f dictes, ou advenues par le passé, pour en ccmserver la souvenance à perpétuité, et en servir éfinstruc'
5 tion à la postérité. Et tout ainsi comme la mémoire est le trésor de F entendement de Fbomme, sans laqiulle les actions des autres deux parties demeurerojent imparfaictes et presque inutiles : aussi se peut-il dire que F histoire est à laverité le trésor de la vie humaine, qui préserve de la
lo mort d'oubliance lesfaicts et dicts memcrables des hommes, et les adventures merveilleuses, et cas estranges, que produit la longue suitte du temps. Cest pourquoy le sage Platon veut quelle ait esté appelée histoire*, pource quelle arreste le flux de nostre mémoire, qui autrement
15 auroit trop peu de durée et de tenue: et peut on à ula recognoistre combien nous luy sommes oblige:^, si nous imaginons seulement en quelle horreur de ténèbres, et quelle fondrière d'ignorance bestiale et pestilente nous serions abysme^, si la souvenance de tout ce qui s'estfaict, ou qui
20 est advenu avant que nous fussions ne:(^, estoit entièrement abolie et esteincte. fe veux doncques laisser à part Texullence et la dignité de la chose en soy, veu que non seulement elle est plus ancienne que toute autre espèce ffescripture qui onques ait esté au monde, mais aussi quelle a
25 eu cours entre les hommes, avant que F usage des lettres mesmes yfust : pource que lors les vivans laissoyent à leurs successeurs la mémoire des choses passées en chansons qu'il:(^faisoyent apprendre par cueur de main à main à
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7 A : imperfaictes