SAINT PAUL LE SIMPLE
Saint Paul, surnommé le Simple, parce qu'il était exempt de toute malice, et avait naturellement une grande simplicité, fut un des plus célèbres disciples de saint Antoine, et même le plus an-
1 Ruiin, Pallade.
cien, ainsi qu'il est marqué dans la vie de sainte Thaïs pénitente. Il embrassa fort tard la vie monastique, ayant vécu dans le mariage jusqu'à l'âge de soixante ans ou environ, dans un village de la Thébaïde, où il faisait le métier de laboureur.
La mauvaise conduite de sa femme le détermina à se retirer dans la solitude. Après avoir erré huit jours dans le désert, il arriva au lieu où saint Antoine demeurait et prit la résolution d'être le disciple d'un si excellent maître.
Il frappa à la porte de la cellule du Saint, et lui découvrit le dessein qu'il avait formé. Mais Antoine, jugeant qu'il était trop vieux pour imiter à cet âge son état de vie, lui dit d'aller plutôt dans quelque village gagner sa vie du travail de ses mains, ou s'il avait absolument résolu de quitter le monde, d'entrer chez des religieux, dont les pratiques fussent moins austères que celles des anachorètes, et dont il serait encore mieux secouru dans sa vieillesse. Et après cette réponse, il se renferma dans sa cellule.
Paul ne se rebuta point : il demeura au même endroit, en attendant que le Saint ouvrît de nouveau sa porte, et qu'il accordât à sa persévérance ce qu'il lui avait d'abord refusé. Il passa ainsi trois jours et trois nuits à attendre avec une humble patience, jusqu'à ce qu'au quatrième jour saint Antoine étant sorti, il se présenta encore devant lui, lui fit de nouvelles instances, et protesta qu'il voulait mourir en ce lieu. Le Saint, qui s'aperçut qu'il n'avait aucune provision, craignit qu'un si long jeûne, auquel il n'était pas accoutumé, ne le mît en danger de mourir, et que sa conscience n'en fût chargée. Il le reçut donc, mais dans la résolution de l'obliger à se retirer ensuite de lui-même, en le dégoûtant par les rudes épreuves auxquelles il le mettrait, car il ne pouvait se persuader qu'il soutînt les travaux de la vie solitaire dans un âge si avancé.
Il lui dit donc qu'il pouvait réussir à se sanctifier, s'il voulait se soumettre entièrement à l'obéissance ; ce que Paul lui promit dans la sincérité de son cœur. La première preuve qu'il exigea I. 7.
de sa soumission fut de demeurer en prière hors de la cellule, et de n'en pas bouger jusqu'à ce qu'il vînt lui apporter de quoi travailler, et lui cependant se renferma dans sa cellule, observant par la fenêtre, à la dérobée, s'il s'acquittait bien de ce qu'il lui avait prescrit. Il le laissa ainsi exposé à l'ardeur du soleil dans le jour, et à la fraîcheur de la nuit, sans que Paul changeât jamais de situation, ni se détournât de sa prière.
Après cette longue et pénible épreuve où le Saint eut tout lieu d'admirer sa docilité et sa patience, il apporta des branches de palmier, et lui dit de travailler de la manière qu'il lui verrait faire ; et quand il eut fini l'ouvrage, il lui témoigna qu'il n'avait pas bien réussi, et lui ordonna de le défaire, pour le faire mieux, ce qui rendit le travail encore plus long et plus pénible ; à quoi Paul se rendit, sans qu'il parût sur son visage la moindre marque d'inquiétude.
Saint Antoine lui proposa ensuite de manger, et lui ordonna de dresser la table, sur laquelle il mit quatre pains de six onces qui devaient faire tout le repas. Il était naturel qu'après un si rude travail et un si long jeûne, Paul s'y portât avec avidité ; et c'était où le Saint l'attendait pour bien juger de son obéissance ; mais le disciple, qui voulait se conformer en tout à son maître, l'observait autant qu'il en était observé, afin de se régler sur lui, et ne montra pas moins d'indifférence que le Saint pour les pains qui étaient devant ses yeux.
11 attendit sans peine que son maître eût récité douze psaumes et fait douze oraisons, qu'il fit aussi avec lui avant que de se mettre à table, et par surcroît de modération, il se soumit avec la môme docilité, quand le Saint, au lieu de lui permettre de manger, voulut qu'il se contentât d'avoir vu la table mise, lui ordonna de s'aller coucher, sans avoir pris aucune nourriture, l'éveilla à minuit pour prier, et ne lui dit enfin de manger que le lendemain au soir, après avoir récité de nouveau les douz» psaumes et l'ait les autres prières.
Il fut permis alors à Paul de prendre sa réfection. Mais toujours plus attentif à imiter son maître, il ne voulut manger qu'un pain comme il lui vit faire, quoique le Saint le pressât d'en manger davantage, alléguant pour raison qu'il voulait être moine comme lui ; parce que saint Antoine lui avait dit qu'il ne mangeait qu'un pain à cause qu'il était moine.
Après quelque temps passé en pareilles épreuves, pendant lesquelles saint Antoine avait augmenté expressément ses austérités, pour voir s'il n'en serait pas découragé, et ayant eu tout sujet d'être satisfait de sa soumission et de sa ferveur, il lui dit enfin : « Mon frère, si vous pouvez vivre tous les jours comme vous avez fait ces jours-ci, je consens que vous demeuriez avec moi. » A quoi il répondit : « Je ne sais pas si vous avez quelque chose de plus difficile à me prescrire ; mais je ne sens pas de peine à pratiquer ce que je vous ai vu faire jusqu'à présent. » Alors saint Antoine ne doutant plus que Dieu ne le lui eût envoyé pour imiter son genre de vie, le reçut tout à fait sous sa conduite par ces consolantes paroles qu'il lui dit : « Vous voilà, mon frère, devenu moine au nom de Notre-Seigneur. »
Paul, ainsi déclaré religieux par son bienheureux Père, s'appliqua de toute l'affection de son cœur à se conformer à ses avis salutaires, et le Saint de son côté lui donna tous ceux qui pouvaient le conduire à la perfection de son état. Il lui recommanda entre autres choses, d'adoucir par le travail des mains les peines de la solitude ; d'élever fréquemment son esprit à Dieu, tandis que ses doigts seraient occupés à des ouvrages matériels ; de ne manger que le soir, et de ne se rassasier jamais, surtout à l'égard du boire, quand même ce n'eût été que de l'eau.
Comme saint Antoine comprenait qu'il devait le faire marcher par la voie de l'obéissance, il ne cessa de l'éprouver sur cette vertu, et de lui en faire produire des actes, lui commandant souvent des choses qui paraissaient choquer la raison, afin qu'il ne trouvât jamais à redire à ce qu'il lui commanderait, et qu'il
parvînt a ce parfait renoncement du jugement propre, qui fait qu'on ne raisonne point sur les ordres des supérieurs.
Ainsi il lui ordonna une fois de tirer durant tout un jour de l'eau d'un puits, et de la répandre à terre. Il lui dit de même de défaire des paniers qu'il avait faits, et de les faire de nouveau : de découdre son habit, puis de le coudre, et après de le découdre encore ; et dans une rencontre, comme on lui eut porté un pot de miel il lui ordonna de le casser, de laisser répandre le miel, et ensuite de le ramasser avec une coquille, lui recommandant de prendre garde qu'il ne s'y mêlât aucune ordure ; et dans toutes ces choses l'obéissance de Paul fut toujours prompte et aveugle.
Il était même si attentif aux moindres signes de saint Antoine, qu'il les prenait tous à la rigueur, comme s'ils eussent été des ordres exprès de Dieu. Quelques solitaires des plus renommés étant venus voir le Saint, on vint à parler des matières les plus élevées de la vie spirituelle, et on entra ensuite dans un long discours sur le sujet de Jésus-Christ et des prophètes. Paul était présent, et demanda avec simplicité si les prophètes étaient avant Jésus-Christ, ou Jésus-Christ avant les prophètes. Saint Antoine rougit pour lui d'une demande si peu sensée ; il lui fit signe avec beaucoup de douceur, selon qu'il avait coutume d'en user envers les plus simples, de se retirer et de se tenir dans le silence.
Paul obéit si scrupuleusement à cet ordre, qu'il ne parlait plus du tout, et ne paraissait pas même avec les autres frères. On en avertit saint Antoine, qui lui en demanda la raison, et quand il l'eut apprise de sa bouche, admirant son exactitude à obéir à un ordre qu'il n'avait pas prétendu étendre si loin, il dit aux autres solitaires : « En vérité, celui-ci nous condamne tous ; car au lieu que nous n'écoutons pas Dieu qui nous parle du haut du ciel , vous voyez comment il observe la moindre parole qui sort de ma bouche. »
Le Saint se servait aussi souvent de l'exemple de Paul auprès des frères, pour montrer que ceux qui veulent se rendre parfaits, ne doivent pas se conduire par eux-mêmes, ni suivre trop leurs propres sentiments, bien qu'ils leur paraissent justes ; mais qu'il faut avant toutes choses s'accoutumer à renoncer à soi-même, surtout à sa propre volonté, conformément à l'exemple de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui disait qu'il n'était pas venu dans le monde pour faire sa volonté, mais pour accomplir celle de son Père céleste.
Ce fut en effet par les grands progrès que son bienheureux disciple fit dans ce renoncement, qu'il arriva à une si haute perfection, que saint Antoine ne le regarda plus comme un élève, mais comme un solitaire qui pouvait vivre seul, et il lui bâtit pour cela une cellule à trois ou quatre milles loin de la sienne, en lui disant : « Vous voilà devenu moine par le secours de Jésus- Christ, demeurez donc maintenant à votre particulier, afin que vous appreniez à combattre contre les démons, et souvenez-vous que ces fréquents combats qu'il faut soutenir dans le désert, nous obligent à une oraison continuelle, qui est d'ailleurs un grand moyen pour acquérir la perfection. »
Après cette séparation, le Saint ne laissait pas de le venir voir de temps en temps dans sa nouvelle retraite ; et il avait la consolation de le trouver toujours occupé à exécuter fidèlement tout ce qu'il lui avait prescrit.
Paul eut passé à peine un an dans sa nouvelle cellule, que Dieu voulut manifester en lui le cas qu'il fait de la simplicité et de l'obéissance, et confirmer avec éclat l'estime que saint Antoine avait de sa vertu. Il lui accorda le don des miracles, et surtout une grâce si puissante pour chasser toutes sortes de démons des corps des possédés, qu'il faisait de plus grands prodiges, et même en plus grand nombre, que son bienheureux maître ; en sorte qu'il devint très-célèbre en peu de temps et qu'on venait â lui de bien loin pour être guéri,
XjnWersItaT B1BUOTHECA
Saint Antoine craignit que l'importunité de tant de personnes n'obligeât Paul de fuir dans le fond du désert, depuis qu'il avait goûté les ravissantes douceurs de la contemplation et de la solitude. Il lui recommanda de ne point le quitter et se chargea de recevoir ceux qui venaient le voir ; mais lorsqu'il se trouvait des malades ou des possédés qu'il ne pouvait guérir, il les lui envoyait, étant persuadé qu'il avait reçu en cela une grâce plus étendue ; et en effet, Paul ne manquait jamais de les guérir.
Sa simplicité lui faisait avoir une si extrême confiance en Dieu, que lui ayant un jour été amené un jeune homme possédé d'un démon des plus opiniâtres, et si furieux qu'il proférait des blasphèmes contre le Ciel, et déchirait tous ceux qui osaient l'approcher, le Saint, après avoir longtemps prié en vain avec ferveur, dit à Dieu : « En vérité, je ne mangerai d'aujourd'hui si vous ne le guérissez. » Et aussitôt, comme si Dieu eût craint de déplaire à une personne qui l'aimait avec tendresse et qui lui était si chère, le possédé fut délivré.
Paul avait encore reçu la grâce singulière de connaître le fond du cœur de ceux qui entraient dans l'église, et l'état de leur conscience, qu'il voyait aussi clairement que les autres voient leur visage. Se trouvant à un monastère, où plusieurs des frères étaient assemblés pour conférer des choses spirituelles, on se rendit à l'église après la conférence pour célébrer les saints Mystères. Paul considéra ceux qui entraient, et il les voyait tous avec un visage lumineux, par lequel éclatait la joie et le bon état de leur âme, ayant chacun leur ange qui témoignait un grand contentement de leur sainte disposition. Mais il en vit un, dont la conscience souillée du péché, le lit paraître à ses yeux le corps noir et couvert d'un sombre nuage, le démon le tenant lié, et son ange le suivant de loin en loin triste et abattu.
Quelque consolation qu'il eût de la vertu des autres, le déplorable état de celui-ci le toucha si fort, qu'il se mit à pleurer et à gémir, et demeura hors de l'église sans y vouloir entrer. Ceux
des solitaires qui virent son affliction, crurent que Dieu lui avait fait connaître que leur conscience était en mauvais état, et s'empressèrent de le lui demander, afin d'en faire pénitence. Mais il ne voulut rien dire, et demeura prosterné contre terre à la porte de l'église, ne cessant de pleurer et de gémir.
Il attendit que le saint Sacrifice fût achevé, pour voir si celui qui y avait assisté dans ces mauvaises dispositions n'en sortirait pas changé. Mais Dieu, attentif à ses prières et à ses larmes, avait accordé à ce pécheur la grâce de la contrition et de la pénitence durant le Sacrifice, et Paul le vit sortir avec une sainte joie peinte sur le visage, le corps aussi blanc qu'il lui avait paru noir auparavant, le démon ne le suivait plus que de loin, et son bon ange, qui était à son côté, témoignait un extrême contentement de sa conversion.
i A cette vue, Paul se leva transporté hors de lui-même, dans l'admiration des miséricordes du Seigneur, et s'écria de toutes ses forces : « O bonté ineffable de Dieu ! ô que sa compassion est grande ! ô que son amour pour nous est immense ! » Il courut en même temps se mettre sur un lieu éminent, et élevant sa voix de toutes ses forces, il disait : h Venez, venez voir les œuvres de Dieu, combien elles sont merveilleuses. Venez voir comment il veut que tous soient sauvés, et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité. Venez, adorons le Seigneur ; prosternons-nous devant lui, et disons : C'est vous seul, ô mon Dieu! qui pouvez remettre les péchés. »
Tout le monde accourut autour de lui pour savoir ce que c'était. Il leur rapporta ce que Dieu lui avait fait connaître et pria celui en qui il avait vu un si heureux changement, de dire comment il s'était fait en lui. Celui-ci ne put désavouer la vérité : il déclara qu'il avait été engagé jusqu'alors dans le péché , mais qu'ayant entendu lire dans l'église un passage d'Isaïe, où Dieu promet de pardonner à ceux qui se convertiront sincèrement, il était rentré en lui-même, et avait adressé à Dieu cette prière
dans le sentiment d'une vive componction : « Mon Dieu, qui êtes venu en ce monde pour sauver les pécheurs, et qui nous avez fait, par votre prophète, les promesses que je viens d'entendre ; faites-m'en ressentir l'effet, quoique je sois un grand pécheur et très-indigne de votre grâce. Je vous promets et vous proteste de tout mon cœur que dès ce moment je renonce au péché, que je n'y retomberai plus, et que je vous servirai désormais avec une conscience pure. Recevez-moi donc présentement, ô mon Dieu ! puisque je veux faire pénitence. Pardonnez à un pécheur qui vous conjure de lui remettre son crime, et qui renonce sincèrement au péché. »
La confession publique de ce pénitent édifia tous les assistants. Ils n'admirèrent pas moins la miséricorde de Dieu, que la connaissance qu'il avait donnée à son serviteur de l'état de cet homme, et de la grâce qu'il lui avait faite ; et ils en rendirent au Seigneur, à haute voix, de grandes actions de grâces.
Dieu révéla encore à son serviteur le pardon qu'il avait accordé à la pénitente Thaïs, dont nous parlerons dans son lieu. Saint Paphnuce l'avait convertie ; et au bout de trois ans qu'il l'avait tenue enfermée dans une cellule d'un monastère de vierges, pour faire pénitence, il vint prier saint Antoine de demander au Seigneur qu'il lui lit connaître s'il lui avait pardonné. Le Saint assembla ses disciples et leur ordonna de passer la nuit en oraison, pour voir si Dieu leur révélerait ce que Paphnuce souhaitait de savoir, sans leur expliquer ce que c'était. Paul fut celui à qui Dieu le fit connaître. Il vit dans le ciel un superbe lit, gardé par trois vierges éclatantes de gloire, et crut qu'il était réservé pour son père spirituel saint Antoine ; mais il ouït une voix qui lui dit qu'il était destiné pour Thaïs la pécheresse convertie ; ce que Paul ayant raconté le lendemain, Paphnuce apprit par là que Dieu était satisfait de sa pénitence. Elle ne survécut pas longtemps à l'assurance de son pardon.
Le Martyrologe romain marque la fête de saint Paul au 7e de mars.
SAINT SISOES OU SISOIS '.
Sisoës fut une des plus éclatantes lumières de la solitude et mérita d'être appelé par Notre-Seigneur le vase d'élection du désert. Il renonça au siècle étant encore fort jeune et demeura d'abord dans un monastère de Scété 2. Après qu'il s'y fut exercé pendant quelques années dans le renoncement à soi-même et les travaux de la pénitence, le désert de Scété lui paraissant trop fréquenté, il passa le Nil et se retira sur la montagne où saint Antoine était mort depuis peu de temps.
La mémoire toute récente des vertus de ce saint patriarche ne contribua pas peu à ranimer sa ferveur, comme s'il l'eût vu présent, et qu'il eût ouï de sa bouche les admirables leçons qu'il avait données de son vivant à ses disciples. Ainsi il entreprit, plus qu'il n'avait fait jusqu'alors, une vie parfaite. Sa pénitence était très-austère, son silence rigoureux, et il donna des exemples si éclatants des vertus monastiques, qu'il s'attira la confiance de tous les solitaires qui le connurent.
Cela paraît par les fréquents avis qu'on venait lui demander ; car quelque soin qu'il prît de se cacher, il ne pouvait se dérober à leurs visites, et il était contraint de faire céder à la charité envers ses frères, le plaisir qu'il trouvait à garder la retraite. La vertu qu'il leur recommandait le plus, était l'humilité. On voit
1 Vitœ Patrum, Catelin, Bulteau.
Bien que saint Sisoës ait vécu jusqu'en 429, il doit être rangé parmi les solitaires du IVe siècle, car il y avait soixante-douze ans qu'il menait la vie religieuse lorsqu'il mourut.
* Le désert de Scété était dans la Basse-Egypte, à l'ouest du Delta, près de* monts Nitria.
par ses réponses qu'il insistait presque toujours sur ce point : et il pouvait d'autant mieux en donner des leçons, qu'il était luimême un modèle de l'humilité la plus profonde.
Un solitaire lui dit un jour : « Mon père, je me considère comme étant toujours devant Dieu. » A quoi il répondit : «Ce n'est pas beaucoup, mon fils; mais ce serait bien davantage, si vous vous considériez comme étant au-dessous de toutes les créatures ; car cela sert efficacement pour acquérir l'humilité, a II dit à un autre en pareille occasion : « Rendez- vous bien petit ; renoncez aux satisfactions des sens ; dégagez-vous des vaines sollicitudes du siècle : et vous trouverez la paix du cœur. » Un autre frère lui ayant dit qu'il n'était pas encore parvenu à la perfection de saint Antoine : « Ah! s'écria-t-il, si j'avais dans le cœur un seul des sentiments de ce grand homme, je serais tout embrasé du feu de l'amour de Dieu. »
iib' 5 r n \i' ^ ava^ ^e s* kas sentiments de lui-même, que quelque austère que fût son genre de vie, il se regardait comme un sensuel et un gourmand, et voulait qu'on le crût ainsi. Des solitaires l'étant venu voir, et l'ayant prié de leur dire quelques paroles d'édification, il s'en excusa, et les laissa conférer avec son disciple. Mais son exemple suppléa bientôt à son refus, et les édifia davantage que s'il leur avait fait un long discours; car comme ils parlaient avec son disciple, il prit occasion, sur quelque chose qu'il leur ouït dire, de leur crier de l'endroit où il était, qu'il n'était qu'un gourmand qui mangeait sans règle et sans besoin : en quoi ces bons frères, qui n'ignoraient pas quelle était sa mortification, reconnurent son humilité et s'en retournèrent édifiés et satisfaits de leur visite.
Ce ne pouvait être, en effet, que le désir d'être méprisé des autres et l'amour de la sainte abjection, qui le faisait parler ainsi; puisque, bien loin de manquer aux règles de l'abstinence, qui étaient en usage parmi les solitaires, il ne pensait pas la plupart du temps à prendre sa nourriture, et il fallait que son disciple
Abraham l'avertît lorsque c'était l'heure de manger, encore quelquefois il s'en étonnait, croyant l'avoir déjà fait; si peu faisait-il attention aux besoins du corps.
Que s'il arrivait par hasard que la charité l'obligeât de prévenir l'heure du repas en faveur des étrangers qui le venaient voir, il s'en dédommageait ensuite par un long jeûne, faisant payer à son corps la condescendance qu'il n'avait eue que pour mieux pratiquer la charité. Les solitaires du voisinage savaient là-dessus sa coutume. Un jour que l'abbé Adelphe, évêque de Nicopoleos, qui ignorait son usage, l'étant venu voir, l'avait prié de déjeûner avec lui le matin qu'il devait partir, le Saint ne voulut par; le lui refuser ; mais quelques anciens survinrent dans ce temps-là, et firent des reproches à son disciple, disant qu'il aurait dû l'en empêcher, parce qu'il savait que son maître, après cette indulgence, pratiquerait, selon sa coutume, un jeûne très-long et trèsaustère ; ce que l' Évêque ayant ouï, il lui en fit de grandes excuses.
Les solitaires s' étant assemblés pour assister à la célébration de la Messe ; après le sacrifice un d'entre eux vint lui présenter du vin par deux fois. Sisoës en but un peu à chaque fois, plutôt pour ne pas contrister son frère par un refus , que pour quelque envie qu'il en eût. Mais comme il lui en présenta une troisième fois, croyant par les deux autres avoir suffisamment donné au besoin et à la charité, il s'excusa d'en prendre, en disant que le vin était un sujet de tentation ; et il conseilla d'en user ainsi à un autre solitaire qui lui demanda comment il devait se conduire en pareil cas.
11 redoutait si fort les louanges des hommes, que, priant quelquefois les mains élevées vers le ciel, il les baissait aussitôt qu'il croyait qu'on pouvait le voir, de peur qu'on n'en prît occasion de l'estimer davantage. Faisant un jour son oraison en la compagnie d'un autre solitaire, il lui échappa de pousser quelques soupirs; mais à peine fut-il revenu à soi, qu'il en eut du regret, et dit à
ce religieux avec beaucoup d'humilité : « Pardonnez-moi, mon frère, je vous en prie ; car il paraît bien que je ne suis pas un ,vrai solitaire, soupirant ainsi devant un autre. »
Toujours prêt à s'accuser, il semble qu'il ne voyait rien de bon dans les autres, qu'il ne prît sujet de se condamner lui-même. Comme il se promenait seul sur la montagne, où il y avait dix mois qu'il n'avait vu personne, le hasard fit qu'il rencontra un chasseur, à qui il demanda d'où il venait et combien il y avait de temps qu'il était dans ce lieu. En vérité, mon père, lui dit le chasseur, il y a onze mois que je parcours cette montagne sans avoir vu d'autre homme que vous. Le Saint là-dessus se retira dans sa cellule, où, frappant sa poitrine avec un grand sentiment de componction, il disait : Ah ! Sisoës, tu croyais avoir beaucoup gardé la solitude en demeurant seul pendant quelque temps, et voilà un séculier qui l'a gardée plus longtemps que toi.
Trois solitaires, attirés par la réputation de sa sainteté, vinrent le voir, et l'un d'eux lui dit : Mon père, comment ferai-je pour éviter le feu de l'enfer? et il ne lui répondit rien. Et moi, mon père, continua le second, comment pourrai-je éviter le grincement des dents et ce ver qui ne mourra point? Et le troisième lui dit : Que ferai-je aussi ; car toutes les fois que je me représente les ténèbres extérieures, je suis saisi d'une frayeur mortelle? Alors prenant la parole, il leur répondit : « Je vous avoue, mes frères, que je ne pense point à ces choses ; et comme je sais que Dieu est plein de bonté, j'espère qu'il aura pitié de moi. » Ces religieux, qui s'attendaient à une réponse plus directe et plus étendue, se retirèrent en témoignant quelque tristesse; mais le Saint ne voulant pas les laisser aller mécontents, les appela, et leur dit avec beaucoup d'humilité : « Vous êtes bien heureux, mes frères, et j'envie votre vertu : vous m'avez parlé des peines de l'enfer, et je comprends que vous en êtes si pénétrés, qu'elles peuvent vous aider puissamment à éviter le péché. Eh! que ferai-je donc, moi qui ai le cœur si insensible, que je ne pense
SOLITAIRES DE LA THÉBAÏDE. — S. SlSOES. 107
pas seulement qu'il y ait après la mort un lieu de supplice destiné pour punir les méchants, ce qui sans doute est la cause que je commets tant de fautes? » Ces solitaires, édifiés d'une réponse si humble, lui demandèrent pardon, et s'en retournèrent chez eux, en avouant que ce qu'on leur avait rapporté de son humilité était très-véritable.
Il disait que depuis trente ans il faisait cette prière à Jésus- Christ : Mon Seigneur Jésus, ne permettez pas que je pèche aujourd'hui par ma langue, et cependant, ajoutait-il, je commets toujours quelque faute de ce côté-là. Ceci ne pouvait être encore en lui qu'un effet de son humilité ; car il gardait exactement la retraite et le silence, et tenait la porte de sa cellule toujours fermée, afin d'être moins interrompu.
Comme la douceur est la fidèle compagne de l'humilité, Sisoës était aussi doux qu'il était humble. Son zèle n'avait aucune amertume. Il ne s'étonnait point des fautes de ses frères, et au lieu de les leur reprocher avec indignation, il les aidait avec une extrême patience à s'en corriger. Un solitaire qui demeurait dans son voisinage, venait souvent lui dire qu'il avait péché; et le Saint lui répondait toujours de se relever : Mais, mon père, lui dit un jour ce religieux, combien de temps me donnez-vous pour me relever dès que je serai tombé? Faites-le, lui dit-il, jusqu'à ce que la mort vous trouve ou tombé, ou relevé.
Quelques frères lui demandèrent si, quand un religieux était tombé dans le péché, il ne devait pas faire pénitence pendant un an entier ; et il répondit : Cela me paraît bien fort. Mais, direntils, il doit donc le faire au moins six mois? C'est beaucoup, répondit-il. Ils répliquèrent : Tout au moins quarante jours? C'est encore beaucoup, ajouta-t-il. Eh quoi, dirent les frères, vous voulez donc que si d'abord après sa chute on célébrait le saint Sacrifice, on l'admît aux saints Mystères? Je ne dis pas cela, répondit le Saint, mais je pense que la bonté de Dieu est telle, que s'il se convertissait à lui avec un sincère regret de sa faute, il l'y recevrait lui-même en moins de trois jours.
Un solitaire lui dit : Si, lorsque je suis dans ma cellule, un barbare y venait pour me tuer, ne pourrais-je pas, me sentant plus fort que lui, le tuer lui-même? « Non, répondit-il; mais abandonnez-le au Seigneur ; car dans quelque danger qu'on se trouve, on doit penser que c'est en punition de nos péchés; et lorsqu'il nous arrive du bien, il faut reconnaître que nous ne le tenons que de la bonté de Dieu. »
Un autre solitaire lui demanda, si, lorsqu' étant en voyage, il s'apercevait que son guide le détournât du chemin, il devait l'en reprendre. Il lui répondit : Je ne vous le conseillerais pas. Mais quoi ! lui dit le solitaire, il faudrait donc souffrir sans rien dire qu'il me laissât égarer ? Voudriez-vous donc, répondit le Saint, prendre un bâton et lui en donner? Sur quoi il lui raconta l'exemple suivant : Des frères, au nombre de douze, étant en chemin, la nuit les surprit, et ils s'aperçurent que leur guide se trompait. Ils ne voulurent pourtant pas rompre le silence pour l'en reprendre, et chacun d'eux pensa dans son cœur qu'il s'apercevrait de sa méprise quand le jour serait venu, et les ramènerait alors au droit chemin. Us le suivirent ainsi en patience, et marchèrent jusqu'à douze mille. Lorsque le jour fut venu, le conducteur voyant son erreur, leur en fit de grandes excuses. Ils lui répondirent tout doucement : Nous y avions bien pris garde ; mais nous n'avons rien voulu dire. Cet homme admirant alors leur patience et leur exactitude à garder le silence, en fut trèsédifié, et cela servit à lui faire rendre gloire à Dieu.
Il tenait pour maxime, qu'un solitaire ne doit pas choisir le travail des mains qui lui plaît davantage. Il ne voulait pas non plus, qu'un frère qui avait besoin, ou pour son grand âge, ou pour ses infirmités, du secours de ses frères, fût prompt à les commander : « Car, disait-il, quand on fait tant que de prendre soin de nous, qu'avons-nous besoin d'ordonner? » Son disciple ayant été obligé de faire un voyage, il se présenta d'autres frères pour le servir; mais il s'excusa de profiter de leur charité, et souffrit jusqu'à son retour en patience.
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Dieu permit, pour l'éprouver, que des Sarrazins vinssent jusqu'à sa montagne, qu'ils le dépouillassent, lui et son disciple, et lui enlevassent le peu qu'ils avaient de provisions. Quand les barbares se furent retirés, ils allèrent par les champs chercher quelque nourriture, et le saint vieillard ayant trouvé quelques grains d'orge, se contenta d'en mettre un dans sa bouche, et réserva dans sa main le reste pour son disciple.
Dieu, qui se plaît à exalter ceux qui s'abaissent davantage, honora saint Sisoës du don des miracles ; mais comme tout ce qui pouvait lui attirer l'estime des hommes alarmait son humilité, il ne voulait pas qu'on publiât qu'il eût reçu ce don merveilleux; et on n'obtenait guère de prodige de lui, à moins qu'on n'usât de quelque stratagème. C'est ce que fit un homme qui venait le voir avec son fils encore fort jeune, pour lui demander sa bénédiction. L'enfant étant mort en chemin, le père, sans s'alarmer et plein de confiance aux prières de saint Sisoës, ne laissa pas de le lui porter. Étant entré dans sa cellule, il le mit à ses pieds comme s'il n'était point mort, et s'y mit aussi, afin qu'il les bénît l'un et l'autre. Après que le Saint eut fait sa prière sur eux, le père se leva, sortit de la cellule, et laissa son fils auprès du Saint, qui, voyant qu'il ne remuait point, lui dit de se lever aussi et de suivre son père. Alors ce père, transporté de joie et d'admiration, rentra pour se jeter de nouveau aux pieds du Saint, lui déclara ce qu'il avait fait, et lui rendit de grandes actions de grâces de la résurrection de son fils. Mais Sisoës, qui craignait extrêmement qu'on ne sût qu'il faisait des miracles, s'en affligea beaucoup, et fit dire à cet homme par son disciple, qu'il se donnât bien de garde d'en parler avant sa mort. Il délivra aussi ce même disciple d'une violente tentation, en disant à Notre-Seigneur avec une fervente simplicité de cœur : a Mon Dieu, je ne vous quitte point que vous ne l'ayiez délivré du démon qui le tourmente. »
Il ne faut pas s'étonner que ses prières fussent si efficaces, puisqu'il les faisait avec une ferveur extraordinaire, et que ses
Cet.,
oraisons étaient si sublimes qu'elles allaient jusqu'à l'extase. D'autres fois son cœur y était si fort embrasé d'amour de Dieu, que n'en pouvant presque soutenir la véhémence, il se soulageait par de fréquents soupirs, sans qu'il s'en aperçût et même contre sa volonté.
La confiance que les solitaires avaient en lui l'obligeant à leur donner ses soins, il les prémunissait avec une extrême attention contre les nouveautés de l'hérésie, autant qu'il travaillait à les former dans les vertus. Quelques ariens osèrent venir à sa montagne pour y dogmatiser parmi les frères. Il ne leur répliqua rien, mais il ordonna à son disciple de lire en leur présence un traité que saint Athanase avait fait contre leurs erreurs ; ce qui mit en évidence la fausseté de leurs dogmes, et leur ferma la bouche. Après qu'il les eut ainsi confondus, il les renvoya avec sa douceur ordinaire.
Son disciple Abraham le voyant usé de vieillesse et d'infirmités, lui dit qu'il ferait bien de s'approcher des pays habités, où il pourrait être plus aisément secouru ; à quoi il répondit : Puisque vous le jugez ainsi à propos, menez-moi du moins à un endroit où il n'y ait point de femmes. Mais, lui dit son disciple, il y en a partout excepté dans le désert. Si cela est, repli qua-t-il, menezmoi au désert.
Il paraît par le recueil de ses sentences, qu'il se rendit ensuite au sentiment de son disciple, et qu'il alla demeurer quelque temps à Clysma, ville située sur le bord de la mer Rouge, ou au moins au voisinage. Ce fut là que quelques séculiers l'étant venus voir, voulurent entrer dans de grands discours avec lui ; mais il gardait le silence. Sur quoi un d'eux dit aux autres : Pourquoi vous rendez-vous importuns à ce bon vieillard? Il ne mange point, ainsi il ne peut point parler. Le Saint prit alors la parole et lui dit : Je mange lorsque le besoin du corps le demande.
L'abbé Ammon ou Arnun de Rayte l'y vint aussi visiter; et voyant qu'il était affligé d'avoir quitté sa solitude, lui représenta
qu'étant cassé de vieillesse, il avait besoin de secours qu'il n'aurait pas eus dans le désert. Mais le Saint jetant sur lui un regard de tristesse : « Que me dites-vous, Ammon, lui répondit-il, la liberté d'esprit dont j'y jouissais ne me suffisait-elle pas ? »
Enfin, cet homme de Dieu, étant retourné à sa chère solitude, et s'y trouvant à la fin de sa course, les solitaires s'assemblèrent autour de lui pour recueillir ses derniers sentiments. Rufin, qui raconte ceci, dit que son visage parut lumineux, et que, ravi hors de lui-même, il dit : « Voici que l'abbé Antoine vient à moi. » Un peu après, il s'écria : « Je vois le chœur des Prophètes ; » et à ce moment sa face parut plus lumineuse. Il dit encore : «Voici les Apôtres qui viennent, » et continua à parler tout bas, comme s'il conversait avec quelques saints personnages. Les solitaires le prièrent de leur dire avec qui il s'entretenait; et il ajouta : « Voici les anges qui viennent prendre mon âme, et je les prie d'attendre encore quelque temps pour me donner le loisir de faire pénitence. » Ils lui répondirent : « Notre père, vous n'avez plus besoin de faire pénitence ; » et il leur répliqua : « Je ne sais pas si j'ai seulement bien commencé à la faire. » Ces dernières paroles leur firent comprendre, sur la connaissance qu'ils avaient de sa profonde humilité, que sa vertu était consommée. Enfin son visage parut éclatant comme le soleil, et en même temps il s'écria : « Voyez, voyez Notre-Seigneur qui vient à moi. » Il expira en prononçant ces paroles, et sa cellule fut en ce moment embaumée d'une odeur céleste. C'est avec ces circonstances que Rufin raconte sa mort. Elle arriva vers l'an 429, soixante-douze ans au moins, depuis qu'il s'était retiré sur la montagne de saint Antoine, ce qui montre qu'il y était venu fort jeune et qu'il mourut dans une grande vieillesse. Sa fête est marquée dans quelques Martyrologes latins au cinquième de juillet. Les Grecs l'ont mise au lendemain dans leur Ménologe.
Il ne faut pas confondre ce Saint avec deux autres Sisoës qui a„ vivaient dans le même siècle» dont l'un, surnommé le Thébéen, I. 8.
demeurait à Calamon au ternaire d'Arsinoé, et l'autre avait sa cellule à Pétra. On rapporte du Thébéen, qu'un solitaire qui avait été offensé par un autre, vint le lui raconter, et lui dit qu'il avait résolu de s'en venger. Sisoës le conjura d'en laisser le soin à Dieu; mais ce frère, irrité, continua de protester qu'il s'en vengerait hautement. Le saint vieillard lui dit : «Puisque je ne puis rien gagner sur votre esprit, adressons-nous au moins tous les deux ensemble à Dieu ; » et se levant, il fit tout haut cette prière: « Mon Dieu, il n'est plus besoin que vous preniez soin désormais de nos intérêts, et que vous vous rendiez notre protecteur, puisque ce frère soutient que nous pouvons et que nous devons nousmêmes nous venger. » Cela toucha si fort ce solitaire, qu'il se jeta aux pieds de Sisoës, lui demanda pardon de sa résistance, et lui promit de ne vouloir jamais de mal à celui dont il se croyait offensé.
Un jour il dit à son disciple : « Faites-moi connaître ce que vous trouvez en moi de défectueux, et je vous rendrai aussi le même service. » Son disciple lui dit : «Vous êtes bon, mais quelquefois vous me paraissez un peu trop sévère. » A quoi il répondit : «Vous aussi, mon enfant, vous êtes bon, mais vous me paraisse! quelquefois un peu trop lâche. »