‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 23 sur 46 · ANDREA DAL MONTE SAN SAVINO · texte numérisé non relu

ANDREA DAL MONTE SAN SAVINO

Andrea dal Monte SAN SAVINO

Sculpteur et architecte, né en 1460, mort en iS-jg

Bien qu'Andréa fût le fils d'un pauvre laboureur (i) de Monte San Savino, nommé Domenico Contucci, qui lui faisait garder ses troupeaux, néanmoins son aptitude à concevoir de grandes choses, son génie élevé et sa promptitude d'esprit lui permirent de si bien comprendre toutes les difficultés de l'architecture et de la perspective qu'il n'y eût pas d'esprit de son temps meilleur ni plus fin que le sien, qui ne fût plus capable de résoudre plus clairement que lui les questions les plus obscures ; aussi fut-il regardé comme un artiste des plus rares par tous les connaisseurs.

Andrea naquit, dit-on, l'an 1460 et, dans son enfance, pendant qu'il gardait les troupeaux, comme on le raconte aussi de Giotto, il dessinait toute la journée, sur le sable et modelait en terre quelques-uns des animaux confiés à sa garde. Il arriva qu'un jour, uncitoyen florentin, que l'on assure être Simone Vespucci, alors podestat de Monte San Savino, passant par le lieu où il gardait son troupeau, remarqua cet enfant qui était occupé à dessiner et à modeler attentivement. L'ayant appelé, après avoir vu son inclination, et ayant appris de lui le nom de son père, il le demanda à Domenico ; il obtint de lui d'emmener Andrea à Florence, en promettant de le mettre à l'étude du dessin, pour voir ce que donnerait cette inclination naturelle aidée par l'étude assidue. De retour à Florence, Simone le mit au métier avec Antonio del Pollaiuolo auprès duquel Andrea apprit si bien qu'en peu d'années il devint un maître excellent (2). Dans la maison de Simone, au Ponte Vecchio, on voit encore un de ses cartons fait à cette époque et représentant la Flagellation du Christ, et deux têtes en terre cuite admirables, reproduites d'après des médailles antiques, à savoir: un Néron et un Galba empereurs, qui servent à orner une cheminée ; le Galba est actuellement à Arezzo, dans la maison de Giorgio Vasari (3). Pendant son séjour à Florence, il fit aussi, pour l'église Sant' Agata de Monte San Savino, un bas-relief en terre cuite, avec saint Laurent, plusieurs autres saints, et divers petits sujets parfaitement exécutés. Peu après, il fit de même une Assomption de la Vierge, où il introduisit sainte

(1) Le contraire ressort d'un acte du 4 août i5o8, par lequel Niccolo di Domenico, père d'Andrea, partage ses biens entre ses différents fils.

(2) Immatriculé à PArt des tailleurs de pierre le i3 février 1491.

(3) Sculptures perdues.

LES VIES d'artistes

Agathe, sainte Lucie et saint Romuald ; cet ouvrage fut plus tard reproduit sur verre par les della Robbia (i).

Continuant à pratiquer la sculpture, il composa, dans sa jeunesse, pour Simone Pollaiuolo, dit le Cronaca, deux chapiteaux de pilastres (2), pour la sacristie de Santo Spirito, qui lui acquirent une grande renommée, et furent cause qu'on lui confia la construction du vestibule, qui est entre la sacristie et l'église (3); comme ce local est très étroit, il dut faire effort d'imagination. Il composa donc une ornementation en macigno, d'ordre corinthien, avec douze colonnes, soit six de chaque côté, qui portent une architrave, une frise et une corniche ; au-dessus est une voûte à lunettes, de la même pierre, avec des compartiments richement sculptés. Il est vrai que les compartiments ne répondent pas à l'axe des colonnes ; s'il en était autrement, cette sacristie aurait plus de régularité et serait parfaite dans toutes ses parties.

Après cette œuvre, il fut chargé par la famille des Corbinelli de construire, dans la même église, la chapelle del Sagramento, qu'il exécuta avec une grande perfection, imitant dans ses bas-reliefs Donato et d'autres grands maîtres, et ne s'épargnant aucune fatigue pour se faire honneur. Dans deux niches qui encadrent un magnifique tabernacle, il fit les deux statues de saint Jacques et de saint Mathieu, ayant un peu plus d'une brasse de hauteur ; il y a de plus deux anges en ronde-bosse d'une beauté merveilleuse, qui complètent cette oeuvre, et un petit Christ nu qui ne saurait être plus gracieux. Sur la prédelle, et sur le tabernacle, on voit plusieurs petits sujets traités avec tant de délicatesse^, que le pinceau ne rendrait pas ce qu'Andréa fit avec le ciseau. Mais, si l'on veut apprécier tout le mérite de cet artiste si rare, il faut considérer l'architecture de cette chapelle, qui est si bien exécutée et assemblée, qu'elle paraît taillée dans un seul bloc. On loue encore beaucoup une grande Piétà en marbre, représentant la Madone et saint Jean pleurant le Christ, qu'il fit en demirelief, sur le devant de l'autel, et l'on ne saurait imaginer de plus belles pièces coulées que les grilles en bronze, (êrmant la chapelle, avec quelques cerfs, armes de la famille Corbinelli, qui ornent les candélabres (4). Ces ouvrages et d'autres ayant répandu au loin sa renommée, il fut demandé par le roi de Portugal à Laurent le Magni-

(1) Ces deux bas-reliefs sont actuellement à la compagnie de Santa Chiara, depuis la suppression du couvent de Sant'Agata.

(2) Exécutés en 1490.

(3) Le modèle fut donné par le Cronaca, en 148g.

(4) La décoration de la chapelle Corbinelli existe encore, sauf les candélabres.

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