‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 24 sur 46 · ANDREA DAL MONTE SAN SAVINO · texte numérisé non relu

ANDREA DAL MONTE SAN SAVINO

fique, dans les jardins duquel il s'était livré à l'étude du dessin. Laurent l'envoya donc en Portugal, où il exécuta pour le roi de nombreux travaux de sculpture et d'architecture, parmi lesquels on distingue un superbe palais flanqué de quatre tours ; une partie de ce palais fut peinte d'après les dessins et les cartons d'Andrea, qui était excellent dessinateur. Pour le même prince, il sculpta en bois un autel, avec quelques Prophètes, et modela en terre une Bataille représentant une victoire remportée par le roi sur les Maures. Cette dernière composition devait être exécutée en marbre (i) ; jamais on ne vit sortir de sa main œuvre aussi fière et aussi terrible, pour les mouvements et les attitudes variées des chevaux, le massacre des morts et la furie des soldats combattants. Il fit encore une statue de saint Marc en marbre, qui fut très estimée. Etant resté neuf ans en Portugal, fatigué de servir le roi et désireux de revoir, en Toscane, ses parents et ses amis^ il demanda et obtint son congé, non sans difficulté, laissant quelqu'un pour terminer les travaux qui restaient inachevés. De retour à Florence, il commença en marbre, l'an 1500, un saint Jean baptisant le Christ (2), ce groupe devait être placé audessus de la porte du temple de San Giovanni, qui est en face de la Misericordia ; mais il ne le termina pas, parce qu'il fut forcé d'aller à Gênes où il fit en marbre deux figures vraiment dignes d'éloges, un Christ et une Vierge, ou un saint Jean (3). Le groupe de Florence resta imparfait, et se trouve encore aujourd'hui dans l'œuvre de San Giovanni (4).

Andrea fut ensuite appelé à Rome par le pape Jules II, qui lui commanda deux tombeaux de marbre (5) pour l'église de Santa Maria del Popolo, à savoir : un pour le cardinal Ascanio Sforza et l'autre pour le cardinal de Recanati, très proche parent du pape. Andrea apporta une telle perfection dans ces ouvrages qu'on ne pourrait désirer rien de mieux ; on y trouve la pureté, la beauté et la grâce jointes à l'observation de toutes les règles de l'art.

A Sant' Agostino, il fit en marbre, contre un pilastre intérieur, une sainte Anne tenant à son cou la Vierge et Jésus-Christ, un peu

(1) Le bas-relief et la statue de saint Marc existent encore dans l'église du couvent de Saint-M.irc, près de Coimbre.

(2) Commandé le 29 avril i5o2.

(3) Cathédrale de Gênes, signées: sansovinus florentinus faciebat.

(4) Terminé par Vincenzo Danti de Pérouse, et posé sur la porte de San Giovanni face au Dôme. Au xviir siècle, on y ajouta un ange sculpté parSpinazzi.

(5) Existent encore dans le chœur; exécutés vers i5o6.

LES VIES D*ARTISTES

moins grand que nature (i); certe œuvre peut passer pour parfaite parmi les modernes. La renommée d'Andrea allait toujours ainsi en croissant, lorsque Léon X, qui avait résolu de faire exécuter à Santa Maria di Loreto, l'ornementation de la chapelle de la Vierge, en marbres travaillés, selon ce qui avait été commencé par Bramante, ordonna qu'Andréa continuât ce travail jusqu'à sa fin (2). Il y représenta différents épisodes de la vie de la Vierge, à savoir : sur les faces latérales, la Nativité de la Vierge, qu'il acheva à moitié et qui fut terminée par Baccio Bandinelli, et le Mariage de la Vierge, qu'il commença et qui^ resté inachevé à sa mort, fut terminé par Raffaello da Montelupo. Sur sa façade antérieure, les deux reliefs de la Visitation de la Vierge et de Joseph allant se faire inscrire au temple, furent faits sur ses dessins par Francesco da San Gallo, qui était encore jeune. Sur le plus grand espace, Andrea représenta l'Annonciation (3), qui eut lieu effectivement dans la chambre enclose par ces marbres. Il consacra un temps incroyable à cette œuvre, en sorte qu'il ne put finir les autres qu'il avait commencées, sauf, sur une face latérale, la Nativité de Jésus-Christ avec les bergers et quatre anges chantant, qu'il termina entièrement ; mais le sujet supérieur, représentant l'Adoration des Mages, fut terminé par Girolamo Lombardo et par d'autres. Sur la face postérieure, il décida de représenter, l'une au-dessus de l'autre, la Mort de la Vierge et sa Mise au Tombeau, qui fut terminée, après sa mort par le Bologna, sculpteur. Au-dessous, il voulut représenter le Miracle de Loreto, c'est à dire le transport par les anges dans cet endroit de la chambre où la Vierge naquit, fut saluée par l'ange, nourrit son Fils jusqu'à l'âge de douze ans et demeura après la mort du Christ. Ce relief fut sculpté par Tribolo, sculpteur florentin, selon qu'Andréa l'avait ordonné. Andrea ébaucha également les Prophètes des niches, mais il n'en termina qu'un seul. Il continua le palais canonical de cette église, suivant que Bramante l'avait commencé, sur l'ordre du pape Léon X ; comme il resta inachevé, la construction en fut continuée, sous Clément VII, par Antonio da San Gallo, et ensuite par Giovanni Boccalino, architecte, jusqu'à l'année 1563.

Comme il avait quatre rhois de vacances par an, il les passait à Monte San Savino, à faire de l'agriculture et à goûter un tranquille repos, au milieu de ses parents et de ses amis. Y restant donc l'été, il

(1) Ce groupe est en place.

(2) Il yalla en i5i3.

(3) En i523, pour 525 ducats. Les attributions des autres sculptures ne sont peutêtre pas exactes.

BENEDETTO DA ROVEZZANO

se bâtit une maison commode, et acheta des terres, puis il fit élever, pour les religieux de saint Augustin, un cloître qui, pour petit qu'il soit, est très bien compris ; il n'est pas absolument carré, parce que les pères voulurent utiliser d'anciennes constructions (i). Il composa encore, pour la confrérie de Sant' Antonio, qui a une chapelle dans ce cloître, une très belle porte d'ordre dorique, et pareillement la cloison transverse et la chaire de l'église du couvent. Il exécuta pour Montepulciano une grande figure en terre d'un roi Porsenna, qui était remarquable; mais, comme je ne l'ai pas revue, je crains qu'elle ne soit perdue ; pour un prêtre allemand de ses amis, il fit un saint Roch de terre cuite, en grandeur naturelle, que celui-ci fit poser dans l'église de Battifolle, près d'Arezzo ; ce fut sa dernière œuvre de sculpture (2).

A Arezzo, il donna encore le dessin de la maison de Messer Pietro, astronome distingué, et celui des escaliers (3), qui donnent accès à l'évêché d'Arezzo ; il composa de même, pour l'église de la Madonna delle Lagrime, un ornement magnifique (4), qu'on devait exécuter en marbre, avec quatre figures hautes de quatre brasses, mais la mort l'empêcha de le terminer. Parvenu à l'âge de 68 ans, comme il ne pouvait rester oisif, s'étant un jour mis à transporter des pieux d'un endroit à l'autre, dans sa villa, il contracta une pleurésie, et mourut, au bout de peu de jours, accablé d'une fièvre continue, l'an 1529 (5). Parmi ses disciples, nous citerons Lionardo del Tasso, Florentin, qui fit, à Sant' Ambruogio de Florence, un saint Sébastien, en bois (6), sur la tombe de son maître, et Jacopo Sansovino, Florentin, ainsi nommé à cause de son maître, et dont nous parlerons ailleurs plus longuement.

BENEDETTO da ROVEZZANO

Sculpteur, né en i4j4, mort peu après 1 552

Je pense qu'elle doit être grande, la douleur de ceux qui, après avoir produit des œuvres de génie, se trouvent tout à coup privés de la

(1) En i523.

(2) N'existe plus.

(3) En 1524.

(4) Commandé le 29 septembre i528.

(5) Enterré a Sant' Ambruogio, de Florence, (o) Existe encore à Sant'Ambruogio.

LES VIES D ARTISTES

vue par l'âge, la mauvaise fortune, ou quelque accident ; ils espéraient jouir dans leur vieillesse du fruit de leurs travaux, voir leurs œuvres refleurir dans celles d'autres artistes, mais ils ne peuvent plus apprécier ni les qualités, ni les défauts de ceux qu'on leur dit être vivants et s'exercer dans leur art. Et ce qui doit encore plus les attrister c'est d'entendre louer ceux qui leur ont succédé, et de ne pouvoir juger, sans envie, si cette renommée est juste et méritée. Pareille chose arriva à Benedetto da Rovezzano (i), sculpteur florentin, dont nous écrivons la vie, pour que le monde sache avec quel talent cet homme habile et expérimenté attaqua le marbre et créa des choses merveilleuses.

Parmi les premières œuvres qu'il exécuta à Florence, on peut citer, dans la maison de Pier Francesco Borgherini (2), une cheminée en pierre de macigno, sur laquelle sont sculptés de sa main des chapiteaux, des frises et d'autres nombreux ornements. Pareillement, dans la maison de Messer Bindo Altoviti, il y a de lui une cheminée et un lavabo en macigno, avec d'autres œuvres délicatement sculptées, mais faites, en ce qui concerne l'architecture, sur les dessins de Jacopo Sansovino, alors très jeune. Ensuite, en 15 12, ayant reçu la commande d'un tombeau en marbre, avec un riche ornement, dans la grande chapelle del Carmine, pour Piero Soderini, ancien gonfalonier de Florence, cette œuvre fut exécutée par lui avec un soin incroyable (3); outre les feuillages, les sculptures funèbres et les figures, il jeta une draperie noire, en pierre de touche, d'un fini si précieux qu'on la croirait de satin noir. Comme il s'occupait aussi d'architecture, on restaura, sur son dessin, à Sant' Apostolo de Florence, la maison de Messer Oddo Altoviti, prieur de cette église ; Benedetto fit en marbre la porte principale, sur laquelle il sculpta les armes de la famille Altoviti, en pierre de macigno. Dans la même église, au-dessus des deux chapelles de Messer Bindo Altoviti, où Giorgio Vasari d'Arezzo peignit à l'huile le tableau de la Conception, Benedetto exécuta en marbre la magnifique sépulture de Messer Oddo (4). Puis il fit, en concurrence de Jacopo Sansovino et de Baccio Bandinelli, un des Apôtres hauts de quatre brasses et demie, destinés à Santa Maria del Fiore ; c'est un

(1) Né à Pistoia, comme il le déclare dans son testament ; fils de Maestro Bartolommeo di Ricco di Grazino. Il vécut et mourut à Rovezzano.

(2) Casa Rosselli, Borgo Sant' Apostolo. La cheminée existe encore.

(3) Existe encore, dans le chœur.

(4) Mort le 12 novembre iSoy. Ce tombeau a été transporté à la paroi opposée.

BENEDETTO DA ROVEZZAMO

saint Jean, évangéliste (i), figure d'un bon style, qui se trouve actuellement avec les autres dans l'Œuvre du Dôme.

L'an 1505, les supérieurs de l'orde de Vallombrosa, ayant résolu de transporter le corps de San Giovanni Gualberto de l'abbaye de Passignano dans l'église de Santa Trinità, à Florence, qui est du même ordre demandèrent à Benedetto le dessin d'une chapelle et d'un tombeau et lui firent commencer les travaux. Il travailla dix ans avec l'aide de plusieurs sculpteurs, à ce tombeau qui coûta extrêmement cher à l'ordre ; ce travail terminé émerveilla Florence. Malheureusement, le tombeau fut détruit pendant le siège de 1530, et les têtes enlevées aux statues. Le tout fut tellement ruiné et saccagé, que les moines vendirent ensuite les débris à vil prix ; ceux qui voudront connaître ce qui en reste n'ont qu'à aller à l'Œuvre de Santa Maria del Fiore, où se trouvent quelques morceaux qui ont été achetés comme marbres brisés, il y a peu d'années (2).

La porte et le vestibule de la Badia de Florence sont également l'œuvre de Benedetto, et, pareillement, plusieurs chapelles, entre autres celle de Santo Stefano, faite pour la famille Pandolfini (3).

Enfin il fut appelé en Angleterre, au service du roi, pour lequel il exécuta de nombreux ouvrages en marbre et en bronze, en particulier son tombeau (4). Grâce à la libéralité du roi» il put revenir à Florence et y vivre à l'aise le reste de ses jours. Il yfitencore quelques menus travaux, mais les vertiges qui, en Angleterre, avaient commencé à lui donner mal aux yeux, et d'autres infirmités causées, dit-on, pour être resté trop près du feu, à fondre des métaux, le privèrent complètement de la vue ; il cessa donc de travailler environ vers l'an 1550, et mourut quelques années après (5). Benedetto supporta cette cécité, durant ses dernières années, avec une patience vraiment chrétienne, remerciant Dieu de lui avoir permis d'acquérir par son travail les moyens de vivre honnêtement.

(1) Commandé le 28 septembre i5i2; estimé 3oo florins le 3o octobre i5i3. Placé à droite, dans le chœur.

(2) Actuellement au Musée National.

(3) Tous ces trava ux existent encore.

(4) Il fit le tombeau du cardinal Wolsey, à Windsor. Détruit en 1646. Le sarcophage contient actuellement le corps de l'amiral Nelson, dans la cathédrale de Saint-Paul.

(5) 11 s'était retiré au couvent de Vallombrosa en i552. Mort en i554 (?).

LES VIES d'artistes

BACCIO daMONTELUPO et RAFFAELLO

Le premier, sculvteur, né en 1469, mort en i535 (?) ; le second, son fiis, né vers i5o5, mort en i566

Bien qu'on s'imagine généralement que les paresseux soient incapables de conduire un art quelconque à la perfection, néanmoins, contre l'opinion de tous. Baccio (i) da Montelupo exerça la sculpture avec distinction. Dans sa jeunesse, égaré par les plaisirs, il ne se livrait guère à l'étude et tenait l'art en nulle ou mince estime, malgré les reproches et les instances de ses amis. Survint l'âge de raison, qui apporte la sagesse, et qui lui montra combien il était éloigné de la bonne route ; en sorte que honteux de se voir dépassé par ses rivaux dans son art, il prit le parti de se consacrer au travail avec autant d'ardeur qu'il en avait mis jusqu'alors à l'éviter. Grâce à cette résolution, il arriva en sculpture à un résultat que personne n'aurait osé attendre de lui. Il montra son habileté dans une œuvre en pierre sculptée au ciseau, à Florence, au coin du jardin attenant au palais Pucci, et qui represente les armes du pape Léon X soutenues par deux enfants d'une belle manière et bien exécutés (2). Il fit un Hercule pour Pier Francesco de' Medici, et l'Art de Porta Santa Maria lui commanda (3) une statue de saint Jean l'évangéliste en bronze (4), qu'il eut peine à obtenir, car plusieurs maîtres présentèrent des modèles en concurrence du sien. Cette statue fut posée ensuite au coin de San Michele in Orto, face à l'ojfïice (5) ; il la termina avec un soin extrême. On dit que ses armatures et ses moules étaient d'une grande beauté, et l'on ajoute qu'il effectua l'opération de la fonte avec une facilité merveilleuse. Ces travaux lui valurent le renom de bon et excellent maître, et son saint Jean est aujourd'hui plus que jamais estimé par les artistes. Il travailla également le bois et sculpta plusieurs crucifix de grandeur naturelle, qui sont répandus dans toute l'Italie et dont un, entre autres, se trouve au-dessus de la porte du chœur, dans le couvent de San Marco, à Florence (6).

(1) Baccio Sinibaldi, d'après une autobiographie de son fiîs, conservée à la Bibliothèque Magliabecchiana. Fils de Giovanni d'Astore (Estimo de Montelupo).

(2) Existent encore, en mauvais état.

(3) Mise en place le 20 octobre i5i5.

(4) Faite en i5i5, payée 840 florins d'or.

(5) En place.

(6) Actuellement dans le grand réfectoire.

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