‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 29 sur 46 · JACOMO PALMA ET LORENZO LOTTO · texte numérisé non relu

JACOMO PALMA ET LORENZO LOTTO

œuvre, lui seul aurait eu la réputation d'avoir dépassé tous ceux -que nous avons célébrés comme des génies rares et divins (i). Comme, au contraire, il continua à vivre et à produire, il descendit de la hauteur où son début avait donné à espérer qu'il s'élèverait. Quoi qu'il en soit, un ou deux ouvrages parfaits suffisent pour racheter le blâme que les autres lui auraient mérité. Il mourut à Venise, à l'âge de 48 ans.

Lorenzo Lotto (2), peintre vénitien, fut le compagnon et l'ami du Palma. Il imita pendant un temps la manière des BelHni et prit ensuite celle du Giorgione, comme l'attestent une foule de tableaux et de portraits que l'on voit à Venise, chez divers gentilshommes. Dans la maison d'Andrea Odoni se trouve un fort beau portrait de ce seigneur (3), de la main de Lorenzo ; Tommaso da Empoli, Florentin, possède de lui une Nativité du Christ (4), figurée pendant la nuit. Elle est très belle, parce qu'elle est éclairée par la lumière qui s'échappe de la personne du Christ : on y voit encore la Madone agenouillée et un personnage entier qui adore le Christ, et dont la figure reproduit les traits de Messer Marco Loredano.

Pour les Carmes, il représenta sur un tableau un saint Nicolas revêtu d'habits pontificaux et planant dans les airs avec trois anges; à ses pieds se tiennent sainte Lucie et saint Jean (5). Le bas de ce tableau est occupé par un très beau paj^sage parsemé de petites figures et d'animaux. Sur l'un des côtés, saint Georges à cheval tue le dragon ; un peu plus loin, on aperçoit la jeune fille déhvrée, et, dans le fond, une ville et un bras de mer. A San Giovanni e Paolo, dans la chapelle de saint Antonin, archevêque de Florence, il représenta ce saint assis entre • deux prêtres, avec une multitude de gens dans le bas du tableau (6).

Etant encore jeune et imitant en partie la manière des Bellini et en partie celle de Giorgione, il fit, à San Domenico de Recanati, le tableau du maître-autel, divisé en six compartiments (7). Dans celui du milieu, on voit la Vierge tenant l'Enfant Jésus et faisant remettre par un ange l'habit de son ordre à saint Dominique, agenouillé devant elle; il y a encore deux petits enfants, dont l'un joue du luth et l'autre du rebec,

(1) Son testament est (lu 28 juillet i528. 11 meurt au commencementdu mois d'août de la même année.

(2) NéàTrévise. Il signait Laiirenliiis Loiua Venetus.

(3) Tableau perdu.

(4) Ibid.

(5) En place, dans l'église Santa Maria del Carmine; signé, daté 1529.

(6) Ce tableau est en place

(7) Id. Peint à Venise et envoyé à Recanati, peu après i525.

LES VIES d'artistes

Le deuxième compartiment représente les papes saint Grégoire et saint Urbain ; le troisième saint Thomas d'Aquin et un autre saint, qui fut évêque de Recanati (r). Au-dessus de ces trois compartiments sont les trois autres ; au milieu, surmontant la Madone, on voit un Christ mort soutenu par un ange, entre la Vierge qui lui baise un bras et sainte Madeleine. Au-dessus de saint Grégoire, dans le cinquième compartiment, il y a saint Vincent et sainte Marie-Madeleine, et, enfin, dans le sixième, au-dessus de saint Thomas, saint Sigismond et sainte Catherine de Sienne.

Après avoir achevé ces ouvrages, Lorenzo se rendit à Ancóne, au moment où Mariano de Pérouse venait de terminer le tableau du maître-autel (2) de Sant'Agostino, qui obtint peu de succès. On le chargea de peindre pour la même église, sur un tableau placé au milieu, la Vierge tenant son Fils, et deux anges en raccourci, qui la couronnent (3). Enfin, étant devenu vieux et ayant presque perdu la voix, Lorenzo fit quelques travaux de peu d'importance à Ancóne et se retira à la Madonna di Loreto, où il avait exécuté autrefois un tableau à l'huile (4) qui est dans une chapelle que l'on rencontre à droite en entrant dans l'église. Ayant résolu de consacrer le reste de sa vie au service de la Madone et d'habiter la sainte maison, il se mit à y peindre, autour du chœur et au-dessus des stalles des prêtres, des histoires dont les plus grandes figures avaient une brasse de hauteur. Les sujets qu'il y traita furent la Nativité du Christ, l'Adoration des Mages, la Présentation au Temple, le Baptême dans le Jourdain, la Femme adultère, le Sacrifice de David et le Combat de l'archange saint Michel contre Lucifer chassé du ciel. Ces peintures terminées (5), il ne se passa pas beaucoup de temps qu'il mourût en bon chrétien (6), ayant vécu de même et avec des mœurs irréprochables .

A la même époque florissait encore, en Romagne, le Rondinello, peintre excellent, dont on voit des ouvrages à Forli et à Ravenne (7). Il vécut soixante ans et mourut dans cette dernière ville, où il fut enterré dans l'église de San Francesco.

(1) Saint Flavien.

(2) Tableau perdu,

(3) Actuellement dans l'église Santa Maria di Piazza

(4) Représentant trois saints; tableau sur toileen place. Signé : laurentius. lottus

PICTOR. VENETUS.

(5) Actuellement au palais Episcopal de Loreto.

(6) La dernière mention qui est faite de lui est de i554 ; à celte date il peint à Loreto.

(7) Plusieurs existent encore.

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