II
514 LES VIES D ARTISTES
Mais Vittore Scarpaccia (i) fut véritablement le premier qui, parmi tous ces peintres, fit des œuvres d'importance. Ses premières furent dans la Scuola di Sant'Orsola, où il peignit sur toile la majeure partie des histoires qui y sont et qui représentent la vie et la mort de cette sainte (2). Il sut si bien se tirer des difficultés de ces œuvres, qu'il exécuta avec un grand soin, qu'il en retira la réputation d'un maître consommé, ce qui fut cause, dit-on, que la nation milanaise lui fit faire un tableau à détrempe (3) destiné à la chapelle de sant' Ambrogio, qu'elle possédait dans l'égUse des Mineurs. Dans l'église Sant' Antonio, à l'autel du Christ ressuscité, où il peignit son Apparition à la Madeleine et aux Maries (4), il fit un paysage en perspective, dont les lointains fuient d'une manière admirable. Dans une autre chapelle, il peignit l'histoire des Martyrs, c'est-à-dire quand ils furent crucifiés (5). Ce tableau renferme plus de trois cents figures grandes et petites, et, en outre, des chevaux, des arbres, un ciel ouvert, difi'érentes figures nues, habillées, des raccourcis et une quantité d'autres choses, en sorte que l'on voit bien qu'il dut l'exécuter avec une peine extraordinaire. Dans l'église San Giobbe in Canareio, à l'autel de la Madone, il la figura quand elle présente l'Enfant Jésus à Siméon(6). La Vierge est debout et Siméon, revêtu d'une chape, se tient entre deux ministres vêtus en cardinaux. Derrière la Vierge sont deux femmes, dont une tient deux colombes. Le bas de ce tableau estt occupé par trois enfants : le premier joue du luth, le second du serpent et le troisième de la viole; le coloris de tout ce tableau est charmant et
(1) La vie de Carpaccio, sur laquelle on ne possédait jusqu'à présent que peu de renseignements, a été éclaircie par les recherches de MM. G. Ludwig et P. Molmenti. Voir leur ouvrage : Vittore Carpaccio : la vita et le opere, ia-4, Milano,
Hœpli 1906. . ,
Il naquit vers 1455. Sa famille, les Scarpazza, habitait Venise depuis longtemps, et il naquitvraisemblablement dans cette ville. En 1472, il est d'âge à hériter d'un de ses oncles. Il dut mourir, entre la fin de i523, oil il est payé d'une Nativité, et le milieu de i526: à cette date le peintre Pietro Carpaccio se dit fils de fu Vettore. Œuvres non mentionnées par Vasari :
Peintures de Saint-Georges des Esclavons, i5o2-i5ii. - Vierge de San Vitale, signée, datée i5i4. - Pinacothèque. Rencontre de Joachim et de sainte Anne, signée, datée i5i5. - Palais ducal. Lion de saint Marc, signe et daté i5i6. — Musée' Correr. Deux femmes au balcon, signé et non daté. — Autres tableaux à Paris, Berlin, Stuttgard, Milan, Londres, Capo d'Istria, dont la famille était peutêtre originaire.
(2) Neuf toiles à l'Académie de Venise, signées, quelques-unes datées 149^, 1495.
(3) Un Couronnement de la Vierge, en place, œuvre d'un Vivarino et de Marco Basalti.
(4) Peinture perdue.
(5) A l'Académie, signé v. carpatius. mdxv.
(6) A l'Académie, signé vicroR carpathivs. m d.x.
VITTORE SCARPACCIA
frais. En vérité, Vittore fut un maître très habile et soigneux • quantité de tableaux,, de portraits qui sont de sa main, à Venise, sont très estimés et regardés comme des œuvres excellentes de cette époque
Il enseigna son art à ses deux frères qui l'imitèrent parfaitemem; l'un s'appelait Lazzaro, l'autre Sebastiano (i). De leurs mains, on voit, dans l'église des religieuses del Corpus Domini, à l'autel de la Vierge, un tableau où elle est assise entre sainte Catherine et sainte Marthe, avec d'autres saintes et une belle perspective de bâtiments (2).
Un autre peintre distingué de cette époque fut Vincenzio Catena (3), qui s'appliqua plus au portrait d'après nature qu'à toute autre peinture! On en voit de sa main plusieurs qui sont merveilleux (4), entre autres celui d'un Allemand, Fugger, personnage considérable et honoré qui habitait alors, à Venise, le Fondaco de' Tedeschi.
Giovan Batista (5) da Conegliano, élève de Giovan Bellini, fit aussi beaucoup d'ouvrages à Venise. De sa main il y a, au Corpus Domini, à l'autel de Saint Pierre martyr, un tableau (6) représentant ce saint, saint Nicolas et saint Benoît avec un paysage en perspective, uji ange accordant une cithare et quantité de petites figures plus que distinguées. Si cet artiste ne fût pas mort prématurément, il est à croire qu'il aurait égalé son maître.
Un peintre qui n'eut pas une petite réputation et qui vécut à la même époque, fut Marco Basarini (7), né de parents grecs. Il peignit ^ à Venise, dans l'église San Francesco della Vigna, un tableau représentant une Déposition de Croix (8), et, dans l'église Sant' Job, le Christ au jardin des Oliviers, les Apôtres dormant, saint François, saint Dominique et deux autres saints (9). Ce qui fut le plus loué, est le paysage et quantité de petites figures qui ont beaucoup de grâce. Dans la même église, Marco peignit encore saint Bernardin sur un rocher avec d'autres saints (10). Un grand tableau, dans l'église de la Chartreuse de Venise, représente le Christ entre Pierre, André et le
(1) Ces deux noms ne désignent qu'une seale personne, Lazzaro Bastiano, maître de Carpaccio, cité dès le 5 avril 1449.
(2) Peinture perdue.
(3) Mort en f53i.
(4) A Venise, Vienne et Berlin.
(5) Cima. Il a des tableaux datés entre 1489 et i5o8.
(6) Actuellement à Milan, au Musée de Brera.
(7) Basalti, né dans le Frioul ; dernière mention en i53o.
(8) En place.
(9) A l'Académie, signé aurcvs basitvs, mdx. (10) Peinture perdue.
LES VIES d'artistes
fils de Zébédée, sur la mer de Tibériade (i). Il y introduisit un bras de mer, une montagne, une partie d'une ville et une multitude de figures en petite proportion.
Bartolommeo Vivarino da Murano (2) se comporta également très bien dans les œuvres qu'il exécuta, comme on peut le voir, entre autres dans le tableau de l'autel saint Louis, à San Giovanni e Paolo (3). Il y représenta saint Louis assis, couvert d'une chape, entouré de plusieurs saints.
Giovanni Mansueti (4), qui imita la manière de Gentile Bellini, exécuta aussi ses peintures avec soin, et se plut à reproduire la nature, les figures et les lointains. Dans la Scuola di San Marco, il fit plusieurs tableaux (5) représentant des épisodes de la vie de saint Marc, ornés de divers personnages, avec une grande variété de têtes, de figure et de costumes.
Après lui. Vittore Bellini (6) travailla dans le même endroit et peignit un saint Marc lié (7), avec des édifices mis en perspective et quantité de figures où il imita ses prédécesseurs.
Bartolommeo Montagna (8) fiit ensuite un peintre peu ordinaire. Il habita toujours Venise et y laissa beaucoup de peintures. A Padoue, il fit un tableau qui est dans l'église de Santa Maria d'Artone (9).
Benedetto Diana (10) ne fut pas moins célèbre que tous les maîtres ^dont nous venons de parler, comme le témoignent le saint Jean et les deux autres saints tenant chacun un-livre (11), que l'on voit, à Venise, sur l'autel de San Giovanni^ dans l'église de San Francesco della Vigna.
Giovanni BuonconsigU (12) fut aussi considéré comme un bon maître. A San Giovanni e Paolo, il représenta, sur l'autel dédié à saint Thomas d'Aquin, ce saint entouré de plusieurs à qui il lit la sainte Écriture (13). Il y fit une perspective d'édifices que l'on ne peut que louer.
(1) A l'Académie, signé : mdx. m. baxit.
(2) Œuvres de 1450 à 1499.
(3) Il en reste en place des fragments importants, signés : bartholomevs vivarinvs
DE MVRIANO PINXIT MCCCCLXXIIJ.
(4) Mentionné, fin du xv' siècle.
(5) Actuellement à l'Académie, signés: ioannis de mansvetis.
(6) Belliniano; œuvres de i5o8 à i526.
(7) A l'Académie de Vienne, signé : mdxxvi victor bellinianvs.
(8) Né à Orzi Novi, pays brescian, vers 1450, mort en i523.
(9) Peinture perdue.
(10) Né à Venise vers 1450, mort après i5oo.
(11) Peinture perdue.
(12) De Vicence, di II Marescalco, mentionné de 1497 à i53o.
(13) Peinture perdue.
VITTORE SCARPACCIA
Simone Bianco, sculpteur florentin, et Tullio Lombardo, graveur d'un grand talent, passèrent également toute leur vie à Venise.
En Lombardie se rendirent encore célèbres les sculpteurs Bartolommeo demento da Reggio et Agostino Busto (i) ; les graveurs Jacopo Davanzo, de Milan, Gasparo et Girolamo Misceroni. A Brescia, Vincenzio Verchio (2) fut très habile dans la fresque et acquit par ses belles œuvres une grande réputation dans sa patrie. Nous en dirons autant de Girolamo Romanino (3), excellent dessinateur, ainsi que le démontrent les ouvrages qu'il exécuta à Brescia et dans les environs.
Alessandro Moreto (4) égala et même surpassa ces artistes. Son coloris est très délicat et il eut toujours un soin extrême, comme le prouvent ses œuvres.
Revenant à Vérone, cité dans laquelle ont fleuri et fleurissent plus que jamais d'excellents artistes, nous trouvons Francesco Bonsignori (5), Francesco Caroto (6) et Maestro Zeno qui fit, à Rimini, trois tableaux, très soignés, dont l'un est à San Marino.
Celui qui, plus que tous les autres, a fait d'admirables portraits d'après nature^ est le Moro de Vérone, que d'autres appellent Francesco Turbido (7). On voit de lui aujourd'hui, à Venise, chez Monsignor de' Martini, le portrait d'un gentilhomme de Cà Badovaro, sous la figure d'un berger, qui paraît vivant. Pareillement, Batista d'Angelo, son gendre, est plutôt au-dessus qu'à côté de son maître par la grâce de son coloris et la correction de son dessin. Mais comme mon intention n'est pas de parler à présent des vivants, il me suffit d'avoir mentionné ici quelques artistes, sur la vie et les œuvres desquels je n'ai pu obtenir de renseignements minutieux. Au moins que leur talent et et leur mérite aient de moi le peu que j'ai pu leur donner, bien que j'eusse voulu faire davantage.
(i) Dit Bambaja, 1480-1548 ; auteur du tombeau de Gaston de Foix., au musée de Brera.
(2] Civerchio de Crema.
(3) Rutiiani da Brescia, disciple de Giorgione.
(5) Né tn 1455, mort en
(7) Mort après i 546.
Luca SIGNORELLI da CORTONA
Peintre, né vers 1441, mort en i523
Luca Signorelli (i), peintre excellent, fut dans son temps, plus estimé en Italie, et ses œuvres eurent plus de réputation qu'il en arriva à tout autre peintre dans n'importe quel temps, parce que, dans ses ouvrages de peinture, il montra la manière de faire les nus et enseigna, qu'avec de l'art et de l'application on peut les faire paraître vraiment vivants. Disciple de Pietro de Borgo a San Sepolcro, par qui il fut dressé, il s'efforça, dans sa jeunesse, d'imiter son maître, voire de le surpasser (2). Pendant qu'ils travaillèrent ensemble à Arezzo, Luca, étant chez son oncle, Lazzaro Vasari, imita si bien la manière de Pietro qu'on ne pouvait pour ainsi dire pas distinguer l'une de l'autre.
Ses premières œuvres furent à San Lorenzo d'Arezzo, où il peignit à fresque, l'an 1472, la chapelle de Santa Barbara, et, pour les Compagnies de Santa Caterina et de Santa Trinità, sur toile peinte à l'huile, les bannières que l'on porte dans les processions (3), bien que cette dernière œuvre paraisse être plutôt de la main de Pietro. A Sant' Agostino, dans la même ville, il peignit le tableau de saint Nicolas de Tolentino (4) avec de petits sujets très beaux, et dans la chapelle del Sagramento, deux anges à fresque (5). Dans l'église de San Francesco, il fit, pour Messer Francesco (é), docteur en lois, le tableau (7) de la chapelle degli Accolti, où il le représenta, ainsi que des femmes de sa famille. Dans cette œuvre, il y a un saint Michel qui pèse les âmes et qui est admirable ; on reconnaît par lui et, en somme, par toute l'œuvre, le savoir de Luca en ce qui concerne l'éclat des armes et les reflets de lumière. Il lui mit en main une paire de balances, dans lesquelles des figures nues, montant ou descendant, offrent de très beaux raccourcis. Entre autres choses ingénieuses que renferme cette peinture, il y a une figure nue, très bien transformée en un diable, à laquelle un lézard lèche le sang d'une blessure. Il y a, en outre, une
(1) Né à Cortona, fils de Egidio di Luca di Ventura Signorelli et d'une sœur de Lazzaro Vasari, arrière-grand-père de l'auteur.
(2) La première mention qui soit faite de Luca est de 1470; il peint le buffet d'orgues de San Francesco à Cortona.
(3) Ces peintures n'existent plus.
(4) Peinture perdue.
(5) Fresque détruite.
(6) Mort à Sienne en 1488.
(7) Peinture perdue.
LUCA SIGNORELLI DA CORTONA
Vierge tenant son Fils, saint Étienne, saint Laurent et sainte Catherine, plus deux anges jouant du luth et du rebec. Toutes ces figures sont vêtues et ornées, au point que c'est une merveille à voir. Mais ce qu'il y a de plus miraculeux, c'est la prédelle pleine de petites figures et représentant des faits de la vie de sainte Catherine.
A Pérouse, il fit de nombreux ouvrages ; entre autres, dans le Dôme, pour Messer Jacopo Vannucci de Cortona, évêque de la ville, un tableau représentant la Vierge entre San Onofrio, San Ercolano, saint Jean-Baptiste et saint Étienne et un ange qui accorde un luth (i). A Volterra, il peignit à fresque, dans l'église San Francesco, sur l'autel d une confrérie, la Circoncision de Notre-Seigneur (2), que l'on admire beaucoup, bien que l'Enfant Jésus, ayant soufl?"ert de l'humidité, ait été refait par le Sodoma, beaucoup moins beau qu'il était. En vérité, il vaudrait mieux, une fois pour toutes, garder les œuvres des hommes excellents plutôt à demi-ruinées que de les faire retoucher par ceux qui s'y entendent le moins. A Sant'Agostino de la même ville, il fit un tableau à détrempe (3) dont la prédelle est rempHe de petites histoires de la Passion du Christ. A Monte a Santa Maria, il laissa un tableau du Christ mort (4) ; à Citta di Castello, dans l'église San Francesco, une Nativité du Christ (5), et à San Domenico, sur un autre tableau, un saint Sébastien (6). A Santa Margherita de Cortona, église des frères del Zoccolo, un autre Christ mort (7), une de ses meilleures œuvres ; et dans l'église del Gesù de la même ville, trois tableaux dont l'un merveilleux, placé sur le maître-autel, représente le Sauveur communiant avec les Apôtres et Judas mettant l'hostie dans son escarcelle (8). Dans l'église paroissiale, appelée aujourd'hui l'Évêché, il peignit à fresque quelques prophètes, grands comme nature, dans la chapelle del Sagramento, et autour du tabernacle, plusieurs anges qui ouvrent un pavillon ; sur les côtés, on voit un saint Jérôme et un saint Thomas d'Aquin (9). Sur le maître-autel de la même église,
(1) En place; daté 1484.
(2) Ce n'est pas une fresque, mais un tableau ; actuellement à la Galerie nationale de Londres.
(3) Une Adoration des Mages, de 1482, au Louvre.
(4) Peinture perdue. Commandé par la Seigneurie de cette ville. (5j Peinture perdue; elle était datée 1496.
(6) Actuellement à la Pinacothèque communale, 1498.
(7) D,.ns le Dôme, signé : lvcas aegidii t,jGN0RELLi cortonensis mdii.
(8) Ibid., signé: lvcas signorellivs corthonensis pingebat. mdxii. Les deux autres tableaux sont en place; ils représentent l'Adoration des Bergers et l'Assomption de: la Vierge.
(9) Presque détruite.
LES VIES d'artistes
il fit sur un tableau une très belle Assomption (i), et il dessina les peintures de l'œil-de-bœuf principal qui furent exécutées par Stagio Sassoli d'Arezzo. A Castiglione Aretino (2), il fit, au-dessus de la chapelle del Sagramento, un Christ mort avec les Maries (3), et à San Francesco de Lucignano, il décora les volets d'une armoire (4) où l'on conserve un arbre de corail surmonté d'un croix (5). Dans la chapelle de saint Christophe, à Sant Agostino de Sienne, il peignit un tableau dans lequel des saints entourent un saint Christophe en relief (6).
De Sienne, étant allé à Florence pour voir les œuvres des anciens maître et de ceux qui vivaient alors, il peignit^ pour Laurent de Médicis sur une toile^ quelques dieux nus qui furent très loués (7), ainsi qu'un tableau de la Vierge (8), avec deux petits prophètes en terre verte, qui est aujourd'hui à Castello, villa du duc de Cosme. Il donna ces deux œuvres à Laurent qui ne voulut jamais être vaincu par qui que ce fut en magnificence et en libéralité. Il peignit encore le tableau rond de la Vierge (9), très beau, qui est dans l'audience des capitaines di Parte Guelfa. A Chiusuri du pays siennois, couvent principal des moines de Monte Oliveto, il peignit, sur un côté du cloître, onze histoires (10) relatant la vie et les actions de saint Benoît. De Cortona, il envoya de ses œuvres à Montepulciano à Foiano où l'on voit de sa main le tableau du maître-autel de l'église paroissiale (11), et dans d'autres endroits du Valdichiana.
Il acheva, dans la cathédrale d'Orvieto, la chapelle commencée autrefois par Fra Giovanni da Fiesole (12). Il y représenta toutes les histoires de la Fin du Monde avec une invention originale et capricieuse. On y voit des anges, des démons, des tremblements de terre, des feux, des miracles de l'Antéchrist et autres choses semblables,
(1) Cette Assomption est actuellement Casa Tommasi, à Cortona.
(2) Appelé actuellement Castiglione Fiorentino.
(3) Cette fresque existe encore, en mauvais état.
(4) N'cîxistent plus; couvent supprimé en 1811,
(5i L'arbre existe encore; fait de i35o à 1471 par Gabriello d'Antonio da Sierra, orfèvre.
(6) Au Musée de Berlin, 1498.
(7) L'Écol- de Pan, au Musée de Berlin, signé: lvcas cortonen.
(8) Aux Offices.
(9) Aux Offices.
(10) Non pas onze, mais dix fresques, qui existent encore, 1497-1498.
(11) Un Couronnement delà Vierge, en place, i523.
(12) Chapelle San Brizio ; ces fresques existent encore. Le contrat pour les peintures de la voûte est du 5 avril 1499; pour celles des parois, du 27 avril i5oo.
LUCA SIGNORELLI DA CORTONA
outre des nus, des raccourcis et quantité de belles figures, rendant ainsi la terreur qui régnera dans ce dernier et terrible jour. Il éveilla l'esprit de ceux qui sont venus après lui et qui ont pu trouver vaincues les difficultés de cette manière. Aussi je ne m'étonne point que Michel-Ange ait toujours vivement loué les œuvres de Luca, et qu'il ait pris quelques-unes de ses inventions qu'il a introduites dans son divin Jugement dernier de la chapelle Sixtine. Luca se représenta lui même, ainsi que plusieurs de ses amis dans cette fi'esque.
A Santa Maria di Loreto, il peignit à fresque, dans la sacristie, les quatre Evangélistes, les quatre Docteurs et d'autres saints qui sont très beaux (i). Il fut libéralement récompensé de ce travail par le pape Sixte.
On raconte qu'un des fils, qu'il aimait beaucoup et qui était très beau de son visage et de toute sa personne, ayant été tué à Cortona (2), Luca, plongé dans sa douleur, fit dépouiller le cadavre et le peignit avec une grande force de caractère, sans se plaindre ni jeter une larme pour voir toujours peint de ses mains ce que la nature lui avait donné et que la fortune ennemie lui enlevait. Appelé ensuite, par le pape Sixte (3) à peindre dans la chapelle du palais papal, concurremment avec d'autres peintres, il fit deux histoires qui sont comptées parmi les meilleures. L'une est le Testament de Moïse au peuple hébreux en vue de la terre promise et l'autre la mort de Moïse.
Finalement, ayant produit des œuvres pour ainsi dire pour tous les princes d'Italie et étant déjà vieux, il revint à Cortona où, dans ses dernières années, il peignit encore, plus par amusement que pour autre chose, en homme qui, habitué à travailler, ne pouvait ni ne savait rester oisif. Il fit donc dans sa vieillesse, deux tableaux : l'un (4) pour les religieuses de Santa Margherita d'Arezzo et l'autre (5) pour la Compagnie de San Girolamo. Partie du prix de ce dernier tableau fut payée par Messer Niccolo Gamurrini, docteur en lois et auditeur de Rote, qui y est représenté agenouillé et recommandé par saint Nicolas à la Vierge près de laquelle on voit san Donato, saint Etienne, saint Jérôme nu, David chantant sur un psalterion; il y a encore deux Prophètes qui s'entretiennent de la Conception, comme semblent l'indiquer les brefs qu'ils tiennent dans leurs mains. Ce tableau fut porté
(i) Ces fresques n'existent plus.
{2) Luca perdit un fils en i5o2 et un autre en i5o6.
(3) Vers 1482-1483 ; ces deux fresques existent encore .
(4) Tableau inconnu. ,, « .„
(5) Commandé le 19 septembre i5ig pour 100 florins larges; actuellement a la
Pinacothèque d'Arezzo.
LES VIES d'artistes
de Cortona à Arezzo sur les épaules des hommes de la Compagnie de- San Girolamo, et Luca, malgré sa vieillesse, voulut l'accompagner, tant pour le mettre lui-même en place que pour revoir ses amis et ses parents. Comme il logea dans la maison des Vasari^ où j'étais petit enfant de huit ans, je me souviens que ce bon vieux, courtois et de bonne mine, ayant entendu du maître qui m'apprenait les premières lettres que je ne m'occupais à l'école qu'à faire des figures, je me souviens, disje, qu'il se retourna vers Antonio, mon père, et lui dit : « Antonio, puisque Giorgino ne dégénère pas, faites-lui apprendre à dessiner de toute façon, puisque, tout en étudiant les lettres, il apprendra le dessin qui ne peut que lui être utile et plaisant, et lui faire honneur comme à tout homme bien élevé. » Puis, se retournant vers moi, qui étais debout devant lui. il dit : « Travaille, petit cousin. » Il dit encore de moi beaucoup d'autres choses que je passe sous silence, parce que je reconnais être loin d'avoir confirmé la bonne opinion qu'avait de moi ce bon vieillard. Le tableau mis en place, il retourna à Cortona, accompagné une grande partie de la route par une foule de citoyens, de parents et d'amis, ainsi que le méritait le grand talent de cet homme qui vécut toujours plus en seigneur et en gentilhomme qu'en peintre.
A cette époque, Silvio Passerini, cardinal de Cortona (i), résolut d'orner de peintures un palais qu'il avait fait construire, à un demimille hors des murs de la ville, par Benedetto Caporali (2), peintre pérugin, qui, peu de temps auparavant, avait commenté Vitruve (3). Benedetto couvrit de fresques (4) tout ce palais avec l'aide de plusieurs élèves, entre autres Tommaso et Masso Papacello di Cortona (5). Le cardinal ayant voulu aussi avoir quelque chose de la main de Signorelli, celui-ci, bien que vieux et gêné par la paralysie, peignit à fresque un Baptême du Christ (6), sur la façade de l'autel de la chapelle dans le Palais Passerini, mais il ne put le terminer, car il mourut pendant le travail à l'âge de 82 ans (7).
Luca fut un homme de mœurs excellentes, sincère, aimable avec ses amis, d'une conversation douce et plaisante avec tout le monde et
(1) Mort en 1529.
(2) Gio. BtiStita Caporali, né vers 1476, mort vers i56o.
(3) Livre publié en i536.
(4) Ces fresques existent encore.
(5) Ces deux noms désignent la même personne.
(6) Existe encore.
(7) Mort en décembre i523. Le i3 octobre i523, il avait fait son testament copore languens.
LUCA SIGNORELLI DA CORTONA
surtout d'une grande courtoisie envers tous ceux qui lui demandèrent son appui ; il fut très complaisant dans l'enseignement de ses élèves. Il vécut splendidement et se plaisait à être bien vêtu. Pour ses bonnes qualités, il fut toujours en grande vénération dans sa patrie (i) et au dehors. Aussi, avec la fin de sa vie, qui arriva en 1521, nous terminerons cette deuxième partie de notre livre, nous arrêtant à Luca comme à un artiste qui, avec la science du dessin et particulièrement des nus, la grâce de l'invention et la judicieuse entente de ses histoires, ouvrit la voie de la perfection à la plupart des peintres dont nous allons maintenant nous occuper.
(i) 11 fut fréquemment prieur et membre du Conseil général de Cortona.