II
LES VIES d'artistes
s'éveillant à de plus grandes entreprises, il y réussit parfaitement, comme le prouvent divers ouvrages en argent, et particulièrement quelques nielles excellents que l'on peut voir à Bologne, sa patrie (i). Il renferma maintes fois vingt figurines belles et bien proportionnées dans un espace de deux doigts de hauteur sur un peu plus de longueur. Il fit encore plusieurs émaux sur argent, qui disparurent au moment de la chute et de l'expulsion de la famille Bentivogli (2). Et, pour tout dire en un mot, il exécuta mieux que qui que ce soit tout ce qu'on peut attendre de cet art. Mais il se plut principalement, et il excella à faire des coins pour des médailles qui peuvent être comparées à celles deCaradosso (3), comme on peut s'en rendre compte par celle sur laquelle est la tête très naturelle du pape Jules II, celle de Giovanni Bentivogli qui paraît vivant et celles d'une multitude de princes qui s'arrêtèrent à Bologne. Il faisait d'abord leurs médailles en cire ; puis, après avoir fait les matrices, il les frappait et les leur envoyait, ce qui, outre la renommée, lui valut de riches récompenses . Tant qu'il vécut, il dirigea la Monnaie de Bologne, dont il fit tous les coins sous les Bentivogli, sous Jules II et sous Léon X. Les pièces sont si estimées que celui qui en possède ne consent pas à s'en défaire à prix d'argent.
Il arriva que le Francia, désireux d'acquérir une plus grande gloire, et ayant connu Andrea Mantegna et d'autres peintres qui avaient tiré de leur art honneur et profit, résolut d'essayer si la peinture lui réussirait, quant au coloris, parce que, pour le dessin^ il pouvait largement se mesurer avec eux. Il commença donc par des portraits et d'autres œuvres peu importantes, tenant dans sa maison plusieurs personnes du métier qui lui enseignaient les modes et le procédé du coloris ; comme il avait le jugement très bon, il en acquit rapidement la pratique (4). La première œuvre qu'il produisit est un petit tableau pour Messer Bartolommeo Felisini, qui le plaça dans l'église della Misericordia, hors de Bologne (5). Ce tableau représente la Madone assise, avec plusieurs autresfigures, en particulier celle de Messer Bartolommeo; il est peint à l'huile avec un soin extrême. Exécuté l'an 1490, il plut tellement à Bologne, que Messer Giovanni Bentivogli, désireux d'orner avec les œuvres de ce nouveau peintre sa chapelle dans l'église San Jacopo de cette ville, lui fit faire sur un tableau une madone dans les
(0 On conserve deux Paix de Francia à l'Académie des Beaux-Arts de Bologne.
(2) En ibo-j.
(3) Ambrogio Foppa de Pavie, florissait vers i5oo.
(4) La plupart de ses œuvres sont signées: frangia, avrifex et datées.
(5) Actuellement à la Pinacothèque de Bologne, signé et daté 1490.
FRANCESCO FRANCIA
airs entre quatre figures et avec, au-dessus d'elles, deux anges musiciens (i). Cette œuvre fut si bien exécutée par le Francia, qu'elle lui valut, outre les louanges de Messer Giovanni, un présent considérable Elle fut cause aussi que Monsignore del Bentivogli (2) lui fit faire un tableau pour le maître-autel della Miséricordia qui fut très loué (3) c'est une Nativité du Christ, aussi remarquable par le dessin que par l'mvention et le coloris. Il fit également un tableau (4) pour l'église della Nunziata, hors de la porta San Mammolo, qui représente l'Annonciation avec diverses figures qui sont très estimées.
Tandis que par ses œuvres le Francia voyait sa renommée s'accroître et que la peinture à l'huile lui avait acquis gloire et profit, il résolut de voir s'il réussirait de même dans la fresque. Messer Giovanni Bentivogli avait fiiit peindre son palais par différents maîtres de Ferrare, de Bolggne et de Modène (5); mais, ayant vu les essais du Francia dans la fresque, il se décida à lui faire peindre une paroi d'une chambre qu'il s'était réservée pour lui, et Francia y représenta Judith et Holopherne. Cette fresque, une des plus belles qu'il ait produites, fut jetée à terre ainsi qu'une Dispute de philosophes, couleur de bronze, après l'expulsion des Bentivogli, quand on détruisit leur palais (6). Dans la chapelle de Santa Ceciha, qui tient à l'église San Jacopo, il fit deux fresques représentant le Mariage de la Vierge avec Joseph et la Mort de sainte Cécile (7). La chute de Messer Giovanni Bentivogli, qui lui avait prodigué tant de bienfaits, lui causa, dit-on, un profond chagrin ; mais en homme sage et courageux, il continua à travailler. Après le départ de Messer Giovanni, il fit trois tableaux qui allèrent à Modène et qui représentent : le Baptême du Christ (8), une très belle Annonciation (9) et, le dernier, une Vierge dans les airs avec plusieurs figures (10), qui fut placé dans l'église des religieux dell' Osservanza.
La renommée d'un maître si excellent s'étant répandue partout, les villes s'efî"orçaient à l'envie d'avoir de ses œuvres. Pour les moines
(1) En place, signé.
(2) Antonio Galeazzo, fils de Giovanni.
(3) Actuellement à la Pinacothèque de Bologne, non signé, daté 1490.
(4) Placé au maître-autel ; en mauvais état.
(5) A savoir: Francesco Cossa, Lorenzo Costa, Ercole Grandi.
(6) En i5oy.
(7) Il y a en tout dix fresques en mauvaisétat, attribuées : deux au Francia et les autres à ses élèves. Au lieu du Mariage de la Vierge, lire Mariaga de sainte Cécile.
(8) Au Musée de Dresde, signé, daté i 5o8.
(9) Au Musée de Modène (n'est pas de Francia.) (10) Au Musée de Berlin, signé, daté i5o2.
noirs de San Giovanni, à Parme, il peignit un Christ mort soutenu par la Vierge et entouré de nombreux personnages (i). Les Frères se trouvant bien servis firent en sorte qu'il peignit encore une Vierge (2) pour leur église de Reggio de Lombardie, et de même, pour leur église deCesena,une Circoncision du Christd'un coloris charmant(3). LesFerrarais, jaloux de leur voisin et désireux d'avoir des œuvres de Francia dans leur cathédrale, lui firent exécuter un tableau rempli de figures et qu'ils appelèrent tableau delaToussaint (4). A San Lorenzo de Bologne, il fit une Vierge très estimée, avec deux figures sur les côtés et deux enfants au-dessous (5). Il l'avait à peine terminée qu'il dut en faire une autre àSant' Jobbe, avec un Christ en croix, saint Job agenouillé au pied de la croix, et deux figures sur les côtés (6). La réputation et les œuvres de cet artiste étaient si répandues en Lombardie qu'on lui en demanda en Toscane; il envoya donc à Lucques une sainte Anne avec la Vierge et beaucoup d'autres f.gures, et, au-dessus, un Christ mort soutenu sur les genoux de sa mère (7) ; ce tableau, fort estimé des habitants de Lucques, est dans l'église San Frediano. Il fit encore, à Bologne, deux tableaux (8), soigneusement exécutés, pour l'église della Nunziata, à Bologne, et un troisième à la Misericordia, hors de la Porta a Stra Castione (9), qu'il peignit à la requête d'une dame de la famille Manzuoli, et représentant une Vierge entre des saints, à savoir saint Georges, saint Jean-Baptiste, saint Étienne et saint Augustin,^ et avec un ange à ses pieds, qui tientles mains jointes avec tant de grâce qu'on le croirait descendu du paradis (10). Un autre (11) se voit dans la Compagnie de San Francesco, dans la même ville, et pareillement un autre (12) dans la Compagnie de San leronimo. Pour Messer Paolo Zambeccaro, son intime ami, il fit un tableau très grand représentant la Nativité du Christ (13)^ seigneur lui fit peindre à
(1) Actuellement dans la Galerie de Panne.
(2) Collection Lombardi, à Florence.
(3) Au Palais public de Césena, signé.
(4) En place, signé. (C'est un couronnement de la Vierge.)
(5) Au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg; signé, daté i5oo.
(6) Au Musée du Louvre.
(7) A la Galerie Nationale de Londres, signé.
(8) Une Vierge et un Christ en croix; en place.
(9) Porta di >trada Castiglione.
(10) A la Pinacothèque de Bologne.
(11) Au Musée de Berlin.
(12) Une Annonciation à la Pinacothèque de Bologne.
(13) Au Musée de Forli.
FRANCESCO FRANCIA
fresque deux belles figures dans sa villa (i). Il fit encore à fresque une peinture très gracieuse (2) dans la maison de Messer leronimo Bolognino, avec quantité de figures variées et très belles. Toutes ces œuvres lui avaient valu une telle vénération dans cette ville qu on le regardait comme un dieu. Et ce qui porta sa réputation aux nues, ce fut le travail que lui demanda le duc d'Urbin, à savoir : une paire de caparaçons pour chevaux (3), sur lesquels il représenta une grande forêt en feu, de laquelle sortait une quantité considérable d'animaux terrestres et ailés, ainsi que quelques figures ; œuvre terrible, capable de donner l'épouvante et pour laquelle le duc récompensa richement le Francia, outre qu'il lui eut toujours de grandes obligations, à cause des éloges qu'il en reçut. Le duc Guido Baldo, pareillement, a dans sa garderobe un tableau de la main du même, représentant une Lucrèce romaine qui est très estimée (4).
Dans l'église San Vitale e Agricola, à l'autel de la Madone, il peignit un tableau dans lequel on remarque deux anges jouant du luth, très beaux (5). Je ne ferai pas mention des tableaux qui sont répandus par Bologne, dans les maisons des gentilshommes, et encore moins des portraits infinis qu'il fit d'après l original ; cela m'entraînerait trop loin.
Pendant qu'il était dans une telle gloire et qu'il jouissait en paix du fruit de ses fatigues, Raphaël d'Urbin était à Rome et, toute la journée, une foule d étrangers étaient autour de lui, entre autres des gentilshommes bolonais venu pour voir ses œuvres. Comme il arrive le plus souvent qu'on vante volontiers les beaux génies de son pays, ces Bolonais parlèrent à Raphaël, avec force louanges, des peintures, de la vie et du talent de Francia, en sorte qu'ils provoquèrent entre eux une vive amitié et que les deux peintres s'écrivirent (6). Le Francia, ayant entendu tant vanter les divines peintures de Raphaël, aurait bien aimé les voir, mais son âge avancé et ses aises le retenaient dans sa ville de Bologne. Or il arriva que Raphaël fit à Rome, pour le cardinal de' Pucci Santi Quattro un tableau de sainte Cécile (7), destiné à être envoyé à Bologne pour être placé dans la chapelle de San Giovanni m
(1) N'existent plus.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
{ôî II ™;e lettre de Raphaël, du 5 septembre i5o8, dans laquelle il demande à Francia de lui envoyer le dessin de la Judith du palais Bentivogh. (7) Actuellement à la Pinacothèque de Bologne.
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Monte, où est le tombeau de la bienheureuse Elena dall' Olio. 1! l'envoya donc au Francia, dans une caisse, et chargea son ami de le placer sur l'autel de la chapelle, avec le cadre tel qu'ill'avait composé (i). Le Francia fut enchanté de cette occasion de voir une œuvre de Raphaël. Ayant ouvert la lettre que lui écrivait Raphaël, il vit que celui-ci le priait, dans le cas où il y aurait une éraillure à son tableau, de la réparer, et pareillement, s'il y trouvait une erreur, étant son ami, de la corriger : aussi fit-il avec une grande joie sortir le tableau de sa caisse, et l'exposa-t-il à une bonne lumière. Mais telle fut la stupeur qu'il éprouva que, reconnaissant son erreur et sa folle présomption de se croire l'égal de Raphaël, il conçut un violent chagrin et mourut en peu de temps. Le tableau de Raphaël était divin : ce n'était pas une peinture, mais la réalité vivante ; il était si bien composé et si bien peint, qu'entre toutes les belles œuvres qu'il peignit pendant sa vie, bien que toutes soient miraculeuses, celle-là peut être appelée une véritable rareté. Aussi le Francia, à demi-mort de stupeur et transporté par la beauté de la peinture qu'il avait devant les yeux et qu'il pouvait comparer à celles de sa main qui se voyaient à côté, la fit soigneusement poser à la place qui lui était destinée, dans la chapelle de San Giovanni in Monte. Quelques jours après, il se mit au lit, tout hors de lui, s'estimant n'être plus rien dans l'art en comparaison de ce qu'il se croyait être et de ce qu'on disait de lui. Puis il mourut de douleur et de mélancolie, à ce que prétendent quelques-uns (2).
Toutefois, plusieurs personnes disent que sa mort fut si subite qu'à plusieurs symptômes elle parut due au poison ou à la goutte, plus qu'à toute autre chose. Le Francia fut un homme sage, d'une forte constitution et très régulier dans sa manière de vivre. Il fut honorablement enseveli par ses fils, à Bologne, l'an 15 18.
Pietro PERUGINO
Peintre, né en 1446, mort en t523
Dans la ville de Pérouse, naquit un pauvre homme de Castello della Pieve, nommé Cristofano (3), un fils qui, au baptême, reçut le nom de
(0 Ce cadre est encore en place.
(2) Mort le 5 janvier i5i8, d'après les documents du temps.
(3) Christoforo Vannucci. Pietro, né en 1446 à Castel della Pieve, signait fréquemment Petrus de Castro Plebis. Immatriculé en i5o6 au Collège des Peintres de Pé« rouse. Immatriculé à lart des Peintres de Florence le i" septembre i^^g : 1499, 1 seplembns, Macjisler Petrus Crlsiophori Vannucci pictor de Perusio.
PIETRO PERUGINO
Pietro. Elevé entre la misère et la souffrance, il fut donné par son père comme apprenti à un peintre de Pérouse, qui n'était pas très habile, mais qui avait en grande vénération l'art et les hommes qui y excellaient. Il ne cessait de répéter à Pietro de quel profit et de quel honneur est la peinture pour celui qui l'exerce avec distinction, et, en lui faisant le récit des récompenses gagnées par les anciens et les modernes, il l'engageait à étudier cet art. Il enflamma ainsi son esprit de manière que Pietro eut l'idée de devenir, si la fortune voulait l'aider, un de ces hommes éminents. S'il rencontrait quelqu'un qu'il connaissait comme ayant couru le monde, il lui demandait dans quel pays se formaient le mieux les artistes ; et son maître qu'il interrogeait ainsi, lui fit toujours la même réponse, que c'était à Florence plus qu'autre part que les hommes devenaient parfaits dans tous les arts et particulièrement dans la peinture. Pietro se rendit donc à Florence et étudia sous la discipline d'Andrea Verrocchio. Ses premières figures furent hors la Porta al Prato, au couvent des religieuses de San Martino, actuellement détruit par la guerre. Aux Camaldules, il fit sur un mur un saint Jérôme qui fut très estimé des Florentins (i). Il acquit ainsi en peu d'années un tel crédit que ses ouvrages se répandirent non seulement à Florence et en Italie, mais encore en France, en Espagne et dans les autres pays étrangers. Aussi les marchands commencèrent-ils à en tenir compte et à en envoyer hors du pays, pour leur plus grand profit. Pour les religieuses de Santa Chiara, il peignit, sur un tableau, un Christ mort dont le coloris était si agréable et si nouveau qu'il donna à croire aux artistes que Pietro ne tarderait pas a devenir excellent. On voit, dans ce tableau, quelques têtes de vieillards très belles et les Maries qui s'arrêtent de pleurer et contemplent avec un amour indicible le corps du Sauveur; en outre, il fit un paysage qui fut trouvé très beau, parce que l'on n'avait pas encore vu la vraie manière de le traiter, comme on l'a vue depuis (2). On raconte que Francesco del Pugliese voulut donner aux dites religieuses trois fois autant d'argent qu'elles en avaient payé à Pietro, et faire faire pour elles un tableau semblable, sortant de la propre main de son auteur ; et qu'elles ne voulurent pas y consentir, parce que Pietro leur dit qu'il ne croyait pas pouvoir le recommencer. Il y avait encore, hors la Porta a Pinti, dans le couvent des Frères jésuites, plusieurs œuvres de la main de Pietro, mais
(0 Peinture non retrouvée. ^rrrr (2) Actuellement au Palais Pitti, signé : petrus. pervsinvs. pinxit. a. d. mcccc
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l'église et le couvent ont été ruinés pendant le siège de Florence (i). Des œuvres qu'il y exécuta, ne se sont conservés que les tableaux qui furent portés à la Porta a San Pier Gattolini, où l'on donna asile à cet ordre dans l'église et le couvent de San Giovannino. Il y avait donc deux tableaux de Pietro sur la cloison transverse de l'église des Jésuites (2). L'un d'eux représente le Christ au jardin des Oliviers et les Apôtres dormant. Il y montra combien le sommeil l'emporte sur les soucis et les chagrins, ayant figuré les Apôtres dormant dans des attitudes très reposées. Sur l'autre tableau, il représenta une Pietà, c'est à dire un Christ couché sur les genoux de sa mère, entouré de quatre figures qui ne sont pas moins bonnes que celles de ses autres œuvres ; entre autres choses, il fit le corps du Christ raidi, comme si le firoid de la mort et le long espace de temps où il resta sur la croix l'avaient rendu tel, en sorte que Jean et la Madeleine, tous affligés et en pleurs, sont obligés de le soutenir. Il peignit, surun autre tableau, un Christ en croix, avec la Madeleine et, à ses pieds, saint Jérôme, saint Jean-Baptiste et le bienheureux Giovanni Colombini, fondateur de cet ordre (3). Ces trois tableaux ont beaucoup souffert et sont entièrement gercés dans les noirs et dans les ombres ; cela vient de ce que la première couche de couleur que l'on pose sur l'enduit [parce que l'on donne trois couches de couleurs Tune par-dessus l'autre], n'étant pas très sèche, les autres couches se retirent plus tard en séchant, ce qui amène nécessairement ces crevasses. Pietro ne pouvait connaître ce danger, car, de son temps seulement, on commença à bien peindre à l'huile.
Les œuvres de Pietro étant donc très estimées par les Florentins, un prieur de ce couvent des Jésuites, qui appréciait les œuvres d'art, lui fit peindre, sur un mur du premier cloître, une Nativité avec les Mages, traitée dans une manière un peu menue, mais très soignée ; et, dans le second cloître, au-dessus de la porte du réfectoire, le pape Boniface (4) confirmant l'ordre du bienheureux Giovanni Colombini. Au-dessous de cette fresque, on voyait la Nativité du Christ avec des anges et des bergers d'un coloris très frais. Surla porte de l'Oratoire, il fit encore, dans un arc, les trois demi-figures de la Vierge, de saint Jérôme et du bienheureux Giovanni, d'une si belle manière que cette fresque fut estimée une des meilleures qu'il ait jamais produites. D'après ce que j'ai enten-
(1) En i52Q.
(2) Ces deux tableaux sont actuellement à l'Académie des Beaux-Arts.
(3) Tableau perdu.
(4) Le pape Urbain V, en 1367.
PIETRO PERUGINO
du dire autrefois, ledit prieur excellait à faire le bleu d'outremer, et comme il en possédait une certaine quantité, il voulut que Pietro en mît beaucoup dans toutes les œuvres susdites ; mais le pauvre homme était si méfiant que n'ayant pas confiance dans Pietro, il voulait toujours être présent quand celui-ci employait le bleu dans son travail. Aussi Pietro, qui était un homme de bien, au cœur droit et qui ne désirait autre chose que la récompense de ses peines, avait sur le cœur de voir la méfiance du prieur, et il imagina de l'en faire rougir. Ayant pris un petit bassin plein d'eau, quand il avait fait les dessous de ses draperies ou d'autre chose qu'il voulait peindre en bleu ou en blanc, il demandait successivement de l'outremer au prieur qui mettait avec peine la main au sac et le lui faisait mettre dans la fiole pleine d'eau à détrempe. Passant ensuite à l'exécution, après deux coups de pinceau, Pietro plongeait le pinceau dans le' bassin en sorte qu'il restait plus d'outremer dans l'eau qu'il n'en posait sur sa peinture. Le prieur, qui voyait que le sac se vidait et que le travail ne sortait pas, ne cessait de répéter : « Dieu ! que cet enduit absorbe d'outremer ! — Vous le voyez bien! » répondait Pietro. Puis quand le prieur était parti, Pietro retirait l'outremer qui était au fond du bassin ; et, quand il lui parut temps de le faire, il le rendit au prieur, et lui dit : « Mon père, ceci vous appartient ; apprenez à vous fier aux hommes de bien, qui ne trompent jamais ceux qui se fient à eux, mais qui sauraient bien tromper, s'ils le voulaient, les méfiants tel que vous. »
Ces œuvres et beaucoup d'autres le mirent en telle réputation qu'il fut presque forcé d'aller à Sienne^ où il peignit, à San Francesco, un grand tableau (i) qui fut trouvé très beau, et, à Sant' Agostino, un autre représentant un Christ en croix avec quelques saints (2). Peu après, il fit à Florence, dans l'église San Gallo, un tableau de saint Jérôme pénitent (3), qui est aujourd'hui à San Jacopo tra Fossi. On k chargea ensuite de représenter, au-dessus des escaliers de la porte latérale de San Pier Maggiore (4), un Christ mort avec un saint Jean et la Madone ; il l'exécuta de telle manière que, bien qu'exposée à la pluie et au vent, cette fresque s'est conservée avec une extrême fraîcheur, comme si elle venait d'être terminée par Pietro. Certes, il montra une profonde intelligence du coloris à fresque aussi bien qu'à l'huile. A
(1) Une Nativité, détruite par l'incendie de l'église, le 24 août i655.
(2) En place; pavé 200 écus d'or.
(3) Tableau perdu. ^ j„ o 1^
(4) Église détruite à la fin du xvni- siècle. La fresque est actuellement dans le
palais Albizzi.
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Santa Croce, il fit une Pietà (i), qui est étonnante à regarder, non pas tant pour sa beauté, que pour s'être maintenue si vive et si fraîche de couleurs à fresque. Bernardino de' Rossi, citoyen florentin, lui fit faire un saint Sébastien (2) pour cent écus d'or, lequel fut vendu ensuite par Bernardino au roi de France quatre cents ducats d'or. A Valle Ombrosa, il peignit un tableau pour le maître-autel (3), et pareillement un autre dans la Chartreuse de Pavie (4). Pour le cardinal Caraffa, de Naples, il peignit une Assomption de la Vierge, avec les disciples en admiration autour du sépulcre (5), destinée au maîtreautel de l'évéché ; l'abbé Simone de' Oraziani de Borgo San Sepolcro lui demanda un grand tableau (6), qu'il exécuta à Florence et qui fut porté à San Gilio del Borgo sur les épaules d'hommes que l'on a payés chèrement. Il envoya à Bologne un tableau représentant quelques figures debout et une Madone dans les airs (7), qui dut être placé à San Giovanni in Monte.
La renommée de Pietro s'était répandue de telle sorte, en Italie et au dehors, que le pape Sixte IV, pour sa plus grande gloire, l'appela à Rome, pour travailler dans sa chapelle, en compagnie d'autres artistes excellents. Aidé par don Bartolommeo della Gatta, abbé de San Clemente d'Arezzo, il peignit le Christ donnant les clefs à saint Pierre (8), la Nativité et le Baptême du Christ, et la naissance de Moïse, quand il est sauvé des eaux par la fille de Pharaon. Sur la paroi où est l'autel, il peignit l'Assomption de la Vierge et représenta le pape Sixte agenouillé. Mais cette fresque fut jetée à terre, du temps de Paul III, pour faire place au Jugement dernier du divin Michel-Ange. Il couvrit une voûte, dans la tour Borgia^ de quelques épisodes de la vie du Christ, et de feuillages en grisaille (9), qui furent réputés de son temps une œuvre excellente. Pareillement à Rome^ il peignit l'Histoire de deux Martyrs (10), dans l'église San Marco,
(1) N'existe plus.
(2) Tableau perdu. Un ta bleau analot^ue, provenant de la galerie Sciarra, est au Louvre.
(3) Une Vierge, à l'Académie des Beaux-Arts, signée, datée i5oo.
(4) Actuellement à la Galerie Nationale de Londres, c'est la célèbre Madone de Pavie
(5) Actuellement dans la cathédrale de Naples, au-dessus de la petite porte.
(6) Une Ascension, en place.
(7) A la Pinacothèque de Bologne, signé : pktrus pervsinvs pinxit.
(8) Existent encore : les deux iiutres fresques restituées à Pinturicchio furent détruites, en même temps que TAssomption.
(9) Existe encore, dans la chambre de l'incendie du Bourg.
(10) N'existe plus.
PIETRO PERUGINO
près du Saint-Sacrement, une des bonnes œuvres qu'il ait faites à Rome, et décora une loggia et quelques chambres du palais Sant' Apostolo, pour Sciarra Colonna (i). Tous ces travaux lui mirent en main une grande quantité d'argent ; il résolut donc de ne plus rester à Rome et, emportant la faveur de toute la cour, il revint à Pérouse, sa patrie, où il exécuta nombre de tableaux et de fresques, particulièrement dans le Palais, un tableau à l'huile dans la chapelle des Signori renfermant la Vierge et quelques saints (2). A San Francesco del Monte, il peignit à fresque deux chapelles (3) ; dans l'une il représenta l'Adoration des Mages, dans l'autre le martyre de quelques religieux de l'ordre de saint François, qui furent mis à mort en allant trouver le Soudan de Babylone. Pour le couvent de San Francesco, il peignit, à l'huile, deux tableaux représentant l'un la Résurrection du Christ (4) et l'autre saint Jean-Baptiste avec d'autres saints (5). Dans l'église des Servi, il fit pareillement deux tableaux (6), sur l'un la Transfiguration de Notre-Seigneur, sur l'autre, à côté de la sacristie, l'Histoire des Mages (7). Mais, comme ces peintures ne sont pas aussi bonnes que les autres œuvres de Pietro, on tient pour certain que ce sont de ses premières œuvres. A San Lorenzo, cathédrale de cette ville, il y a, de la main de Pietro, une Vierge entourée de saints (8), dans la chapelle del Crocifisso. A l'autel del Sacramento, où est conservé l'anneau de mariage de la Vierge, il représenta le Mariage de la Vierge (9). Après cela, il fit à fresque toute la salle d'audience du Cambio (10), à savoir, dans les compartiments de la voûte, les sept planètes tirées sur des chars par divers animaux, selon la tradition antique ; sur la paroi face à la porte d'entrée, la Nativité et la Résurrection du Christ (II), et, sur un tableau, saint Jean-Baptiste entouré d'autres saints (12). Sur les parois latérales, il peignit, dans sa manière, des grands hommes latins et grecs et, sur la quatrième paroi, des prophètes et des sibylles. Sous chaque figure, en guise d'inscription, il traça
(1) Peintures détruites.
(2) A la Pinacothèque du Vatican, signée: hoc petrvs. de castro, pleb.s pincxìt.
(3) Ces fresques existent encore, en mauvais état.
(4) A la Pinacothèque du Vatican.
(5) A la Pinacothèque de Pérouse.
(6) Tous deux à la Pinacothèque de Pérouse.
(7) Restituée a Fiorenzo di Lorenzo.
(8) Tableau disparu. ,
(9) Au Musée de Caen, commandé en 149.^ ; exécute en i:)00.
(10) Ces peintures existent encore, 1499-1500.
(11) Lire : la Nativité et la Transfiguration.
(12) Dans la chapelle, à côté de la salle du Cambio.
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quelques mots se rapportant à leur objet, et dans un ornement il plaça son portrait, très vivant, au-dessous duquel il écrivit son nom et la date (i). Cette œuvre, qui est très belle et fut considérée plus qu'aucune autre qu'il exécuta à Pérouse, est regardée aujourd'hui par les habitants de cette ville comme un précieux souvenir de leur glorieux compatriote. Il fit ensuite, dans la grande chapelle de l'église Sant' Agostino, un grand tableau isolé et entouré d'un riche ornement, qui représente, sur le devant, saint Jean baptisant le Christ, et sur la face postérieure tournée du côté du chœur, la Nativité du Christ (2), la prédelle renferme plusieurs sujets de petites figures exécutées avec grand soin. Dans la même église, il fit, pour Messçr Benedetto Calera (3), un tableau placé dans la chapelle San Niecolo. Étant ensuite retourné à Florence, il fit dans le couvent de Cestello (4) un tableau de saint Bernard (5) et dans le chapitre un Christ en. croix, entre la Vierge, saint Benoît, saint Bernard et saint Jean (6). A San Domenico de Fiesole, dans la deuxième chapelle à main droite, il y a de lui un tableau représentant la Vierge avec trois figures, parmi lesquelles est un saint Sébastien que l'on admire beaucoup (7).
Pietro avait tant produit, et les commandes lui venait en telle abondance qu'il mettait en œuvre bien souvent les mêmes choses, et la doctrine de son art était devenue tellement un système qu'il donnait la même physionnomie à toutes ses figures. Comme Michel-Ange Buonarroti commençait à être connu, Pietro désirait vivement voir ses figures, à cause des éloges que les artistes leur donnaient. Et sentant cette réputation naissante obscurcir la sienne, il cherchait avec des paroles mordantes à nuire à ceux qui travaillaient. Il en résulta qu'outre plusieurs querelles qu'il eut avec des artistes, Michel-Ange lui dit un jour en public qu'il n'était qu'une ganache. Pietro ne pouvant supporter cette injure, tous deux comparurent devant le tribunal des Huit ; mais Pietro ne s'en tira pas à sa gloire. Entre temps, les frères des Servi de Florence, désireux d'avoir le tableau de leur maître-autel peint par un artiste fameux, et s'étant adressés à Filippino, après le départ de
(1) Extrait de l'inscriptioa Petrus Perusinus Anno Salut. M. D ; travail payé 35o ducats d'or en i5oj.
(2) A la Pinacothèque de Pérouse ; commandée en i5o2.
(3) Benedetto Capra, c'est une Vierge, en place, datée : Anno Salutis M. D.
(4) Appelé actuellement Santa Maria Maddalena de' Pazzi.
(5) Tiibleau disparu.
(6) Exisie encore, 1493-1496; payé 55 ducats d'or. Commandé par Dionisio. Pucci et Giovanna, sa femme.
(7) Aux Offices, signé : PEravs pervsinvs pinxit. an. mcccclxxxxiii.
PIETRO PERUGINO
Léonard de Vinci pour la France, celui-ci, quand il eut fait la moitié d'un des deux tableaux qui lui étaient commandés, passa à une meilleure vie. En sorte que les pères, confiants en Pietro, le chargèrent de tout le travail (i). Filippino avait terminé, dans la Déposition de Croix (2), les Nicodèmes qui descendent le corps ; Pietro y ajouta la Vierge évanouie et quelques autres figures. Comme le tableau devait avoir deux faces, Tune, du côté du chœur, avait à représenter la Déposition de Croix, et l'autre, tournée vers la nef, l'Assomption de la Vierge (3), que Pietro traita d'une manière si vulgaire que le tableau fut retourné. Ces deux tableaux ont été depuis mis sur des autels delà nef, et il n'est resté en place que six panneaux sur lesquels sont peints, dans des niches, des saints, de la main de Pietro (4) On raconte que, lorsque Pietro découvrit son ouvrage, il fut extrêmement blâmé par tous les nouveaux artistes, particulièrement parce qu'il avait reproduit des figures dont il s'était déjà servi dans d'autres œuvres. Ses amis lui disaient qu'il ne s'était pas appliqué, et qu'il avait abandonné la bonne manière. Soit, par avarice, soit pour ne pas perdre de temps, Pietro leur répondait : « J'ai produit des figures qui autrefois vous plaisaient et obtenaient vos éloges. Si maintenant, elles vous déplaisent et si vous leur refusez vos éloges, qu'y puis-je faire ? » Accablé de sonnets piquants et d'épigrammes, il quitta Florence, étant déjà vieux, et revint à Pérouse, où il fit quelques fresques (5) dans l'église San Severo, monastère de l'ordre des Camaldules, où le jeune Raphaël d'Urbin, son élève, avait peint plusieurs figures, comme nous le dirons lorsque nous raconterons sa vie. Il travailla également à Montone, à la Fratta (6), et dans divers endroits du pays de Pérouse, en particulier à Assise, dans l'église Santa Maria degli Angeli, où il peignit à fresque, sur le mur, derrière la chapelle de la Vierge, qui correspond au chœur des Frères, un Christ en croix avec plusieurs figures (7). Dans l'église de San Piero, abbaye des moines noirs de Pérouse, il peignit le tableau du maître-autel représentant l'Ascension, avec les Apôtres dans le bas regardant vers le ciel (8) ; la prédelle renferme trois histoires exécutées avec grand
(1) Le 5 août i5o5, pour i5o ducats.
(2) A l'Académie des Beaux-Arts.
(3) Placée actuellement dans la cinquième chapelle à gauche.
(4) II en reste deux à Florence, dans la collection des frères Metzger.
(5) Six figures de saints, sous la Trinité de Raphaël, signées, datées i52i.
(6) Localités de la province de Pérouse.
(7) N'existe plus.
(8) Au musée de Lyon ; commandée le 8 mars 149^ pour 5oo ducats d or. Peinture transportée sur toile.
LES VIES d'artistes
soin, à savoir : l'Adoration des Mages, le baptême et la Résurrection du Christ (i). De tous les tableaux à l'huile de Pietro qui sont à Pérouse, celui-là est sans contredit le meilleur. Il commença une vaste fresque à Castello della Pieve (2), mais il ne l'acheva pas.
Il avait l'habitude, en homme qui ne se fiait à personne, de porter tout son argent sur lui, quand il allait et revenait de Castello à Pérouse. Un jour, il fut attendu et assailli par des voleurs qui le dépouillèrent complètement, mais, sur ses supplications, lui laissèrent la vie par la grâce de Dieu. Depuis, par l'entremise de ses amis, qui étaient nombreux, il récupéra une grande partie de l'argent qui lui avait été volé ; toutefois la douleur que lui causa cette aventure le mit à deux doigts de la mort.
Pietro fut une personne de très peu de religion : on ne put jamais lui faire admettre l'immortalité de l'âme ; aussi, avec des paroles appropriées à son cerveau obstiné, il refusa toujours de suivre la bonne voie. Toute son espérance reposait sur les biens de la fortune, et pour de l'argent il aurait été capable de tout. Il amassa de grandes richesses, bâtit et acheta des maisons à Florence, et acquit une foule de biens stables à Pérouse et à Castello della Pieve. Il prit pour femme une jeune fille très belle (3), dont il eut plusieurs enfants; il se plut tellement à la voir revêtue de parures agréables chez lui et au dehors, que souvent, dit-on, il la parait de ses propres mains. Finalement, étant parvenu à l'âge de soixante-dix-huit ans, il mourut à Castello della Pieve, où il fut honorablement enseveli l'an 1524 (4).
Il forma dans sa manière bon nombre de maîtres et, entre autres, le miraculeux Raphaël d'Urbin, qui le surpassa de beaucoup, après avoir travaillé pendant plusieurs années avec lui, et en compagnie de son père, Giovanni de' Santi. Parmi ses autres disciples, il y eut encore Pinturicchio, Rocco Zoppo florentin, le Montevarchi, le Bacchiacca qui fut très habile dans les grotesques, Giovanni Spagna, le meilleur coloriste de tous les élèves de Pietro, enfin Benedetto Caporali ou Bitti, qui exécuta une foule de peintures à Pérouse, sa patrie. Mais aucun de ces élèves n'égala la perfection de Pietro, ni le charme de son coloris ; sa manière plut tellement en son temps, qu'une multitude d'Allemands,
(0 Tous trois au musée de Rouen.
(2) Une Adoration des Mages, dans l'oratoire de la compagnie de la Vierge, dite de' Blanchi. Daté mdiiii.
(3) Chiara di Luca Fancelli, qu'il épousa le septembre 1493 et qui lui donna sept enfants.
(4) Mort de la peste au château de Fontignano, entre Castel della Pieve et Pérouse, en i523, entre les mois de février et de mars.
VITTORE SCARPACCIA
de Français, d'Espagnols et d'aut l'apprendre. On fit grand commerce envoya au loin, jusqu'au moment Ange, qui ouvrit aux art la véritable
•es étrangers accoururent pour des tableaux de Pietro, que Ion où parut la manière de Michelvoie.
Vittore SCARPACCIA et autres Peintres vénitiens et lombards
Dans l'espace de plusieurs années, parurent dans la marche trévisane et en Lombardie, Stefano de Vérone, Vittore Scarpaccia, et beaucoup d'autres dont nous mentionnerons quelques-uns ici.
Stefano (i) de Vérone fut, dans son temps, un peintre plus que distingué ; quand Donatello travaillait à Padoue, étant allé une fois à Vérone, il resta émerveillé des œuvres de Stefano, affirmant que les peintures que celui-ci avait faites à fresque étaient les meilleures qu'on eût encore faites daus cette partie de l'Italie. Ses premières œuvres (2) furent, à Sant' Antonio de Vérone, à l'extrémité gauche du transept et sous l'archivolte, une Vierge tenant l'Enfant Jésus entre saint Jacques et saint Antoine ; à San Niccolo de la même ville, une très belle fresque de saint Nicolas. On voit encore de lui d'autres œuvres dans les rues de Vérone et à Sant' Eufemia, couvent des Augustins. Dans la même église, il entoura le tabernacle de la chapelle del Sagramento dune troupe d'anges volants (3), dont les uns jouent de divers instruments, tandis que les autres chantent ou encensent le Saint-Sacrement. Le couronnement de ce tabernacle est formé par un Christ supporté par des Anges revêtus de longues robes blanches, qui se terminent presque en nuages, manière qui fut habituelle à Stefano dans la représentation de ses anges, à qui il fit toujours un visage gracieux et un aspect très beau. A San Fermo, église des Franciscains, il exécuta, pour l'ornement d une Déposition de Croix, douze prophètes grands comme nature, et à leurs pieds Adam et Ève, ainsi qu'un paon qu'il avait l'habitude de pemdre en guise de signature (4). Il peignit également à Mantoue, dans l'église San Domenico, à San Francesco et ailleurs, des œuvres qui existent
(0 Da Zevio, du nom d'un pays véronais. Né en iSgS, mort en ...?
(2) Qui n'existent plus.
(3) Ibid.
(4) Existent encore.
LES VIES d'artistes
encore (i) On prétend qu'avant d'aller à Florence^ il fut élève de Maestro Liberale de Vérone, mais cela a peu d'importance, car tout ce qu'il sut de bon lui fut enseigné à Florence par Agnolo Gaddi.
Un autre peintre de la même ville de Vérone, Aldighieri da Zevio (2)^ fut intimement lié avec les seigneurs della Scala. Il peignit, entre autres choses, la grande salle de leur palais, aujourd'hui habité par le podestat, et y représenta la guerre de Jérusalem, telle qu'elle est décrite par Josèphe. Il y montra beaucoup d'esprit et de jugement, et entoura la salle d'un ornement surmonté par une série de médaillons représentant, à ce qu'on dit, les seigneurs della Scala et les hommes fameux de ce temps, entre autres Messer Francesco Petrarca (3).
Jacopo Avanzi, peintre bolonais, travailla, en concurrence d' Aldighieri, dans cette salle. Au-dessous de la guerre de Jérusalem, il fit à fresque deux Triomphes, d'une telle beauté qu'ils étaient, au dire de Girolamo Campagnuola, un objet d'admiration pour Mantegna. Il peignit, également à Padoue, dans la chapelle San Giorgio (4) qui est à côté du temple de Sant' Antonio et à Bologne, dans l'église della Mezzarata (5).
A la même époque, Jacobello de Flore (6), bien qu'il suivît les errements de la manière grecque, fut en haut crédit à Venise. Parmi les nombreux ouvrages qu'il laissa dans cette ville (7), on remarque le tableau qui orne l'autel de San Domenico, dans l'église des religieuses del Corpus Domini (8).
Son rival, Giromin Mozzone (9), peignit quantité d'œuvres à Venise et dans diverses villes de la Lombardie. Mais, comme il conserva la vieille manière et fit toutes ses figures raides, posées sur la pointe des pieds, nous ne dirons rien de lui, sinon qu'il y a de sa main, sur l'autel dell' Assunzione, dans l'église de Santa Lena (10), un tableau avec beaucoup de saints.
Guariero (11), peintre padouan, lui fut infiniment supérieur. Il
(1) N'existent plus.
(2) Né vers i33o, mort avant 1400.
(3) Ces peintures n'existent plus.
(4) Une partie de ces fresques existe encore ; identification difficile. (5; Ibid.
(6) Travailla de 1400 à 1439 ; on a son testament du 2 septembre 1439.
(7) Plusieurs œuvres à l'Académie et au Musée Correr.
(8) Cette église n'existe plus ; le tableau est perdu.
(9) De son vrai nom Giacomo Moroceni.
(10) Église supprimée; le tableau est à l'Académie, signé, daté 1441.
(11) Guariento; florissait vers i36o, mort avant 1378.
VITTORE SCARPACCIA ^
peignit, entre autres choses, la grande chapelle degU Eremitani (0 une autre chapelle dans le premier cloître du même couvent une troisième chapelle dans la maison d'Urbano Perfetto (2) et la salle des Empereurs romains, où les écoliers vont danser pendant le carnaval (3). Il exécuta aussi à fresque, dans la chapelle du Podestat différents sujets de l'Ancien Testament (4).
Giusto (5), également de Padoue, représenta, dans la chapelle de San Gio. Battista, hors de l'église de l'évêché, non seulement des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais encore les Révélations de l'Apocalypse de saint Jean l'évangéliste (6). Au-dessus, il distribua avec art, dans un paradis, des chœurs d'anges et des ornements variés. A Sant' Antonio, il peignit à fresque la chapelle de saint Luc (7), et, dans une chapelle degli Eremitani, les Arts libéraux, ensuite les Vertus et les Vices, les hommes qui se sont rendus célèbres par leurs vertus, et ceux qui, pour leurs vices, ont été précipités dans les profondeurs de l'enfer (8).
Dans le même temps travailla encore à Padoue Stefano (9), peintre ferrarais, qui, à Sant' Antonio, orna de diverses peintures la chapelle et Varca où est renfermé le corps de saint Antoine (10), ainsi que la madone connue sous le nom de del Pilastro (11). A la même époque fut très estimé Vincenzio (12), peintre de Brescia, ainsi que le raconte Filarète, de même que Girolamo Campagnuola, peintre padouan et disciple du Squarcione. Giulio, fils de Girolamo, peignit, enlumina et grava sur cuivre quantité de beaux ouvrages, à Padoue et ailleurs.
Dans la même ville de Padoue, il y a beaucoup d'œuvres de Niccolo Moreto (13), qui vécut 80 ans et exerça continuellement son art, ainsi que d'autres peintres qui dépendent de Gentile et de Giovanni Bellini.
(1) Ces fresques existent encore et représentent des planètes. Ses autres peintures n'existent plus.
(2) Urbano Prefetto ; ce n'est pas un nom propre.
(3) Actuellement bibliothèque de la ville.
(4) Remplacés par des peintures du Titien.
(5) De Menabuoi, mort vers iSgy.
(6) Existent encore, attribuées aussi à Altichieri.
(7) Existe encore.
(8) Peintures détruites.
(9) Falzagalloni.
(10) Peintures détruites.
(11) Existe encore.
(12) Foppa, à Milan en 1457, mort en 1492.
(13) Probablement Giovanni Mireto, mentionné en 1428 et en 1441.