G. Budé« de P Institution du Prince
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Rien ne nous empêche de reconstituer^ par Timagination&la faculté dMnduction, l'intérieur d'un de ces bons maîtres émailleurs qui, pendant tout un siècle, furent Thonneur par excellence de la vieille cité limousine. Pénétrons dans le laboratoire, afin d'assister aux opérations de l'habile praticien & de saisir les secrets dont il estjaloux à l'excès. Nous y sommes; cela de par l'induction. C'est un avantage précieux pour l'homme, en dehors de la simple perception des faits, de posséder l'observation; mais, sans la faculté d'induction, l'observation serait stérile. Les faits observés demeureraient isolés, sans liens entre eux, ne procédant pas les uns des autres ; & non-seulement nous ne pourrions pas amener les lois naturelles à leurs dernières consé-
quenceS; mais il nous serait interdit de remonter à ces lois mêmes & de les spécifier. Grâce à cette faculté, il nous est donné de concevoir des idées & de dépasser les faits observés.
Entrons dans un de ces logis où règne cette grande vertu, Tamour du labeur honnête. Nous avons le choix entre plusieurs. Voici, rue Grande-Pousse, la maison des Limosin. C^est ici qu'avec son frère Martin, son aide & son compagnon, Léonard, le maître des maîtres, alimente sans repos son four. Sans doute rhumble demeure est décorée d'un blason nouveau. Quelque part, dehors ou dedans, brille, sur un cartouche, reçu de sinople chevronné d'argent, chargé de deux taus en tête &, en pointe, d'un lis au naturel de même. Le roi des fleurs de lis, qui aime les bons opérants, a nommé Léonard son peintre &, lui octroyant le titre ambitionné de son valet de chambre, dont s'honorait Clément Marot, lui a conféré la noblesse de même qu'autrefois le roi Philippe 111 avait anobli Torfévre Raoul. C'est ainsi que la seigneurie de Venise savait récompenser magnifiquement les illustres dans les arts en les revêtant, parfois, de
9a LES VIEUX ARTS DU FEU.
la robe patricienne^ comme elle fît pour ce Fabrianèse^ maître des deux Gentili.
Selon l'heure, le jour, Tannée que nous pénétrerons dans Tofficine, il nous sera donné de surprendre Inhabile honune traduisant de Raphaël, pour le roi François 1"", les amours de Psyché; peignant ce même prince en saint Thomas, ou Tamiral de Chabot en saint Paul ; représentant le roi Henri II à cheval avec sa maîtresse en croupe. 11 eût pu le représenter assis sur les genoux de Diane, une guinterne en main, s'il lui eût été donné de le contempler dans cette posture, ainsi qu'il advint au connétable & au comte d'Aumale\ Nous le verrons travaillant au portrait de la reine Claude, de Louis I*', duc de Montpensier, du connétable de la Trémoîlle, de la reine Eléonore, de la reine Catherine, des rois François II & Charles IX, de Henri d'Albret & d'Antoine de Bourbon, son gendre, qui fut vicomte de Limoges, de Scaliger, de Luther même & de Calvin, car la Réforme, alors, préoccupe toutes les tètes pensantes.
I. Revue historique ^ septembre-octobre 1877. — Dépèche de Saint-- Maurisj ambassadeur de Charles^Quint à la cour de France, Juin 1547.
Que de belles œuvres sortirent des mains de notre Léonard! Il ne fut point dépassé, rarement atteint, &rancien cosmographe André Thevet parla d'or quand il le proclama « le plus excellent ouvrier du monde ».
Nous pouvons aller rue du Poussât, non loin de la maison du vieux Nardon Pénicaud, chez Jehan Court, dit Vigier, qui fut consul à Limoges pour les années 1529 & 15^0. Si la ménagère de cet excellent dessinateur, dame Léonarde Jourdanie, ne nous ferme pas la porte au nez, en gardienne sévère du logis, nous le pourrons voir aux prises avec des combats de centaures, des triomphes de Vénus, avec les images de la Farnésine du fameux Marc-Antonio Raimondi, d'après le Sanzio.
Nonloin de chez Jehan Court, devant la Tour-Neuve, est la maison de Pierre Reymond, héritier de cette vieille famille des Reymond qui compte un consul, vers 1375, parmi ses membres presque tous orfèvres, émailleurs & peintres. C'est dans la rue Descendant- Manigne que demeure Pierre Reymond avec sa femme Jehanne Martel, Pendant cinquante ans il fut siu* la brèche, peignant pour les princes, pour les grands.
pour madame de Valentinois, sur ces belles coupes à couvercles, sur ces aiguières élancées, sur ces bassins ovales ou ronds dont la forme seule a déjà le don de plaire, quelque triomphe de Diane, quelque chasse aux cerfs & aux ours, quelque bacchanale déroulant son cortège ivre, mille sujets sacrés ou profanes, d'après Raphaël, Androuet Ducerceau, Virgilius Solis. Peut-être le surprendrons-nous donnant la dernière glaçure à Tune de ses neuf grandes plaques représentant les vertus & les principaux dieux antiques, destinées à orner l'intérieur de cette œuvre colossale en majolique, le merveilleux château de Madrid, qu'un artiste contemporain nomme, avec justesse, im immense vaisselier *. Pierre Reymond connaît l'Allemagne; il s'inspire volontiers des œuvres d'Albert Durer. Ainsi que presque tous ses émules, il a fait son tour de France obligé, travaillant aux vitraux des églises *.
Quel que soit d'ailleurs le maître chez lequel nous entraine le désir de voir, nous trouverons un ensemble de procédés partout les mêmes à peu près. Que nous