Maurice Ardant. (Passim
pénétrions chez un Vitalis, chez un des Pénicaud^ chez un Martial^ un Pierre Tharaud, un François Poiilevé, un Martin Didier Pape, un Poncet, un Pierre Veyrier, un des Mourier, tous ces descendants directs des Ahbon, des saint Eloi, des saint Théau^ des Alpaïs, des Bernard Vitalis, des Mathieu, des Pierre & Aymericus Guimbert, des Varacheau, tous ces pères & ancêtres d'une Suzanne Court & d'un Martial Ménot, d'un Jean-Baptiste Poiilevé, des Laudin, des Noilher, d'un petit Jehan Court, tous ces représentants de la belle époque, assis entre leurs gothiques aïeux & leurs descendants dégénérés, procédaient d'une façon identique à peu près dans la confection de leurs émaux, si ce n'est dans l'emploi de quelques pratiques personnelles portant sur des tours de main &, ce qui était plus sérieux, sur les compositions empiriques des substances colorantes leur appartenant en propre. Mais la différence des méthodes tenait beaucoup plus au caractère du dessin, à l'interprétation de la forme, au sentiment de la couleur & des effets, à la sûreté du goût, à la faculté de choisir ou d'éliminer, qu'à des écarts dans la main-d'œuvre. Il en est de même aujour-
d'hui que la pratique de l'art des émaux n'a point changé, &, présentement comme alors, la main sans la saine doctrine qui Téclaire n'est qu'une vierge folle dont la lampe est éteinte & qui marche dans l'ombre. Les procédés, qu'il ne faut point dédaigner, n'ont pas, toutefois, l'importance que leur croient les personnes peu éclairées. Par des moyens différents on atteint le même résultat, si l'on a la même éducation, & les divergences des talents se rapportent dans une proportion exacte à celles que la nourriture intellectuelle établit entre les esprits. Avec des moyens matériels insuffisants l'artiste complet saura faire œuvre de maître, Thomme mal instruit, fût-il armé de tous les outils possibles, fiU-il au fait de tous les tours de main, ne saurait dépasser même un niveau médiocre.
Ainsi donc, poursuivons notre fiction, rendonsnous chez le premier venu des émailleurs de Limoges.
En entrant, ce qui frappe tout d'abord nos regards ce sont les fours allumés. Ils sont appuyés aux parois, divers de mesure, selon Tœuvre, construits en briques non cuites cimentées avec de la terre. Tous ils ont les divisions essentielles : le cendrier, le foyer, le laboratoire, la coupole & la cheminée. Ils sont munis d'une cassette en terre, ouverte par le devant, sorte de moufle mobile où Ton place le travail à cuire, afin qu'il soit bien entouré de combustible dessus, dessous & par côtés. Un de ces fours sert aux fontes des émaux pour les amalgamer & obtenir ainsi des tons variés.
Mais pénétrons dans le laboratoire d'alchimie. C'est le vrai sanctuaire. C'est là que le maître expert compose, sans témoins, les émaux colorés par les
cendres fixes qui sont, à vrai dire, sous un vieux nom, des oxydes métalliques. Il connaît les doses ; il les tient des ancêtres ou de sa propre expérience; elles sont consignées dans le livre des secrets. Il est habile à dissoudre les métaux dans leur u propre menstrue », & les manipule aux jours que les philosophes attribuent aux planètes, dans Tordre que ceux-là lui dictent, à savoir :
L'argenc, ou Lune ^, le lundi.
L'argenc vif, ou Mercure 5 , le mercredi.
Le cuivre, ou Vénus Ç, le vendredi.
L'or, ou Soleil <3), le dimanche.
Le fer, ou Mars cf, le mardi.
L'écain, ou Jupiter ^, le jeudi.
Le plomb, ou Saturne ^, le samedi.
Jusqu'aux premières années du xvui* siècle, c'est une superstition qui demeure vivace^
Artiste subtil, notre Limousin" sait préparer les cendres fixes avec de la cendre gravelée, qui est une cendre alcaline provenant de la lie de vin brûlée, avec le salicor, soude tirée du Languedoc, avec la roquette, ou cendre du Levant, qui sert à la fabrication du cristal.