I. Annales du royaume de Valence^ par Fr. Diago
satisfaisants. Jusqu'à la fin du xv* siècle c'est le procédé employé, lorsque le grand Luca della Robbia, ce père putatif de la majolique fine, sut, dit-on, le premier introduire dans la marticuite, ou fondant, rétain & le plomb réduits en chaux, & la transformer ainsi en un émail opaque & blanc. Toutefois les critiques prétendent que l'illustre artiste ne fit que s'approprier un procédé employé à Gafîagiolo, petit bourg de Toscane où, si j'ai bonne mémoire, le magnifique Laurent de Médicis avait une villa dans laquelle, comme dans celle de Carreggi, il donnait des fêtes intellectuelles aux platoniciens ses bons amis.
La majolique fine était trouvée. Bientôt l'Italie tout entière fut couverte de fabriques où des vasaji habiles façonnaient, décoraient & cuisaient d'innombrables productions plus ou moins précieuses selon qu'elles sortaient de centres plus ou moins célèbres & de mains plus ou moins savantes.
Il faudrait dénombrer presque toutes les villes de l'Ausonie pour énumérer les endroits où se pratiquait ce bel art : GafFagiolo, Pisa, Sienna, Ascanio, Monte-Lupo, Faenza, Bologna, Ravenna/ Rimini,
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Venezia, Imola, Urbino, Pesaro, Castel-Durante , GubbiOy Città-Castellana^ Gualdo^ Firenze^ Deruta, Ferrara, Ancona^ Fabriano, Foligno, Trevisi, Padova, Verona, Candiana, Genova, Savone, Torino, Napoli^ Castellî; & jusqu'en Sicile, Galata-Girone.
Mais vais -je pas déduire par le menu l'histoire de la majolique? MM. Barbet de Jouy, Alfred Darcel, marquis Giuseppe Campori, Albert Jacquemart, entre autres, l'ont fait de reste. Ce dernier a publié les Merveilles de la Céramique. Depuis, il a légué au public sa belle Histoire de la Céramique, livre qui est lui-même une merveille tant par la science dont l'auteur fait montre, par la clarté de ses déductions, la justesse de ses vues, que par les dessins exquis dont la main prodigieusement habile de son fils, mon ami Jules Jacquemart, a éclairé pieusement le texte paternel. Je renvoie donc mon lecteur à ces érudits & à maint autre que je n'ai pas cité. Ils lui diront ce qu'on sait sur Luca di Simone délia Robbia, sur son neveu, sur ses fils, sur Agostino di Antonio da Duccio, sur Pietro-Paolo di Agapito da Sassoferrato , sur M. Benedetto da Sienna. Ils lui chanteront la gloire
de maestro Giorgio Andreoli, de maestro Cenzio^ du grand Francesco Xanto Avelli da Rovigo. Us lui désigneront le caractère des œuvres d^Orazio & de Flaminio Fontana, de Baldassare Manara^ de Sebastiano Marforio, de Francesco Durantini^ de Girolamo Lanfranco délia Gabbicce^ du Pirosa, de Pietro-Paolo Stanghi da Faenza^ que sais -je encore ! de Camillo, de Battista & de Giulio d'Urbino, de Giacomo Lanfranco da Pesaro , de Buontalenti , de Tenfant Patannazi. Ils le tiendront au courant de ce qu'ont découvert de plus récent sur ces fameux majolicari, en fouillant les archives des municipalités^ les érudits italiens & notamment le marquis Guiseppe Campori. Je me contenterai, quant à moi, de le promener très-doucement par le duché d'Urbin & de Tamuser en le faisant assister à la confection de quelque beau plat, afin que les procédés en usage soient, pour ainsi dire, mis sous ses yeux.
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Le duché d'Urbin mesure environ soixante milles italiens en longueur & trente & quelques en largeur. C'était un petit Etat tort peuplé. Urbino^ qui en est la ville métropolitaine^ est situé siu* une haute montagne, non loin de la rivière de la Foglia, ou Isauro. On y voit le grand palais bâti par le sage Frédéric de la Rovere, it qualcy a di suai Ju lume délia Italia^, prince que Mahomet 11 appelait le « grand chrétien » *. Ce palais, commencé en 1447^ sur les dessins de l'architecte siennois Francesco di Giorgio, coûta, au dire de Gio. Gallo Galli, la somme de deux cent mille ducats. On y admirait la librairie toute pleine de livres rares
!• // Cortigiano del conte Baldessar Castiglione^ lib. I. a. Muzio, liv. VI, p. 384.
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que Frédéric y avait réunis au prix énorme, pour répoque, de 40,000 ducats, après les avoir fait magnifiquement relier & décorer de riches arabesques en or & en argent.
Grand bâtisseur, ce prince sema littéralement les palais dans ses États : il en lit élever à la Carda, à Sant' Agata, à la Pergola, à Mercatello, à Sasso Corbaro. Il termina ceux de Fossombrone, de Cagli, de Sant' Angelo, de Vado, dans la serra de Sant' Abbondio, celui de Castacciojo & celui de Canziano. Il commença celui de Gubbio, que son £ls Guid' Ubaldo l" fît achever.
Sur l'Adriatique est le petit port fortifié de Pesaro. C'était la demeure d'hiver des ducs d'Urbin. Dans l'intérieur des terres se trouve Castel- Durante, à huit milles environ d'Urbino. On y voyait un des palais préférés des ducs, avec une bibliothèque estimée à 2 $,000 écus d'or, & un grand parc tout empli de bétes curieuses & gentilles. Signalons encore Gubbio, ou Eugubio, sis sur la petite rivière de Camigniano, affluent de la Saonda, qui se jette elle-même dans le Tibre, & Candiana, petite bourgade sur la rivière du
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même nom. Quant aux autres villes^ Sinigaglia, San Leo^ Pergola, Fossombrone, etc., elles ne sont pour nous d'aucun intérêt, n'étant pas des endroits où se travaillait la majolique.
Nous pourrions, quittant TÉtat d'Urbin, aller dans la comté de Città-di-Castello qui est au pape, dans le duché de Ferrare, à Ferrare même, où étaient les fours d'Alphonse I", contre son propre palais, à Schifanoia, où son frère Sigismond d'Esté se récréait au noble métier de Fémailleur sur terre, par toute l'Italie enfin. Mais, depuis les Sforceschi & surtout les Feltreschi leurs successeurs, les encouragements & les récompenses accordés aux vasaji, tant par les princes que par les municipalités, ont fait de l'Etat d'Urbin & de Castel-Durante en particulier, le paradis des majolicari, par-dessus inême Faenza, qui eut cet honneur de donner son nom à la généralité des produits en argile recouverts d'une glaçure en émail stannifère.
A Faenza la fabrication des majoliques avait pris, d'ailleurs, une extension considérable. Cette ville en fournissait les palais. On voit, par les livres de dépense de la maison d'Esté, qu'Alphonse V^ en fait acquisition
dans le courant deTannée 1 546, &que sonfrère le cardinal Hippolyte d'Esté en fait venir une caisse pour l'expédier en France; qu'en 1556 le duc de Ferrare achète de la majolique à un certain Nicolo de Faenza^ ; qu'en 1 560 le cardinal Louis d'Esté y commande un service de cent cinquante-neuf pièces'; qu'Alphonse II commande, en 1574; à un Baldassar de Fàenza, des vases pour sa pharmacie dell' Isola \ Notre Henri III donne conunission au seigneur Orazio Ruccellaï de lui faire, à Faenza, des provisions considérables, & Orazio Urbani, ambassadeur de Florence à Ferrare, nous apprend, par une lettre datée du 7 novembre 1 580, que le roi très-chrétien était pris d'une telle passion pour ces vases, qu'il aurait voulu les faire voyager avec la vitesse des enchantements, s'il l'avait pu*. Ce goût du royal amateur lui fut peut-être inspiré par la vue du superbe service avec lequel le cardinal de Birague lui offrit la collation au commencement de cette même année 1580.
1. Giuseppe Camporî, ïa Majolique Cr la Porcelaine de Ferrare.