I.ES CENT NOLVEFJ-KS NOl \EMJ:S
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se trouva : il vint en la cliapoUo, cl au siège du prêtre ', sans mol dire, enira, et sa Crinniedai)proclier, (lui à genoux se mil devant ses i)ieds, cuidanl pour vrai cire son curé, cl sans larder commença h dire Benedicite; et notre sire, son mari, répondit Dominu^, au mieux qu'il sut, connue le curé Pavoil apprins, acheva de dire ce fpii atTierl^ Après (pie la bomie fc^mme eut dit la générale confession, elle descendit au particulier et vint parler comment, durant le temps que son mari avoit été dehors, un écuyer avoil élé son lieulenanf, dont clic avoil tant en or et en argent qu'en bagues beaucoup amendé '. Et Dieu sait (|u'en oyant celle confession , le mari n'éloil bien à son aise ! s'il eùl osé, voulenliers Teùl tuée, cl à celte heure toutefois, afin d'ouïr le surplus, il eut patience. Oiiand elle eut dit tout au long de ce bon écuyer, du chevalier s'est accusée, qui connue l'autre l'avoit bien baguée, et bon mari , qui dedeul se crève, ne sait que faire de soi découvrir, cl bailler l'absolution sans plus attendre-, si n'en tll-il rien néanmoins, prinl loisir d'écouler ce qu'il orra. Après le tour du chevalier, le prêtre vint en jeu 5 mais, à ce couj), bon mari perdit palience et ne put plus ouïr : si jeta jus chaperon et surplis, cl, soi monlrant, lui dit: « Fausse el déloyale , or vois-je et comiois votre grandlrahison ! El ne vous souffisoit-il de l'écuver, el puis du chevalier, sans à un prêtre vous donner, qui plus me déplaît que tout ce que fait avez ? » A'ous devez savoir que de prime-saut celte vaillante femme fut ébahie, mais le loisir qu'elle cul de répondre, très-bien l'assura, el sa contenance si bien ordonna de manière qu'à l'ouïr i\ sa réponse, plus assurée étoit que la plus juste de ce monde, disanlà Dieu son oraison; si répondit, tantôt après, comme le Saint-Esprit l'inspira, eldit bien froidement : « Pourcc , coquard , qu'ainsi vous lourmentez, savez-vous bien pourquoi? Or, oyez-moi , s'il vous plaît. El pensez-vous que je ne susse bien (pie c'éliez vous à qui me confessois? Si vous ai servi, comme le cas le requéroit, el sans mentir de mot, vous ai tout confessé mon cas. Veci comment: de récuyer me suis accusée , el c'êles vous-, quand vous m'eùles en mariage , vous étiez écuyer, el loi-s fîtes de moi ce (pTil vous plut; le chevalier , aussi , dont j'ai louché, cèles vous, car à vo!re
• C'cst-à-dirc , au confcssional. — '^ ConvienI , iinporlc. — ' Ac(iuis.
retour vous m'avez faite dame; el vous êtes le [)ièlre aussi, car nul, se prêtre n'est, ne peut ouïr confession. — Par ma foi! ma mie, or mavez-vous vaincu cl bien montré que sage vous èles, cl à tort vous ai chargée -, dont je me repens et vous en crie merci, proniellant de ramender. — A votre dit, légèrement il vous est pardonné *, ce dit sa femme, puis([ue le cas vous connoissez. » Ainsi qu'avez ouï, fui le bon chevalier déçu par le subtil engin'' de sa femme.
NOUVELLE LXXIX
l'a NE nF.TROUVK.
I,;i soi\anl('-iIix-ni'uvi('ino lioiivi'llc , piir mossirn Mlcli;iiil il.' ClianL'v, linilo iriiii Ijonlionime do lioiirltoniiois , lequel .iHi ;iii ronsoil à un sjgc honmie, citulil lien, pour son ùi\o (|ii'il avuil iierdii, et coiuineiil il cioyoit (|iie niiriiciileiiseriienl il relruuva soiiilil Ane, toniinc ciapiès vous poiirr.'Z ouïr.
Au bon pays de lîourbonnois, où de coutume les bonnes besognes se font, avoil l'aulre-hier un médecin , Dieu sait quel ; oncques Hippocraie ne Galien ne pratiquèrent ainsi la science connne il faisoit; car, en lieu de sirops el de breuvages el dèiecliiaires el de cent mille au- Ires besognes que médecins savoient ordonner, tant à conserver la santé de l'honniic que pour la recouvrer se elle est perdue, ce bon médecin, de quoi je vous parle , n'usoit seulement que d'une manière de faire, c'est à savoir de bailler clyslères : quelque manière- qu'on lui apportai, il faisoit toujours bailler clyslères ; toiilefois, si bien lui venoil en besognes cl affaires, que chacun étoit très-bien content de lui,el guarisoil chacun; dont son bruil > cnU el augmenta tant el en telle manière, qu'on l'appeloit maître Jean'' partout, tant es maisons des princes el seigneurs comme es grosses abbayes et bonnes villes; et ne fut onc<pies Arislole ne Galien ainsi autorisé, par espécial du commun peuple, que ce bon maître dessusdil, cl tant monta sa bonne renommée, (pie pour loules choses on lui demandoil conseil, el étoit lant embesogné incessamment , qu'il ne savoil auquel entendre. Se une femme avoit mauvais mari, rude el divers", elle venoil au remède vers ce bon mallre. 15rcf , de loul ce dont on
' I)';iprès ce (|tu' vous diles là , je vous ijardoiiiic facilctiu'iil. — - l'.s|irit. — '■ (las, all'airc, étal de choses. — ' r.enom.— 'On doniiail d'ahord le lilre iioiioiifi(juc de maître aux docteurs en (iiu'l(|iic Facullé. Ce liUc devint jjIiis laid une (|uaiilicatioii piesque banale. — "' I aiilasfine.
HG
pcul <!('!ii;iii(l(M' lioii consL'il (riiomiiie, iiolro l)on iiK'decin on ;ivoil la litiéc', cl vciiuil-oii à lui (lo toutes parts pour enseigner les choses l)er(lues. Advint un jour qu'un bon simple lionune clianipèîre a voit perdu son une, e! après la longue quèle d'icclui, si s'avisa un jour de tirer vers celui inaîire , qui Irés-sage étoi! , et à l'heure de sa \enue, (Huit tant environné de peuple (pTil ne savoit auquel enlendi'e. Ce hou honune néanmoins rompit la presse, cl, en la présence de plusieurs, lui conla son cas , c'est à savoir de son une qu'il a voit perdu , priant pour IJieu qu'il lui voulait radresser'-. Ce niaîlre, qui plus aux autres enlendoit, vojan! le bruit et son de son langage , se vira devers lui, cuidant qu'il cùl aucune enfernielé '-, et alin d'en être dépêché, dit à ses gens : <( r,ailie'/-lui \\u clyslêre. » I']l le boii sinqjîe tiomiue, (jui l'àiie avoil perdu, non sachant (\in' le maiire avoit dit, l'ut prins des gens du maîire. qui lanlùt, comme il leur étoil chargé, lui liaillêreul un chstère,dont il futl)icncbahi, <-ar il ne savoit (jue c'élolt. Quand il eut ce clyslêre lel qu'il fut dedans son ventre, il pique et s'en va sans |)lus demander son âne; cuidant ceilainemenl, parce, lo trouver-, il n'eut guère allé, avant que le ventre lui brouillât tellement (ju'il fut coniraiîit de soi bouler en une vieille masure inhabilée pour Hiire ouverlurc au ciystère qui deniandoil la clef des champs^ et au partir qu'il fiî, il mena si grand bruit, q'.;e l'àne du pauvre homme , qui passoit assez près comme égaré, commença à réclamer et crier; et bon lîomme de s'avancer de lever sus , et chauler Te Deiun Idudamus , et venir à son une rju'il cuidoil avoir retrouvé par le clystère que lui avoit fait bailler le maîire, qui eut encore plus de renommée sans conqjaraison qu'auparavani , cai' des choses perdues on le Icnoit vrai enseigneur et de toute science aussi le parfait docteur, combien que d'un seul clystère toute cette renommée vînt.
• I,e cri , i'invocalion. On pourrait lire buée, dans le sens figuré île vapeur et de lessive.
^ rien>oyer. — ^ Conslipalion.
NOUVELLE LXXX
LA BONiNE 3IESURE.
La iiuiiUT-vin^lième nouvelle, par mcssire Miiliaut de Cl.aiigy, Imite d'une fille (rAllnni.igne, qui, de ràpc de ijuinze a seize ans ou environ, se maria à un genlil galant, laquelle se coniplaignit de ce que son uiari avoit trop petit ini-lrnment à sou iîié, pourro qu'elle véoit un petit âne tpii n'avoil que demian, et avoit plus grand outil ijue £on mari, qui avoil irenle- (piairo ans ou trente-six ans.
N'a guères qu'es marches d'Allemagne, comme pour vrai ouïs naguère raconter à deux gentils et nobles seignems dignes de ci'oire ', qu'une jeune fille, de l'âge d'environ (|uinze h seize ans , fut doimée en mariage à un loyal gentil compagnon, bien gracieux, (juitout devoir faisoit de payer le devoir (|uc voulcnliers demandent les lennnes sans mot dire, (piand en cet âge et élat sont- mais quoique le pauvre homme fît bien la besogne et s'elï'orçàt, j'cspoire, plus souvent qu'il ne dût, toutefois n'étoit l'œuvre qu'il faisoit en aucune manière agréable à sa femme, car incessamment ne faisoilque rechigner, et souvent pleuroit tant tendrement connue se tous ses amis fussent tous moils. Sonbon mari, la voyant ainsi lamenier, ne sesavoit assez ébahirquelle chose luipouvoit faillir , et lui demandoit doucement : « Hélas! ma mie , et qu"avez-vous? et n'ètes-vous pas bien vêtue, et bien logée, et bien servie, cl, de tout ce que gens de notre état peuvent par raison désirer, bien convenablement partie-? — Ce n'est pas là qui me lient , dit-elle. — Et qu'esL-ce donc, dites-le moi? diî-il , et se j'y puis porter remède, pensez que je le ferai, pour^ y mettre corps cl bien. » Le [)lus des fois, elle ne répondit n'iot , mais toujours rechignoil , cl de plus en i)lus irisie chère '', malle" et morne elle faisoit , latiueile chose le mai'i ne portoit pas bien patiemment, quand savoir il ne pouvoit la cause de cette doléanco. Il enquil tant, cpiil en sut une partie, car elle lui dit ({u'elle étoit déi)laisanle de ce ({u'il éloit si petitement foiuni de cela que vous savez, c'est à savoir du bâton de quoi on plante les hommes, comme dit Boccace : « Voire, dit-il, est-ce cela dont lant vous douiez ? Et par saint IMartin I vous avez bien cause ; toutefois , il ne peut èlre attire, et faiîl que vous en passez, tel qu'il est, voire se vous ne voulez aller au change. » Celle vie se continua un grand temps, tant que
' Pour : dignes d'èlrc crus. — - Parlagée.
•' Pour est cmjjloyé ici dans le sens de jusqu'à.
' .Mine , figin-e. — ■^ Folle, abalUie.
LES CENT NOUVELLES NOUVELLES
lo mari, \nyanl colle ohsiinalion crolle, assembla un jour à un dîuer un grand las des amis d'elle, cl leur remontra le cas comme il est cidessus louclié , el disoit (ju'il lui senibloil qu'elle n'avoil cause de soi douloir de lui en ce cas, car il cuidoit aussi être bien parli ' d'instrument naturel que voisin qu'il eût. (; l-lt alin, dit-il , que j'en sois mieux cru, et que vous voyiez son lorl évident, je vous mon Irerai loul.» Adoncqiies il mit sa denrée avant sur la table devant tous et toutes, et dit: « Veci de quoi ! » Et "sa femme , de pleurer de plus belle, « Et par saint Jean ! dirent sa mère, sa sœur, sa lanie, sa cousine, sa voisine; ma mie, vous avez lort. Et que demandez-vous? voulezvous plus demander? Qui est-ce qui ne devroit être conlente d'un mari ainsi outillé? Ainsi, m'aid' Dieu ! je me tiendrois bien heureuse d'en avoir autant, voire beaucoup moins. Apaisez-vous et faites bonne chère dorénavant. Pardieu! vous êtes la mieux parlie de nous toutes, ce crois-je. » El la jeune épousée, oyant le collège^ des femmes ainsi parler, leur dit, bien forl en i)leurant : « Veci le i)elit ânon de céans, qui n'a guéres avecques demi an d'âge; el si a l'instrument grand et gros, de la longueur d'un bras (el en ce disant, lenoit son bras par le coude et le branloit trop bien), et mon mari, qui a bien trente-lrois ans , n'en a que ce tant petit qu'il a montré ; el vous semble-t-il que j'en dois êlrcconlenle? » Chacun coujuiençaù rire, et elle, de plus pleurer, Innl, que l'assemblée fut longuement sans mot (lire. Alors la mère prinl îa parole et à pari dit à sa fille tant d'unes et d'autres, que aucunement se contenta , mais ce fut à grand'peine. Et veci la guise ^ des filles d'Allemagne; se Dieu plaît, seront tôt ainsi en France.
NOUVELLE LXXXL