‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 43 sur 118 · LE 31 A R I CONFESSEUR · texte numérisé non relu

LE 31 A R I CONFESSEUR

I.a soixanto-dix-liuilième nouvelle, par Jean Martin, traite d'un {;oiilill:omnie marié, le(iu(d sa vouientè fut de faire plusieurs et lointains voyages , durant lesquels sa bonne et loyale prude-femme de trois gentils compagnons s'accointa, comme ci-après pourrez ouïr ; el comment elle confessa son cas à son mari, quand desdils voyages fut retourne, ciiidant le confesser à son curé, et de la manière comment elle se sauva, comme vous oirez ci-après.

Au bon pays delîrabanl, cpii est Ijoniieinar-

' Ce mot doit s'enlciidre ici d'un évanouissement.

* ICsprit. — ^ Videz.

'' Iiuilé par I.a Fnnlaine, sons le méiiir lilre, \, 4,

MET X COXTEUns FRANÇAIS.

vhc cl [»I;iisanl(' , foiii'iiii' à di'dil cl liicti jïainie do belles filles , el bien sn^es coiilmiiièreiiienl, el le plus el des lioinmes ou ncuI dire' e( se trouve assez vérilable, que lauf plus viveul, (pie laul plus sont sols , naguère advint (pruu gculillionnno, en ce point né el destiné, il lui print voulenlé d'aller oulre-nier voyager en divers lieux, connue en (;iiyi)re, en lUiodes et es marches denvirDU ; el au dernier, fut en Jérusalem, où il reçut l'ordre de chevalerie. Pendant lequel temps de son voyage , sa bonne fenuue ne fut pas si oiseuse ([u'elle ne prêtai son quoniam à trois conqjagnons , lescpiels , comme (\ tout servant, par temps el termes eurent audience, el tout premier un gentil écuyer. Irais el l'risiiuc el en bon point, qui laul rcml)()(u-ra8on bas% à son cher coùl el subs'.ancc tant de son corps comme en déiiense de i)éi'une; car, à la vérilé, elle lanl bien le pluma <iiril n'y falloii point renvoyer, qu'il s'ennuya <'t retira, et di' Ions points l'abandonna. I/autre après viiit, qui chevalier éloil et homme de t^rand bruit, qui bien joyeux l'ut d'avoir gagné la place cl besogna de son mieux qu'il put comme dessus, moyennant de quibus'% que la gouge tant bien savoit avoir, que nul autre ne la passoil -, cl bref, se l'écuyer, qui auparavant avoil la place , avoil été rongé , danip chevalier n'en cul pas moins : si tourna bride (!l print congé, el aux autres abandonna la qucle. Pour faire bonne bouche , la bonne damoiselle d'tm maître prèlre s'accointa, el quoiqu'il fut subtil do son argent bien garder, si fut-il ranr.onné de robes , de vaisselle el des autres bagues* largement. .Or advint, Dieu merci, que le vaillant niari de celte gouge fil savoir sa venue, et comme en Jérusalem avoil été fait chevalier, si (il sa bonne femme l'autel apprêter, tendre, parfir et nelloyer au mieux qu'il lut possible. Bref, tout étoil bien nel el plaisant , hors elle seulement, car le plus de butin qu'elle avoil à force de reins gagné, avoil acquis vaisselle, tapisserie el d'autres meubles assez. A l'arrivée «ju'il fit, le doux mari, Dieu sait la joie cl la fête qu'on lui fit, celle en esi)écial qui le moins en lenoil compte , c'est h savoir sa vaillante femme. Je passe tous ses biens vaillans, et viens

• Celle plirasc est alli'iée, à moins que le -plus et des hommfjs ail pu se dire dans le sens de : qucuil à la plupart des honunes,

« Jeu de mois sur ùdt el Oas.~ ' ArjiCTil.

' i^leubies.

à ce que monseigneur son mari, quoi coquarl (pi'il fût, si se donna garde de foison de meubles, qui avant son parlement n'etoient pas léans. A''int aux coffres, aux buffets, et en assez d'autres lieux, et trouve tout mulli[)lié, dont le hulin ' lui monta eu la tête, et de prime-saut son coHU- en voulut décharger-, si s'en vint, échaulîé el mal-mi'i '% devers sa bonne femme, el lui demanda tantôt d'où sourdoienl lanl debiens comme ceux que j'ai dessus nonunés. « Saint Jean ! monseigneur, ce dit ma dame , ce n'est pas mal demandé-, vous avez bien cause d'en tenir telle manière, el de vous échauffer ainsi. Il semble que vous soyez courroucé, à vous voir ? — Je ne suis pas bien à-mon aise, dit-il, car je ne vous ai laissé pas laul d'argent à mon partir, et si ne pouvez pas lanl avoir épargné que pour avoir tant de vaisselle, de tapisserie, et le surplus de bagues cpie j'ai trouvé par céans. 11 faut, el j(! n'en doute point, car j'ai cause, que quekpi'un se soit de vous accointé, qui notre ménage a ainsi renforcé. — Et pardieu! monseigneiu-, répond la simple femme, vous avez tort que, pour l^ien faire, me mêliez sus telle vilenie. Je veux bien que vous sachiez que je ne suis pas telle, mais meilleure en tous] endroits qu'à vous n'appartient, et n'est-ce pas raison, avec tout le mal que j'ai eu d'amasser et épargner pour accroître et embellir votre hôtel et le mien, que j'en sois reprochée et tentée. C'est bien loindeconnoîlrema peine, comme bon mari doit faire à sa bonne prudefemme; telle l'avez-vous, méchant malheureux 5 dont c'est grand dommage , par mon ame! sen'éloit pour mon honneur et jiour mon âme. )) Ce pibcès, quoiqu'il fût plus long, pour un temps, cessa \ cl s'avisa maître mari, pour êtreacerlainé de l'élatde sa femme, cpi'ii feroit tant avec son curé, qui son très-grand ami éloil, que d'elle auroil la dévole confession, ce qu'il fil au moyen du curé qui tout conduit. Car un bien matin, en la bonne semaine ^, que de son curé, pour confesser, approcha en une chapelle, devant il l'envoya, et à son mari vint, lequel il adouba'» de son habit el l'envoya devers sa femme. Se notre mari fut joyeux, il ne le fauljà demander, quand en ce point il

' [)i'pit.

" Mai disposé.

^ I.a semaine de rà(|iies

' A nu Ida.

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