‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 83 sur 118 · SALIT · texte numérisé non relu

SALIT

IMesdamoisclles, comme on un l)anquot somptueux il advient souvent ([ne le^ uns se plairont à manger d'une viande, les autres prendront goût à une autre, selon leurs divers appétits : aind, entre les écrivains, les uns s'étudieront (\ couronner d'un immortel laurier les gestes courageux des princes illustres, qui , avec le couteau ', ont engravé leurs noms victorieux sur les nations rebelles, décorant leurs harnois du sang ennemi ; les autres, ayant, par un importun labeur, entré au plus secret cabinet de Nature, y dérobant de quoi faire admirer et sa sagesse et sa richesse ; les autres éterniseront la mémoire des choses plus notables , qui ont accompagné leur âge , selon le mouvement particulier qui, les maîtrisant, leur fait en tout cet univers choisir le sujet plus agréable. Et, combien que tons marchent par divers chemins , si est-ce qu'ils n'ont tous qu'une même fin proposée pour but de leurs intentions, qui est de louer le bien et blâmer le mal, pour l'adresse des humains, auxquels chacun, par la parfaite loi de Nature, est obhgé de servir: en quoi ceux qui s'acquittent le mieux, approchent plus de cette excellence divine. Or, combien qu'un si favorable devoir soit digne de grande louange, si est-ce qu'il manque* en ceux qui, laissant le corps et embrassant l'ombre, se sont contentés de glorifier le seul nom de vertu , à laquelle ils bâtissent de beaux châteaux en l'air, semblables aux nues d'Ixion , laissant la spéciale louange

' Ce mol s'employait alors dans le slyle éle\é, comme synonyme de glaive.

* La seule édition du Printemp.<t porte qu'il est inamque. Peut-être faudrait-il lire manique ou maniaque. Nous n'avons pas su éclaircir celle faute d'impression.

des vertueux, qui, frustrés de leur mérite, dégoûtent de bien faire ceux qui ne sont avares que d'honneur. Ce que considérant, pour le zèle que je porte aux vertus, aux grâces et aux muscs, j'ai estimé que les vertueuses, gracieuses, et bien apprises damoiselles (dcsqnel- Ics notre France se voit si heureusement embellie) éloient bien le plus digne sujet que je pusse élire entre les plus exquises choses de ce monde, espérant que (encore qu'ayant la main trop débile pour bien tenir la docte plume de cygne, j'aie pris la plumette d'un passereau, oiseau de la mère d'Amour, et que vos souveraines perfections, mesdamoiselies, méritent d'être chantées dune plus haute voix que la mienne) néanmoins, elles ne dédaigneront les petits fredons de ma chanterelle, touchée d'un pouce tant aîTecîionné à votre bénin service, auquel j'ai bien voulu dédier les premiers ans de ma vie , faisant un bouquet des fleurettes de ce mien Printemps , pour le présenter et offrir à"votre excellence ; en attendant , après ces fleurs, le fruit qui ne démentira point sa saison par une oisive stérilité, ou par une lâche tardiveté. Recevez donc, gentilles danioiselles, selon votre naturelle douceur et humanité, ces arrhes de mon affectionné devoir, témoigné par ce petit livret ; lequel (si vos yeux bénins lui font tant d'honneur, que de le lire par ébat) , lorsque le trop de loisir vous ennuiera, s'efforcera de tromper cet ennui , en vous contant la tyrannie qu'Amour ( quand il lui plaît) exerce sur ses plus fidèles sujets : lequel je désire, amiables damoiselles, vous être autant favorable, que je suis et serai toute ma vie.

Le trés-nffeclionné serviteur de vos bonnes grûces,

Jacques YvF.r..

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