I IT
McArdell et Houston furent réellement de magnifiques graveurs, et jamais artistes doués d’une plus véritable intuition n’ont travaillé la planche de cuivre pour y faire apparaître les formes et les tons des peintures d’autres. Ce fut donc une fortune pour les peintres qui devenaient alors en vogue, comme pour ceux qui y étaient déjà, que l’arrivée de ces deux graveurs, Juste à l’époque où l’art du mezzotinte avait tant besoin d'eux. Au moment de leur apogée, il eut été difhcile de choisir entre eux ; je crois cependant que le sentiment du peintre original se retrouvait en Houston avec plus d'intensité et plus de finesse, qu’il avait, pour rendre l’atmosphere, cette magie qui le distingue des autres interprètes de Rembrandt ; néanmoins, McArdell était fort dignede lui. McArdell avait toujours beaucoup de respect de soi-même, comme homme et comme artiste, de la dignité de caractere, de la douceur de tempérament, comme on le voit à son beau visage, sur l'estampe d'Earlom d’après son propre portrait. Aussi son œuvrene fut jamais inférieure à elle-même, mais se surpassa souvent. Lorsqu'il gravait les peintures de Hogarth, Hudson, Allan Ramsay, Francis Cotes (les aimables sœurs Gunning), Dandridge, Liotard et Pond (la rare Peg Wofington), McArdell était vers 1731, à l’âge d'environ vingt-deux ans, en état de commencer a publier ses mezzotintes à la Tête d'Or, à Covent Garden (la Fête d'Or était l’enseigne favorite des boutiques des vieux graveurs), et lorsque, avec ses brillantes planches du Duke of Buckingham and his brother, plein de jeunesse, suivi des Lords ‘ohn and Bernard Stuart (PI. XI), encore plus magnifiques, il montra comment il pouvait rendre l’art plus gracieux de Vandyck, il fut définitivement reconnu comme le plus magistral graveur au mezzotinte de son époque. Puis, lorsque Joshua Reynolds arriva dans la ville, et, suivant sa voie de peintre, commença à occuper une place
élite parmi les portraitistes, il fut tout naturel que McArdell et lui s’attirassent l’un l’autre. Leur mémorable association commença en 1754, et le premier des portraits de Reynolds que McArdell grava fut Lady Anne Dawson costumée en Diane, si ressemblante, comme dessin, à l’estampe qu'il avait exécutée cinq ans avant du portrait, par Allan Ramsay, de Zady Boyd, plus tard comtesse d’'Erroll, également en Diane, avec le chien et la pique, et même le croissant en diamants et les perles dans la chevelure. McArdell était, parmi les plus notables habitués de l'atelier de Reynolds, aussi bien accueilli qu’au vieux café Slaughter de St. Martins Dane tou aux ‘“ Plumes” de Leicester Fields, parmi les gais et hospitaliers artistes qui s'y réunissaient. Il grava trentehuit des portraits que Reynolds peignit dans ses périodes de
début et de milieu; parmi ceux-ci se trouvaient des estampes de choix comme les magnifiques ‘fohn Leslie, Earl of Rofhes ; Catherine Chambers ; Anne Day (Lady Fenhoulet) ; Lady Charlotte Fitzwilliam; Lady Elizabeth Montagu ; Lady Caroline Russell. Reynolds aurait bien pu dire avec Macbeth, lorsqu'il apprit la mort subite de McArdell en 1765: “Il aurait dû mourir plus tard.” En effet, lorsque l’on considère ses estampes d’après Reynolds, les portraits d'hommes aussi bien que ceux de femmes, on peut s'imaginer avec quelle gloire McArdell aurait interprété les chefs d'œuvre de la maturité de Sir Joshua. Mais le genre de ses reproductions fut très étendu, et ses relations artistiques nombreuses. Il y a la magnifique Elizabeth, comtesse de Grammont (PI XII); et Mrs. Middleton, d’après Lely ; The Flageolet Player, d’après lélève de Hals, Jan Molenaer; The Mathematician, et À Dutch Interwr, d’après Rembrandt, et l'étrange Pride (PI. XIV), d’après P. A. Coypel; Lady Mary Coke de Ramsay (PI XV), aussi, et Mary, Duchess of Ancaster, de Hudson (PI. XIII). Certainement le tissu du satin n’a jamais été rendu au mezzotinte avec une plus merveilleuse délicatesse que par McArdell, particulièrement dans les deux dernières estampes que nous avons mentionnées, qui expriment si bien les caractères. La pauvre et vaine Mary Campbell, Lady Coke, si mécontente! Ses mémoires, sans cesse pleins de griefs contre tout le monde, remplissent quatre gros volumes ; lorsqu'elle pose, auprès du clavecin, tenant un théorbe qu'on lui avait prêté, car elle n’avait guère de goût pour la musique, peut-on refuser de croire ce que ses amis Lady Mary Wortley Montagu ou Horace Walpole nous disent d’elle? Et la duchesse de Ancaster, dont on dit que la beauté fit éclater en larmes la pauvre reine Charlotte, simple mais méflante, lorsqu'on la lui présenta comme dame préposée à la garde-robe, la voila, avec, sur sa physionomie comme sur son costume, tout l'esprit de la mascarade du Ranelagh.
Richard Houston eut des débuts aussi encourageants que ceux de McArdell. Il fut son propre maître, et son propre éditeur ; mais ses habitudes d’intempérance en firent l’homme de peine des marchands d’estampes, et le conduisirent parfois à la prison du Fleet. Mais, même là où il est le moins bien, sa touche était toujours artistique ; tandis que, dans ses meilleurs moments, aucun graveur au mezzotinte ne sentit aussi finement toutes les ressources de lumière et d'ombre que suggérait la peinture. Il semble avoir suivi d’instinct l’esprit même de Rembrandt, et sur le cuivre bien rugueux son grattoir évoque, avec une vigueur d’une délicatesse magique, cette imagination infinie avec laquelle le maître traitait les sujets les plus familiers. Ainsi, Houston conservera toujours.
une place à lui parmi les grands mezzotinteurs, et sera toujours tenu en estime par les connaisseurs, grâce à ces magnifiques estampes d'après Rembrandt, The Burgomaster ; Woman plucking a fowl (PL XVII); Man mending a pen; Man with a knife; Hamans condemnation; et The Syndics of the Cloth Merchants. Avec quelle délicieuse tendresse Houston savait rendre le charme des jolies femmes qu’on voit dans l’aimable Caroline, Duchess of Marlborough, jouant avec sa petite fille, d’après Reynolds (PI. XVIIT); Maria, Countess of Waldegrave (plus tard duchesse de Gloucester) berçant son enfant ; Mary, Duchess of Ancaster, et l’engageante Harriett Powell (PL XIX), chantant à l'oiseau, dans le rôle de Leonora du vaudeville de Dibdin, ‘ Le Cadenas”, avant d’être la comtesse de Seaforth ; dans la Kzéy Gunning de Cotes (PI. XVI), aussi bien qu'avec ses sœurs, plus célebres. C'est aussi à Houston qu’on doit quelques admirables traductions de cet éminent peintre, Zoffany ; le General Wolfe de Schaak ; et quelques séries de délicates et charmantes estampes d’après Mercier, telles que The Times of Day et Domesti Amusement ; et The Senses, d’après Hayman. | Le succès de McArdell et de Houston amena à Londres d’autres habiles graveurs irlandais: Charles Spooner et Richard Purcell, encore deux élèves de Brooks à Dublin, et Michael Jackson ; mais, quoiqu'ils aient sans doute ajouté à la gaieté des réunions hospitalières, leur arrivée n’eut pas une très grande importance au point de vue artistique. Purcell possédait du talent, et il y a d’estimables estampes qui portent son nom; quelques-uns sont des copies originales, d’autres d’assez bonnes copies d’après McArdell, Houston, et James Watson, tandis que plusieurs estampes assez pauvres sont signées “ Corbutt”, du pseudonyme qu’il prit lorsque Sayer, le marchand de gravures, le fit mettre à la prison du Fleet, pour y payer par son travail ses dettes arriérées, jusqu’à ce qu’il mourut dans la gêne. Tout à fait différents de ces derniers, comme genre et comme talent, furent les graveurs que l'Irlande envoya ensuite. Houston, ‘ McArdell et Fisher ont déjà promis, par leurs œuvres, de faire ‘ revivre la beauté du mezzotinte ”, écrivait Horace Walpole en 1761. Edward Fisher avait été apprenti chez un chapelier à Dublin, puis élève de McArdell à Londres, et ne tarda pas à prendre place parmi les meilleurs mezzotinteurs de l’époque. C'était, par bonheur, le temps où Reynolds développait un style plus libre et plus hardi, et l’ampleur que déployait Fisher dans le traitement des surfaces à tons arriva à point pour permettre une interprétation bien en harmonie. On dit que Reynolds, lui, se montra mécontent du soin excessif que Fisher consacrait à des détails d'ordre secondaire, mais cela est difficile à croire, eu égard à l’artistique équilibre entre le ton et le riche effet pictorial; par exemple lorsqu'il
s’agit d’estampes qui produisent tant d'impression, comme celles représentant les dames d’honneur de la reine Charlotte, Lady Elizabeth Keppel, Lady Elizabeth Lee, et Lady Sarah Lennox, dont le souvenir évoque un roman royal. Puis, quelle belle qualité dans le Lord Ligonier à cheval (PL XX), qui rappelle peut-être cette brillante charge de cavalerie, grâce à laquelle 1l sauva l'armée britannique à la bataille de Laffeldt, et le Laurence Sterne, splendide reproduction d’un magnifique portrait; David Garrick between Comedy and Tragedy ; Amiral Keppel ; la ‘tendre Hope nursing Love, la belle Cafherine Trapaud, et la fascinante Kzfty Fisher posant pour Cléopâtre avec la perle fatale, quoique ce ne soit guère un modèle idéal pour le “ Serpent du vieux Nil”. La touche artistique de Fisher eut réussi encore aussi brillamment à rendre le Roger Long de Wilson, et les portraits, par Cote, de Paul Sandby prenant un croquis, à sa fenêtre, et de sa femme, The Nut-brown Maïd (PI. XXI), comme on appelle cette charmante estampe ; tandis que Nance Oldfield, d’après Jonathan Richardson, évoque assurément cette dignité de caractère grâce à laquelle cette brillante et belle actrice, malgré ses mariages irréguliers, fut accueillie au palais royal et dans les grandes maisons, et même, à sa mort, à l’abbaye de Westminster.
James Watson, autre jeune de Dublin, apprit également de McArdell la vraie manière pictoriale du mezzotinte qui, habilement appliquée, lui permit de devenir, dès le début de sa carrière, un des plus fidèles et des plus assidus interprètes de Reynolds. Sa touche était délicate plutôt que vigoureuse, il avait un vif sentiment du ton, autant pour les harmonies riches que pour les simples ; avec quelque éclat qu’il ait réussi dans les cinquante-six planches qu'il grava d’après Sir Joshua, aucun mezzotinte n'a jamais évoqué avec plus de sensibilité et d'harmonie la beauté intrinsèque de la peinture que l’aimable Miss Greenway, estampe que vous trouverez dans les collections les plus choisies. Les gravures de James Watson attirrèrent bientôt l’attention aux expositions de la Société des Artistes, et à l’époque où McArdell mourut et où Valentin Green arriva à Londres, il était déja connu comme un excellent graveur. Travailleur assidu, il était si scrupuleux pour la qualité de son ouvrage, que, s’il n’en était pas content, il détruisait la planche pour en recommencer une nouvelle. Aussi est-ce un caractère bien constant qui se remarque dans les nombreuses planches qu ’exécüuta James Watson, tandis que la prospérité règnait chez lui, jusqu'a ce qu'il mourut à peine en plein développement de ses talents ; mais sa plus grande fortune fut sa fille Caroline, si bien douée, qui occupe parmi les graveurs au pointillé la même place que son père parmi les mezzotinteurs. Sa belle-sœur aussi, Elizabeth Judkins, travailla la planche de cuivre; elle apprit de lui la technique
de son art, et le pratiqua avec talent, comme on peut le voir dans le demi-grandeur de Reynolds, Mrs. Abington, l'original de Lady Teazle, qui donnait le ton à toutes les reines de la mode, quoique ayant commencé par n'être qu'une petite marchande de fleurs. Des estampes de Watson d’après Sir Joshua, les plus demandées sont peut-être, parmi les portraits d'hommes, Reyno/ds lui-même, le D" Johnson, et Edmund Burke, James Paine and his son, les architectes, le Marquis of Granby, Sir Jeffrey Amherst, célèbre dans la guerre d'Amérique, et Harry Woodward, l'acteur. Parmi les femmes sont Lady Stanhope, Elizabeth, Duchess of Manchester, avec son tout jeune fils, représentée d’un façon fantaisiste sous les traits de Diane désarmant Cupidon, Ne/ly O’Brien, Lady Scarsdale, avec son fils, la Duchess of Buccleuch et son enfant, la Duchess of Cumberland, Lady Almeria Carpenter, Mrs. Abington (en pied), Mrs. Bunsbury (“ Petite Comédie” de Goldsmith), Mrs. Hale (PI XXITI) posant en Euphrosyne, avant d’avoir donné à son mari, le général Hale, vingtet-un enfants ; Georgiana, Countess Spencer and her daughter, Miss Price, Mrs. Lascelles et son enfant, Miss Greenway, et cet intéressant groupe d'Holland House qui représente les deux cousines, Lady Sarah Lennox and Lady Susan Strangways, avec le jeune Charles James Fox. L’'excellente portraiture de Francis Coles est admirablement interprétée avec sa Lady Boynton, et sa charmante estampe de Lady Susan O’Brien, qui avait cessé de s'appeler Strangways depuis sa fuite sensationnelle et son mariage avec le bel et ensorcelant acteur William O’Brien, qui firent jaser tous les impatients bavards. Quoique les peintures de Gainsborough ne fussent pas faciles à graver, James Watson donna de belles estampes de Richard, Viscount Howe, et de l’élégant Hor. Augustus John Hervey, mari de la célebre Elizabeth Chudleigh, la dame d’honneur qui fut accusée de bigamie par la duchesse de Kingston.
Dublin envoya encore un habile graveur avec John Dixon. Ce beau jeune homme à la personne séduisante avait quitté la gravure sur argent pour étudier l’art dans les écoles de la Société Royale de Dublin. Ayant dissipé sa fortune au milieu des plaisirs de la capitale irlandaise, il vint à Londres recommencer sérieusement une vie nouvelle en pratiquant le mezzotinte. Il avait du talent, et eut la chance de le pousser loin ; il réussit presque dès le commencement. Sa vigoureuse estampe du portrait de David Garrick as Richard IIT, par Nathaniel Dance, devint tout de suite populaire, et révéla aux peintres et aux marchands de gravures un nouvel artiste à la touche personnelle. Et cette touche devait encore nous donner, d’après le portrait si caractéristique de Zoffany, un autre vivant souvenir de Garrick jouant Abel Drugger dans “ l’Alchimiste ”. Mais ce fut
Reynolds qui lui fournit sa meilleure inspiration, dans The Countess
of Pembroke avec son fils. C'était la belle Lady Pembroke qui, au couronnement de Georges III, à ce que dit Walpole, “ seule de toutes les comtesses donnait l’image d’une majestueuse modestie” ; et lorsqu'on regarde l’estampe de Dixon, on peut accorder crédit à cette assertion, autant qu'on peut croire à la magnanimité et au sentiment d’ironie avec lesquelles elle consentit à se retirer avec son mari, après sa fugue avec une Miss Kitty Hunter: vite fatigué d'elle, et s’apercevant qu’il avait une femme ‘“ plus précieuse que les rubis ”, sinon les perles de ses cheveux, il la supplia de tout pardonner. Emma and Elizabeth Crewe, Mary, Duchess of Ancaster, Lady Blake, en Junon recevant le ceste de Vénus, Wi/iam, Duke of Leïcester, tous d’après Reynolds, 4 Tigress, d’après Stubbs, The Flute Player, d’après Franz Hals, et The Frame-Maker, d’après Rembrandt, pourraient nous faire regretter le mariage de Dixon avec la riche veuve, et la vie de luxueuse aisance qu’il mena dés lors, et qui nous a privés certainement de bien des belles estampes. Mais, après tout, on sent que Dixon était bien humain ; il avait travaillé dur, et avec succès, pendant dix ans, et 1l y avait beaucoup d’autres graveurs qui n'avaient pas épousé de riche veuve. Parmi eux, à ce propos, se trouvait son élève et compatriote Thomas Burke, qui, s'il restera toujours célebre pour ses exquis chefs-d’œuvre au pointillé, a laissé de charmants et délicats mezzotintes d’après Angelina Kauffmann, comme, par exemple, Te/emachus at the Court of Sparte.
Le dernier du groupe irlandais fut Thomas Frye, qui semble ne s'être mis au mezzotinte qu’assez tard dans sa multiple carrière ; mais ce fut une des personnalités les plus intéressantes et les plus diverses parmi les graveurs de son temps. Né à Dublin en 1710, il mourut à Londres en 1762, et toute son existence fut prise par de nombreuses occupations artistiques. Nous ne nous occuperons pas ici de ses excellents portraits à l'huile, au pastel et en miniature, et de ses essais sérieux, quoique infructeux, en porcelaine ; mais l'intérêt qui s'attache au nom de Frye dans l’histoire du mezzotinte est plutôt négatif, car il prouva, par un grand nombre de têtes, grandeur nature, d’après d'excellentes études originales de lui, que ce délicat procédé perd beaucoup de son charme lorsqu'on l’applique sur une échelle relativement trop grande. L'effet de plusieurs de ces têtes, placées sur un mur, est d’une douceur monotone, quoique dans chacune l’on relève un sentiment des valeurs qui appartient bien à un portraitiste. Il fallait que l’expérience fût faite, et probablement aucun autre n’eût pu s’y livrer avec des résultats si convaincants.
Un autre fait intéressant, relativement à Frye, c’est qu'il fut le maître de William Pether, graveur au talent original et à la manière distinguée, qui, comme Frye lui-même, se consacrait aux portraits, dont il reproduisait quelques-uns sur le cuivre. Le maître et l'élève
s’associèrent, et Pether grava quelques remarquables portraits de Frye. Le plus frappant fut peut-être celui de Richard Leveridge, la vieille et joyeuse basse, compositeur de chants, qui exerça son art depuis Charles II jusqu'a la fin de l’époque de Georges II et qui, ayant près de quatre-vingt-dix ans, défia contre cent guinées n'importe quel homme du pays pour chanter le “Roast Beef of Old England ”, dont il est l’auteur, ou toute autre chanson de basse. Le jeune roi Georges IT et sa nouvelle épouse accordèrent a Frye une séance spéciale au théâtre, et les estampes de Pether rendirent cette scène très populaire. De ses planches originales, la plus intéressante est son portrait en groupe des Brofhers Smith of Chichester, peintre tous trois ; l’un d’eux, Georges, était effectivement reconnu par la Société des Arts comme meilleur paysagiste que Richard Wilson. Mais la où Pether se distingue le plus comme mezzotinteur, ce n’est pas dans ses portraits, c’est dans ses brillantes estampes d’après Rembrandt et Wright de Derby. Sans avoir un tempérament aussi fin que Houston dans l’interprétation du merveilleux maître d'Amsterdam, il a traduit au mezzotinte avec un effet magnifique The Standard Bearer; AJew Rabbi; Officers of State; Rembrandt with Sword and Breastplate; Saskia; et The Lord of the Vineyard; Ravenet a laissé une très riche gravure au trait d’après cette dernière. Cependant, c’est peut-être dans ses interprétations des effets de lumière artificielle de Wright de Derby que Pether a donné son plus bel œuvre, et il faudra toujours compter parmi les triomphes du mezzotinte le 4 Philosopher giving a Lecture on the Orrery (PI. XXIV ); Artist Drawing from the Statuette of a Gladiator; À Farrier's Shop; et The Alchemist.
John Finlayson nous ramène encore une fois parmi les beautés du monde des coulisses, et avec un sentiment du charme plein de vie. Ses têtes de Lady Melbourne et de Miss Wynyard sont, comme chez Frye, à une trop grande échelle pour conserver la délicatesse du procédé, mais ses estampes des sœurs Gunning, d’après Catherine Read, sont délicieuses. The Duchess of Hamilton and Argyll (PL XXV), qui a, sous une espèce de capuchon fort seyant, un regard d’une exquise gaîté, fait comprendre, mieux que tout autre portrait de cette fameuse beauté, les incroyables histoires sur les sensations extravagantes que son aspect ne manquait jamais de provoquer—les attroupements dans le Mall, et même au palais St. James ; sept cent personnes attendant toute la nuit auprès d’une hôtellerie du Yorkshire pour la voir gracieusement partir le matin; et un cordonnier réalisant des sommes considérables en demandant un penny par personne pour montrer le soulier qu’il lui fabriquait, etc. L’estampe est rare, et de valeur, et a plus de douceur, à mon avis, que la planche, plus grande et plus rare, de Robert Laurie d’après le
même tableau. Mais là où Finlayson rendit peut-être son plus grand service, ce fut lorsqu'il grava si artistiquement ces tableaux de Zoffany, pleins d’animation, où cet admirable peintre montre, mieux quene le pourraitn’importe quelle description, les comédiens en train de jouer. Les pièces ont passé, tout comme les acteurs, mais elles revivent pour nous dans les estampes. Une scène de “ The Provoked Wife”, avec Garrick dans le rôle de Sir John Brute, déguisé en femme, et les hommes de garde; Semuel Foote, dans la pièce de lui-même, “The Devil on Two Sticks”, avec le comique Weston; une scène de “ Love in a Village ”, avec le spirituel Ned Shuter, et John Beard, le fameux ténor, qui scandalisa le monde en épousant Lady Henrietta Herbert, sans qu’elle eût à se plaindre de lui comme mari. Garrick as Kitely, dans “ Every Man in his Humour”, est une des meilleures estampes de Finlayson ; puis il y a le portrait, par Nathaniel Hone, de la troublante chanteuse et danseuse d’opéra, Anna Zamparint (PI. XXVI), dans le rôle de Cecchina de ‘“ La Buona Figliuola”. Tenducct aussi, le célèbre soprano masculin, ‘ À Thing from Italy”, comme le qualifiait le Humphry Clinker de Smollett lorsqu'il entendit à Ranelagh son “ divin gazouillement”. C’est vers cette époque que Philip Dawe exécutait, à côté de grotesques caricatures des modes, de fort attrayantes estampes de tableaux, principalement d’après Henry Morland, père du fameux George, comme The Oyster-woman (PI. XXIII) avec son effet de lumière artificielle, The Lerter-woman, The Connoisseur, The Laundrymaid. Mais le mezzotinte était alors plus largement employé, comme reproduction de peintures, par un graveur beaucoup plus important, effectivement un des plus intéressants de cette période, Richard Earlom. Fils du greffier de la paroisse du St. Sépulcre, il naquit en 1743 et, dès sa première enfance, ses instincts artistiques furent éveillés par l’occasion qu’il eut de voir des panneaux décoratifs que Cipriani avait peints sur le carrosse officiel du Lord Maire. Le jeune Earlom les copia si habilement que le peintre italien consentit à le prendre pour élève, et lui confia plus tard la repro- duction d’un grand nombre de ses gracieuses compositions. Earlom se rendit facilement maître du mezzotinte, et se forma un style a lui, où les tons sont rendus avec douceur plutôt qu'avec vigueur, et où règne toujours un sens artistique de l’élément pictorial. Il employait, pour accentuer, l’eau-forte, d’une façon plus systématique que tout autre de ses devanciers, sauf peut-être Georges White, et il ya au British Museum une épreuve de l'essai à l’eau-forte du fameux Tableau de fleurs, d'après Van Huysum, qui montre comment il traçait entièrement à l’eau-forte le motif d’un tableau avant de granuler sa planche. Ce fut sous l’influence de John Boydell, le fameux marchand d’estampes, que Earlom exécuta une grande
partie de ce qu’il a donné de plus intéressant : notamment deux cents planches au mezzotinte et à l’eau-forte d’après le Liber Veritatis de Claude Lorrain, édité en 1777, publication où Turner a directement puisé son inspiration du merveilleux Liber Studiorum. Mais auparavant, Earlom avait entrepris, pour le compte de Boydell, ces tableaux des vieux maîtres étrangers. de la Galerie Houghton (collection de Sir Robert Walpole), qui furent plus tard vendus à l'impératrice Catherine. Parmi les planches les plus importantes sont Fruits et Fleurs de Van Huysum, que l’on considère généralement comme les chefs-d’œuvre de Earlom, plusieurs Marchés de Snyders, un Paysage de Hobbema, et différents autres spécimens des maîtres hollandais et italiens. Mais les affinités de Earlom avec les peintres étaient vastes ; et son tempérament artistique sut rendre, dans Z Mariage à la mode (PI. XXIX) de Hogarth, tout le talent qu'avait l'auteur pour harmoniser les détails, aussi bien que les amples contrastes de lumière et d'ombre dans 4 Blacksmiths Shop (PL XXVIII) par Wright de Derby, ou la simplicité naturelle de Shepherd Boy 1n a Storm, Girl and Pigs, et Cottage Children, de Gainsborough ; ou l'atmosphère de l’époque, si vivante, de l’Exhibition of the Royal Academy in Pall Mall in 1771, et The Inside of the Pantheon in Oxford Road, par Charles Brandoin. Cette estampe est d'un intérêt particulier, car le fameux bâtiment, que Walpole trouvait si beau, était alors, avec sa musique et ses marques, le rendez-vous du monde joyeux, et non seulement une ‘“ école de la médisance ”, mais une véritable université. Deux belles estampes de Nelson, d'après Lemuel Abbott, et une en pied d’après Beechey, montrent les qualités de Earlom comme graveur de portraits, non moins que le Ÿames Stuart, Duke of Richmond d’après Vandyck, si plein de charme, et Tom King and Mrs. Baddeley dans une scène du ‘ Mariage clandestin” par Zoffany. C’est à Earlom que, comme graveur, Zoffany doit le plus, comme on peut en juger d’après ces intéressantes épreuves, The Life School at the Royal Academy, qui nous présente les personnes de tous les premiers académiciens, sauf Angelica Kauffman et Mary Moser, dont les portraits figurent sur les murs ; Georges III and his family, Tiger-Hunting in the Indies, Colonel Mordaunfs Cockfight at Lucknow, et The Embassy of Hyderbeck to Calcutta.
Le dernier quart du XVITIS siècle vit le mezzotinte réaliser ses plus grands triomphes, dont l'inspiration venait, pour la plupart, des portraits de belles femmes peints par le grand groupe de portraitistes anglais qui ont rendu glorieuse cette période de l’histoire de l’art britannique. C’était l’époque de la beauté à la mode, mais heureuse-
FA
ment c'était aussi l’époque du peintre qui l'avait vue, avait trouvé en elle des éléments de beauté pictoriale : pour lui, elle n’était pas une telle dont on parle tant, mais le sujet d'inspiration pour le tableau dont il voulait faire son chef-d’ œuvre ; tel était le cas de Reynolds, par exemple. Mais lorsqu'on regarde sur ses toiles et celles de ses confrères ces aimables dames, avec leur élégante régularité, leur ealme et leur digne beauté si caractéristiques, il est difficile de se rendre compte que c'était une époque de modes absurdes et monstrueuses, où ces femmes se faisaient remarquer et souvent se rendaient ridicules, à la Cour ou au Mall, à Ranelagh ou Vauxhall, ou partout ailleurs que dans l'atelier de Sir Joshua. La belle et élégante duchesse de Rutland, qui se plaignait que Reynolds lui eut fait essayer une douzaine de toilettes avant de se décider pour cette ‘“ espèce de robe de nuit” avec laquelle il la peignit, provoqua dans le Mall un véritable attroupement parce qu'elle portait une plume de dimensions gigantesques et d'une couleur extraordinaire, pour rivaliser avec la duchesse de Devonshire, dont la dernière plume venue de Paris avait excité l’envie générale ; cependant, sur l’estampe de Valentin Green, elle personnifie la beauté sereine et régulière dans une pose pleine de dignité. C'était son véritable aspect pictorial tel que Reynolds le comprenait. Avec son instinct de peintre, il voyait quelle toilette et quel maintien devaient adopter ces femmes séduisantes, et il refusa de les ‘enlaidir”” (pour emprunter le mot de Fanny Burney) aux yeux de la postérité en les représentant avec les modes éphémères qu’elles suivaient. Ainsi, oubliant la réalité, nous traversons, comme a dit un vieil auteur d'ouvrages sur le costume, ‘“ une galerie de portraits de Sir Joshua, en éprouvant la satisfaction ‘ immense de penser qu'il y eut des femmes qui savaient me be façon si bienséante, si intelligente, et, en même temps,
‘ seyante”. Quant à l’autre aspect de sa peinture, l’aspect ou il faut s'adresser aux annales du temps, aux chroniques de la mode et aux estampes humoristiques, surtout à ces caricatures sociales, dont beaucoup ont été exécutées, sans être signées, par d’éminents mezzotinteurs, et publiées par Carington Bowles. Les toilettes des portraits de Sir Joshua ne se prêtaient assurément pas à des exercices actifs ou à des mouvements vifs, mais lorsqu'une dame qui en portait daignait se remuer, on peut voir avec quelle grâce pleine de dignité elle le faisait. Puis si elle dansait, le menuet révélait toute la grâce aisée de ces étoffes, sans cependant qu'elles se prétassent à une mesure un peu rapide. La haute coiffure aussi, qui donnait l'impression d’une dignité d'âme, ne permettait pas ces mouvements frivoles et guère décents qu évoquent les boucles peu distinguées et cbouriffées de l'époque de Lely ; c'était une coiffure avec laquelle, sans pouvoir être agitée ni tapageuse, une femme pouvait ‘adresser
‘ un sourire ensorcelant ou un mortel froncement de sourcils ”,
montrer gracieusement de l'intérêt ou une indifférence souveraine, être douce, bien femme, sérieuse, confiante, ou capricieuse, piquante, provocante, flirteuse, toujours avec tout son charme. Et c’est à cause de cette liberté même de tempérament et de manières que laissait à ces séduisantes et imposantes dames le costume avec lequel Sir Joshua les peignait de préférence, que nous serions portés à croire que c'était l'idéal féminin de leur temps. De toute façon, des tableaux même ou des estampes qui les reproduisent on dégage une impression générale de grâce, de raffinement et de beauté qui caractérise cette époque, et aucun procédé ne nous la présente d’une façon aussi convaincante que le mezzotinte.
C’est un groupe de maîtres de cet art que nous avons maintenant a considérer, et le génie de Sir Joshua Reynolds leur a fourni la principale inspiration. Parmi leurs noms, aucun ne brille plus que celui de Valentin Green. Né dans le Worcestershire, et fils d’un maître à danser, après un vague apprentissage chez un homme de loi de province, le jeune Green commença son éducation artistique dans la manufacture de porcelaine de Worcester, où il apprit la gravure au trait, pour la reporter sur la porcelaine. Il y apprit aussi le mezzotinte, et son style se distinguait par un riche et doux velouté de ton. Il préparait sa planche en la granulant très finement et grattait les parties destinées aux jours et aux tons avec beaucoup de raflinement et une délicate précision, d’un brillant effet, plutôt qu'avec l’ample sentiment des valeurs qui caractérise l’œuvre de John Jones, de John Raphael Smith et de son école. Ses planches sont forcément inégales, car il en grava quelque quatre cents ; beaucoup sont des chefs-d’œuvre, mais un certain nombre montre le défaut qui correspond à ses qualités, une douceur tendant quelquefois à la monotonie. Il commença de bonne heure à graver des tableaux de quelques-uns des peintres les plus en vue de l’époque. Les premières planches comprenaient l’élégant portrait, par Gainsborough, de David Garrick, entourant du bras le buste de Shake- Speare, et qui était, de l’avis de Garrick, le meilleur portrait que le peintre eût donné de son “ Davy ” ; et le remarquable PArlosopher showing an Experiment on the Pump, par Wright de Derby. Ce furent les œuvres académiques où Benjamin West représentait l’histoire classique qui valurent à Valentin Green toute sa popularité et sa prospérité. On demandait énormément son estampe Regulus returning to Carthage, que le goût de l’époque estimait à deux guinées, tandis que l’on demandait une demi-guinée du Garrick, quinze shillings de la ir Pump et des Beauñes de Reynolds. Cependant, aujourd’hui, lorsqu'on cite le nom de Valentin Green, qui songe aux estampes autrefois si populaires
ra
de West, ou même aux mezzotintes de Green reproduisant des tableaux de Raphael, Rubens, Vandyck, les Carraccio, Van der WerfF, à la Galerie de Dusseldorf, essai artistique qui, malgré ses promesses, ruina le graveur ? Non, c’est sur ses brillantes interprétations des chefs-d’œuvre de Reynolds que repose solidement, aujourd’hui, la réputation de Valentin Green. Les bonnes épreuves de ces magnifiques planches sont maintenant devenues si rares et si coûteuses, et sont si avidement recherchées par les collectionneurs et les riches Américains, que, lorsqu'il s’en trouve des exemplaires à la salle de vente, l’offre est près d’atteindre des prix fabuleux. Puis, elles deviennent de jour en jour plus populaires, grâce aux reproductions populaires bon marché. Quelle évocation de beautés féminines n’enchante pas l'esprit, lorsqu'on passe de l’une à l’autre de ces charmantes estampes ! Lady Elizabeth Compton (PI XXXVI), Georgiana, Duchess of Devonshire, enfant gâté de la splendeur, Jane, Countess of Harrington (PI XXXIII), Mary Isabella, Duchess of Rutland (PI. XXXI), Mary Amelia, Countess of Salisbury (P1 XXX), Louisa, Countess of Aylesford (PI XXXII), Lady Betty Delmé, avec ses deux enfants, Lady Henrietta Herbert, Charlotte, Countess Talbot, Viscountess Townshend, et les Ladies Laura, Maria, and Horatia Waldegrave (PI. XXXV)! .Leurs noms mêmes respirent le charme de leur personnalité, et les anecdotes piquantes. Quelle valeur ils ajoutent à ces belles épreuves ! Combien Lady Aylesford, sans son nom sur le piédestal, est rare ! Et de quelle rareté extrême, autant que de quelle beauté, sont les Ladies Waldegrave sur une épreuve aussi magnifique que celle de la collection Fritz Reïss, reproduite dans ce volume ! Assurément cette charmante estampe est le chefd'œuvre de l’art de Valentin Green, elle montre le mezzotinte dans tout ce qu’il a de plus élevé et de plus exquis. (Combien peut-on être reconnaissant à Reynolds de n’avoir pas suivi l’avis de Florace Walpole, qui lui conseillait de peindre ses petites-nièces en Trois Grâces ornant un buste de la duchesse de Gloucester, leur mère, figurant l’Alma Mater ! Ce sont aussi choses de valeur que Miss Sarah Campbell et la petite Lady Caroline Howard, et le portrait de Mrs. Maria Cosway par elle-même, étincelante estampe, délicieuse dans le premier état, quoique dans le second l’expression semble à peine aussi agréable ; la Duchess of Devonshire en Cynthia, de Mrs. Cosway, Mrs. Fordyce (PI. XXXVII) d'Angelica Kauffmann, et la magnifique Duchess of Cumberland de Gainsborough, avec ses yeux langoureux, auxquels elle savait donner une animation enchanteresse quand elle voulait, comme elle le voulut évidemment lorsque, sacrifiant son véritable amour, elle captiva le frère du roi au point qu'il l’épousa. Il y a aussi des choses précieuses pour les collectionneurs parmi ses portraits d'hommes. Sr “foshua Reynolds
lui-même, et son Sir William Chambers :; Ozias Humphry et Richard Cumberland de Romney ; Garrick de Gainsborough ; Henry Grattan de Wheatley; George Washington, en pied et en demi-grandeur, d’après ‘T'rumbell, de Connecticut, et General Nafhantel Greene, le meilleur lieutenant de Washington, d’après C. W. Peale, de Philadelphie ; les portraits de Lemuel Abbott par lui-même, Valentin Green, Lord Nelson, Admirals Sir Peter Parker et Lord Bridport, et William Innes, le joueur de golf. De magnifiques échantillons de son art sont encore les grandes estampes de Green, The School et 4 Winter’ s Tale, d’après John Opie. Plus personnel dans son style que Green, un des plus brillants et des plus accomplis parmi les grands graveurs au mezzotinte de cette époque fut Thomas Watson ; aucun ne comprit avec plus de vérité artistique les originaux qu'il interprétait, aucun n’eut une technique plus puissante et plus délicate. C’était un excellent dessinateur, et son sens infaillible de la beauté des formes et des couleurs était le secret grâce auquel 1l saisissait d’une façon remarquable toutes les ressources pictoriales du ton. Une mort prématurée mit malheureusement trop tôt un terme à une carrière qui promettait si bien. Dés son enfance, il fut en rapports personnels, dans le magasin d’estampes de son père, avec les graveurs et leurs gravures, et semble avoir eu de la facilité à apprendre. Il n’avait que dix-huit ans lorsqu'il publia sa première estampe au pointillé, et vingt lorsqu'il commença ces interprétations au mezzotinte des tableaux de Sir Joshua Reynolds, qui lui ont donné le haut rang qu’il occupe parmi les graveurs de reproductions. Parmi ces planches, qui expriment avec tant de vie la vision du peintre, la place d'honneur appartient incontestablement à sa magnifique Lady Bampfylde (PI. XXXIX) ; c’est un des plus riches joyaux parmi les chefs-d'œuvre de son art, et une de ses épreuves, d'un éclat extraordinaire, a atteint le plus haut prix qu’on ait donné, à la salle des ventes, pour une gravure au mezzotinte, c’est-à-dire douze centslivres. D’une singulière beauté aussi, quoique d'un charme plus atténué, est Mrs. Crewe, posant en Ste Geneviève au milieu de ses troupeaux ; son expression, où on lit un peu moins que de la dignité et un peu plus que de la grâce, justifie bien l’éloge que lui adressa Sheridan lorsqu'il lui dédia son “Ecole de la Médisance”. Ce sont aussi des planches d’une magnifique expression que les Warren Hastings (PI. XL), et David Garrick, où l’on voit comment le graveur a saisi la manière dont Reynolds comprenait le caractere ; bien belles aussi sont Mrs. Hardinge, Lady Melbourne and Chuld, et The Three Graces decorating a terminal figure of Hymen (PLXXX VIII), où les trois belles filles de Sir William Montgomery, les trois Grâces irlandaises, comme on les appelait, sont représentées juste avant qu'elles devinssent respectivement la marquise de
Townshend, Mme l Honorable Luke Gardiner et Mme l’Honorable John Beresford. La riche qualité artistique du graveur se manifeste aussi dans des estampes d’un intérêt pictorial aussi varié que The Sérawberry Girl et Resignation, de Reynolds ; Madame Du Barry, de Drouais; Miss Kitty Dressing, par Joseph Wright de Derby (PI XLIT) ; Lady Rushout and Children (PI. XLI), d'un charme si vivant, d’après Daniel Gardner, et la série des Sx Windsor Beauñies, où la somptueuse portraiture de Lely gagne plus qu'on ne saurait apprécier aux profondes et simples harmonies des tons de ce graveur. |
L’ami intime de Thomas Watson, William Dickinson, était son associé dans la vente des estampes, et sa technique et son style avaient une étroite affinité avec les siens. Doué d’un exquis sens de la peinture, d’une touche pleine de vivacité et de vigueur, Dickinson devint un des interprètes de confiance de Sir Joshua. Ses estampes d’après le maître sont de celles que les collectionneurs estiment le plus, et il y en a certainement peu qui surpassent en éclat artistique Diana, Viscountess Crosbie (PI. XLIID) ; Mrs. Pelham feeding Chickens ; Lady Taylor; Elizabeth, Countess of Derby, la charmante fille d’Elizabeth Gunning ; Yane Duchess of Gordon, lindomptable, impérieuse, spirituelle beauté, au tempérament si bon, qui avait un accent écossais si marqué ; Lady Charles Spenser; Mrs. Mathew, la beauté irlandaise; le Dr. Percy; et Mrs. Elizabeth Sheridan as St. Cecilia, à l'original de laquelle Lord Mount Edgecombe, dans ses “Souvenirs d’un Musicien”, renvoie ceux qui ne l’avaient jamais vue, pour trouver ‘ quelque idée de l'expression particulière de sa figure angélique ”. Dickinson a rendu avec un effet fascinant le charme de Romney dans la délicieuse Miss Benedetta Ramus (PI. XLIV), estampe fort prisée ; tandis qu’il s’adaptait aussi avec âme à l’art du Révérend Matthew Peters dans E/izabeth Stephenson (plus tard comtessse de Mexborough), Lady Charlotte Bertie, Mary Dickinson (‘la fille de campagne”), Sir ‘fohn Fielding,le magistrat aveugle, et la séduisante Lydia. Mrs. Guwyn et Mrs. Bunbury, dans les “ Merry Wives of Windsor,” par Gardner, et Tenduccr, de Beach, sont aussi d’estimables estampes de Dickinson.
Parmi tous les chefs-d'œuvre du mezzotinte, aucun ne montre de façon plus convaincante combien ce procédé convient à l’interprétation des qualités d’un peintre en tant que peintre, tout en donnant complète satisfaction au sens de la beauté pictoriale, que Mrs. Davenport de John Jones (PI XLVI), d’après Romney. Animée d’un charme joyeux, c’est véritablement une estampe avec laquelle il faut vivre, qu'il faut goûter sans se lasser. Chaque touche du graveur semble avoir été inspirée avec autant de spontanéité que celle du peintre par la délicieuse animation du charmant
modèle. Rien d'étonnant à ce que ce beau mezzotinte soit un des plus hautement estimés, et que lorsqu'une brillante épreuve s’en trouve à la salle des ventes — évènement rare — l'offre soit vivement poussée, et ne s'arrête pas à moins de cinq ou six cents livres. La touche virile de John Jones n’a jamais manqué de charme, son ampleur et sa hardiesse se prêtent toujours à l'influence raffinatrice de la beauté. Il a dû savoir regarder ses originaux avec le véritable sens du peintre qui observe son modéle même ; car, quel que soit l'artiste qu’elles interprètent, les estampes de Jones produisent toujours sur moi l'impression d’un portrait de première main, tant elles sont pleines de vitalité et d’énergie de caractère. Regardez l’enchanteresse Madame Giovanna Baccelli (P1. XLV), la célèbre danseuse de l’Opéra et du Panthéon. Il est difficile de s’imaginer que même la touche magique de Gainsborough eût su rendre avec plus de spontanéité le mouvement rythmique de la danseuse dans l’ouverture de son pas de fascination, ou évoquer de facon plus vivante le personnage véritable qui, malgré les bavardages que Walpole se plaisait à répéter, menait une vie respectable. Et ce fut précisément ce génie de deviner le personnage vivant à travers la toile du peintre qui permit à Jones de réussir avec Gainsborough — le peintre le plus difhcile à traduire sur le cuivre— autant qu'avec Romney, Reynolds, Raeburn ou Hoppner. Il y à le Edmund Burke de Romney (PI. XLVII) par exemple, qui nous est présenté avec plus d'intimité par l'estampe de Jones que par le portrait de Reynolds tel que James Watson l’a gravé. Comment la grande simplicité pictoriale de Romney a touché l’ample sens du ton que possédait Jones, c'est ce qu'on peut voir aussi dans W7//am Pitt, V'Hon. Mrs. Beresford, Caroline, Duchess of Marlborough, et le Earl of Westmoreland, en costume de pair, estampe décorative, où leau-forte a été librement employée pour accentuer les petits détails. L’art viril de Raeburn inspire l'instrument de Jones pour improviser des effets dans Robert Dundas, tandis que Charles Games Fox, ‘fames Boswell, Lord Erskine, Lord Townshend, et Ear/ of Moira sont parmi les estampes de portrait d'hommes d’après Reynolds les plus puissantes et les plus recherchées. Un charme expressif et une qualité artistique bien distincte marquent Lady Caroline Price et Frances Kemble, la sœur, sans talent mais de si agréable compagnie, de Mrs. Siddons, en toilette blanche ou noire ; mais un Reynolds plus imposant, quoique moins intéressant, est l'Hon. Mrs. Tollemache en Miranda ; tandis que l’ensorcelante Mrs. ordan as Hippolyta, d’après Hoppner, fait comprendre pourquoi Hazlitt disait qu’elle “ épanchait toute son âme dans l’amusement et donnait plus de plaisir que toute actrice parce qu'elle avait en elle- “ même la plus grande faculté de se divertir”. Le joli B/ack Monday,
or the Departure for School (PL XLVIII), et Dulce Domum, or the Return from Schoo! (PI. XLIX), d’après l'idylle familiale de William Redmore Bigg, montrent comme Jones savait adapter d’une façon engageante son art à la peinture populaire.
Robert Dunkarton, élève de Pether, eut une carrière longue et méritoire, mais il ne montra pas souvent un art aussi magistral que dans le Lord Lifford, d’après Reynolds, planche d’un éclat exceptionnel. Mais la plus charmante de ces estampes est celle qui reproduit la belle Marie Horneck de Sir Joshua. On guettait avidement chaque jour, aux étalages des marchands de gravures, son dernier sujet d’intérêt général, et la publication du portrait de Oliver Goldsmith la même année que “The Deserted Village ” fut pour la ville un aliment de conversation. “Le portrait au ‘“ mezzotinte du nouveau poète, le D' Oliver Goldsmith, est aux ‘“ étalages de gravures. C'est un profil, d'après un portrait de ‘ Reynolds, et très ressemblant”, écrivait un chroniqueur. L'auteur de cette brillante estampe, qui fut exécutée sous le contrôle du peintre, était Giuseppe Marchi, jeune Romain que Reynolds avait ramené d'Italie, qu 1 logeait chez lui et employait comme aide d'atelier. Il exécuta aussi d’autres planches d’après Reynolds, appréciées des collectionneurs : Mrs. Bouverie et Mrs. Crewe; Hester Frances Cholmondeley, enfant rieuse, avec son chien; ÆE/izabeth Hartley, la séduisante actrice aux cheveux d’or, avec son enfant ; et George Colman, Vauteur dramatique. C'est à cette dernière estampe que Goldsmith faisait allusion lorsqu'il écrivait, en 1770, à son frère qui était en Irlande : “ J’enverrai bientôt à mes amis de ‘“ l’autre côté du Shannon quelques portraits de moi-même au ‘ mezzotinte, et quelques-uns encore de mes amis d’ici, comme ‘ Burke, Johnson, Reynolds, et Colman.” Marchi rendait, sur son cuivre qu'il granulait finement, des tons d’une harmonieuse douceur. Par contre, la hardiesse et la vigueur caractérisaient la touche de William Doughty, autre élève et aide de Sir Joshua, qui grava le Dr. Samuel “fohnson de ce maître, à présent à la Galerie Nationale ; l’Ædmiral Keppel, et Miss Mary Palmer, toutes puissantes planches.
L'élève de Valentin Green qui eut le plus de talent fut James Walker. Graveur réellement distingué, sa riche simplicité dans le traitement des tons, sa fine intuition des éléments pictoriaux essentiels, et son heureux instinct de la juste limite des touches, le rendaient particulièrement apte à comprendre l’art de Romney, et à être l’un de ses plus heureux interprètes. En vérité, quelques-unes des estampes de Walker d’après ce maître sont parmi les joyaux du mezzotinte. Assurément, aucune des traductions en gravure des portraits en pied de femmes d’après Reynolds ne dépasse, pour toutes
les qualités par où la reproduction d’un beau tableau constitue un Superbe mezzotinte, la Lady Isabella Hamilton (PL LI), d’après Romney ; tandis que Miss Frances Woodley (PL. L) a une pure beauté de perfection presque aussi accomplie. Puis Mrs. Musters (PL. LIT), avec la délicieuse ombre de son chapeau, comme elle est pleine du vrai charme propre à Romney! De même Caroline, Countess of Carlisk. Et quelle finesse d'interprétation dans le Ædmiral Sir Hyde Parker, et John Walter Tempest (PI. LIIT), le gracieux jeune homme avec son cheval ! quoiqu’on puisse souhaiter que Romney lui ait donné une meilleure monture. The Spell, d’après Northcote, et Sy/uza, d’après Peters, montrent combien Walker savait graver d'une façon persuasive le sujet populaire, tandis que dans Hannah teaching Samuel to read (PI. LIV), d’après Rembrandt, estampe extrêmement rare, l'ampleur de sa conception et la sensibilité de son maniement montrent comment il savait rendre le vrai grand art.
John Dean, un des élèves les plus distingués de Valentin Green, avait dans le style beaucoup de raffinement et de délicatesse. Tout à fait charmante est son interprétation de E/izabeth, Countess of Derby (PI LV), d’après Romney, qui présente un si grand contraste, dans sa calme simplicité de “ beauté sans apprêts ”, avec l’opulence décorative avec laquelle Reynolds traita ce même beau sujet, comme on le voit dans l’estampe de Dickinson. Nous trouvons encore une douceur de ton dans Miss Ann Parr, et dans le modelé, plein de sentiment, de l'étude de nu par Romney, Master James Paine ; elle donne un charme particulier à la façon dont Dean à traité plusieurs peintures d’enfants par Sir Joshua, comme Lady Gertrude Fifzpatrick en “ Collina ”, Cupid with a torch, et Cupid asleep. La plus réussie, peut-être, de ses estampes d’après Reynolds est Lady Elizabeth Herbert, avec son jeune fils La grâce prenante de Hoppner est rendue avec éloquence dans lattrayante Julia de Roubigné (Miss Crockatt), et dans Phæwbe Hoppner (Caroline of Lichfeld) ; tandis que l'art glorieux de Gainsborough était interprété avec sentiment par Dean dans Mrs. Grace Dalrymple Elliott, cette femme remarquable qui, comme elle dit dans son Journal, fut demandée en mariage par Bonaparte, après avoir été aimée par George, prince de Galles, Philippe Egalité, duc d'Orléans, et le mari de Joséphine de Beauharnais, qui lui faisait la cour, dans la prison des Carmes, tandis que la guillotine l’attendait.
L'artiste le plus original et la personnalité la plus remarquable parmi les graveurs de cette période fut John Raphael Smith, dont le nom évoque tout de suite à l'esprit une vaste série d’estampes qui montrent l’art du mezzotinte à l’apogée de sa perfection, avec une portée pictoriale extraordinairement étendue. Peintre lui-même,
possédant une touche pleine d’animation et un vif sentiment de la personnalité dans les portraits, ainsi qu’une vivante vision de peintre lui permettant de voir les caractères vivaces de la mode et des manières féminines, toute sa gravure se distingua par une intelligence de l’art du peintre nullement inférieure à celle de Jones, peutêtre cependant plus subtile. (Ce fut, de fait, le génie même de l'interprétation qui se marqua sur les meilleures de ses planches, dont beaucoup méritent le titre de chefs-d'œuvre. On peut lire avec intérêt les détails de sa vie dans la pittoresque biographie de Mme Frankau. Fils de Thomas Smith, de Derby, paysagiste conventionnel et laborieux, le jeune Smith fut mis, à l’âge de dix ans, en apprentissage chez un drapier du pays. Après les heures de travail, il maniait librement son crayon ; il se forma une facilité pour le dessin qui, avec son éducation commerciale, était en bon point lorsqu’à l’âge de seize ans, ayant terminé son apprentissage, il vint à Londres. Le commerce des draps le retint encore, mais ses instincts artistiques parlèrent bientôt, lorsqu'il eut vu les étalages d’estampes ou visité l’exposition de la Société autorisée d’Artistes. Comment il apprit le procédé du mezzotinte, et de qui, “1l y aurait à cela beaucoup de réponses”, disait Sir Thomas Browne, mais à dix-sept ans il gratta et publia sa première planche, un portrait du General Pascal Paoli, le patriote corse, alors exilé à Londres. Le sujet devint populaire, et l’estampe se vendit si bien que la même année, en 1769, ce précoce jeune homme put se marier, devenir père, et adopter la gravure comme profession. À partir de la, il travailla avec une industrieuse impétuosité ; il grattait ses mezzotintes, en conciliant les travaux purement productifs avec ceux qui glorifiaient son nom d’artiste, gravait au pointillé des compositions de Morland ou de lui-même, peignait des portraits à l'huile ou au pastel, toujours plein d’ardeur, pratiquant largement tout ce que la vie lui offrait, activité d'artiste, aventures commerciales, soins d'intérieur, devoirs de père, et hospitalité sous toutes ses formes. La vogue lui souriait, et la fortune le favorisait. L’élégante qui favorisait son commerce de draperies à Exeter Change, dans le Strand, parce que le patron, notre artiste, devait sûrement la pourvoir des dernières et plus seyantes nouveautés que prescrivait la mode, s’arrêtait aussi pour acheter ses tentantes estampes, 4 Lady in Waiting (PI. LXXIV), peut être ou Love in her Eyes sits Playing (PI. LXXI),le beau Colonel Tarleton (PI. LVI). Ou bien, enchantée de son emplette, elle allait tout droit de la boutique de Smith à son atelier et demandait à se faire peindre, espérant paraître tout à fait aussi belle, avec ces colifichets, que Sa Grâce de Devonshire elle-même. La personnalité de Smith apparaissait de plus en plus grande dans le monde artistique de l’époque ; et avec quelle ardeur les peintres
devaient désirer être reproduits au mezzotinte par lui, on peut le deviner en regardant ses nombreux chefs-d'œuvre. Quelle galerie ! Toute l’élégance vive et aisée, toute la magistrale harmonie des tons de Gainsborough se retrouve dans Sr Harbord Harbord (PI LXVIT) et George, Prince of Wales, avec son cheval, c’est-à-dire que ce sont des interprétations par excellence. La vaste œuvre de portraits de beautés par Reynolds a aussi inspiré à John Raphael Smith des gravures accomplies, avec l’exquise Mrs. Carnac (PI LVIID, merveilleuse estampe dont on a noté une vente de onze cent soixante guinées ; Mrs. Musters, qui ne lui cède guère en beauté, et est charmante surtout lorsqu'on l’a tirée avec une encre noire pâle donnant des tons gris argenté au lieu des teintes sombres sous lesquelles on la voit plus souvent ; l’Hor. Mrs. Stanhope, la délicieuse Mrs. Payne Gallway and Child (PL LVII), et Lady Hamilton as Bacchante, dont, en passant, une épreuve unique avec bordure gravée pour l’appareiller à la Lady Hamilton as Nature, aussi belle, par Smith, d’après Romney, a, ai-je entendu dire, été réellement vendue mille livres, prix que l’on n’a certainement jamais offert de cette estampe chez Christie. Mais les estampes de Smith n’ont pas besoin d’être des épreuves rares pour attirer les collectionneurs ; leur beauté intrinsèque suffit. Des prix analogues ont été également atteints, entre les spécimens d’après Reynolds, par Lady Beaumont, Lady Catherine Pelham Clinton, Lady Caroline Montagu, Mrs. Henrietta Morris, Theophila Palmer, Mrs. Mordaunt, Giovanna Baccelk, et Madame Schindlerin, Lord Richard Cavendish, Colonel Tarleton (PL LVI), Master Crewe as Henry VIII, et le Rev. Richard Robinson, archevêque d’Armagh, avec ses magnifiques tons profonds.
Le charme exquis de l'art de Romney trouva son expression idéale sur les planches de cuivre de J. R. Smith, et parmi les plus beaux mezzotintes qui existent se trouvent la Gower Family (PI. LX), Louisa, Viscountess Stormont, Mrs. Carwardine and Child (PI LXIV), Serena (Miss Sneyd) (PI LXI), The Clavering Children (PI. LIX), Mrs. Robinson, “Perdita”” (PI. LXIIT), Mrs. Sfables and family (PL LXV), Miss Cumberland (Plate LXII), l'Hor. Mrs. North, Henrietta, Countess of Warwick, et Tayadaneega, Joseph Brant, le fameux chef indien. L’Hon. Mrs. Bouverte de Hoppner est une charmante estampe, tandis que la fascinante Mrs. Phæbe Hoppner, connue sous le nom de Sophia Western (PI. LXVIIT), est une gravure que désire tout collectionneur. On connait trois “états ” de publiés, le premier avec le titre en lettres à jour, le second avec des lettres clichées, et le troisième où le chapeau projette un peu d'ombre sur les yeux, pas de boucles d’oreilles, et les cheveux en boucles. La reproduction que nous donnons dans ce volume est d’après une “ épreuve du graveur” unique, tirée avant l'addition de la bordure à
l’aquatinte avec des différences très importantes dans les traits et l'expression, et une très légère ombre à un endroit qui sur l'épreuve définitive est en pleine lumière. Les portraits d'hommes de Lawrence sont bien représentés par Yohn Philpot Curran, si plein de caractère et de vigueur, et par Lord Eldon; tandis que l’Æ/meria (Mrs. Meynott) de John Opie est une estampe magnifiquement vivante. Smith a montré comment son art répondait au vif sentiment du charme pictorial que possédait le Révérend Matthew Peters, dans de délicieuses estampes comme l’Hon. Mrs. O’Neïl, Lady Elizabeth Compton (PL LXX), Love in her Eyes sits Playing (PL LXXI), et The Fortune Teller (P1 LXIX). The Fruit Barrow de Henry Walton (la famille Walton) (PI. LXVI) est un des mezzotintes de Smith les meilleurs et de la plus grande valeur ; et parmi d’autres estampes fort désirables se trouvent les Syrrot Children, par Wright de Derby, Mrs. Mills de Engleheart, Lady and her Children Releving a poor Cottager, de W. KR. Bigg, la fascinante M//e Parisot, la danseuse (PI LXXII) de A. W. Davis— pièce rare—et 4 Lady af Haymaking de Lawrenson. Puis viennent les mezzotintes de Smith d’après Morland, dont il exploita de manière si profitable et interpréta si magnifiquement le génie. Parmi les joyaux sont Return from Market (PI. LXXIII), une des plus belles estampes de Morland ; Feeding the Pigs, et Selling Fish. Mais il s’en faut que J. KR. Smith n'ait été qu'un graveur de reproduction. Sa portraiture habile et originale se voit dans des estampes pleines de vie comme George Morland, Sir Nafthantel Dance, Mrs. Smith, et Mrs. Smith et Mrs. Profheroe, et la série des six dames du ‘“ Demi-monde”. C'est à la vivacité de sa vision, qui savait saisir l’aspect pictorial de la vie élégante de son époque, que nous devons cette estampe charmante et si rare, The Promenade at Carlisle House (PI LXXVI), qui nous donne un vivant aperçu de cefameux rendez-vous de l'élégance et du plaisir sous le règne de la célèbre Mrs. Cornelys. Les vanités féminines, telles que Smith les vit, avec une pointe d'humour, vivent dans des estampes aussi animées que 4 Lady in Waiting (PI. LXXIV), Painting a Man-Trap (PL LXXV), Lady Leaving the Circulating Library, et The Singing Bird (PI. LXXVIII), tandis que CAristmas Holidays le montre sous un aspect gaîment idyllique. :
La célébrité de J. R. Smith comme peintre et comme graveur ne manqua pas de lui attirer de nombreux élèves avides d'acquérir une touche et une méthode aussi magistrales, et parmi eux il y en eut dont les noms étaient destinés à ‘ retentir dans les corridors de “l’histoire”. Peter de Wint et Joseph Mallord William Turner commencérent effectivement leur carrière artistique sous son patronage, et ce fut dans l'atelier de Smith que Turner eut cet dt cote principes et de la pratique de la gravure qui lui permit
plus tard, non seulement de graver à l’eau-forte et au mezzotinte plusieurs planches de son Liber Studiorum, mais aussi d'apprendre à quelque quatre-vingts graveurs le traitement plus délicat que demandait cet art pour la reproduction de ses exquis dessins. Mais ce fut grâce à des élèves aussi distingués que William et James Ward, John Young, Charles Howard Hodges et Samuel William Reynolds, que John Raphael Smith exerça une influence réelle sur la gravure de reproduction à cette époque.
William Ward, avec un talent considérable d’assimilation plutôt que d’originalité, s'était montré un collaborateur inestimable, et Smith fut heureux de s'assurer, en partie au moins, ses services, en reportant sur lui le contrat qu'avait signé son. jeune frère James Ward, mieux doué comme artiste, mais d’un caractère chagrin. I[lest-hors de doute qu'un grand nombre de planches qui portent le nom de J. KR. Smith contiennent beaucoup de l’œuvre de l'excellent assimilateur William Ward ; de même il est très probable que plusieurs des planches signées de Willlam Ward—peut-être quelques-unes de ses plus artistiques — ont été “expédiées” en grande partie par James, son apprenti. Cela ne serait que conforme aux traditions de l’art. Si Rubens et Vandyck ont largement employé la collaboration de leurs élèves pour d'importantes peintures, celles-ci n’en sont pas moins considérées comme l’œuvre de Rubens et de Vandyck. Cependant M. Reginald Grundy, dans son admiration enthousiaste pour James Ward, voudrait nous amener a croire que quelques-unes des planches les plus belles et les plusachevées qui figurent au compte de William Ward,le maître, sont entièrement l’œuvrede James, l'élève. I1 donne comme argument que la technique, dans lesmezzotintes représentant Coffagers (PI. LXXXV), et Travellers, d’après Morland, est la même que dans l’estampe de James d’après Morland, 4 Boy employed in Burning Weeds où 4 View in Lercestershire (PL. XCIIT) ; ce qui, bien entendu, ne serait pas étonnant, même si l’on suppose qu’il ait collaboré à la gravure des planches que nous avons nommées en premier lieu, puisque c’était son frère William qui lui avait enseigné sa technique. Puis, M. Grundy cite une biographie anonyme de James Ward, publiée en 1807, que l’on suppose écrite par lui-même. On y prétend que les Coftagers et les Travellers, ainsi que les Chz/dren at Play, qu'on nous demande d’accepter comme titre général du plus charmant et du plus connu des mezzotintes de William Ward d’après son beau-frère, parce qu'on ne peut le placer parmi les imitations de Morland, sont tous dus à James Ward. Et l’on s'attend à ce que nous le croyions, parce que William a laissé passer cette affirmation sans la relever. Certainement il lignorait ; il avait mis son nom sur ces estampes, et cela suffisait, car sa réputation était bien établie. En même temps il savait que la vanité de son frère et son habitude de
se louer grossissait aisément le nombre des gens auprès de qui il s'était autorisé à revendiquer toute l’œuvre pour son compte. William admirait les talents artistiques de James, et avait toujours été un frère généreux.
Le fait est que les deux frères furent des graveurs de premier ordre, mais William est le plus important, simplement parce que James abandonna la gravure alors qu’il y réussissait le mieux, pour devenir célèbre comme animalier. Aucun mezzotinte n’est plus connu par ses reproductions que les superbes Daughters of Sir Thomas Frankland (PI. LXXXTI), charmant Hoppner, et qui a atteint chez Christie un prix de quatre chiffres. Les autres estampes de valeur de Ward, d’après Hoppner, sont E/izabeth, Countess of Mexborough (PL LXXIX), la charmante Sa/ad Girl (Phœbe Hoppner) (PL LXXX), Mrs. Benwell, et, peut-être, The Sleeping Nymph. Ily a, d’après Sir Joshua Reynolds, The Snake in the Grass (P1. LXXXII), et Miss Bowles [Juvenile Amusement). William Ward était fort en portraits d'hommes ; de beaux exemples en sont Yowmes, Earl of Malmsbury, de Lawrence, Arthur Murphy, de Nathaniel Dance, Sr David Wilkie et Rev. George Baird, et William Corbett, ‘fohn Horne Tooke et Sir Francis Burdett, de J]. KR. Smith. La manière engageante de la peinture de Smith inspira aussi le grattoir de Ward dans Retrement (Mrs. Brudenell) et The Widow’s Tale, de même que celle de Northcote dans 4 Young Lady encouraging a Low Comedian. I] grava les tableaux rustiques de son frère James avec une compréhension particulière, naturellement, comme le Wegefable Market, Compassionate Children (P1. XC), Summer, Winter, Outside of a Country Alehouse, Industrious Cottagers et The Haymakers. Mais c’est dans ces estampes d’après George Morland, surtout dans les sujets enfantins, qu’on voit la plus heureuse inspiration. On peut en nommer quelques-unes d’un charme particulier. Blind Mans Buff (PL LXXXIV), Chrldren Birdnesting, ‘fuvenile Navigators, The Kite Entangled (PI. LXXXIII), A Visit to the Child at Nurse, À Visit to the Boarding School. Puis, The Pledge of Love (PI LXXX VIII), et Contemplation, tous deux très rares ; The Coquette at her Toilet (PI. LXXXIX), Pleasures of Retirement (PL LXXXVII), The Contented Waterman (LXXXVI), First of September, Morning and Evening, Alehouse Politicians, The Farmer's Stable, À Carrier's Stable, Goftagers (PI LXXXV), Travellers et The Angler’s Repast.
Quoique les mezzotintes de James Ward soient beaucoup moins nombreux que ceux de son frère, ils se distinguent également par une pratique puissamment artistique de ce procédé, en même temps que son sens plus original de la peinture donnait parfois peut-être plus de liberté à sa touche. Par exemple, dans sa Mrs. Billington, la célèbre cantatrice, d’après Reynolds, et notamment dans Mrs. Michael
Angelo Taylor, en Miranda, d’après Hoppner, magnifique estampe fort rare, qui, sans être revendiquée par William Ward, lui a toujours été attribuée, jusqu’à ce que feu M. Alfred Whitman ait retrouvé les mots “Gravé par James Ward” sur la seule épreuve qu’on connaisse qui porte le nom d’un graveur. C’est encore avec finesse qu’il interprète Hoppner dans la charmante Lady Heafthcote as Hebe, uvenile Retirement (enfants de l'Honorable John Douglas), CAi/dren Bathing (les enfants de Hoppner lui-même) (PI. XCI) et Mrs. George Hibbert. James Ward déploya tout son sentiment de peintre en gravant The Poultry Market, Fern Burners, Lion and Tiger Fighting, Rustic Felicity, The Rocking Horse ; tandis que, de pair avec son frère, il faisait revivre sur le mezzotinte “les vivantes qualités pictoriales de Morland” dans 4 Boy employed in Burning Weeds [a view im Leicestershire) (PI. XCIII), Fishermen (PI. XCIV), et The Smugglers, The Angry Father (PL XCII), d’après Opie; Henry Erskine, d’après Raeburn ; Richard Burke, d’après Reynolds ; et The Centurion Gornelus, d’après Rembrandt, que Ward considérait comme sa meilleure planche, montre la facilité qu’il avait vis-à-vis des autres peintres. |
John Young excelle aussi particulièrement à interpréter Hoppner, et celles de ces estampes d’après ce maître qu’apprécient le plus les collectionneurs sont The Setting Sun (enfants Godsall) (PI XCVI), Lady Lambton and family (PI. XCVII), Mrs. Bunbury, Mrs. Gwyn, George Canning, Richard, Marquess Wellesley, Lady Charlotte Greville, Mrs. Orby Hunter, Eliza (Mrs. Hoppner), Wiscount Hampden, et The Show (PI. XCVIITI). Young grava quelques-uns des portraits de théâtre les plus intéressants de Zoffany, ainsi que la charmante Flower Girl, pendant de la Watercress G1r] de J. KR. Smith ; tandis qu'une gravure d'une grande habileté, et très rare comme estampe, est sa Young Lady at her torilet (PI. XCIX), d’après la curieuse et originale composition de George Watson, le peintre écossais.
Les mezzotintes de Charles Howard Hodges ont beaucoup de Ia technique hardie, du sentiment de peintre et du grand style de son maître, J. R. Smith ; particulièrement excellentes sont Mrs. Musters en Hébé, Lavinia, Countess Spencer, Guardian Angels (PI XCV), The Infant Hercules, et Mrs. William Hope, d'Amsterdam, tous d’après Reynolds. Ce sont aussi, grâce à sa belle qualité artistique, des estampes à ne pas oublier que Le Constructeur de navires de Rembrandt, le Duke of Clarence de Hoppner, et Ruiger Hans Schimmelpenninck d’après la peinture que Hodges lui-même exécuta durant son séjour à Amsterdam.
La technique fugitive de Gainsborough fut intelligemment interprétée par son neveu et élève Gainsborough Dupont, dans quelques estampes de valeur, telles que Queen Charlotte, The Three
Eldest Princesses, Mrs. Sheridan (excessivement rare), General Conway, Lord Rodney, le Rev. Sir Henry Bate Dudley, le pasteur combattant, qui lança le “ Morning Post”, et Colonel St. Leger (PI C), le héros de tant d’histoires extravagantes et scandaleuses.
Une admirable impression de la touche et du style de Gainsborough nous est aussi offerte par l’Hon. Mrs. Watson (PI CI), mezzotinte capital de Thomas Park, qui montra aussi du charme dans Miss Penelope Boothby, de Reynolds, les gracieux Chr/dren at Play de Beechey (les enfants Oddie) (PI. CII), et une ou deux estampes intéressant l’histoire du théâtre, Mrs. “fordan as the Comic Muse, par exemple. Robert Laurie nous mène aussi au théâtre, voir des scènes de The Schoo! for Scandal and She Stoops to Conquer, avec les acteurs de la création; puis Garrick led off the Stage by Time, d’après Parkinson. La Duchess of Hamilton ana Argyll, d’après Catherine Read, même sujet que l’estampe mieux connue de Finlayson, est cependant la pièce la plus rare et la plus appréciable de cet intéressant graveur qui, en 1776, inventa le procédé, qu’on approuva, pour tirer les mezzotintes en couleur sur une seule planche. De Jonathan Spilsbury il n’y a pas grand’chose à dire. Sa meilleure gravure est Mrs. Richards d’après Gainsborough, mais il y a du talent, sinon une grande distinction, dans Miss ‘facob de Reynolds, Countess of Ancrum, et Dame hollandaise d’après Rembrandt.
De John Jacobé, Viennois qui vint à Londres apprendre Îes “ manières anglaises ”, on a deux belles estampes d’après Reynolds, Miss Myer as Hebe (PI. CII), et l’'Hon. Mary Monckton (PI. CIV), qui illustre le portrait qu’en traça la plume de Fanny Burney, avec “ cette aisance d’allures, de manières et de langage”, grâce à laquelle le talent et la mode semblaient se sentir également à l'aise, à ses réunions sans façon. John Murphy grava aussi plusieurs bonnes planches de portraits et aussi des sujets de peintures, comme The Encampment at Brighton, et son pendant, Departure from Brighton, d’après Wheatley (PI. CV) ; mais aucune de ses planches n'intéressa mieux les contemporains que The Perilous Situation of Major Money (PL CVI), d’après Philip Reinagle, montrant cet intrépide “ airgonaute ” (argonaute de l'air), comme Walpole appelait ces premiers aéronautes, après sa chute dans la mer avec son ballon, au large de la côte du Norfolk, le 23 juillet 1785. |
Avec George Keating, l'Irlande nous envoya un des plus magistaux mezzotinteurs de l’époque. La délicieuse Georgina, Duchess of Devonshire, faisant danser sa petite fille sur ses genoux, est une véritable pièce de collectionneur ; son Ear/ of Stamford et la Countess, d’après Romney, sont encore de belles estampes, ainsi que Edward,
Earl of Derby, d’après Gainsborough, et *ohn Kemble as Richard III,
d'après Stuart. Mais c’est comme interprète de Morland que Keating est le plus à son avantage: les Chr/dren playing at Soldiers (PI CVIII) sont un délicieux bijou, et presque aussi admirables sont The Angling Party, Nurse and Children 1n a Field, et les quatre planches du Deserter (PI. CVII). De charmantes estampes d’après Morland sont encore les CAr/dren Nutting (PI CXI), de Edward Dayes, si divers ; Temptation, par William Humphrey; et Morning, or The Benevolent Sportsman ; Evening, or The Sportsmans Return, et Youth diverting Age, de Joseph Grozer. Quoique Grozer fut un graveur de genre sérieux plutôt que brillant, 1l y avait beaucoup de charme dans son Hon. Francis Harris (PI. CXIIT), Lady Seaford and Chuld, et Viscountess Duncannon, d’après Reynolds ; Lady Charlotte Legge, et Lord Cardigan, d’après Romney ; et Miss Wallis, d’après Graham.
Henry Hudson, Charles Phillips et Henry Meyer sont arrivés à être considérés comme des auteurs d’une seule estampe, car chacun d’eux, aux salles de vente, ne brille que par une seule gravure, d’un charme, d’un éclat, et d'une rareté exceptionnels, quoique tous trois aient gravé d’autres bonnes planches. Mrs. Curtis (PI. CX), par Hudson, que M. Pollard, ce vétéran, croit avoir reconnue pour un portrait de Mrs. Walton, femme du peintre de l'original, est une estampe charmante que désire tout collectionneur, mais que très peu peuvent se procurer. Ne//y O’Brien de Charles Phillips est aussi belle et brillante, comme traitement de lumiere et d'ombre, que le tableau de Reynolds à la collection Wallace ; tandis que Emma, Lady Hamilton as Nature (PI. CXX), par Henry Meyer d’après Romney, tout en différant comme expression de la version plus gaie de J. R. Smith, rivalise de bien près avec elle pour la qualité et pour la rareté. Josiah Boydell, le neveu et successeur du grand marchand d’estampes, est aussi connu surtout par une seule estampe, une belle interprétation de Cornelis Claes Anslo et une femme par Rembrandt.
George Dawe, fils aîné de Philip, qui passa à l'Académie comme portraitiste, pratiqua le mezzotinte quelques années, et Charles Lamb, qui le méprisait comme homme et comme peintre, dit qu'ordinairement “il travaillait à sa gravure seize heures sur vingtquatre”. Sa manière avait beaucoup d’ampleur et de pureté ; ïl donnait de riches tons profonds, qu'il renforçait un peu à l eau-forte. Ses meilleures estampes étaient d’après Raeburn, notamment le Henry Dundas ; tandis qu’il a fait revivre la qualité du peintre même dans son interprétation, d'apres William Owen, de John Peter Salomon, le célèbre musicien pour les concerts duquel Haydn a composé douze mémorables symphonies. Ce fut probablement George Dawe qui poussa son ami et compagnon d’études, Charles
Turner, à se mettre au mezzotinte, et la plupart des planches— neuf cents, et davantage—qu'’il exécuta au cours de sa longue vie (1774-1857) furent gravées par ce procédé. Son style était hardi et libre, 1l combinait au mezzotinte, avec un effet très artistique, l'eau-forte pour accuser davantage les tons, et l’aquatinte pour les adoucir.
Depuis l’année 17096, où il publia sa première estampe, Turner travailla avec une activité prodigieuse ; les planches de ses premières années le représentent dans sa meilleure phase, avant que la demande du public l'ait obligé à graver sur acier. Sa touche ample, qui sans aucun doute s’est développée sous l'influence personnelle de John Jones, rendait magnifiquement l’ampleur et la vigueur de Raeburn, notamment dans Sr Walter Scott et le Dr. ‘fohn Robison, mais 1l ne réussit pas moins à rendre l'élégance et l’éclat de Hoppner. Lady Louisa Manners (PI. CXVI) et la Countess of Cholmondeley avec son petit fils (PL CXIV) sont deux des mezzotintes qui ont le plus d’attrait et de valeur de leur époque. Lord Nelson (PI. CXVII) est une des plus belles estampes que l’on ait de l’illustre amiral, tandis que dans Miss Harriet Cholmondeley (PI. CXV), toute la gaîté enfantine est délicatement exprimée. Parmi d’autres estampes de Turner qui mériteraient les recherches d’un collectionneur se trouvent Marquess Wellesley, Viscount Melville, Viscount Castlereagh, Lord Erskine, Lord Eflenborough et Mrs. Stratton, de Lawrence ; Mrs. Scott Waring and her Children, de Russell ; Mrs. Mountain, la cantatrice dramatique, de Masquerier ; Lavinia, Countess Spencer, de Sir Martin Archer Shee ; le charmant Baïser envoyé de Greuze; Interior of a Cottage (PI. CXVIII) et The Luttle Cottager, deux très beaux mezzotintes d’après Gainsborough. T'urner donna aussi quelques jolies estampes de sa propre composition, comme The Female Pedlar (PI. CXIX), excellente eauforte dont la seule copie qu’on connaisse est dans la collection de M. John Lane. Puis viennent les importants ouvrages qui se rattachent à l’art de son illustre homonyme J. M. W. Turner, avec lequel il avait noué amitié pendant ses années d’études. (Cette planche impressionnante, The Shipwreck, marqua le commencement des vingt-quatre planches du Zrber Studiorum, qu’il grava au mezzotinte, en communion de sentiments, sur les eaux-fortes du peintre même. Mais J. M. W. Turner se disputa avec lui pour une modeste demande d'augmentation de rémunération, et la planche suivante qu’il publia fut exécutée par William Say, qui grava en tout treize planches pour le Liber. Say, élève de James Ward, était un graveur de beaucoup de talent; on peut se rendre compte de la richesse et de la profondeur de ton qu’il savait déployer dans la délicieuse Peasant Girl (PI CXXI), un des mezzotintes les meilleurs et les plus émouvants d’après Rembrandt; Spamsh Peasant Boys, belle
estampe d’après Murillo, et la précieuse Lady St. ‘fohn-Mildmay and Child, d'après Hoppner. Quelques portraits d’après Lawrence, Harlow et Masquerier montrent aussi sa qualité, mais je ne puis pardonner à Say d’avoir été le premier à encourager par son propre exemple l'introduction des planches d’acier. Quoique peut-être le vrai coupable ait été Thomas Goff Lupton, élève de George Clint, qui grava tant et de si intéressants groupes de théâtre. Lupton exécuta sur une planche d’acier, d’après une peinture de Clint, un portrait de Munden, le comédien ; et la Société des Arts lui décerna effectivement une médaille d’or pour son application de l'acier doux au mezzotinte.
Heureusement, Samuel William Reynolds avait achevé ses meilleures œuvres avant que le fatal acier vint tuer le bel et délicat art. Son activité d'artiste était grande, et ne s’appliquait pas seulement à d’abondantes gravures, mais aussi à des peintures de portraits et de paysages, et à l’enseignement du dessin aux filles de George III : l’une d’elles, la princesse Elizabeth, avait assez de goût pour la composition de peinture, et s’essaya même au mezzotinte. Reynolds avait appris, dans l'atelier de J. R. Smith et de Hodges, la grande manière pictoriale du mezzotinte, et les grandes traditions de cet art sont exprimées avec éloquence dans de belles estampes pleines de dignité comme Georgtana, Duchess of Bedford et Mrs. Wlutbread (P1. CXXIIT), d’après Hoppner; et E/zabeth, Marchioness of Exeter (PL CXXIV), d’après Lawrence avec sa discrétion et son équilibre de tons exquis. Et si, dans quelques-unes de ces estampes d’après Reynolds il semble avoir fait de l’eau-forte un usage un peu trop compliqué là où le simple mezzotinte aurait été suffisamment expressif, dans la charmante Countess of Oxford et Mrs. Arbuthnot (PI. CXXII) de Hoppner, il a mis d’une façon parfaite les deux procédés en harmonie. Ilya aussi une qualité admirable dans la Marchioness of Sligo d’après Opie; Lady Hood et Samuel Lysons, d’après Lawrence; George Dance, d’après John Jackson; Charles ‘fames Fox, de J. R. Smith; Wi//iam Windham et Marquis of Thomond, de Hoppner; The Falconer, Vulture and Snake, et Heron and Spantel, de Northcote; la charmante petite idylle de Wheatley, The Smitten Clown (PL CXXV), qui est presque la première des estampes d’après Reynolds, et extrêmement rare; Le Moulin (PI CXXVII) d’après Rembrandt; et The Sand Storm de Morland, la plus importante des quinze planches de Reynolds d’après ce peintre. Puis, parmi les estampes de son séjour à Paris, on peut nommer Les Enfants surpris par l’Orage, d’après Delaroche; et The Wreck of the Medusa, impressionnante gravure d’après le fameux tableau de Géricault au Louvre, “ Le Radeau de la Méduse ”.
Lorsqu'il grava ses 352 charmantes petites planches au mezzotinte d’après des peintures de Sir Joshua Reynolds, dont un exemple
typique est Mrs. Merrick (PI. CXXVI), S. W. Reynolds eut l’importante collaboration de son jeune et habile élève Samuel Cousins, qui, plus tard, prétendit en avoir gravé 84 entièrement. Cousins aurait pu devenir un grand graveur, au lieu de rester un assistant habile et maniéré, s’il y avait eu de grands peintres pour inspirer et stimuler son talent. L’élégante manière dont Sir Thomas exécutait ses portraits, malgré toute sa vivacité et son charme passionné, n'offrait guère d'inspiration; cependant Cousins grava certainement un des tableaux de Lawrence à la manière des grands graveurs. Ce fut sa premiere planche, datée de 1826, la charmante Lady Acland and Children (PL CXXVIIT), et Lawrence en fut si satisfait qu'il confia immédiatement à Cousins Master Lambton, dont les belles épreuves dépassent maintenant le prix de cent livres qu’on en donna au graveur. Mais après cela, en cherchant un éclat superficiel, il semble s'être égaré et éloigné de plus en plus des grandes traditions artistiques du mezzotinte. Ces traditions, cependant, furent utiles à l’œuvre d’un des premiers élèves de S. W. Reynolds, William Whiston Barney, surtout pour cette planche frappante, Georgina, Duchess of Devonshire. D'autre part, David Lucas, qui avait de l'originalité et des dons, mais fut si malheureux, créa pour les futurs graveurs des traditions, avec ses belles interprétations, si pleines de vie, des brillants paysages de Constable, que domine le ciel. Turner d'abord, puis Constable, avait reconnu les riches ressources qu'offre le mezzotinte pour rendre avec la finesse de la peinture les effets changeants de la lumière et de l’atmosphère dans le paysage. Lucas les fit valoir brillamment; mais le public était indifférent, et il mourut dans un ‘“work-house” et fut enterré comme un pauvre. À présent ses planches d’après Constable sont estimées des collectionneurs et bien accueillies dans les grands musées. Et maintenant, après une longue période de languissement, le bel art du mezzotinte promet, grâce à M. Frank Short, ce légitime héritier des grands graveurs, d'offrir, pour exprimer directement des sujets de tableaux, des ressources bien supérieures à ce que pouvaient concevoir les vieux mezzotinteurs de reproduction.
MALCOLM C. SALAMAN.
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