SCÈNE V
DELPHINE, un Domestique, puis CLARISSE et M. D'ARBOISE.
5ar^8A\ LE DÔMESTIQDE.
Madame Clarisse d'Hervillj et un vieux Monsieur qui l'accompagne.
b.iij DELVHiNE , rtrcmenf. î
Faites enlrer sur-le-champ. . . (ft domestique les introduit et sort. Courant d Clarisse) Ma chère Clarisse. . . - fl'est toi ! ... *
CLARISSE, l'embrassant.
Delphine!... lu vois que j'ai suivi ma lettre de près,. . j'étais si impatiente. . .
DELPHINE. ■*'
Est-ce que tu avals besoin de te faire annoncer?. . une amie d'enfance! une sœur ! . .
CLARISSE
Ah! je te reconnais !.. . la voilà, mon oncle, celle dont je vous entretenais sans cesse. . . l
"'"' DELPHINE, passant entre d* Ar boise et Clarisse. **' C'est M. d'Arboise?. . . qui t'a servi de père.'! . .
d'arboise , s'inctinant.
Bien flatté , belle dame, que mon nom soit venu jusqu'à vous. . .
DELPHINE
Nous parlions si souvent de ceux qui nous étaient -^'^èr^J.Î '* ; ' ' ' ^*7
snjfi* D'Arboise , Clarisse, Delphine. ^\
i« , S*.D?Arb«i8e, Delphine, Clarisse. , .. ■ .n.^. ^ .{>'
10 T. A fEMML
D*AR60isE, d lui-même.
Elle est fort aimable. . .
DELPHINE
Et tii as besoin de moi?. . .
Jugez de notre joie , en apprenant que mademoiselle Delphine Dubreuil était l'épouse de M. Aubry, que l'on m'avait indique pour procureur. . . je veux dire pour avoué. . . Je vous demande pardon, belle dame , si je ne suis pas bien an courant des noms actuels !. .. je n'ai pas revu Paris depuis 87. . . et dan* mon château des environs de Dijon ... je ne suivais le train des choses que dans les Petites-Affiches et le Journal de la Côte-d'Or.
DELPHINE , souriant.
Je conçois !... vous deviez être un peu en arrière!... mais nous vous mettrons au fait... (rf C/ams^) Ma bonne Clarisse , tu as donc un procès ? . . .
CLARISSE
Hélas ! oui. . .
DELPHINE
Et à quel propos ? . . .
CLARISSE, «oMp/ran/.
Que veux-tu ?. . . je suis mariée ! . .
DELPHINE
Bon dieu !... serait-ce une séparation?..
d'arboise.
Vous l'avez dit, madame!..
DELPHINE
Si jeune!... si intéressante... et déjà malheureuse!... C'est donc un homme affreux ?
d'arboise. i'
Un monstre!... oui, madame, un monstre I.. . une suite de procédés...
DELPHINE
Révolta ns?
DE l'aVOUK. 11
d'abboise.
Avec des circonstances...
DELPHINE
Aggravante»...
d'arboise.
Tout ce qu'il y a de pins aggravant...
DELPHINi:.
Comment ! des violences ?
CLARISSE
Oh I non. . .
d'arboise.
Corbleul. . je ne l'aurais pas souffert. . . Savez-vous que j'ai tiic lo fleuret avec Saint-Georges, et que j'ai eu l'honneur de le boutonner. . .
Air : l^lus qu'un millionnaire ( de l'Artiste).
A vivre en esclavage Si l'on veut la forcer D'un tyran , mon courage , Peut la débarrasser.
DELPHINE souriant.
Une cause perdue
Vaut encor mieux qu'un duel.
C'est vrai ! si l'un vous tue Vous n'avez pas d'appel.
DELPHINE
Ainsi, vous êtes de'cidé à plaider ?
d'arboise.
Très-de'cide . . . Il n'y a pas moyen de vivre avec cet homme-là... Un fou, un révolutionnaire... qui ne parlait que d'ordre le'gal !.. de la jeune France! . . qui plaisantait sans cesse les vieilles idées, les bonnes doctrines, les aîles de pigeon. . . tout ce qu'il y a de respectable ! . . Enfin , jusqu'à ce bon M. Faustin , qu'il poursuivait de ses épigrammes . . .
DELPHI-HE.
Monsieur Faustin ?. . .
Un digne homme. . . un excellent voisin. . . qui était plein de complaisance et d'attentions pour moi. . . Il venait dîner trois fois par semaine, faisait ma partie de piquet, et avertissait charitablement ma nièce de la conduite de son mari. . . Eh ! bien , M. d'Hervilly ne pouvait le souffrir . . .
DEtPHINE.
Je m'en doute. . .
b'arboise.
La ge'ne'ration actuelle est si dépravée î. . Il necher chait que les occasions de le vexer!., au dessert , il se mettait à chanter les chansons d'nn certain Bé. . Ré langer. . .
Béranger ! . .
d'arboise.
Que je ne connais pas, Dieu merci ! . . mais dont les refrains font frémir : « Eteignons les lumières et rallu- >) mons le feu ...» Je vous demande à quoi ça rime ! . . Et un curé avec une Suzon... des horreurs!.. Une autre fois que le pauvre homme avait bien diné, ce qui lui arrivait assez souvent, il va lui parler de Tartuffe. . de perdrix. . avec une moitié de gigot en hachis. . . des personnalités !.. le feu m'en montait au visage. . .
DELPHINE
Et Monsieur Faustin ?
CLARISSE
Ah ! , . il ne se fâchait jamais ...
d'arboise.
Le digne homme ! il n'avait pas plus de fifl. . .«Ilst;' contentait de donner de pieux conseils à sa fewroe, . . Eh ! bien , Monsieur ne se mit-il pas à crier que c'était .un fourbe. . qui soufflait la discorde dans son méoage.. et il voulut le consigner. . .
DELPHINE
Hum !.. il avait peut-être raison
d'ahboisJ::.
Eh! ma chère dame!., ce n'ëlait qu'un pictcxle pour cacher ses torts personnels , dont nous étions instruits à point nommé.
CLAaissE soupirant.
Et de ces torts qu'on ne peut oub'lipr ! . .
Ah ! c'est différent , s'il y a injure grave ! . . Du reste nous en causerons. .. vous pouvez être tranquilles. . . je me charge de votre cause. , .
d'abboise, étonné.
Vous , Madame ?. .
DELPHINE souriant.
C'est-à-dire, moi ou mon mari... c'est la même chose. . . Quoique je n'aie pas fait mon droit , Clarisse sait que je suis un peu du métier. . . CL\aissE $ouriant.
(l'est vrai !
Air; : Adieu je vous fuis bois chunnanl. A la pension , tu plaidais. . .
OELPUINE.
Procureur dii roi de la classe !
Pour te défendre je mentais, Avec un ai)lond> , une grâce. . .
Pour ne favoriser (jue toi.
Je faisais punir l'innocence.. .
{/ aiil.) Et puis le procureur du roi Allait le soir en pénitence!
CLARISSE
Piiisses-tu mefaire gagiker encoje aiijourd'liui 1 d'arboise.
Pourquoi pas ?.. de mon temps on gagnait bien des causes par les fempaes, même en cour de parlement ! . . et ce petit monsieur se repentira de m'avoir dérang* de mes habitudes ! . . nje îaire venir plaider à Paris , parce que le domicile des époux y était. . . encore de leurs nouvelles inventions !. .
DELPHINE gravement.
\jî\ loi est formelle. . . article 875 du Code. . .
L'article 875 n'a pas le sens commun. ..
DELPHINE
Eh! mais , j'y pense. . . Quoique je me charge de votre cause, il ne serait pas mal que mon mari en eût une idée. . . nous avons ce soir une petite réunion , venez-y tous deux. . .
CLABISSE.
Moi. ii . paraître dans le naonde !. .
DELPHINE
Ce n'est pas le monde !.. un petit bal entre nous. . deux cents personnes. .. sans façon. . . d'arboise d sa nièce.
Viens-y. . . un bal d'affaires. . . M. Faustin ne peut y trouver à redire.
CLARISSE
Je n'oserais . . .
DELPHINE
Parce que tu plaides en séparation? Au contraire. . . c'est le cas de se montrer, d'intéresser. . . » Comment? )' dira-t-on.. c'est madame d'Hervilly qui valse avec » tant de grâce. . . que son mari rend malheureuse. . . » Quelle horreur ! . . . Pauvre petite femme !.. » d'arboise.
C'est que. . . j'y i-éfléchis. . .j'ai beaucoup de couù-^ '■ses 'à faire. . . - >
DELPHINE d d'Arboise.
Eh ! bien, ne vous gênez pas. . . moi, je m'empare de Clarisse que vous reprendrez en passant, pour qu'elle ait le temps de s'habiller. {A Clarisse ) C'est ar-- ' rangé , n'est-ce pas ?
Puisque tu le veux. . .
d'arboise (^passant entre tes deux dames). 3
A mei veille ! . . . ( embrassant sa nièce sur le front ) AK^'"''''"' Ions , chère enfant , du courage. . . n'y pense plus.
■T, ao Im iCDOiti ji no . wO
DELAVOVU. 15
DELPHINE bas.
Elle l'aimait donc bien ?
d'arboise bas.
Elle en était folle. . .
CLARISSE qui l'entend.
Ah I mon oncle !
d'arboise.
Mon Dieu! ma nièce, je sais ce que c'est que l'amour. . non pas que je le connaisse personnellement , mais j'en ai tant entendu parler à mes amis! . . mais un bon arrêt de Cour royale le chassera de ton cœur.
Air : Un homme pour faire un tableau.
Moi je vais courir tout Paris , Car nos voisius qui sont tenaces , Dès que l'on vient dans ce pays , Veulent tous obtenir des places !
Chacun m'a remis son [)lacet , Et je porte bien, sans reproche, Vinf^t croix d'honneur dans mon gilet, Et dix sons-préfets dans ma poche.
Je vous sahie, belle Dame! ( // sort ).
SCÈINE VI.