DELPHINE, CLARISSE
DELPHINE
Enfin, nous voilà seules, et nous pouvons nous confier tous nos petits secrets. . .
CLARISSE
Comme autrefois à la pension... {soupirani) Ah. ^. Delphine ! . . l'heureux temps ... et quelle différence ! . .
DELPHINE
Mais aussi pourquoi t'es-tu mariée?
CLARISSE
Et toi-même?. . nous nous étions juré que ça ne nous arriverait jamais!. .
DELPHINE
Oui. . . on se promet cela quand on est enfant. , .
i6 LA FEMltfE
CLARISSE soupirant.
l'it l'on ne sait pas quel avenir on se prdpare. .
DELPHINE
Pauvre amie !
Air ; Pour le chercher je cours en Allemagne (d'YelTa.).
De la bontc loi qalfits Pe modèle ,
De ton mari quels sont les torts, dis-moi ;
CLARISSK.
Hëlas! ma chère, il me fut infidèle. Je ne puis y croire. . .
CLABISSE.
Pourquoi ?
OEtPHlNE.
De l'infidélité victime, Avec CCS traits si gracieux , si doux ?. .
En te voyant c'est le seul crime Dont je n'osais accuser ton époux.
Il te quittait. . . il s'absentait souveni. .. il commença par des parties de chasse. . . n'est-ce pas ?
CLAKISSt.
Précisément.
DELPHINE
c'est toujours comme cela que ça se déclare. . .
CLARISSE
Il prétendait que le château de mon oncle était un vrai couvent. . . il allait faire la cour à toutes les femmes de la ville ! Enfin, un jour, à la suite d'une querelle violente, il disparut. . . et fut xejoindre celle qui m'a enlevé son amour.
DELPHINE
Comment, tu crois?. .
CLARISSE ( essuyant une larme ) •
On me l'a assuré. . , et c'est là ce qui m*indigne le plus. . . car je crois vraiment que je l'aime encore!. . si aimable ! si tendre ! . . dans les commeocemens , du
DE L ATOUB. 17
inoitis. . . Ali!, .inaib piirtlon , je l'aiUige ! j'ai lort !. . toi y du moins, ma clière Delpliiue , tu es lufuieuse. DELPHINE secouant la têtt.
Hum !. . hum I . .
CLARISSE
Ne m'as-tu pas dit?. .
DELPHINE
Oui, ou dit toujours cela comme ù ceux qui vous demandent des nouvelles de votre santé : « Merci , ça va bien. . . » et puis on ajoute aussitôt : « c'est-à-dire, » je suis un peu malade. »
CLARISSE
Est-ce que nionsienr Aubry ?. .
DELPHINE
Eh! mon Dieu! les maris sont toiijouis... dus maii>. Ji> suis heureuse, parce que j'y mets heauroun de bonne volonté. . . que j'ai ce qu'on appelle In philosophie du ménage. Monsieur Aubry est un très-honnête homme, que j'estime infiniment! mais ( baissant ta voix et regardant autour d'elle ) ce n'est pas précisément un génie. . . sans avoir de défaut essentiel, il est jaloux et soupçonneux à l'excès.
CLARISSE
C'est bien préférable à l'indifférence.
delphiue.
Chez un amant , c'est possible, mais dans un mari, c'est fatigant!., toujours des interrogatoires, des enquêtes. . . comme à la cour d'assises ! au point , que s'il .Tvait l'idée que , même avant de le connaître , j'ai pu distinguer quelqu'un, ce serait im enfer !
Que peux-tu craindre, si cela n'est pas?
DELPHINE, hésitant.
C'est que. . . je n'en suis pas bien sûre.
CLABISSB.
Comment ?
JS l.A FEMME
DELPHINE
Vraiimenl non ! Il y a eu autrefois un jeune homme qui venait chez mon père , que je devais épouser ; nous nous aimions , nous nous IVcrivions tous les jours !.. le mariage fut rompu. . . et. . . ( avec émotion ) je te conterai cela une autre fois , parce qu'il y a des jours où il ne faut pas que j'y songe. . . occupons-nous plutôt (le toi.
CLARISSE
Oh ! tu as raison !.. et puisque tu veux bien me recommander à ton mari , tâche qu'il y ait le moins de lenteurs possible.
DELPHINE
Certainement ! une séparation ! pour une femme , c'est une cause d'urgence. Nous allons toujours prendre quelques noies, pour que la requête puisse être présentée dès demain au président. . . ( Mouvement de surprise de Clarisse. ) deuxième partie du Code, livre premier, titre neuvième, la procédure pour séparation., c'est ce que j'ai appris le plus facilement.
( Elles vont auprès de la toilette. )