DELPHINE, VICTOR, AUBRY
VICTOR à Aubry.
ifi suis exact , comme vous voyez !
* Delphine, le Domestique, Aubry.
DE I. ' AVO l' Û. 57
Ài'BRV troublé.
C'est vou* ! eiiclianlé 1 ^ fi/5ar( y que le diable l'emporte ! (haut) pardon , mon cher client. . . je suis à vous. . . mais un maître de m.iisoii. . . ma femme vous tiendra compagnie. . . [se tournant comme si on l'appelait) voilà! voilà!., vous pouvez toujours allumer. . .
( Il sort par le fond. )
scÊ^E XIII.
DELl'HINE , VICTOR.
DELPHINE dpart.
Allons, il faut encore que je répare ses maladresses. .
VICTOR dpart.
Un avoué qui donne des fêtes , cl qui a unt; jolie femme!. . je ne pouvais pas mieux choisu* ! (haut , en s* approchant ) je suis bien indiscret, madame, cJe venir de si bonne heure , mais la qualité de plaideur fait excuser. . .
DELPRIRE.
Monsieur . . .
VICTOR la regardant.
Ah I grand Dieu I. .
DELPHINE le regardant.
Que vois-je?. .
VICTOR
Ces traits! . .
DELPHINE
Monsieur Victor '. . (dpart) le jeune Homme d*aut refois !
VICTOR enchanté.
Est-ce bien vous ?
DELPHINE émue.
Je ne reviens pas de ma surprise ! . . mais (jue signifie ce nom . . . d'Heivilly ?. .
VICTOR
Il est vrai, ce n'était pas le mien lorsqu'on des
28 LA FE°MIttt
temps plus heureux !. . . [un regard de Delphine L'arrête) Pardon I j'oubliais qu'il ne hi'est plus permis. . ( chan~ géant de ton.) C'est un onde maternel , madame , qui avait un titre, un majorât, et qui, en me laissant tous ses biens, a exig^ qne je prisse aussi son «om !. . ce pauvre oncle , je Paimais trop pour le désobliger.
Je vous félicite. . .
VICTOR vivement.
Des faveurs de la fortune ?. . vous avez raison, c'est aujourd'hui surtout que je commence à croire qu'elle me veut du bien ! . . vous revoir!. . retrouver ces souvenirs si chers !..
DEL^BtlTE.
Aîiî de grâce, Monsieur, pas un mot sur ce spjel. Je vous préviens que j'ai tout oublie' !
VICTOK.
Quoi I Madame. . .
DELPHINE ( d part ).
Et moi qui y pextsais encore ce matin!
VICTOR gaiment.
£h ! bien , voilà qiii est a£freitx !
DELPHINE
Comment I ne vous étes-vous pas marié aussi ?
VICTOR
C'est vrai î mais je n*ai rien oublie' ! J'avoue que j'adorais ma femme , parce qu'un honnête iÎT)fflme ne connaît que son devoir, mais je pensais loojoin*» à
vous. ■ 'V•'i<,\•^n < at'tTOtf •.
DELPHINE souriant.
C'est bien flatteur.!. [x.».,,,,.,
VJCIQB.
J'en parlais encore tantôt à '^«tre joairi.
DELBBHW effrayée.
A'inmi«anri !
DE l' A ViOLi É. 29
VJCTO«.
Oh î «.ans vouK iioininer ! . . Je lui racotrtais mes piemiers amours, et cda 'le faisait «'lire.
DELpni>E à part j haussant les épaules. Je le (.lois , il rit loiijaiirs.
VICTOR
Je lui parlais de ce:> lettres clut-rtnantes (|tie je relis si souvent. . .
DELPHINE
Des lettres 1 eu ellc-t , je me rappalle que, de l'avoti de ma mère. . . Vous ne les avez pas brûlées ?
VICTOR-
Les brûler! Un pareil tre'sor! . . ce sou t les seules qu'en me mariant j'aie sauve'es de l'auto-da-fé général.
DELPHINE
O ciel !.. cl si quoiqu'un pouvait soupçonner . .
VICTOR
Oh! ne craignez rieu ; elles sont serrées bien précieusement dans un petit portefeuille couleur pensée. Je les ai cachées au fond de mon secrétaire avec votre fturtrait.
DELPHINE étonnée.
Mon portrait? que Aîtes-vous, Monsieur?.. Jamais pourtant je ne vous ei donné. . .
VICTOR
J'en conviens ; c'est un ivol : et puisque je suis en train de confesser mes crimes. . . vous vous .souvenez d'une petite miniature qui ornait la clieminéede votre père. . . qui a disparu pendant quelqiic t^nips !
Air: faudeuiLle de hi Petite S<vui:
Ce portrait m'oiFrait tant d'appas .' . . Et je le copiai moi-même. . .
DELi»HmE.
- ' '^ Mon portrait, qneUe audace «ttrétite!
tr- Et mon mari qiiioe l'a pas. . .
Qui me lo demande Ini-mpwiel. . ,, ^y^y
victoR ni ^ao
il a|>our«e dédommager tlfMlSitK
SQ
LA FEMMB
Les traits et les grâces d'un ange .' Mais nous pouvons nous arranger.
Si vous voulez vous en charger, Je suis prêt à faire re'chauge.
DELPHINE
Vous me i-endrez tout, Monsieur, je le veux , je l'exige.
., VICTOR tristement.
i Soit , Madame, puisque vous m'enlevez cette dernière consolation ! . . vous serez obéïe. . . aussitôt que je retournerai à Dijon, ce qui ne sera pas très-prochain, suivant les apparences.
Pourquoi donc ?
VICTOR
Puisque ma femme veut une se'paration!
"";**' DELPHINE vivement.
Mais vous ne la voulez pas, Monsievir; vous vous v opposerez, et je suis sûre qu'avec quelques avances. . .
nf|.ftej|i VICTOR.
Mon Dieu ! j'y étais tout disposé. . . mais c'est impossible ! Il y a là un oncle , assez faible , et une espèce d'ami de la maison beaucoup trop fort.
delphinï:.
Monsieur Faustin?. .
VICTOR
Votre mari vous en a déjà parlé. Eh I bien, oui î. . c'est une peste que ces gens là pour les ménages de province ^ l'invasion étrangère a été moins funeste.
DELPHINE
Mais il n'y en a plus , Monsieur.
..î ..^T VICTOR. ■' ■
Je sais bien , on les chasse, et il y en a toujodii"»^.^ Ils changent de nom , voilà tout. Vous ne pouvez pas VOUS imaginer combien il est cruel de voir sans cesse une influence secrète s'ëtablir là , près de vous , détruire peu à peu la confiance, l'amour. . ,
'.3^lMl>i£:*Avou K. 31
Vous ne dites pas que vous aviez donné mille prétextes à la froideur de votre fenïme.
VICTOR
Moi I j'étais le modèle des maris ! car je l'aimai véritablement. .. je l'adorais ! et, aujourd'hui mêmer je mourrais plutôt que d'en convenir , mais je suis malheureux. .. ce n'élait qu'avec peine, avec dépit que je m'éloignais d'elle. . . je sentais que ma maison me devenait insupportable , et j'y revenais toujours , parce qu'elle y était , que je la retrouvais.
DELPHINE
Vous voyez bien qu'il serait facile de se rapprocher. VICTOR vivement.
Jamais, maintenant! . . quand on a été dédaigné, humilié. . . Non ! non! puisqu'une séparation peut seule ramener la paix entre nous, j'en prendrai mon parti ; je serai beaucoup plus heureux en redevenant garçon. ( Tendnment ) Vous me permettrez de vous offrir quelquefois mon hommage.
DELPHINE
Monsieur.'. .
VICTOR
Oh! rassurez-vous! je n'espère rien, je ne demande rien . . .
DELPHINE dpart.
Oui !. . encore un jésuite!
VICTOR
Rien , que la permission de vous voir , de vous aimer en silence. . . Vous ne pouvez m'en empêcher ! DELPHINE froidement.
Pardonnez-moi , Monsieur ; et vous m'obligerez en n^jggfta-aissant plus. . .
>> - VICTOR isouriant. .. 2^î
Chez mon avouéT. . At!«est de^lat5fi?aaiiîfe^.v'îe^t^é' puis vous le prom€ttr«5, . -;i 2 .i^^:^: ■ 5:.Ti9>iiiïni ^î^a
Comment , Monsieur 1 . .
3tK f| LM rKMMli
Ëcetitea donc , j»h tua proeè^,,. tr^ B'cfi>t.{»aif «)» , faute , si votre mari n maieOsfiance f. . je s«is oblige de le voir tons les jours,
DKLPHIBK d prirtfff^ o,
Toua les jours !..
riCtOR ( tirant dts papiers ée *a poc/ie ).
Té stïis en règle ; me voilà armé de rhorrible dossier ! Je suis même fàclié d'avoir apporte' mes papiers aujourd'hui, Ça m'aura«it sferri ' <)e pfélexle porrr demain. -..-.--.. : -v -u-, ■•■.,.
DELPHINE, 4Coee ironie.
Dès p^pi«rs , potir pi'ouver voire fidélité ?
viCTOB ; tes fettiltetant.
Oui vraiment! d'oixJinaire , il n^y a pas tte preuves^ par écrit; mais voici des lettres de ma femmx; , qui <iémoqtreBt . . . {Il s'arrête.) Al* ! c'é&t singulier!
UELPHtTTE . V i
Quoi donc? .q
VICTOR
Une romance, que je lui adressais dans le commep.^ cément de notre mariage , qu'elle n'a jamais lue » r*gl?fS'*^ que je retrouve là . . . Encore une preuve d'amour !". . DELPHINE prenant le papier.
Comment! vous faisiez des vers ?
viCToa. Oh î des vers de province ; vous savez ce qv«ie,<:!^|.,- -,,5 DELPHINE, qui parcourt le papier •': . I ■=' 1 '-«.'t sf'H''' • ^^,/leuve de la t^ie. i dA
Très-bien vraiment . . . « L'amour s'ienvolc ■ ;, '^3 aiip âci
« L'hymen l'enchaîne avec <ie& fleurs. . .. »
\]es vers sont de la vieille école
¥.t pour des femmes très-flatteurs !..
VICTOR
Oh 1 quand il faut chanter léS nôtres , An classique l'on a recours.
DEhvaiyE riant. .»
, j ^^ui, le roraantitfue est toujours Pour la femme des autres.
t>B L AVOVK. iô
UBLFHINE, cachant le papier précipitamment, tfitùl.. Monsieur A iitry!
VICTOR, d'un peu loin d'elle.
Quavez-voiis .
DELPHINE bas.
Pas un mot , ]o vous en conjure !
„ viCTOB d part.
C'est le itiari l