‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 169 sur 403 · LA FEMME MA.RTINOT · texte numérisé non relu

LA FEMME MA.RTINOT

Ah bien ! je le croyais plus bel homme que ça.

PITHOD.

Âvail-il un air penaud !

DESGRAIS, d'un air capable.

Preuve qu'il se sent coupable.

LA FEMME MARTINOT.

Mais non, je hii ai trouvé le regard assez calme.

DESGRAIS, de même.

Pardi! ils ont tous un front... L'assurance du crime !.. Et on ne le brûlera pas, ce huguenot-lù!

PITHOU

Je gage que si.

DESGRAIS

Je gage que non.

PITHOTJ.

Veux-tu parier?

DESGRAIS, regardant de côté.

Tiens, voilà quelqu'un qui pourra nous le dire..^ La Voisin.

LA FEMME MARTINOT.

La tireuse de cartes?

DESGRAIS

A qui toutes les belles dames de la cour vont conter leurs intrigues... Elle en sait long, celle-là. (^L'appelant.) Eh! par ici, sorcière.

rNE TROUPE d'enfanp, Criant après La Volsinj qui entre. Ah ! La Voisin!.. la sorcière !

LA VOISIN, se retournant.

Voulez-vous me laisser, petits drôles... ou je vous lâche un diablotin aux Irousses!..

Les enfans se dispersent avec crainte.

DESGRAIS

Allons, allons, ne vous fâchez pas, vénérable cousine de Belzébuth, et venez par ici.

LA VOISIN, brusquement.

Je n'ai pas le temps, fainéans!

DESGRAIS, avec Ironie.

Est-ce que c'est jour de sabbat ?

piTDOU de même.

Eh non! on l'allend à la Chambre ardenlo pour la faire griller.

DESGBÀIS.

Au fait, ça lui revient de droit.

LA VOISIR.

jM< i? je ne crains rien.

DEJGRAIS.

Hum ! gibier de Salan, est-ce que lu ne devrais pas déjà avoir découvert ces maudits empoisonneurs?

LA VOISIN

Oui di'i!.. pour que la justice m'accuse de lui prendre ses pratiques?.. Chacun sa besogne!

DESCIVAI3.

Alors, fais la tienne... dis-nous notre bonne aventure.

Tors.

Ah oui ! dis-nous notre bonne aventure.

LA VOISIN

Je n'ai pas mes cartes.

PITHOV.

Bah ! à la physionomie.

IfESCUAlS.

Au doigt et à l'œil.

PITnOTJ.

On te paiera, sybille.

LA V0ISI5

Oui! en monnaie de singe!.. D'ailleurs, qu'est-ce que vous voulez qu'on lise dans de pareilles figures ? DEsCRAis, tendant sa main.

Vas toujours... Y a-t-il long-temps que tu n'as vu le diable, ton ami intime ?

LA VOISIN, le regardant.

Mais dans ceraoment-ci, je le vois parfaitement. .. il est très-laid.

DESGRAIS

Pas de personnalités. Dis-moi seulement ce que je ferai.

LA VOISIN, regardant sa main.

Rien... Tu es un paresseux.

DESGRAIS

Non! Ce que je deviendrai un jour?

LA VOISIK.

Toi ?.. lu seras pendu.

DE.sCnAIÏ.

Hein ?

LA TOISIN.

Ou tu feras pendre les autres.

DESGRAis, un peu ému.

J'aime encore mieux ça !.. Par exemple, pendu!

LA VOISIN, voulant continuer.

Après cela...

DESGRAis, retirant sa viain.

En voilà bien assez. Qu'est-ce que tu veux qu'il m'arrive après ça? sorcière du diable!.. {A ses compagnons.) A vous autres, si vous êies curieux!..

piTHOC, cachant sa main, et reculant.

Non pas.

TOUS, de même, Ni moi, ni moi!

PITHOU

Ça peut porter malheur.

Li FEMME MARTINOT.

Pardine ! c'est comme mon mari... A son mariage, on lui a prédit des choses!., ça ne lui a pas manqué.

LA VOISIN, allant de l'un à l'autre, et se moquant d'eux. Comment ! vous qui étiez si braves. .

LE COMTE, qui a observé cette scène, bas, au Marquis. Et voilà comme on les entrelient dans Terreur. ..Encore une intrigante qui trompe ces bonnes gens!.. Parbleu, je veux les désabuser.

LE MARQUIS, bas.

Vous aurez de la peine. Le peuple aime à être trompé... c'est son lot.

LE COMTE, s'approchant du groupe, et poussant Desgrais, dont il prend la place. — A La Voisin. Un moment... à mon tour.

DESGBAis, avec humeur.

Eh bien! est-ce qu'il n'y a pas assez de place?.. Je trouve le procédé un peu leste.

LE COMTE, sans Cécouter.

Voici ma main... allons, habile devineresse... dis-nous un peu qui je suis, ce que je pense. [^A ceux qui l'entourent.) Vous all<^s voir son ignorance.

LA VOISIN, dpart, et le regardant en dccsoxs. Ah! ah!

LE COMTE

Eh bien ! te voilA déjù embarrassée ?

LA. VOISIN, d'un air modeste, et après avoir regardé sa main. Mais oui... car vous n'êtes pas habitué à porter cet habit.

LE COMTE , un peu étonne.

Comment?

11 VOISIN, « mi-voix, et de manière à n'être entendue que du Comte et du Marquis.

N'est-ce pas. Monsieur le Comte?

LE MARQUIS, bas.

Elle vous connaît.

LE COMTE, légèrement.

Elle m'aura vu par hasard. {Haut.) Mais ce n'est pas tout : il faut me dire à quoi je pense en ce moment.

LA VOISIN

Ça se demande-t-il?.. Un jeune homme!... à ses amoura.

LE COMTE, au Marquis.

Il ne faut pas beaucoup de sorcellerie....

DESGRAis, bas, aux autres.

C'est un compère.

LA VOISIN, regardant toujours sa main.

Vous voulez peut-être que je vous désigne la personne ?

LE MARQUIS , vivement Oui, oui... (Au Comte.) Parbleu ! il serait charmant que j'apprisse par elle...

lA VOISIN, ayant l*air de suivre la ligne avec ta main. Dix-sept ans, des yeux bleus...

LE COMTE , étonné à chaque mot.

Eh ! mais...

LE MARQtis à La Voisin.

Très-bien ! Vas toujours.

LA VOISIN

Ah! elle est bien jolie, j'en conviens!., et timide!.. Elle sort du couvent aujourd'hui, pour retourner dans sa famille... qui loge ici près... dans la rue... dans la rue... aidez-moi donc, Monsieur le Comte.

LE COMTE , l'arrêtant d voix basse.

Assez.,, assez... il suffit.

DESGRAis, l'observant Il lui parle bas, voyez-vous!.. Cet homme-là m*est suspect.

LA VOISIN

Après cela, si vous le desirez, je puis vous noumier celte aiuiable persouue.

LE MAHQDIS, riailt.

Sans iloate ! ça devrait être déjà fait. LE COMTE , bas.

iSon... non.

LA. VOISIN , montrant la droite. lih ! c'est inutile... Voilà sa mère qui vient de ce côté.

LE COMTE , lui saisissant le bras.

Silence! [bas, d La F'oisin , et lui glissatit une bourse dans la 7«atn.) ïais-toi, lais-loi

LE MARQUIS , suivant son regard.

Sa mère!.. Comment!., la Marquise de Brinvilliers!

La Voisin se perd dans la foule.

DESGRAis suivant le mouvement du comte et parlant A ses camarades. 11 lui a glissé une bourse... Je vous dis que cet homme m'est essentiellement suspect.

PITHOtJ.

Chut ! Voilà Madame la Marquise de Brinvilliers qui revient de la messe.

TOCS, avec respect.

La Marquise de Brinvilliersî

DESGRAIS

Ah! la brave dame, celle-là!

PIT0OU

Si pieuse !

LA FEMME MABTINOT.

Si charitable !

DESGBAiS.

Si bonne pour les pauvres!

LA FEMME MARTINOT.

Aussi passe-t-elle sa vie dans les églises.

Ou dans les hôpitaux, à secourir les malades.

PITHOU

Tenez, tenez... elle sort du collège des Jésuites de la rue Saint-Antoiue.

LA FEMME MARTINOT.

Et elle va regagner son carrosse, pour retourner à son hOteJ de la rue Neuve-Saint-Paul.

DESGRAIS

A-l-elle la bonté peinte sur la figure !

id

LA FEMME MARTINOT.

Pauvre chère dame!., tant île malheurs!.. Encore l'année dernière, son père, soD frère et son mari qu'elle a perdus coup sur coup.

DESCRAIS.

Ah! il y a des familles malheureuses!..

La RIarqiiist; parait, suivie de deux laquais en grande livrée, dont l'un porte son sac, et l'autre son livre de luesse. — Tous les personnages, (excepté le Comte et le Marquis, qui restent de cùlé), se sont rangés pour la laisser passer, et lui oient leurs chapeaux. — La Marquise, en passant, distribue quelques aumOnes.

SCEXE V.

Les MÊMES, Li MARQUISE DE BRINVILLIERS.

LE MARQUIS, bas, au Comte.

Soyez tranquille, je ne dirai rien. Je vais lui offrir la main, el je vous présenterai chez elle, quand vous voudrez.

Il va à la Marquise, qu'il salue. Ils sortent par la gauche.

DESGRAis, faisant ranger le peuple devant elle. Rangez-vous donc, devant Madame la Marquise... Salul, Madame la Marquise. {^Pendant qu'elle disparaît.) Ah! que Dieu nous la conserve, celle-là. [On entend un grand mouvement dans l'Arsenal.) Eh bien ! qu'est-ce qu'il se passe donc eucore? LE COMTE, écoutant.

L'arrêl est prononcé.

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