‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 168 sur 403 · I.A FEMME MARTINOT · texte numérisé non relu

I.A FEMME MARTINOT

On (lit qu'il a fuit un pacte avec le dial)le.

DESGRAIà.

Faut le voir passer,

LARIOLLE.

Il va entrer par la grande porte.

TOVS.

Courons , courons !

DESGRAis, courant.

Je retiens la première borne.

Ils sortent en courant, pêle-mêle par la droite. Le Comte de Guiciie paraît du côté opposé, et suit la foule des yeux.

SCÈiVE II.

LE COMTE , seul , cl vêtu d'un habit trùs-siinple.

Quel cuiprcsscment pour voir humilier celui dont ils ont si souvent célébré les victoires!.. Voilà bien le peuple!., s'élevanl des idoles ; puis les hiisauf, les traîuaiit dans la boue. 31ais le Jl.iroelial n'est pas coupable... Luxeinbourp^, accusé d'un crime qui n'est que le partage des lâches!.. (Se promenant avec agitation.) Ah! ce mystère ailVeux, ce myslère qui enveloppe tant de Ibrlaits... qui donc pourra le pénétrer?..

SCÈAE m.

LE COMTE, LE MARQUIS DE FEUQUIÈRES, arricant par ta droite, et parlant à la cantonnade.

LE MARQliî.

Tète-bleue! a-t-on jamais vu pareille canaille!.. M'obliger à •quitter ma chaise au milieu de la rue !

LE COMTE

Eli ! c'est le Marquis de Feuquières.

LE MAr.QUlS.

Le Comte de Guiche !

LE COMTE

Où alliez-vous donc.

LE MARQCIS.

Eh parbleu, faire ma cour à la belle Ninon... saluer Mademoiselle de Thianges, Madame de Grignan! mes petites visites de la place Royale; lorsque ces maroufles ont failli me renverser, moi, et mes porteurs, par-dessus le parapet!.. J'ai jugé prudent de mettre pied à terre... Mais je ne suis plus présentable... et j'en serai pour mes frais de campagne... Mais vous.

mon cher Comle, vous, le favori de Monsieur, de Madame Henriette d'Angleterre, l'un de nos jeunes seigneurs les plus brillans, les mieux en cour, que diable faites-vous ici, en pareil équipage ?

J'attends!.. Le procès du Maréchal occupe tout Paris, et MâDAME Henriette, qui lui porte le plus vif intérêt, m'a chargé de lui faire connaître l'arrêt, aussitôt qu'il serait prononcé,

LE MARQUIS

Il paraît qu'il sera condamné.

LE COMTE

Impossible!

LE MARQUIS

LaRejnic, qui préside, le dit à qui veut l'entendre.

LE COMTE, haussant les épaules.

Belle caution!., un misérable vendu à Monsieur de Louvois.

LE MARQUIS

Raison de plus... il doit le savoir... Ce diable de Louvois hait le Maréchal comme la peste.

LE COMTE, arec ironie.

Et il se sert de cette Chambre ardente que le Roi vient de créer, pour y traduire, ses ennemis, ses rivaux, tout ce qui lui porte ombrage.

LE MARQUIS, riant.

Ce n'est pas trop raoladroii pour un ministre.

LE COMTE, vivement.

Eh! morbleu, au lieu de satisfaire ses haines personnelles, que ne songe-t-il à nous délivrer du fléau qui nous accable ! LE MARQUIS , légèrement.

Bon!., les empoisonnemens?. la poudre de succession?.. misère>!.. Cela ne tombe que sur ceux qui ont quelque chose à laisser... le grand mal!.. Dieu me damne si je m'en inquiète un moment., car je n^ai pas un écu... La bassette et ce coquin de Grammont y ont mis bon ordre.

LE COMTE, avec chaleur.

Ah! Marquis, pouvez-vous parler avec cette légèreté de tant d'horreurs, ..]\e voyez-vous pas la consternation qui frappe tout Paris?.. Dans les familles, plus de confiance, plus d'abandon... Chacun se regarde avec terreur, el croit voir son assassin dans son ami !e plus dévoué... Le frère se défie de son frère, le père de son fils... Il semble qu'une main invisible est là entr'eux, qui va donner la mort; et^ quelle mon, grand Dieu ! la plus affreuse, la plus rapide, que l'on ne peut prévoir,

que rieo ne peut prcvcuir. (Avec indignation.) Et vous voulei que l'on reste insensible à l'aspect de cet effroi général! Eh bien! ce que ne fait pas le ministre, ce que ne font pas les magistrats , moi , je l'accomplirai... Je l'ai juré clans mon indignation... Oui, je percerai ce tissu d'horreurs... j'irai partout... je braverai tout... je découvrirai les coupables... j'y périrai peut-être; mais n'importe, j'aurai puni les lâches, et vengé leurs victimes.

LE MARQUIS

Quelle chaleur! . [Souriant) Gageons, mon cher Comte, que vous êtes amoureux.

LE COMTE, étonné.

Pourquoi donc?

LE MARQUIS

Oh ! c'est que la générosité a toujours quelque arrière pensée... ( D'un air d'intelligence. ) Vous tremblez pour quelqu'un.^.

LE COMTE

Je ne m'ea défend pas... Oui, j'adore un ange de candeur, de bonté.

LE MARQtiis, souriant.

Qu'est-ce que je vous disais?

Ah! si vous la connaissiez... si vous saviez tout ce que cette Sme si pure renferme de douceur, de nobles senlimens!... Sa tendresse est ma vie, mon espoir, mon bonheur... et il me larde d'être son époux, pour la défendre, pour veiller sur elle.

LE MARQUIS

Et quelle est donc cette jeune merveille ? LE COMTE, souriant.

Ah! pour cela. Marquis, je n'ai confié mon amour à personne; et vous n'apprendrez son nom, que lorsqu'elle sera Comtesse de Guiche.

LE MARQUIS

De la discrétion en affaires de cœur !. vous allez vous rendre ridicule.

Il va pour sortir.

LE COMTE, l'arrêtant par la main.

Attendez... On referme la porte de l'Arsenal... le Duc est devant ses juges.

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