I.A MARQtiSE, avec empvessemcnt
Au contraire, Chevalier, c'est la surprise, la joie...
SAiSTE-CROix , d'un air railleur.
Je m'en aperçois!,. Mais prenez garde, chère Marquise... la joie peut avoir des suites lâcheuses... et il ne faut pas s'y abandonner sans ménagement! (C//an^frtnt f/e <on.) Du reste , ma détention n'avait rien d'alarn)ant. J^égèrement compromis dans raûaire du Maréchal, son acquittement m'a ouvert toutes les portes, et me voilà rendu au monde, au.\ plaisirs et à l'ainitié. {Lui baisant la main.) A l\imitié, surtout... le ch irme de la vie , le lien des belles âmes... N'est-ce pas , .Marquise ? LA MARQUISE, d'un air indiffèrent.
Vous m'aimez donc toujours. Chevalier?
SAINTE-CROIX , d'un ton glacé.
Plus que jamais !.. Passionnément!
LA MARQUISE
J'entends! vous avez besoin d'argent.
SAiNTE-CROix, souriant.
C'est ma foi vrai !.. Ce que c'est que deux coeurs qui se comprennent! {Légèrement.) Je veux mettre de l'ordre dans mes affaires... J'ai quelques dettes... quelques engagemens d'honneur... et comme nous avons un compte ouvert ensemble, j'ai pensé qu'un millier de louis...
Mille louis!
SAINTE CROIX
D'abord... pour le plus pressé... nous verrons ensuite. LA MARQUISE , ironiquement.
Ah! cela ne sufTirait pas! {D'un ton sec.) J'en suis fâchée, Chevalier... mais, désormais, je ne puis vous être d'aucun secours.
SAINTE-CROIX
Comment ?
Ll MARQVISE.
Je suis ruinée !.. Il ne me reste plus rien.
SAINTE-CROIX
Rien, absolument ?
LA MARQnSE.
Que l'npparence de la richesse, que ce luxe d'emprunt que je suis obligée de conserver oux yeux du monde, .. mais qui \a m'éohapper au premier moment !..
SAIKTC-CROIX.
Que me diles-vous !à?.. Mais c'est affreux !.. En si peu de temps. . une si belle fortune!.. Comment diable avez-vous fait?..
LA MARQUISE, amèrement.
C'est vous qui me le demandez!., vous! qui me l'avez arr.ichée par lambeaux !.. vous , pour qui j'ai tout sacrifié !.. tout î jusqu'à la dot demi fille, la fortune de soiî pèse!.. Ah!., c'est la seule faiblesse que je ne me paràonne pas... que je ne vous pardonner. li jamais!.. îla fille, Monsieur! uiais s.^vez-vous bien ce que c'est que ina ûiie, ma pauvre Marie, rao:» unique espérance, ma seule richesse?., que j'aime de tout l'amour qui peut brûler le cœur d'une mère... comme je ne croytîis jamais pouvoir aimer , mille fois plus que je ne vous ai aimé vousmême. ..car, pour ma fille, pour son bonher.r, pour son repos, je vous sacrifierais, je vous perdrais avec joie... vous, vou* , Sûinte-Croix!
SAINTE-CROIX, s'incUnant.
Vous êtes bien bonne!
LA MAH'QCISE.
Et maintenant qu'il faut lui assurer un avenir, qu'il faut songer h lui choisir un époux, que mes amis s'attendent pour elli! à un riche mariage!.. Comment me justifier?.. Il faut donc dévoiler ma honte... lui avouer que moi , sa mère, j'ai dissipé la fortune immense à laquelle elle était appelée !.. Que faire?. Que lui dire?.. {Avec emportement.) Mais parlez donc, Monsieur, que vouleï vous que je lui dise?..
SAINTE-CROIX , négligemment.
Vous lui direz.., tout ce que vous voudrez... Que sais-je... que des malheurs... un fripon d'intendant... il y a une foule d'accidens plus vraisemblables les uns que les autres !.. D'ailleurs, vous avez des ressources, des espérances?..
LA MABQCISE.
Aucune.
siiisTE-CROix , froidement.
Comment... est-ce que vous n'avez plus de p.ircns. .. au degré siicc.'sibh' ?
LA. MARQfiSE, axcc effroi. Sainle-Croix!
«AINIB-CROIX.
Pourquoi me regarder ainsi ? c'est ce que, dans le monde, on appelle des espérances... C'est tout simple... tous les jours, il arrive un malheur... Votre père nieuri... votre mari... on hérite de sa faiiiille... Mais daaie, on est lu pour cal LA MAKQCiSE, à elle-même.
Oui , on hérite, et on ne dort plus !
SAINTE-CROIX
Si fait, on dort très-bien !.. moi, je ne fais qu'un somme.. . Et parblou ! n'avez- vous pas encore votre frère aîné, le Baron d'Aubray. Lieutenant-civil de Toulouse... un vieux garçon, avare, riche à millions... Sa fortune vous revient de droit...
LA. MARQCISE.
Ou du moins à ma fille... à elle seule... il me l'a bien promis!., mais il c>t si loin de nous.
SAINTE-CROIX
C'est vrai!.. {Lentement et avec intention.) Mais on peut lui écrire... [La Marquise le regarde.) une lettre bien tendre... bien insinuante. .. avec une encre sympaîhicjue... et un peu de pou dre...
II fait le geste de jetter de la [>o:idfe sur un papier. LA MARQUISE.
Chevalier!
SAIKTE-CUOIX.
Eh! bien... voyons... est-ce qu'on ne peut plus écrire à ses parens? leur adresser des vœux pour leur santé !.. C'est ce que me diî-ail ce bon E.rili , cet honnête italien... que j'ai retrouvé à la Ba>tille, car il n'en bouge pas, lui, il y a pas;é bail, et j'en ai été bien aise; j'ai perfectionné avec lui mon éducation scientifique !.. [Baissant la voix.) Il m'a enseigné un secret admirable , étonnant, près duquel, tous ceux que j'avais déjà ne sont que des jeux d'enfans. Un secret prompt comme l'éclair, qui force la succession la plus rebelle... à vous tomber dans la main... sur-le-champ.
LA MARQUISE , avec espoir.
Sur-le-champ ?
SAIKTE-CROIX.
Et sans aucun danger.
LA MARQUISE , (le même.
Sans danger!..
SAIME-CROIX.
Il suffit pour cela...
LA MARQLiSE, retenant à elle.
Assez, assez, je ne veux pas de détails.
SAINTE-CROIX
Je ne vous conçois p;is... Esl-ce que a'ous vous aviseriez à pressent il'avoir des scrupules, du remords, des préjugés ?..
LA MAKQnSE.
Je ne sais... mais depuis que ma fiile doit revenir près de moi.. . Attendez... [Ecoutant.) Le bruit d'une voiture!., c'est elle ! c'est ma chère Marie! [Serrant la main du Chevalier.) Pas un mot de plus, Chevalier!..
SAiNTE-CBOix , à mi-voiv.
Soit, mais songez qu'il me faut ces mille louis, ce soir... j'en ai besoin !..
LA MAKQriSE , buS.
Et vous , songez bien que celui qui me forcerait à rougir de- Aant ma fille, n'aurait plus que ma haine... Vous savez ce (ju'elle vaut.