SCENE IV
LA MARQL'ISE, SAINTE-CHOIX, MARIE.
MARIE , entrant par (a gauche.
Il m'attend peut-être depuis long-temps!... LA MARQUISE, ?nontrant la gauche.
Par là.
SAINTE-CROIX
Malheur à celui... (// ouvre sa lanterne, elle éclaire la figure de Marie gui jette un cri. ) Voire fille !
LÀ MABQII5E.
Grand Dieu !
Ma mère.
SAINTE-CROIX
Que faisiez-vous ici ? Qu'y vonez-vuus chercher? Qui vous amène ?
LA. MABQLisE, Totilant le cahïieT.
Chevalier !. . .
SAINTE-CROIX, acec emportement .
Sarez-vous qu'il y va de la vie ?
C'est ma fille. Monsieur! voyons, Marie. . . Mon enfant, remellez-vous; dites-moi ! . que veniez-vous faire, ù cette heure, seule, dans le jardin ?
SAiSTE-caoïx , éclairant toujours la figure de Marie. Vous y étiez, . . depuis long-temps ?
MARIE
Mon Dieu, non... j'arrive.
LA MARQUISE, regardant Sainte-Croix.
Ahl vous entendez.
On vi)it le Cotijte de Guiche regagner doucement ha gauche, à travers les arbres du fond.
SAIKTE-CROIX.
Et qui VOUS attirait ici, seule, au milieu de la nuit?
MARIE, s' éloignant de lui.
Ah! Monsieur de Sainte-Croix, vous me faites peur.
LA MARQUISE
Rassure-toi, mon enfant !. . ( Bas à Sainte-Croix. ), je vous en conjure....
SAINTE- CROIX , sc Calmant.
Soit, soii. . . Mais du moins Mademoiselle nous dira. .
MARIE
Oh ! tout ce que vous voudrez. . . Je faisais mal «ans doute , de venir ici, et je le vois bien maintenant, à votre colère, aux regards de maman. — Mais je me disais: quel grand mal après tout. . . puisqu'il doit être mon mari. . .
SAINTE-CROIX
Elle se trouble!. . .
LA MARQUISE , xivemcnt.
iS'on , non!, , . Son mari ! . . Monsieur le comte de Guiche» n'est-ce pas?
MARIE
Il voulait me voir, me pailer, et me supliait de me trouver à l'instant, près du pavillon.
lA MABQUisE, souriatit à Sainte-Croix.
Vous voyez ?.... un rendez- vous d'amour. .. et s'effrayer!.... quel enfantillage ?
SAINTE-CROIX
Un rendez-vous d'amour... bien vrai ?
MARIE
Voici son billet.
SAINTE-CROIX , Ic parcourant.
Ah!., bien!.. Mais il était ici ?
LA MARQUISE
Le Comte!
MARIE
Oh ! non , pas encore.... je ne l'ai pas vu.... mais il viendra., vous voyez qu'il a un secret important à m'a pp rendre. (Cn voit un mouvement de lumières en face, dans l'hôlel.) Mais quel bruit! c'est lui sans doute... oui le voilà.
SAiNTE-CROix , l'apperçerant.
£n effet!., je respire !
SCEiVE V.
Les mêmes, LE COMTE DE GUICHE, (// rentre pâle et défait). LA MARQUISE, avec empressement et gaîté^ allant à lui.
Ah ! monsieur le Comte!., chez moi ! à cette heure. ..Oh! ne vous troublez pas. ..voilà qui dérange un peu votre tête-à-tête!, mais ne craignez rien, je suis bonne mère... je vous pardonne.
LE COMTE
Madame...
SAINTE-CROIX, à part.
Que le diable emporte les amoureux !
MARIE
Ma mère sait tout. Monsieur!...
LA MARQUISE
Oui , mon fils... car vous êtes mon fils... votre père consent à tout, je le sais, et vous venez apprendre sans doute à Marie que le mariage...
LE COMTE , se contraignant. '
Ce mariage!., ne se fera pas, Madame... il ne se fera jamais!
MARIE
O ciel !
LA MARQUISE
Oue dites-vous ?
MAdiE, t perdue.
Ce n'est pas possible!... vous me Irompei, Henri!., vous ne m'apprendriez pas une pareille nouvelle, avec ce sang-froid, t-ette tranquillité !..
LE COMTE , avec un soupir.
Il n'est que trop > rai... tout est rompu !
MABic, se jeltant sur le sein de sa mère- Ah ! maman !...
SAINTE-CROIX, Ic regardant en face.
Et la raison ?
LE COMTE, avec fermeté.
Je n'ai pas de compte à vous rendre, Monsieur.
LA MARQUISE
Mais à moi, Monsieur, vous m'en devez! Un pareil éclat ?..
J'en dois connaître la cause parlez, parlez — je le veux, je
l'exige.
LE COMTE, prêt d éclater.
Vous le voulez!...
MARIE , en lannes.
Oui, monsieur... il faut tout dire î...
LE COMTE, à part et regardant Marie.
O ciel!., et elle, si douce, si vertueuse!., tant d^iofamie!.. ce serait la tuer !
LA MARQLISE.
Vous ne répondez pas ? Enfin, cette nouvelle que vous veniez apprendre ù ma fille, avec tant d'empressement?., les terme» de votre billet (Le lui montrant. ) n'annoncent rien de fâcheux.
LE COMTE, avec embarras.
Cette nouvelle. Madame... c'est que mon père a changé d'idée... que Madame Henriette ne veut pas consentir... ou a d'autres vues, d'autres projets... Enfin , Madame, dispensez-moi des détails, mais une alliance avec la Marquise de Biinvilliers, m'est désormais impossible !
Ah ! Monsieur le Comte !. .
SAINTE-CROIX, regardant le Comte avec défiance. C'est singuliei!
LE COMTE , à part, avec émotion.
Pauvre Marie! (Regardant les croisées du fond.) Mais quelle peut être la victime?
LA MARQUISE , d part.
D'autres projets !.. on veut le marier ! et à qui donc ?.. je le saurai.
SAINTE-CROIX, bas à la Marquise.
Prenez garJe... eniendez-vous ce bruit dans la rue?
LA MARQUISE, baS.
O ciel !.. saurait-on déjà !...
LE COMTE, remarquant son trouble.
Eh! mais, Madame la Marquise, on accourt vers cet hôlel... tout le quartier est en mou veinent. ( On entend le bruit d'un carrosse , et la rue est éclair ce par des torches. ) Ces flambeaux... ce cariosse à votie porte!... (On se met aux fenêtres dans le voisinage, la fenêtre du Baron d'Aubray est toujours fermée et obscure, le comte la remarque.) Ah! celle fenêtre obscure... c'est la seule!., c'est h'i... je saurai tout.
LA MARQUISE
Qu'est-ce donc ?.. voyez, monsieur le chevalier.
SAINTE-CROIX, bas.
Plus de doute!., on est instruit... C'est la police!..
UNE voix, en dehors. Madame la Marquise de Brinvilliers!
LA MARQUISE, ttvec terreur.
Grand Dieu!., c'est pour moi... on vient m'arrêter ?
Entrent des domestiques avec des torches. Mouvement de surprise et d'effroi.