‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 198 sur 403 · LE MARQUIS, M'" DE MONTALAIS, LE COMTE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, M'" DE MONTALAIS, LE COMTE

m"' de MONTALAIS, s'aiTetant.

Ah ! c'est vous, Monsieur le Comte ! (timidement, et avec tendresse) comme vous vous êtes fait attendre ! LE COMTE , distrait et triste.

Oui, la séance s'est prolongée....

m"* de MONTALAIS.

Et vous en rapportez une tristesse!.. Le Roi est arrivé... venez vous ?

LE COMTE

Toul-à-l'heure, en montant le grand escalier, quelqu'un m'a fait demander un moment d'enlretien.. il s'agit, sans doute, decommunications importantes pourla Chambre., et je ne puis nie dii^penser... je suis à vous dans l'instant.

m"' de MONTALAIS.

Au moins , ne soyez pas long-temps.

LE MABQDis , à RP' de Monialais.

Depuis qu'il est de la Chambre ardente, il devient lout-à-fait lugubre! Dieu me damne, si on ne le prendrait plutôt pour un accusé que pour un juge.

Ils sortent par la gauche, Mademoiselle de Montalais a toujours les yeux fixés sur le Comte, jusqu'à ce qu'elle ait disparu.

SCÈx\E III.

LE COMTE puis DESGRAIS.

LE COMTE, à lui même.

Toujours cette idée importune !.. (« haute voix à droite) venez,

venez, Monsieur... nous sommes seuls. Vous êtes envoyé,

dites-vous, par Monsieur de la Reynie, le Lieutenant de police?

Desgrais vêtu d'un habit propre et simple , est entré en admirant les appartemens.

DESCBAis , respectueusement.

Oui, Monseigneur'., c'est bien hardi â moi, d'oser me présenter...

LE COMTE

Dépêchons, je vous prie.. Sa Majesté vient d'arriver, et moq devoir m'appelle... Que me voulez-vous ? Qui êtes vous ?

DESCBAis , d'an ton doux.

Monseigneur ne me remet pas? Il est vrai que nous not3»

Gi

sommes vus, dans un moment... C'c.«t moi qui ai failli, hier, avoir le désagrément d'assommer votre excellence. LE COMTE, (c *-e gardant.

En effet, je crois me souvenir., savez-vous qu'il s'en est peu fallu...

DESCRAIS.

J'en aur.iis été bien contrarié!., mais cv. n'est pas étonnant., la police était si mal fuite!., cela n'arrivera plus, j'ose le dire, maintenant que j'en fais partie.

LE COMTE, surpris et avec répugnance.

Vous êtes de la police ?

DESCRAIS.

Attaché au service particulier et secret de Monsieur de la Reynie... prâce à la recommandation de celte bonne et digne Madame de Brinvilliers.

LE COMTE, surpris.

Ah ! c'est elle...

DESCnAlS.

El chargé spécialement de découvrir les auteurs des empoisonnemens...^JL<; Comte le regarde avec plus d'etonncment.) Je les découvrirai, parce qu'avec de l'adresse, de l'inlelligence... et de l'obsliiialion, on vient à bout de tout!., avec cela que j'ai imc qualité excellente, pour mon nouvel état.... j'ai toujours l'air de regarder d'un autre côlé, ça donne confiance... et on y voit bien mieux.

LE COMTE , avec impatience.

C'est bon, je n'ai pas besoin de savoir les secrets du métier. .Mais qui vous amène ici, et comment osez-vous paraître dans le palais de Saint-Cloud, chez Madame?

DESGRAIS

Oh î Monseigneur, nous entrons partout, nous... Je puis même dire qu'il n'^' a pas de bonne fête sans nous. [Baissant la roix.) Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit : Je suis envoyé par Monsieur de 1.1 Ileynie, pour certains renecigncmens que vous lui avez fuit demander, ce malin . sur un voyageur arrivé hier soir de Toulouse, et qui a dû descendre à l'hôtel de Strasbourg.

LE COMTE , qui s'était éloigné de lui avec mépris , se rapprochant

tout-à-coup.

l'resqu'en face l'hôtel de Madame de Brinvilliers? Et savei- VOUS quel est ce voyageur ?

DESCfiilS.

Oui, Monseigneur, je l'ai su tout de suite... C'est le Baron d'Aubray , le fiére de âladauic la Marquiàe,

LE COMTE rivetneiit.

De la Marquise !

tESGUAIS.

Son propre iièie.

LE COMTE

Vous en êtes bien sûr?

DESGRAIS

Je le tiens de la maîtresse de l'hôtel.

LE COMTE , à part.

Ah!..

DESGRAis, baissant encore laxoix.

Mais ce que vous ne savez pas, Monseigneur. ..un petit accident qui lui est arrivé!.. Le pauvre homme est mort subitement dans la nuit!

LE COMTE, avec un mouvement involontaire. Dans la nuit !

Chut! ne parlez pas si haut... ça n'aurait qu'a venir aux oreilles de Madame la Marquise! Celte pauvre chère dame qui ne se doute de rien... ça pourrait lui faire une révolution. LE COMTE, à tui-même.

Quoi, son frère !

DESGRAIS

Mon Dieu oui !.. à quoi sert la fortune?.. Vous me direz : Il était un peu souffrant le soir, en se couchant... mais on était loin de s'attendre,' qu'il irait si vite rejoindre sesparens... Il paraît que dans cette famille-là, il y a quelque maladie chronique, qui les prend à un certain âge ; il faut que ça soit dans le sang.

LE COMTE , distrait , et lui faisant signe de s'' éloigner. 11 sufiQt, allez. Et jusqu'à nouvel ordre, pas un mot sur ce que vous avez appris. .. le plus profond silence.

DESGRAIS

Monseigneur peut être tranquille!.. Dans notre état, nous n'avons que des yeux et des oreilles. Monseigneur n'a rieu de plus à faire dire à Monsieur de la Reynie ?

LE COMTE , lui tournant le dos.

Rien.

DESGRAIS

11 va en être instruit sur-le-champ. {Se rapprochant.) Si Monseigneur avait la bonté de me recommander, de glisser un petit mot pour moi !.. On dit qu'il va yavoir uneplnoe vacante au-dessus de; la mienne.

LE COMTE

Comnienl! vous èles placé d'hier, et vous songez déjà à votre avancement?

uESGRAis, (Cun air de bonlicmmic.

Dame , Monseigneur ! qui est-ce qui y songera pour moi ?

LE COMTE

C'est bien, c'est bien, laissez-moi.

DESCBAis, le saluant encore.

En vous remerciant, Monseigneur, de vos bontés et de la promesse que vous daignezme faire!,, vous n'obligerez pas un ingrat. Et si jamais vous deviez être arrêté, vous verriez avec quels égards. ..Ce n'est pas cela que je voulais dire. ..mais c'est égal. J'ai bien l'honneur de vous saluer.

Il sort.

SCEIVE IV.

LE COMTE, seul, après un silence.

C'était son frère! son frère I oui!., le Lieutenant-civil de Toulouse... Une fortune immense... je comprends!.. La cupidité, la soif des richesses... Avec des traits si nobles, avec les dehors de la vertu, do la piété!.. Tout cela n'était donc que déception, que lâche hypocrisie... Et la mort de son père, de son époux... tout s'explique, [montrant la droite.) Elle est là... au milieu des fêles, des plaisirs... quand, i! y a à peine quelques heures... [Avec agitation.) Et j'ai été au moment de de venir son gendre, de l'appeler ma mère !.. elle!., ah! jamais!.. Pour être plus sûr de moi, pour que le souvenir de Marie ne vienne pas triompher de ma raison, j'ai donné parole à mon père. Ce mariage qu'il m'avait proposé, que Madame Henriette désirait elle-même, il se fera... J'épouserai Mademoiselle de Montalais. [Après une pause.) Mais ce secret horrible que le hasard m'a révélé, pnis-je le taire?.. L'honneur, mon devoir, mes nouvelles fonctions, tout ne D»'ordonne-t il pas de nommer les coupables, de les faire punir ?.. (S'arrêtant.) Et Marie, Marie, grands Dieux! si douce, si pure!., pour prix de sa tendresse pour moi, de cet amour qui faisait mon bonheur.,. lui léguer la honte, l'infamie! {Effraye dhuie idée subite.) Et si elle-même était instruite du secret de sa fortune ?.. si son cœur était complice?.. Oh! non, non... il ne faudrait plus croire à rien, et se défier des anges eux-mêmes. {Axcc la plus vive agitation.) Ah! que je souffre... et comment dissiper des doutes aussi affreux?

Il se jctle sur un fauteuil, à gauche.

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