UN ABBÉ
UNE PRÉSIDENTE. Hommes et Dames de la Cour.
Laquais.
M. Fer VILLE.
M. Klein.
M™*^ Prague.
W^" HABENtCK.
M™« JEN\y-VERTPRÉ.
M. Davesne.
M. Ferdinand.
M. Dor\ille.
M. Doisy.
M"« Cêlestine.
La Scène est à Versailles, dans l'hôtel du Comte de Vermentoti
S'adresser, pour la Musique de cette pièce, et pour celle de tous les Ouvrages qui composent le Répertoire du Gymnase-Dramatique,k M. HoRMiLLE, Chef d'Orchestre, au Théâtre, ou à M. Ferville, correspondant des Spectacles, rue Poissonnière, n. 33.
Imprimerie de DAVID, Faubourg PoissonnièrOi m i.
ou SAIT - ON QUI GOUVERNE ?
ACTC PRKMBEÎÎ.
(Le Tliéàtrc représente un salon gothique et riche. J'oitc au Imiil, portes latérales, croisée de chdque cùté. A droite de l'acteur, une table couverte d'un tapis, avec papier, écritoire et plumes. A gauche, une toilette élégante.
SCÊÎNE PREMIÈRE.
JULIE, La BAUONNE, Le COMTE, en robe de chambre,
PAULINE
(Julie , la Baronne et le Comte sont assis d droite et achèvent de prendre te thé; Pauline, assise auprès de la toilette d gauche , s'occupe d'un ouvrage de broderie.)
LA BAROÎNKE *.
De sorte , mon frère , quil n'est plus quosliou de ralliance avec l'Autriche, et que c'est l'An^^Ieterre qui l'emporte?
JULIE
Ah! tant pis. . . je n'aime pas les uniformes anglais. LE COMTE, gravement.
Chut, Mademoiselle... Quand on est fille du Comte de Vermenton (se montrant), et nièce de la Baronne de C'Slel-Sarrazin (montrant sa sœur), on n'a pas des opinion:^ politiques au; si hardies.
.JL'LIE.
Hier encore, c'étaient les vôtres , mon père...
LE COMTE
Hier... c'était hier! mais aujourd'hui les choses ont bien change de face !
Les acteurs sont placés en tête de chaque scène, comme ils doivent l'être sur le Théâtre ; le premier inscrit tient toiqours la gauche du spectateur, et ainsi de suite.
4 PAULINE
LA BAROHWE, s$ rapprochant.
Vraiment ?
LE COMTE , baissant la voix. Vous savez qu'il n'était bruit dans tout Versailles que de la disgrâce de la Pompadour ?... (se reprenant) de Mad. de Pompadour... Je yeux dire, delà Marquise de Pompadour?...
JULIE
Tellement , que votre bal de ce soir était destiné à célébrer sa chute?...
LE COMTE
Il célébrera son triomphe ! «
LA BAKONKE.
Elle triomphe donc ?
LE COMTE
Complètement!... Des insensés, des fous... la faction autrichienne qui prétendait la renverser, en répandant que notre bienaimc Louis XV avait pour rival secret son ami le plus dévoué, le brillant Soubise.
LA BARONNE
Ah! l'horreur!... (Julie se lève, et va auprès de Pauline avec qui elle cause tout bas un moment.)
AiB : Connaissez mieux le grand Eugène. Mais c'était de la calomnie ?..
LE COMTE
Peut-être !... mais c'était, je crois, Porter une atteinte inouïe, Aux prérogatives des rois, Les assimiler aux bourgeois i. . .
Peut-on charger cette tète si rare.
De trois couronnes, sans affront î Celles de France et de Navarre Sont bien assez pour son auguste front !
Heureusement que la favorite est un grand homme d'état. Avec un regard , un sourire, elle est redevenue plus puissante que jamais... Elle sourit si bien cette fcmme-là. {Julie revient à sa place.')
LA BARONNE
Chère marquise ! je suis d'autant plus charmée de celte victoire, qu'étant un peu sa parente. . .
JULIE, qui est revenue auprès de la Baronne.
Tiens!... vous disiez dans le temps que c'était de la duchesse de Châteauroux?. . .
PAULINE. 5
LA BARONNE
Du tout, ma nièce, il est prouvé que nous clrscendoas directement des Ponopadour.
PAULINE, à part.
C'est drôle 1... Madame la baronne descend toujours des iJamillcs qui montent. (Le Comte , ta Baronne et Julie se lèvent, un laquais enlève le déjeûner.)
LE COMTE *
Diable ! ce n'est pas à négliger... car décidément il me faut une ambassade.
LA BARONNE
Moi, un tabouret ù la cour.
PAULINE , à part , en haussant les épaules. Un tabouret '. . . quand on a un bon fauteuil chez soi.
LK COMTE
Julie ^era Dame d'atours... et sa demoiselle de compagnie... (iJc frottant les mains) Voyons, Pauline, qu'est-ce que vous voudriez?... hein?... pendant que nous y sommes. PAULINE , *e levant.
Moi?... oh! mon Dieu, monsieur, je voudrais êtreheureuse... Voilà tout.
LE COMTE, avec mépris.
Est-elle bornée, cette petite!... Ce n'est bon qu'à marier, tant bien que mal.
PAULINE , d'un air suppliant.
Oh! non, Monsieur le Comte.
LA BARONNE , ovcc dédain.
Un mari vous fait peur?
PAULINE
Mais. . . c'est selon.
LE COMTE
Eh ! bien... celui que je vous ai proposé, il y a quinze jours?
PAULINE, timidement.
Il est bien vieux.
LE COMTE
Celui de la semaine passée ?
PAui,iNB, de même.
Il Cbt bien laid.
JULIE, acte ironie.
Ah! Elle veat choisir!. . .
* Julie, la Baronne, le Comte, Pauline.
6 PAULINE
PAULINE
Je voudrais pouvoir aimer mon maçi.
LE COMTE , sèchement.
Vous n'en avez pas le droit, ma chère... Vous devez prendre ce qu'on vous donne... Fille d'un petit gentilhomme de Bretagne, qui a eu l'honneur de se ruiner au service du roi, vous n'avez rien. . .
PAULINE, soupirant.
Que son nom, ie le sais... et, Mademoiselle de Pons... ce n'est pas une belle dot.
LE COMTE
Sans compter, qu'excepté moi et le prince de Soubise, à qui votre pt're ynus a recommandée en mourant. . . vous n'avez pas un protecteur... pas un ami.
JULIE, ironiquement.
Oh! que si fait... Vous oubliez monsieur Colas, qui vient toujours demander des nouvelles de mademoiselle de Pons.
LA BARONNE
M. Colas! le nom es! distingué'
LE COMTE
Qu'est-ce que c'est que çà, Colas?
PAULINE, an peu émue.
Nicolas Rozier, monsiiiur... un compatriote... un pauvre garçon bien honnête, bien simple, que i'ai connu enfant... dont la mère m'a nourrie, et qui a toujours été attaché... à notre famille.
AiH du Vaudeville du Piège.
Quand des amis comblés de nos bienfaits. Dans son malbeur, s'éloignaient de mon père, ' Lui, redoublant de soins et de respects,
Nous gardait ainitic sincère.
Quoique bien pauvre, il trouva le moyen De nous servir, de nous prouver son zèle. . . C'était le seul qui ne nous devait rien, Ce fut le seul qui nous resta fidèle
LE COMTE, d'un air moqueur. C'est fort intéressant!... et qu'est-ce qu'il fait, ce M. Colas?
PAULINE
Il a une petite place aux affaires étrangères... Une place bien au-dessous de ses talens... par exemple!... car, il est très-instruit, sans que cela paraisse. Il a été élevé au Collège de Rennes; et il travaille tant! toujours dans ses registres, ses comptes, c'est lui qui fait la besogne de ses chefs; aussi ils avancent tous, excepté lui... Le pauvre garçon reste toujours là... &ur sa chaise, à la
PAULINE
int-me place!... ccpcndanl, il mérileraitbien de prospiW-er, quand ce ne serait ([ue pour son bon cœur!... car le peu qu'il gapfue, il l'envoie à sa mère, et lui, pour vivre, il passe ses soirées à co- |)icr de la musique.
LE COMTE, arec m^pr/s.
Il copie de la musique...
JCLIE.
Sans doute Il doit même me rapporter un duo de Rameau.
LE COMTE
Un élèvede Jean-Jacques! des philosophes. . . des gens de mérite... mauvaise société!. . je ne yeux pas de cela chci moi, el je le ferai consigner.
PAULINE, dpart.
Ah! mon Dieu!...
LE COMTE
Et quant à votre établissement. . . ah ! parbleu ! j'y songe !. . . on m'a parlé de quelqu'un...
PAULINE
Un parti excellent... nous en recauserons... ('^coa/an/) Qu'estce que j'entends là?
JULIE, regardant cl ta fenêtre, d droite. La voiture de M. de Soubise.
LE COMTE
C'est vrai... il devait venir me prendre pour le grand lever... (Bas d sa sœur) Remarquez-vous comme il vient souvent ici ?
LA BARONNE , baS.
En effet.
LE COMTE, bas.
Vous TOUS doutez-vous bien pourquoi?..
LA BARONNE, bttS.
Vous croyez que c'est pour moi?..
LE BARON, bas.
Hé! non... pour ma fille...
PAULINE , « part.
Ou pour une autre.
LE COMTE
Quel mariage superbe !.- le favori de la favorite !..
LA BARONNE, haut.
Et vous ne nous dites pas... je vole à ma toilette...
JULIE
Et moi, à monclavecin.
B PAULINE
UN LAQUAIS, annonçant.
Monseigneur le prince de Soubise.