SCÈNE VIII
Les MÊMES, LA MARQUISE DE BRINVILLÏERS.
LA MARQiisE , A cllc-jnêmc.
Rien encore! .Te l'ai suivi de l'œil auprès de toutes ces femmes si brillantes... j'espérais deviner son secret dans ses regards... Rien! (Elle voit Maiie , et court à elle.) Marie, qu'esldonc ?
m''' de montalais.
Elle se désole , et ne veut pas me répondre.
MARIE , bas à sa mire.
Maiiian... je l'ai vu ... tout est fini !..
LA. MARQUISE, bas et douloureusement.
Non, non, chère enfant , ne le ciois pas.
m"' DE MONTALAIS, à la viarquise.
C'est quelque chagrin d'amour! [La marquise fait signe que oui.) Cela se devine tout de suite, [Avec un petit soupir) surtout quand on en a éprouvé soi-iTiême.
MARIE, se tournant avec intérêt vers elle. Comment, toi aussi, ma pauvre Agathe ?
m"' de MONTALAIS.
Mais sans doute; et mon exemple devrait te donner du courage. Car, j'en suis sûre, j'ai été plus ci plaindre que toi. LA MARQnsE, d stt fillc, et faisant signe à mademoiselle de Montalais de continuer f comme pour distraire Marie.
Tu l'entende?
m''" DE MONTALAIS.
Figure-loi, un jeune homme que j'aimais depuis long-tems en secret... lui, ne m'aimait pas; il ne m'adres-^ait jamais un mol, une parole d'intérêt. On voulait me le faire cpouser; il me refusa!
Marie.
Il le refusa?
i>a ilarquisc et Marie, qui l'écoutaient d'aboi d avec distraction, la regardent, «l suivent son récit avec plus d'intéiOt, et tbacunc avec un stulimçnl difl'éient.
m"* de M0NTA1À18.
Juge de ce que j^ù souffert. J'avais renoncé à tout espoir, toute idée de bonheur; lorsqu'aujourd'hui , ce matin, je ne sais quel événement, quelle révolution inattendue... tout a changé comme par enchantement.
MABiE, étonnée. Aujourd'hui ?
LA MAKQUisE, de même.
Ce matin?
m"* de montalais, avec bonheur.
Il revient i moi, il m'aime... du moins, je l'espère, puisque c'est lui maintenant qui demande ma main; il supplie que ce niariage se fasse sur-le-champ. Son père vient d'en parler à Madame Henriette, qui me l'a confirmé.
MARIE
Son père !
lA MARQti<E, avec une curiosité impatiente. Et ce jeune homme ? ,
m"* de montaiais.
Ah! maintenant, je puis le dire, ce n'est plus un secret. C'est le Comte de Guiche.
MABIE, frappée.
Dieux !
tA MARQUISE, d part, et avec un regard terrible. C'est elle!
M^'' DE MONTALAIS, d Marie.
Qu'as-tu donc?
LA MARQUISE, empêchant sa fille de parler. Rien, rien. C'est que sa position ressemble tellement ù lu vôtre...
m"' de MONPALAis , galment.
Raison de plus. Tu verras qne mon mariage te portera bonheur, et que toi-même...
MARIE , bas à sa mère.
Ah! je n'y tiens plus!., elle, ma meilleure amie!., je n'o?e plus la regarder, et sa voix me fait mal.
LA MARQDISE, baS.
Marie, au nom du ciel...
m"° de MONTALAIS, qui a remonté pour écouter l'orchestre du bal, que
l'on entend dans la coulisse, et qui commence une sarabande.
Eh! mon Dieu! tandis que nous causons, les quadrilles qui recommencent... (Venant prendre Marie.) Eh! vile! eh! vite., il ne faut pas faire ultcndre.
MARIE , nsi^^tanl.
Non, non...
m"' de montalaiSj voulant l'enlraintr.
11 le faul.
LA MARQCSbli, baS.
Ma fille, je t'en conjure.
LUe l'embrasse 5 plusieurs reprises, en ayant l'air de l'encourager.
MARIE, (Cune voix entrecoupée, et ta main sur son cœur.
Ali ! maman, le coup est porté... je le sens, j'en mourrai!
m"" de MONTAtAIS.
Viens donc vite ! nous n'arriverons jamais à lems.
Quelques jeunes personnes qui passent se joignent à uiadcnioiselle de .\1ontalais, et entraînent Marie. Elles disparaissent par la droite. On continue à entendre l'orchestre du bal , pendant les deux scènes suivantes.