‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 213 sur 403 · BE^GRAIS · texte numérisé non relu

BE^GRAIS

Pour livrer une pauvre ftmme, une mère, à la justice, au bourieiiu, peut-être. /

MARIE, poussant un cri étouffé.

Ah!

TOUTES, la soutenant.

Ah! mon Dieu, qu'a-t-elle donc?

On l'entoure, on la soutient.

LA MARQUISE

Ma fille... Marie... Ah, Monsieur, pourquoi parler devant une l'auvre enfant... .Marie!

LA SUPÉRIEURE

Uassurez-vous, ce n'est rien.

DESGRAIS

Un étourdi'Scmeiit. . .

LA MARQUK^^E.

Je vais la conduire...

DESGRAIS, la retenant, ci à xoiv basât. Un moment. Madame la Marquise.

LA MARQUISE , troublée.

Qu'entends-je?

DESGRAIS, bas.

Il faut que je vous parle.

LA MARQUISE, avec effroi.

Monsieui !..

DESGRAIS, de même.

Chut !.. C'est de la part de vos amis.

LA SUPÉRIEURE, Soutenant Marie.

Elle revient à elle.

DEsGRAlS.

Oui, oui, hi voilà qui revient.

LA MABQUisE , regardant Desgi'ais avec inquiétude.

Depuis quelques jours, elle n'était pas bi^o... Des chaf!;riiis, iles idées de retraite... Etpui.'-que le liusard a conduit ici Monsieur l'Abbé, je serais bien aise de le consulter.

DESGRAIS

Je suis à vos ordres, Madame.

La STPÉRIEl'RE.

Nous vous laissons.

LA MARQl'ISE.

Je vous confie ma fille.

LA SUPÉRIEURE

Monsieur l'Abbé, vous ne nous quitterez pas sans visiser le couvent.

DESGBAIS.

Non, mes chères Sœurs.

Elles remontent. La Marquise les accompagne.

DESGRAIS, à part.

Dire que c'est elle qui m'a fait avoir ma place, et que je vjis... Mais si on s'arrêtait à ces niaseries-là, il n'y aurait plus de p'jlite... lit ôtez la police, qu'est-ce qu'un gouvernement? un ('orps sans Ame!

SCEIVE V.

DESGllAIS, LA MARQUISE.

LA MARQUISE

Nous voilà seuls... Que voulez-vous, Monsieur? qui êtesvous ?

DESGRAIS

Silence, Madame la Marquise... Un mot peut vous perdre, et je viens pour vous sauver.

LA MARQUISE

Me sauver! Je ne vous connais pas.

DESGRAIS

Vous avez des amis, qui, de loin, veillent encore sur vous! d'excelleos amis! Il en est un, surtout... celui qui m'envoie... Il donnerait sa vie pour vous arracher au sort qui vous menace.

LA MARQCISE.

Mais qui donc, Monsieur, qui donc?

BESGBAIS , d pari.

Je n'en sais rien. (Haut.) Celle lettre vous l'apprendra. [A part.) Et ça me mettra un peu au courant.

LA MARQUISE, Ouvrant la lettre.

Ah ! c'est de Penautier. . . le Receveur du Clergé de France.

DESGBAIS.

Penautier! [Se reprenant.) Madame, un digne homme, un saint homme, que j'ai connu au collège des Jésuites. [A part) Encore un que je vais noter sur mes tablettes.

Il écrit de côté.

LA MABQUiSE , lisant.

« Ayez toute confiance dans celui qui vous remettra cette » lettre. » {Elle regarde Desgrals, qui prend un air béat.) « Vos » amis ne vous abandonnent pas. »

DESGBAIS.

Les bonnes âmes !

LA MARQUISE, vivcment.

Ah!.. Sainte-Croix!

DESGBAIS, vivement.

Plaît-il?

LA MARQUISE, lisatlt

« Sainte-Croix était avant-hier au plus mal... On désespère » de le sauver... Le bruit public est qu'il meurt empoisooné.»

DESGRAIS

Là! toujours... Ils n'en démordront pas!.. Comme si nous n'avions pas les fièvres, les catarrhes, les médecins !

LA MARQUISE

Empoisonné!.. [A part.) Il vit encore!

DESGRAis, à part.

Je gagerais ma tête que c'est par elle ! LA MARQUISE lisant.

« Que votre nom et votre retraite «oient toujours un mys- » lèri:. Je fais agir, en votre faveur, le clergé, l'Archevêque, » le père La Chaise, tous les nôtres... Je ne puis vous en dire n davantage, mais Croiset vous apprendra...» [Regardant Desgrais.) Croiset!

DESGRAib, dpart.

C'est mon nom ! (Haut.) L'Abbé Croiset... oui, Madame.

LA MARQUISE, Usant.

« Croiset vous apprendra ce que nous avons résolu pour » votre salut. »

DC5GRAIS, à part.

Ah diable ! il faut que je lui explique... Ou'e«l-ce que je V!ii4 lui ilire ?

LA MARgtISE.

Ah ! n Post-scriptum. J'ap|)rend.s à l'instanl même que Sain- » te-Croix a succombé. Je viens de voir passer son convoi. • DE«CRAis, les yeux au ciel.

Que Dieu lui fasse paix !

LA MARQUISE, rt part.

Enfin!., il ne me poursuivra plu?!., l'infâniel.. Pour s'emparer de ma fortuDe, il voulait encore me contraindre à lui lionner ma fille. Il me menaçîiit de lui tout déclarer l lui, qui savait qu'un seul mot prononcé devant elle, m'aurait fait tomber morte à ses pieds! (S' apercevant que Desgrais se rapproche pvur l'écouter.) .Je vois, Rlonsieur l'Abbc', que vous êtes dig;ne de toute ma confiance, puisque vous avez telle de !M. Pcnaulier. Qu'avez-vous à m'apprendre ? .le vous écoute. DESGRAIS, d part.

C'est là l'embarrassant !

LA MARQTJISE.

Parlez.

DESGRAIS, regardant autour de lui.

Vous êtes sftr que personne...

LA MARQUISE

Personne.

DESGRAIS, d'un ton décide.

Eh bien! Madame la Marquise, oo sait que vous êtes à Liège.

LA MABQUISE.

O ciel!

DESGRAIS

Et, d'un moment à l'autre, la ville peut être visitée à la demande de la France. Voilà ce qui effraye vos amis, et ce qui m'a fait partir en toute hTile : car je vous suis dévoué corps et âme... Je suis si indigné de l'injustice des hommes!.. Une femme si respectable!., ô Dieux!.. {À part.) Si je pouvais pleurer un peu! [Lui baisant les mains. — Haut.) C'est pour persécuter la Religion dans votre personne, ce qu'ils en font, les monstres!

LA MARQVISE.

Rassurez-vous, ils ne pourront m'alleindre. Au premier signe, j'ai une autre retraite, hors la ville, que je puis g.igiier sur-le-champ.

DESGRAIS , à part.

Ah! mon Dieu! elle m'échapperait! {Haut.) Eh bien! Ma-

«laine ln"I\Iar(iiiise; il laul y aller sur-Ic-champ ; je vous ildnnorai la main; je ne vou'^ quille pas!..

LA MAUQVISE.

Comment! Aujourd'hui même?

bE^GAilS.

C'est l'avis de M. Penaulier.

LA MARQUISE

Mais ce couvent est sûr... II a ses privilèges.

DESGRAIS

Que l'on viole quand on veut... ce gouvernement est si faible... Lu France intrigue auprès du Conseil des Soixante... et .•<i vous attendez qu'on vous livre à vos ennemis. LA MARQUISE effrayée.

Oh! non, non... je me fie à vous... Vou.s êtes l'ami de Penautier... vous êtes le mien. Décidez, ordonnez, je n'hésite plu*.

DESGRAIS, triomphant, d part.

Je la tiens.

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