‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 216 sur 403 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LA MARQUISE, SAINTE-CROIX

SAINTE-CROIX

Et pourquoi donc. Madame ? Je veux parler à votre fille. ..je lui parlerai !

LA MARQÏISE.

Vous ne la verrez pas.

SAINTE- CROIX , avec force.

Je lui parlerai, vous dis-je.

LA MARQniSE.

Plus bas, plus bas, je vous en conjure. Que voulez-vous?., que venez-vous chercher ici?

SAINTE-CROIX , amèrement.

Vous me le demandez, vous?.. Mais regardez-moi donc!.. Voyez votre ouvrage, cette figure pâle, où la mort a laissé son empreinte livide, pour me rappeler votre amitié et vos bienfaits.

LA MARQUISE

Sainte-Croix !

SAiNTE-CBOix, virement.

C'est vous!., oui, c'est vous... je n'en ai pas douté un mo-

ment. Savez-vou3 que c'est infâino?.. ftloi, vo(rc ami, voire confiJenl!,. quand je m'abandonnais, en honnête homme, A la loi des traités, vous n'avez pas plus d'égards (jour moi que ^i j'étais de votre famille!.. Et pour me l'orcir au silence, à un silence éternel, vous m'abandnnnez au milieu des angoisses de la mort, el sous la main de la justice. C'est une inlcrnalo traiiisoQ !

LA MAnQl'lSU.

Mais, aussi, savez-vous qu'il est affreux d'avoir toujours près de soi un homme, un démon inexor;ible, qui ne vous laisse ni repos ni trêve... toujours sur vos pas, toujours Ij, comme un remords vivant, qui vient sourire à \os toitures... el qui, non content de l'or dont on a payé ?a disirélion et les crimes qu'il vous a vendus, veul encore vous arracher le cœur de votre enfant! .4li! c'est un supplice iusupporlabic... Eh bien! oui, je l'avoue, j'ai voulu m'en affranchir.

SAISTE-CROIX,

A la bonne heure!., c'est la guerre! Eh bien, soif. Mais, à présent, puisque le Ciel m'a sauvé, c'est à moi de prendre ma revanche.

LA MABQCISE.

<Jue voulez-vous dire?

SAINTE-CROIX

Je sais pourquoi vous avez voulu vous défaire de moi. ..pour ro'eniever votre fille, qui m'appartient, que je réclame.

LA MARQUISE

Oui, pour sa fortune !

SAINTE-CROIX

Eh! qu'importe?.. J'ai cédé un moment ù vos idées d'ambition ; le Comte de Guiche n'est plus... et maintenant, celte fortune esta moi. Pour l'avoir, je n'ai pas d'aulic moyen que ce mariage ; el il se fera, je le veux.

LA MARQUISE

Jamais!., ma fille...

SAiiNTE-Cttoix , passant comme pour sortir. Eh bien, elle saura tout.

LA MARQDiSE, l'arrêtant.

Sainte-Croix!

SAINTE-CROIX

Elle saura conibien sa mère est digne de sa tendresse, de sa vénération. Je lui livrerai cette cassette, que j'ai pu seule emporter avec moi...

Ah ! mon Dieu !

SAINTp-CROIX.

Elle y verra vos lettres, nos traité?, louj vos secrets...

l.X MARQUISE.

Sailile-Croix!

SAINTE CROIX, la repoussaiit,

Laissez-moi.

LA MARQUISE, s'uttocliant à Lui.

Oli ! non, non... Saiule-Croix, j'en mourrais! Pour elle encore, mon âme est pure... et vous voulez qu'elle me maudisse!.. J'embrasse vos genoux!., que faut-il pour acheter votre silence?., le peu d'or qui me reste, la fortune de mon frère, ma vie? tout!., je vous abandonne tout!.. Mais, par grâce, par pitié, pas un mot !.. pas un mol à ma fille !..

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