‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 22 sur 403 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SOUBISE , PAULINE, qui s'est rassise prés de son ouvrage.

souBiSE , regardant sortir le comte.

A qui en a ce vieux fou?.. Dieu me damne , cette maison est d'un ridicule achevé... et je n'y remettrais pas les pieds, sans ce trésor de grâce et de gentillesse !.. Une enfant qui me tourne la tête... qui fait de moi ce qu'elle veut... et cela, sans le plus petit dédommagement!., voyez si elle daignera jetter les yeux de inon côté... vingt fois j'ai voulu m'éloigner... y renoncer!., impossible!... à présent, c'est une affaire d'amour- propre... je suis piqué au jeu... et je donnerais tout au monde pour ne pas en avoir le démenti. {Regardant autour de lifi, et s'qpprçchant de Pauline. ) Eh! bien, farouche Pauline, vous boudez encore?...

PAULINE. 9

l'AULiNE, froidement.

"Moi, monseigneur, pourquoi donc":*..

SOl'BisE.

Que sais-jo '.*. . pour ce baiser il('pos<c sur celle jolie main !. . pou îivoir liMité d'enlever cet anneau de vos cheveux, que vous des ti'iez, dilcs-vous, à mademoiselle de Vermcnlon... nKiis je n'eu crois rieu, pelile riiséo, et je suis sûr que vous le î^ardoz. ..

PACMX .

Pour qui donc ? .

SOl'BISE.

Pour celui que vous aimerez...

PAULINE , souriant.

C'est possible. Monseigneur...

SOTBISE.

C'est pour cela (]ue j'y attache tant de prix!... et lu n'as pas l'air de l'en apercevoir, malicieuse enfant!... Moi, qui me condamne à subir l'ennui de tous les sols qui l'entourent pour te voir un moment.'., sais-ln que je joue un rôle à me perdre de répulation !..

PAfUNF. , avec in*cnlivTi.

■l'en ai peur!..

SOtBISC.

Heiin !.. conutienl l'eulcnds-lu , espiègle?.. Elle me Iraile vraimont comme un petit {(arçon.

PAiLîNE, scncuscmcnt

C'est que vous motiailez peut-être comme une Irop grande dame.

SOVBISE,

Eh! non, sur mon lioiincur.. je n'ai que les intcnlioii'^ l<;s plus louables... [A part. ) Ces petites filles dounout plus d'embarras que nos duchesses... ( Haut. ) Ouoi de plus naturel que je m'occupedu sort d'une enfant... dont le jx're a servi sous me? ordres .. qui l'a recommaudée à mes soins...

PACL1>"E.

A votre honneur! ..

sovBisE , vivement.

C'est pour cela que je dois la garantir des pièges qui menacent In vertu... et si lu as un peu réfléchi à ce que je le proposais.

PAl'LIXE.

Oh! c'est bien séduisant ■'.. commander, an lieu d'obéir... une fortune brillante!... vous n'avez oub-liéque de me dire ce que tout cela me coûterait. a

10 PAULINE

soPBiSE , tendrement.

Rien, mon ange, que «l'avoir un peu d'aniilic jtnnr moi.

PA^LI^E , d'un air ingénu.

De quelle espèce, monseip;neur?

SOUBISE

llein?

PACLINE.

De celle que vous avez, dil-on , pour Jîadamc de Pompadour ? soiiBiSE, à part.

De la jalousie!. . . très-bien ! [Haut] Sotliscs ? folie ! tu pourrais croire!... Moi, m'attaquera mon.souverain, et à un ai^cien ami ce pauvre Lenormand... qui est toujours là en survivance... C'est bon pour ce mécréant de Fronsac, ou ce béat de La Vrillière; mais moi!... fi donc... Si je vais souvent chez la belle Marquise, c'est uniquement parce qu'elle e^t Premier Ministre , et dansl'inlérêt de mon crédit.. .

Air Je Turcnnc.

On so'.licife à sa toilelie

ITien mieux qu'auprès du roi, vraiment !

Chacun y court. . . c'est d'étiquette.

Elle refuse assez souvent ;

Mais n'im[)orte, on s'en va content 1 C'est que, bien luin d'avoir cet air sinistre Qui cImz les cçiands vous fait lieiubler, Femme jolie a de quoi consoler Des refus du premier ministre.

(Tendrement) Et s'il n'y a pas d'autre ob'-lacîo... ( Montrant sa 7>inin) Allons, ma belle, cet anneau que je t'ai dcuîundé , doiinele moi.

PAtLINE.

Je ne puis plus.

SOÏBISE.

Et pourquoi?

PATTLINE.

S'il est pour celui que j'aime. . . ce serait un aveu...

sorBisE, arec feu.

Qui me comblerait do joie. . .

PAiLiNE, scrieusenunt.

Alors. . . je le garde, Monseigneur. i^En lui f osant la ré\crince.\

."^OUBISE , arec colère.

Ah! c'(Mi esl trop , mademoiselle. . . ei. . .

SCl^INE IV.

LtsMÈMts, Le comte, en hahit de cour.

LE COMTE *

Me \ oila ! me voilà !

S0UB15E , à part.

Au (liiiblc l'cnuuyeux!

LE COMTE, un papier (lia main.

Je vous ai fail altendre, mon Prince, mais je prcparaii une nouvelle demande de mon ambassade , que vor.s m'avez promis de préscnler. . . c'est la vingt-lroisiènic édilion. soiiBibE , la mettant dans sa poche en regardant Pauline avec humeur. C'est bon •'. . . (A part) Si je reparais dans cette maison !. . .

lE COMTE, suivant fes rci^ards.

A ce ([uc je vois, vous n'êtes pas content de Mademoiselle. souBist:.

Non .' nous ne nous entendons pas... (Bas d Pauline) Vous me rappcllcrcï... mais je ne reviendrai plus.

PAULSNC, d clle-mcmc.

Ob ! si je le voulais bien !...

souBiSE, se rapprochmt, riait-il?...

PAULINE, gravement.

Je dis, mon prince, que voici l'iicinc de; la toilette du premier ministre, et qu'il ne laut pas le faire attendre. souBiSE, piqué.

iMorbleu ! [auComie] Veutz, mon clier. . . cette petite (rst incorrigible.

LE COMTE , eorlant avec lui.

Soyez tranquille. . . à mon retour, je la gronderai pour vous cl pour moi. [Ils sortent par le fond.)

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