COLAS, PAULINE
COLAS , au fond et timidement.
Pardon, mademoiselle Pauline, vous rcguclitz à h l'cnclic?
PA.vi.iSE, confuse.
Oui : je croià qac nous allons avoir de l'orage. COLAS , sans songer à ce qu'il dit.
C'est possible; tar il lait un soleil inagnilique.
PAVLiNE , levant les yeux Ah! mon dieu! qu'avez-vous donc, M. Kozier?... comme voasavez l'air triste ■'
COLAS
Ce n'est rif-n .. Je voulais remettre à mademoiselle Julie ce morceau de Castor et PoUux^ que j'ai copié... [avec effort) et voui l'aire mes adieux.
l'ArtiKt: , frappée.
Vos adieux!
COLAS
Oui, mademoiselle, il faut que je m'en aille... que je parte sur-le-champ.
PAULINE
Et pourquoi ?
COLAS
Je ne peux pas le dire... c'est un secret.
PAULINE, vivement et lui prenant la main.
Un secret! pouruioi! ce n'est pas possible !... Ne suis-je plu» ta sœur, ta compagne d'enfanoe?... Quand mon père te fil placer au collège , tu ne voulais pas me quitter, et plus tard, quand je me trouvai ori)heline , .sans un ami... toi seid vins me voir, m'ollrir le fruit de ton travail... [avec attendrissement) Vous voyez bien, monsieur, que vous n'avez pas le droit de me cacher vos chagrins et que je dois tout savoir.
COLAS
C'est vrai , j'ai l'air d'un ingrat!... Mais ne vous fâchez pas!. . . )c vais tout vous dire !... vous savez que j'avais une petite place de commis aux bureaux des affaires étrangères.
PAULINE
Eh .'bien?...
C')LAS , avec un soupir.
Eh bien j je ne l'ai plus. . . je suis chassé ! . . .
i4 PAULINE.
PAULINE
Chussé !... ;ih ! mon dieu '... lu as donc connu is quclcjuc fjiilc?.
CULAS.
Une bien grandi!... M. (îiitry, le clief dos l'oirls sccrDls , ui'a- >ail chargé d'un travail imporlanl pour le Minislie... parce «pie c'est jiislel... Ici il a de gros» appdiiitemcn;? , il ne litil rien!.. . Voilà que dans ses comptes , je découvre une erreur de Ojjooo livres. . .
l'AULINE.
En plus ?. . .
COLAS
Non, eiv moins !...
PAI'LINE
11 a dû le remercier ?.. .
Ah ! bien , oui !... il est devenu pourpre!... moi je suis devenu pyJe... il m'a appelé sot, bcle, animal... et une i'oulc de termes administratifs !.,. un ignorant qui ne iompreciait rien... Alors j'ai crû comprendre !... mais il n'y avait plus moyen... Il m'a signifié de quitter sur ie champ ses burtaux, en me promettant seulement que si je n'en disais rien, il n'en parlerait pas ! Il est bien bon, n'est-ce pas ?
PAULINE
Ainsi le voilà sans place...
COLAS
Parce que je n'ai pas sû me tromper dans une addition!... De si beaux appointemens!... Huit cent livres par au' PAULINE, vivement.
Riais Ion M. Gatry est un coquin, un Oipon!...
COLAS
J'en ai peur! mais puisqu'il est chef!
PAULINE
11 faut le démasquer!
COLAS
• Ah! mon dieu! qu'est-ce que vous dites là, mademoiselle Pauline?... lui qui a du oédit!
PAULINE
N'importe! c'est ton devoir!... Qui sait où cela peut te mener?
COLaS.
Cela peut me mener à la Bastille' et tenez, ce malin , dans le premier moment... j'avais dressé une plainte, avec toutes les preuves à l'appui, pour l'envoyer au Ministre... ( // montre un
papier ployé en qiiatn , l'aulnte le prend et li lit. ) Mais, jo ino suis ili( . ih arraiigi'ioiil »i bien tout ça , «pic s'il y a iiuc leltre-drra«hfl , i-e sera encore pour m«.'i... LfS «holV cr> ont plein leurs tiri'irs!.. j'aime mieux me jeter à l'eau, ri .>-cra plus court.
PAILINE , iff'uyie,
('omuieut mt.HisiLMir !. .
COLAî>.
Air (Iii Vandt-ville «lu Petit C.turricr. Oui, puisqii'à rien, je ne %»\* bon...
'^uc jioiir appui, je n'.ii per-sonne.
l'AVLl.NE.
\ axa, si fait 1
COLAS
^'ou8 «'tes bien bonne !
PAILINU.
Il esrt «les gens qui t'aiment. ..
COLAS
\ou !
Je le sais trop bien p.ir niniiiiCine. . .
PAVLINE
Kst-OD plus enh'te que toi ? {avec tmotion) Quand je te dis que quelqu'un t'aime Tu peux t'en rapportera moi.
CIBLAS.
•Je ne veux pas vou? conlraiie«...mais qiie voulez vous?..
Que tu ne parles pa-. .que ton inémoiie parvienne au roi.
colaS , ouvrant de' grands yeux.
Au roi? Ile! comment y arrivei ?.. bnuîô divine!..
PAX'LiNE, d elle mîmc.
l'ar le prince «le Souhise...je n'aurais qu'un mol à dire... oui... oui... après l«uit, l'adresse et la ruse sont nos armes nalurelles; Ht je n'ai que ce moyen pour le sauver!.. COLAS , voulant sorilr.
Si ça >ous dérange le moins du nion;îe... j'aime mieux en revenir à ma prcnjière iJée.-
rAi"Li>E.
'«eii.\-iu l)ien te taire !..
Air : Un iwr.me pour fiurc vu ta! l.-nu.
Kcoule-njoi. . tavaseoiuir Jiiiîqiics à l'bjîcl de Sji:!;:-<c
iG PAULINE.
COLAS
■Le Suisse voudra-t-il m'ouvrirî 11 rae fera quelque sottise.
PAULINE
Tu monteras...
COLAS
Ah! oui, comment?
PAULINE
Il faudra bien que tu le puisses.
COLAS , secouant la tête.
Allez, quand on n'a pasd'argcnt.
On est bien mal avec les Suisses.
PAULINE
Tu diras que tu es envoyé por une Jame... Il refoit tout de suite, dans ce cas-là.
COLAS
Ah! oui, il est très-honnête !..
PAULINE, lai donnant le papier.
Tu lui rcmotiras ce papier de ma part...
COLAS
Il ne voudras pas me croire.
PAULINE, lui donnant Canneaa qiCelLc porte au doigt. Tu lui montreras cet anneau ..
COLAS, étonne.
Comment?..
PAULINE
Il saura ce que cela signille... Mais, aie bien soin de me le rapporter. .ne le lui laisse pas... dis lui que s'il tient à uio:i estime., à mon estiine, enleiuJs-lu ?.. il faut que justice soit rendue... et... [Ecoutant au pm-d. ) Dieu !.. la voix de ^\. le comte... s'il nous surprenait!., saiive tui-vîte par l'autre escalier. [Montrant par sa droite. ) Et n'oublie rien !... ( Elle se sauve par la gauche. )
COLAS, seul et un peu étourdi.
L'autre escalier^'... je ne •sais pas, mais le prince de Soubise.. le Suisse... un antieau de cheveux... ça me paraît diablement cinbrouillé !...(// va pour sortir par la droite, il se trouve nez d nez arec la baronne qui est en grande toilette. )
PAULINE. 17