‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 305 sur 403 · DUMESNIL, M-" DE BRACY, AGATHE · texte numérisé non relu

DUMESNIL, M-" DE BRACY, AGATHE

Au lever du rideau , les deux femmes sont assises près de la table , et font de la tapisserie. Dumesnil est debuut près de sa tante.

MAD. DE BRACY, iravailtant.

Vous ne savez ce que vous dites, mon neveu.

DUMESNIL

Permettez, chère tante... Au parquet nous sommes entêtés... et, comme substitut du procureur du roi de notre ville, je jouis de tous les privilèges de l'état.

MAD. DE BRACY.

Oui, un beau magistrat!.. Je ne sais pas comment on a pu vous nommer... vous n'étiez pas plus fait pour ces fonctions!.. Malgré votre air grave, vous êtes un fou, une tête à l'envers, qui mystifiez tout le monde !

DUMESIVIL.

Vous voilà comme les autres!.. Quand je joue la comédie en société, on dit que ça ne va pas au ministère public; si je passe la nuit au bal, le lendemain, on dit que je dors tout debout , en portant la parole ! on n'est jamais content. Je croyais qu'on pouvait être substitut et s'amuser! pas possible!.. (Entre ses dents.) Aussi, ma foi, j'ai pris mon parti, et j'espère bien, avant peu... (Elevant ta voia\) Mais enfin, j'y suis encore... et à ce titre , je persiste , et je soutiens que ma cousine n'a pas l'air enchanté de se marier.

Nota. Los personnages sont inscrits en tète de chaque scène comme ils doivent l'être au théâtre ; le premier tient la gauche du spectateur. Les cbangemcns daas la scènes sont iadiqucs par des notes.

MAD. 1>E BHACV.

Air : Seule, hclas ! pauvre fille Cde Paulincj.

Qu'elle soit trop joyeuse, On penserait , je croi , Qu'elle était malheureuse En vivant avec moi.

Il n'en est rien, j'espère, Et , près de son époux, Le sort le plus prospère Suivra des nœuds si doux.

AGATUB , soupirant avec timidité, Pourtantj j'étais, ma mère.

Bien heureuse avec vous,

MAD. DE BRACY , à Dumesnil.

Ne voulez-vous pas qu'elle chante?

DUMESIVIL.

Mais oui, elle a une jolie voix.

MAD. DE BRACY.

Qu'elle danse?

Pourquoi pas !

DUMESNIL

MAD. DE BRACY.

Quelle folie! Après tout, son petit air rêveur ne prouve rien contre son futur.

DUMESIVIL.

Je nie la conséquence!.. M. Polydore Beauchan est un personnage ridicule, au premier chef!..

MAD. DE BRACY.

Il a de grandes qualités, et, comme tout le monde, ses petits défauts.

DUMESIVIL.

Du tout! il a de grands défauts et de petites jambes; c'est ini de ces dandys de province.

MAD. DE BRACY.

N'allez-vous pas lui reprocher sa province ?

DUMESNIL

Non... il y a des gens démérite partout; moi je suis d'Angoulême ! et j'estime infiniment Bordeaux', qui produit d'excellentes choses, à commencer par ses royans, et à finir par son anisette , mais qui a le tort de produire aussi des futurs comme M. Beauchan , une espèce de fashionable manqué, qui croit qu'un homme a tout ce qu'il lui faut quand il porte la cravate noire, les gants jaunes, et la moustache moyen-âge. MAD. DE BRACY.

Puisque c'est la mode.

DL'MESML.

Sans coiTiplcr que je lui crois un très mauvais caraclère ; une espèce de fier-à-bras, qui se bal pour un oui, pour un non, à ce qu'il dit du moins.

MAD. DE BRACY, SOUrlant.

lia quelque chose de mieux... une tante, dont il est le seul héritier, qui a de très bonnes propriétés dans le Médoc ; et puis, une belle place dans les assurances.

DUMESNIL

Je lui en souhaiterais une dans la diligence Lafitte et Gaillard.

AGATHE, ie regardant de loin en soupirant. Oh! moi aussi I

DUMESXIL , dpart, en regardant Agathe.

C'est singulier !..yoilù la seconde fois qu'elle me regarde en dessous. . . est-ce que ?. .

MAD. DE BILVGY.

D'ailleurs, mon pauvre Dumesnil, vous perdez votre éloquence !.. C'est mon frère , le colonel Selmar, qui a arrangé ce mariage, et quoiqu'il soit à Paris, à cent vingt lieues de nous, vous me pcrmcllrez de croire qu'il sait aussi bien que vous ce qui convient à ma fille.

DUMESNIL

Erreur, chère tante!., mon oncle est un excellent militaire, qui sait parfaitement ce qui convient à ses hussards; mais on ne commande pas au cœur d'une jeune fille comme à un régiment; vous aurez beau lui dire : En avant , viarche! [Regardant Agathe. ) si elle a distingué quelqu'un, si elle en aime un autre.

AGATHE, à part.

11 m'a devinée.

MAD. DE BRACY, sèchement et se levant.

En voilà assez, mon neveu!., de pareils discours...

Agathe se lève aussi.

DUMESNIL

Ah! pardon, du moment que cela vous fâche... mais mon &bsevvation subsiste.

• Air : Je loge au qualrièmc étage.

Avec sa paupière baissée , Notre cousine , au lieu d'avoir L'air d'une heureuse fiancée, Semble un accu-^é sans espoir Et qui demande à se pourvoir !..

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