FINAL
Musique de M. Hormîlle.
TOUS TROIS , à ml-vo'tx.
Cachons bien ce mystère, Pour tromper tous les yeux !
Promettons de nous taire
j.^ partons je ces lieux!
partez Oui, qu'ici le silence , Règne encor jusqu'au jour; Car la moindre imprudence Nous perdrait sans retour!..
DCMBsML, à Beauchan.
Au logis , par prudence , Sur-le-champ retournons...
Une plus longue absence Donnerait des soupçons !
BEAUCHAN, montrant Léon.
Mais il faut nous entendre, Et pour ce malheureux...
DDMBSNit, faisant signe à Léon.
Il peut bien nous attendre Au moins une heure ou deux l Ou plutôt, de nous trois puisqu'il n'a plus besoin, Lefèvre pourra seul se charger de ce soin...
* Léon , Lefèvre , Dumesnil , Beauchan.
LirilVBB.
Mi>i , muniiieur !
BIÀICUÀN.
G'eA très bien.
LBPfcVHK.
Mais pourtant DUMESML, bas.
Ne crains rien.
LBFÈvBE , se penchant sur le corps de Léon. Pauvre jeune homme ! il le faut bien.
Lioji , se relevant un peu et à scm oreilt». Tais-toi.
LEFKVRE , effraye.
Comment!
LÉopc , à l'oreille de Lefèvre.
Chut! ne dis rien.
LIFÈVUE, parlant et retenant une exclamation. Oh!
Léon lui met la main sur la boucb*.
EISSEMBLE.
DVMBSMLet BEAVCBàN.
Cachons bien ce mystère !..
Pour tromper tous les yeux , Promettons de nous taire Et partons^de ces lieux, etc.
LBFÈVBB et LÉON à part.
Cachons bien ce mystère.
Pour tromper tous les yeux !
Sachons sur cette affaire Nous taire tous les deux ! etc.
DiimemU entraîne Beauchan, Us sortent ensemble par te fond à gauche. — La toile tombe.
Fin du premier aitt.
Acrn^: i!.
Le théâtre représente un salon de campagne oucranl duns le fond , sur une galerie garnie de lustres, de girandoles , que l'on n'allume qu'au moment du bal. A gauche du spectateur, un cabinet ; à droite , une fenêtre avec balcon , et ouvrant Jusqu'en bas. Près du cabinet , une table ronde couverte d'un tapis, avec tout ce qu'il faut pour écrire.
SCKiVE PREMIERE.
LEFÈ\UE,p«/5 DUMESNIL.
Au lever du rideau, Lefèvre range les meubles. Oumesnil ariire par le
fond.
DUMES iXIL.
Pst... pst... LeI'èvrc! ' '-
"' ' LEFÈVRE, se retournant.
C'est vous, monsieur...
DUMESXIL. *
Eh bien ! comment va notre mort?
LEFÊVRE.
Pas trop mal.
Air : En guerre, ces aventures.
Quoique défunt, le pauvre homme, J'tn réponds , n' veut pas jeûner :
Il a dormi tout d'un somme, Et lait un bon déjeuner; Près de IVanette et d' Marie , i»\iii«j . Il voulait fair' le galant 1
Bien des gens qui sont en vie N'en pourraient pas faire autant.
Par exemple, il était d'une impatience... il vous demandait sans cesse.
DUMESKIL.
Je n'ai pu m'absenter pendant le déjeuner, mais j'avais écrit un mot à Léon avant de me mettre à table. LEFÈVBE.
C'est ce qui lui a fait perdre le peu de raison qui lui reste !.. Qu'est-ce vous lui disiez, donc?
DUMESxML.
Qu'il n'y avait plus d'espoir.
LEFÈVRE
Bah!..
' Dumesnil , Lelévic.
ULAIESKIL.
J'ai iKSf ma iliéloriciuc auprès de celte tête de bois de futur, pour lui persuader <iu'il devait au moins se cacher pendant (|uelques jours, retarder le mariage ! impossible ! la cérémonie est commandée, on alleiid le notaire pour si^^ner; après ça, le; bal ! Tu vois que noire pauvre Léon n'a plus qu'à reprendre la poite et s'en retourner à Paris.
LEFÈVRE, tristement.
C'est ce qu'il a fait, sans doute.
DLMESXIL.
Que dis-lu?
LEFÈVRE
11 voulait d'abord venir ici, tuer son rival tout de bon ; je lui ai fait obsener qu'après son accident d'hier il ne le pouvait plus.
DUSIESNIL.
C'est clair , puisqu'il est mort... qu'il se tienne tranquille!
, LEFÈVRE
Alors, iï m*a sauté au cou, s'est sauvé à toutes jambes, et je ne sais plus ce qu'il est devenu.
DUMES\'IL.
Ah! mon Dieu! pourvu que dans son désespoir, il ne se soit pas jeté à l'eau ou brûlé la cervelle; il faut courir... (// s^arrête envoyant entrer Beauchan.) Chut! voici son vainqueur!
SCEi\E II.
Les Mêmes, BEAUCHAN, en toilette de marie. BEWCUW , d'un air composé.* Ah! c'est vous, cher ami, cher cousin; je pourrais dire, mon Pelade, car je suis maintenant comme le malheureux Oreste, j)Oursuivi par les Euménides! (./ Lefivre en lui tendant la main.) A propos dTuniénides, bonsoir Lefévre. [Mouvement d'' indignation de Lefèvre.) Ah î ne repousse pas cette main terrible, ne Ja punis pas d'uinle erreur dont je 'suis la première vitlimc. , , ,: , I .
LEFÈVRE
La première!
'T-iîitii i.iui 'jl T h[ BKAV'CHAK. , ^„^ ^,,^^,^ ,. ,.,, I,
Si vous saviez quelle nuit j'ai j)assée, mes enfans... je ne ■voyais que des fantômes tourner autour de moi!., la ronde du sabbat, la danse IMacabre !.. ali ! mes amis, croyez-moi, le sommeil du meurtrier n'est qu'un cauchemar perpétuel, et je vous dirai toujours : Tuca le moins de personnes possible, si vous voulez bien vivre avec tout le monde et avec vous-même.
* diimesnîl, Bëauclian , Le'fèVie.
DUMESNIL
AUoii!; , cousin , il faut prendre le dessus ; et après tout , »i c'eût été vous qui...
BEAUCHAIV.
J'en aurais été encore plus fâché, c'est vrai; {Avec un soupir.) mais les traits de cet infortuné jeune homme sont toujours là; j'aurai toujours cette figure là , devant les yeux... et lui, êtes-vous sûrs qu'on ne pourra rien découvrir, ni même soupçonner?
LEFÈVRE
Oh! il n'y a pas de risque?
BEAUCHAN.
Et dis-moi, Lefèvre, as-tu arrangé ça un peu gentiment ?
LEFÈVRE, regardant Dumesnil.
Oui, oui, monsieur.
Tu feras mettre, plus tard, quelques cyprès, quelques fleurs, tu sais?
Air : Romance.
Sur cette tombe solitaire.
Cachée , bêlas ! à tous les yeux ,
Place l'arbuste funéraire...
Gloire au courage malbeureux !. .
Que le saule et les immortelles
Courbent leur tête jusqu'à lui ; Que chaque jour tes arrosoirs fidèles Lui tiennent lieu des larmes d'un ami !
{A Dumesml.) C'est de l'ame, ça, n'est-ce pas? je suis tout ame, j'en ai jusqu'au bout des doigts!
DUMESNIL, apercevant madame de Bracy.
Chut! voici la société!
BEAUCHAN.
Allons, il faut redevenir aimable, et cacher sous des rose» les pensers funèbres qui obscurcisent mon front!
Il passe à la droite du théâtre.
LEFÈVRE, bas à Dumesnil.
Il n'y a donc plus moyen d'empêcher le mariage? DUMESNIL , bas.
J'en ai peur.
Lefèvre s'éloigne.