SCÈNE X
Les Mêmes, DUMESNIL, accourant.
DL'MESML.
Qu'y a-t-il donc?
LÉOX et BEAUCHAN , criant en même tems.
Une horreur, une infamie!
DIMESXIL, bas d Léon.
Encore ici!., le colonel s«; doute que tu t'es introduit... il veut t'envoyer à la citadelle.
LÉOX , voulant sortir.
Sauvons-nous.
BEAUCHAX, se mettant devant lui. Non! vous ne sortirez pas. C'est une destinée.
LÉON
Allez au diable.
DUMESNIL
Quoi! M. le notaire...
BEAUCHAN.
Ce n'est pas un notaire... ou plutôt si, c'est un notaire, un notaire prévaricateur, le iVère de ma victime,, mon ennemi juré, qui veut faire manquer mon mariage. LÉON, voulant sortir.
Encore une fois, monsieur...
BEAUCHAN, mettant le verrou.
Vous ne sortirez pas.
LÉON, sautant sur une des épées que les officiers ont jetées sur le canapé, et la tirant du fourreau.
Je saurai bien me frayer un passage.
BEAUCHAN, de même.
Vous me passerez plutôt sur le corps.
DUMESNIL
Encore un duel...
LÉON , bas à DumesnU.
Il va rassembler toute la maison.
DUMESNIL, bas.
Fais-toi tuer encore une fois...
LÉON, bas.
Je vais tâcher.
DUMESNIL, bas.
Et sauve-toi par l'escalier dérobé.
11 lui montre une petite porte dans l'eucoignure et près de la fenêtre.
BEAUCllAN, exaspéré.
Oui, oui, il faut que j'en finisse avec cette famillc-là, qui s'acharne après moi. {A Léon, en criaîit.) Venez, homme féroce !
DUMESNIL
Avec un notaire ?
BEAUCHAN , hors de lui.
Ça m'est égal.
DUMESNIL
Ici?
BEAUCHAN, furieux.
Ca m'est égal ; je ne suis plus un homme.
Air : Ce boudoir est mon Parnasse.
DOMESNtL, bas à Léon.
»iji]Eh! vite , an second étage.
BEAl'CHA^, s'excitûnf.
.Te suis un tigre , un lion ,
Qui s'échappe de sa cage. . .
oiMBSMiL, bas à Lcaii.
Caclie-toi dans la maison.
{Haut,) Quelle allaite mallicureuse ! ÇS'élariçmil , comme pour les retenir , et renversant
(es lumières t/iii s'ètcii^nent.)
Arrêtez...
BBAl'CUAK.
Non, je suis âourd.
Obscurité. Moment de silence.
DUMRSlyiL.
Grand Dieu , quelle nuit aiFreuse !
BBAUCHAN.
Ce sera son dernier jour.
LÉON et BEAUGHAN, poussant des bottes.
Ah, ail, ah !
Duuicsnil a poussé devant lui un fauteuil que fieauchan perce de. coups avecacliarneuient^
LÉON
Ah, ah!
DUMESNIL, bas à Léon.
A côté (le ma chambre, N" 7, un déguisement, le premier venu, pour échapper au colonel.
Il le pousse par l'escalier dérobé.
LÉON, poussant un cri.
Ohl
Il disparaît, après avoir jeté son épée décote. Dans le uiênae moment, Dumesnil, qui a reculé le fauteuil jusqu'auprès de la croisée qui est ouverte, le jette par la fenêtre, en poussant un grand cri.
DUMESML.*
Dieu !
BEAUCHAN , s'arrêtant.
Qu'est-ce que c'est ?
Le malheureux est tombé par la fenêtre,
BEAUCHAN.
Comment!
DUMESNIL
Vous l'avez Un-,
BEAUCHAN.
Moi!..
DUMESNIL
De sept coups irépée.
BEAUCHAN, voulant avancer vers la fenêtre. Est-il possible !
* Beaucban , Uumesnil.
DUMESXIL, f arrêtant dans ses bras.
Ah! ne regardez pas ! un pareil spectacle... (Lui faisant prêter t oreille.) Ecoutez ; pas un cri, pas un gémissement. BEAUCHAM, écoutant.
C'est vrai ; un silence profond?
DmiESNlL, lui prenant la main et frissonnant: Deux meurtres en un jour!
BEAUCHAIV , frissonnant , puis se promenant à grands pas. Ah ! il y a des gens qui ont une fâcheuse étoile ; je ne peux plus toucher une épée ou un pistolet sans faire un malheur. Qui est-ce qui m'aurait dit, hier matin?..
DUMESKIL.
Eh bien ! et vos quatorze affaires?
BEAUCHAK , avec force.
Eh bien! tant pis pour lui, tant pis, tant pis; je n'en ai pas le moindre regret! l'autre, je le regrette, oui! mais celui-là, non ! Et voyez-vous, j'en suis venu à ce point d'exaltation que je me ])attrais avec toute la terre, je tuerais les quatre parties du monde ! Le misérable !.. me mettre dans un pareil état.
DUlffiSNIL.
Eh bien ! et lui ?
BEAUCHAIV, se jetant dans an fauteuil.
Je suis mort, mon cher.
DUMESNIL
Et lui donc!
BEAUCHAN.
Vouloir m'enleverla femme de mon choix! qu'ils y viennent y les scélérats!
DUMESaiIL, écoutant du côté de la fenêtre. Chut!
BEAUCHAN, inquiet.
Quoi donc?
DUMESIVIL, écoutant et baissant la voia:. Une patrouille qui passe, dans la petite ruelle.
BEAUCHAIV , respirant d peine.
Oh!
DUMESNIL , de même.
Heureusement qu'on s'y bat tous les jours; on croira que ce sont des officiers... ils s'éloignent, en emportant le malheureux!..
BEAUCHVIV.
Le cœur me manque! on a beau en avoir l'habitude. •• deux aventures comme ça, coup sur coup!
DLirESNIL , retirant le verrou.
On vient. (Un valet apporte an flambeau à deux branches dont les bougies sont allumées , et le pose sur la table.) Rcniettcz-vous, ot qu'on ne puisse soupçonner,., vous êtes d'une pâleur... si vous vous regardiez...
BE.VUCH.W , abattu.
Je me trouverais mal !
SCEi\E XI.
Les Mêmes, LE COLONKL, XGXTHK , quelques Jeunes Gens,
On voit la galerie du fond éclairée pour le bal. LE COLOXEL.*
Parbleu, le tour est piquant; nous avons parcouru toute la maison, pas de notaire!
DU.MESML, regardant Beauclian.
Je doute qu'on le retrouve.
LE COLONEL
Il faut bien qu'il soit quelque part ; j'ai fait fermer toutes les portes, et à moins qu'il ne saute par la fenêtre.., BEAUCHAN, regardant ta fenêtre.
C'est effectivement par là...
DUMESNIL
C'est fort extraordinaire !
Il passe à la gauche du tbéâtre.
LE COLONEL, qui [''entend.
Ça ne m'inquiète pas; je ne serai le jouet de personne, car je suis sur qu'un étourdi de ma connaissance... mais j'ai donné des ordres, vous serez mariés demain malin ; jusques là, je ne vous quitte pas, et... [S' apercevant de la pâleur de Beauc/ian.) Eh! mais, qu'avez-vous donc, mon cher?
Un étourdissement.
LE COLONEL
Ah! mon Dieu, comme il est prde !
AGATHE, dpart.
Comme il est laid!
BEAUCHAN , toujours assis et d'une voix faible à Agathe. Je vous remercie du tendre intérêt... mais tant de combats successifs, et puis ce que j'ai vu sur ce contrat. LE COLONEL, allant le prendre.
Sur le contrat?., (lisant.) Léon Darcourt. {F'ivement.)Léonl quand je le disais, le coquin! je ne suis plus surpris que ce notaire.
' Beaucban, Dumesnil, le Colonel, Agathe.
AGATHE , has au colonel.
Mon oncle!
LE COLOKEL , à Beauchan .
Mais soyez tranquille, jamais ce Léon n'aura mon conseptement.
\G\TYIE, bas et d^ une voix suppliante.
Mon cher oncle.
LE COLONEL , sans y prendre garde.
Un fou! qui se bat à tout propos; je suis militaire, mais je n'aime pas ces mauvaises têtes qui sont toujours l'épée à la main.
DUMESiviL, regardant Beauchan.
Hum.
BEAUCHAN , tressaillant.
Hein!
LE COLONEL , à Beauchan.
Ce n'est pas pour vous que je dis cela, mon cher ; je sais que vous êtes l'homme le plus paisible.
BEAUCHAN, dpart.
Ça tombe bien.
LE COLONEL, regardant s^a nièce.
Vos mains sont pures.
DUMESNIL
Hum!..
BEAUCHAN, à part mettant vivement ses gants.
Joliment, s'il savait ce qu'elles ont fait ces malheureuses mains.
LE COLONEL, regardant toujours Agathe qui baisse tes yeux.
Et c'est pour cela que je tiens à vous lier sur-le-champ... Dieu merci, voici tous nos convives.
SCÈ]\E XII.
Les Mêmes, tous les invités, puis M"« DEBRACY et LÉON, rêtu en femme ^ costume élégant, chapeau et demi-voile baissé; bouquet d la main.
CHŒUR
Air de la mascarade (du Pré aux Clercs.)
A votre appel, il ne manque personne , Oui, du bonheur lorsque le signal sonne, Avec transport cliarun y court soudain... Voici l'instant du plus heureux hymen !
Pour un cponx , près de sa belle !
Fût il ja nais un plus beati jour !
Qu'il soit tendre , qu'il soit fidèle ; Que rien n'éteigne son autour 1..
CHOKUB.
A voire appel, il ne manque personne, etc.
IIAD. DE BRACY, dans le fond et faisant des politesses à Léon qu'elle prend pour une dame du bal.
Passez donc , madame , je vous prie.
LÉOX, déguisant sa voix.
Mon Dieu! je suis confuse, je ne m'attendais pas. AGATHE, frappée.
Cette voix!., {Léon lèoe son voile du côté d'Agathe pour s'en faire reconnaître. Comment, c'est vous!
LÉON, bas.
Je n'ai pas trouvé d'autre déguisement.
DUMESNIL , riant.
Les habits de la tante. {A Léon.) Et tu ne t'es pas sauvé ?
LÉON , bas.
Tout est fermé; et puis, en descendant l'escalier, j'ai rencontré madame de Bracy, qtii m'a accablé de politesses. DUMESNIL. à part.
Allons, allons; il n'y a plus qu'un moyen ; essayons.
Il disparait.
LE COLONEL , d sa sœur.
Quelle est donc cette dame?., une jolie tournure.
MAD. DE BRACY.
Je ne sais, une étrangère.
LÉON
Pardon, madame, j'arrive bien mal ù propos, vous avez grand monde... je venais chercher... je croyais trouver un de mes parens ?
MAD. DE BRACY, au colonel.
Ah! c'est la tante de M. Beauchan.
LE COLONEL, bas.
Ah, ah! {A Beauchan qui est de côté absorbé dans ses réflexions.) Beauchan.
BEAUCHAN, levant la tête.
Plait-il ?
MAD. DE BRACY.
Votre tante !
BEAUCHAN.
Ma tante! Dieu soit loué! rien ne peut plus s'opposer. (Allant à Léon qui a levé son voile.) Enfin, chère tante! (// l^envisage et recule en poussant un a'i étouffé.) Ahi ! TOUS , effrayés.
Qu'est-ce qu'il a donc?
Les Duels. 8
BEAUCIIAN, épouvanté.
Voilà qui est épouvantable.
M AD. DE BRAGY.
Prenez donc garde.
LE COLOKEL.
Est-ce qu'on dit de ces choses-là à une femme.
LÉON j fjui a regardé.
Non, ce n'est pas monsieur, c'est mon frère que je viens chercher, ce cher Anatole! [Appelant.) Anatole!.. BEAUCHAN, la regardant toujours.
Encore cette horrible figure !
MAD. DE BRACY.
Monsieur Beauchan...
Je suis glacé , médusé, changé en cariatide, [Balbutiant en regardant Léon.) Et si vous étiez à ma place, c'est-à-dire, si vous saviez, parce qu'enfin ça ne se peut pas, et cependant cela est.
iVlTAD. DE BRACY- Ah, mon Dieu ! est-ce que sa tête...
LE COLONEL
Décidément, il est sujet à quelqu'infirmité.
BEAUCHAN.
Du tout, je suis rassis, parfaitement rassis; ce ti'est pas ma tante!.. [Au colonel.) Mais regardez-la, [A madame de Brûty) Regardez-la donc. *
LE COLONEL , ^'egardant Léon.
Ah!
MAD. DE BRACY.
Quelle ressemblance !
LE COLONEL
Avec Léon î
MAD. DE BRACY.
Avec ce jeune notaire !
BEAUCHAN.
Avec tous deux.
LÉON , d'une voix tnieitlease et un peu traînante. ^c vois votre étonnement, colonel; vous n'êtes paâ les premiers!., ma ressemblance extraordinaire avec mes deux frères.
Ses deux frèi'es!..
* Beaacban, le Colonel, Léon, madame de Bracy, Agathe.
LÉON
Léon Darcourl, un iIc vos ofliciers . ot Aiiat<»lc Darcourf, un jeune notaire, qui s'est fixé depuis peu dans <e pays; on m'avait dit qu'il était ici... moi, je suis Césarine l)ant)urt. nEMCîIAX, d part.
Daroourt, Darcourt! t'est la famille d'Agamemnon; ja ne finit pas!..
LÉOX.
Veuve à vingt ans, j'ai peu iVéquenté le monde; j'ai passé ma jeunesse dans la retraite et dans les larmes, cv. qui n'est pas bien gai pour une femme jeune qui n'était pas sans quelques agrémens, {Baissant les yeux.) A ce qu'on me disait du moins, car, j'attache si peu de prix à ces frivoles avantages, qu'un instant peut vous enlever, et que je dois avoir perdus; car les chagrins... Je suis sCire que je suis affreuse! LE COLOXEL.
Oh! du tout, madame, ces yeux charmans.
LÉOX.
Taisez-vous donc colonel ! je n'ai plus que mes deux frères pour toute consolation, et je viens me fixer auprès du plus jeune... ce cher Anatole, on m'avait assuré que je le trouverais chez vous, [Appelant et chercfuvit des jeuv.) Anatole! BEAUCILVX, à part.
Me voilà avec la sœur sur les bras à présent. {Haut.) 11 s'est absenté un moment.
MAD. DE KUACY.
Oui, nous ne savons...
BEAI CHAX , d pari. Je suis dans l'huile bouillante. ,
JLVD. DE BKACY.
Il vous cherche peut-être.
LE COLOXEL, d' u/i air aimable.
Quoi, madame, vous êtes la sœur de Léon!.. [A Beauchan.) LUe est très bien, cette femme.
BEVUCMAX, sèihemcnt.
Comme ça! l'air honmiasse.
LE COLOXEL , à Léon , et devenant galant. Je le gronderai , do ne m'avoir pas dit ((u'il eut une parente aussi aimable... ce cher Léon!
LÉOX.
Charmant garçon, n'est-ce pas?
LE COLOXEL.
Excellent ollicier , que j'aime beaucoup : {Baissant la roix en souriant.) un peu mauvais sujet.
Go
L^OR ) baissant la voix en souriant.
Air : Vos maris en Palestine.
II est à fort bonne école...
N'est-il pas vrai colonel ?
LE COLONEL, flatté.
Madame... sur ma parole...
LÉON
Vous étiez beau , spirituel ; C'est un fait officiel!
Vos victimes à la file Rempliraient le Moniteur... On prétend que l'empereur Ne prenait pas une ville Que vous ne prissiez un cœur?
LE COLONEL, riant avec complaisance.
Oh! oh! oh!
LÉON
Oh! je sais de vos nouvelles! A Metz, cette jolie brune; à Strasbourg, cette petite blonde, et dans le Languedoc, la femme de ce procureur du roi.
TOUS, riant.
Ah, ah, ah! cher oncle!
LE COLONEL , d part.
Qui diable a pu lui dire... [Voulant lui baiser ta main.) Tout cela aurait baissé pavillon devant vous, belle dame.
LÉON, lui donnant un coup sur les doigts avec son bouquet. ïaisez-vous , monstre.
LE COLONEL, enchanté.
•Elle est très piquante.
LÉON
Mais pardon, je suis venue me jeter à la traverse au milieu d'une réunion; je me retire.
LE COLONEL
Du tout, madame, vous nous ferez le plaisir de rester à diner.
LÉON, à part.
Que le diable l'emporte, impossible de m'échapper. (Au Colonel.) Non, Colonel, je ne dois pas être importune. (Montrant Beauc/mn.) Si monsieur veut avoir la bonté de me donner la main, je vais retrouver mon frère, qui m'attend sans doute chez lui.
BEAUCHAN, dpart.
Son frère ! elle va découvrir.. . {Haut et d'un air très empressé.) Non, madame, vous ne nous quitterez pas ainsi ; une femme aimable, certainement, une femme aimable de plus, est un ornement qui doit orner... les grâces sont de toutes les saisons.
{A part. ) Son sourire me déchire rame! {Haut.) Je ne vou» quitte plus, nous danserons la première contredanse. [Haut et prenant Léon sonx Sun bras mal ^é ses efforts ) ;\.Uoni>, cher oncle, le dincr, la main à la mariée...
AGATHE , « part.
Quel supplice!
LE GOLOi\EL.
Messieurs, à tahle !
SCÈIVE XIII,
Les Mêmes, DUMES^IL , suivi de deux huiisiers.
DUMESML, gravement.
Arrêtez j
TOUS
Des gens de justice ?
LE COLO\EL
A pareille heure... (Dumesnil et les huissiers paraissent.) qu'est-ce que cela veut dire ?
M AD. DE BRACY.
C'est Dumesnil !
AGATHE et LÉON, d part.
Je respire...
LE COLOXEL.
Le substitut ! Eh , bon Dieu ! quelle entrée solennelle ! DUMESNIL, le mouchoir d la rnain et s'' écoutant parler. Pardon, mesdames, pardon, mon oncle; je m'acquitte a regret d'un devoir bien pénible... (//«a; huissiers.) Que personne ne puisse sortir.
BEAUCHAN, un peu inquiet.
Qu'est-ce qu'il a donc? cette voix sépulcrale...
LE COLONEL
Ah ça ! tu prends mal toii temps pour plaisanter, il me semble que ma présence...
DUMESNIL
Je respecte l'autorité militaire, mon oncle; mais, cédant arma togœ... la loi avant la politesse
LE COLONEL
Mais...
DUMKSNIL.
Organe du ministère public, je viens venger la société...
BEAUCHAN, regardant autour de lui.
Est-ce que quelqu'un a manqué à la société?
DUMESNIL
Silence! Une plainte a été portée au parquet contre le sieur Isoard-Polvdore Beauchan.
Contre moi f Contre lui!
BEAUGIIAN.
TOUS
DUMESNIL
Prévenu de deux homicides volontaires.
Deux homicides^.
DUMESNIL , continuant.
Sur les personnes des frères Darcourt.
TOUS
Darcourt l
BEAUCHAN, intei'dtt.
Permettez ?
DCMESNIL , continuant.
Le premier, Léon Darcourt , tué hier soir dans un duel au pistolet. .^.
LÉON y feignant une grande douleur.
Ah! ciel!
DUMESNIL^ continuant.
Le second, Anatole Darcourt, tué il y a une heure dans u» duel à l'épée.
LÉON, aiant plus fort.
Ah! Dieu! ah ! mes frères.
DUMESNIL
Trouve-toi mal, et va-t-en.
LÉON
Mes frères! j'étouffe., .je suffoque...
Il chancelle, et feint de se trouver mal : loul le uioode l'entoure.
LE COLONEL
Elle se trouve mal.
Soutenez-la.
On la soutient; on l'entraîne dans la cLainbre décote. Léon disparait en poussant toujoiirs^ des gémisseuiens et des cris.
MAD, DE BRACY , agitée.
Quelle scène affreuse... *
LE COLONEL, à Beauchan.
Moi, qui vous faisais des complimens sur votre modération.
BEAUCHAN, allant de Cun à f autre.
Je puis vous jurer....
LE COLONEL, s' éloignant de lui.
Taisez-vous!
* Agathe, le colonel , Beauchan, madavie de Biacy , Duuiesnil.
BEAUCHAN.
Madame....
MAD. DE BRACY, de mime.
Ne m'approchez pas!
nie passe auprès du colunel.
AGATHE, de même.
Ni moi, non plus, monsieur.
BEAUCIIAN, hors de lui.
C'est ça, accablez-moi, foulez-moi aux pieds, traînez-moi dans la boue! je ne me plaindrai pas, vous devez être trompés par les apparences; {montrant Dumesnil.) mais monsieur, ce taux ami, cet homme à double l'ace.
DUMESNIL, offensé.
Vous insultez la justice.
BEAUCHAN, exaspéré.
Qu'est-ce que ça me fait, la justice!.... C'est une indigne trahison! me poursuivre quand c'est vous qui m'avez conseillé, qui m'avez poussé à me battre.
DLMESML, avec Sang- froid.
Comme homme du monde, j'ai dû vous engager à venger votre honneur. Comme magistrat, je dois punir le crime et frapper le tigre altéré de sang. [Bauchan fait un mouvemeni) Ce sont les expressions de la plainte.
BEALCHAN.
Mais vous m'avez servi de témoin. C'est vous qui avez chargé les pistolets.
DUMESiKIL.
Je ne pouvais m'y refuser.
BEAUCHAX.
Et vous me ferez condamner?
DUMESNIL
Je ne puis m'en dispenser.
Air : Tenez, moi je suis un bon homme
J'étais alors homme du monde; Maintenant je sais magistrat.
Ce que j'approuve homme du monde, Je dois le blâmer, magistrat.
BEAI/CRAN.
Vous disiez blanc?
DUMESNir,.
L'homme du monde!
BEACCHAN.
Vouâ faites noir!
OUMESML.
Le magistrat!
BEAUCBAN, kors de lui.
Ah! que le diable vous confonde. Homme du monde et magistrat !
DUMESNIL
Et s'il faut faire avancer la force armée.
BEAUCHAN , furieux.
C'en est trop. Et dussé-je en immoler un troisième.
II veut s'élancer sur Dumesnil. On l'arrête. LE COLONEL.
Monsieur!
AGATHE, qui a parlé bas d sa mère.
Ah! maman.
MAD. DE BRACY.
Sois tranquille, chère enfant. Un être aussi dépravé.
BEAUCHAN.
Bien! Je suis dépravé à présent.
LE COLONEL , furieux.
Vous êtes un homme affreux. Me priver démon pauvre Léon, mon meilleur officier, et par trahison, j'en suis sûr; car il est impossible... Et quand je pense que je lui ai refusé ma nièce pour vous.
BEAUCHAN , s' échauffant.
Vous avez bien fait. Un fou, un mauvais sujet, comme vous le disiez vous-même.
LE COLONEL
Un charmant garçon , plein d'esprit, de bravoure.
Ahl c'est cela; quand on est mort, on a toutes les qualité*.
LE COLONEL, furieux.
Plût au ciel qu'il vécut encore. Je le jure sur l'honneur , c'est lui qui l'épouserait, et sur-le-champ.