SCENE IX
FROMONT, ALICE, puis CÉLESTE.
FROMONT. Charmant, vif, impétueux, comme j'étais à son îige... Allons, ma chère enfant, je vais toujours vous accompagner chez cette dame... de peur de nouveaux accidens. (Appelant.) Céleste!
CÉLESTE , repondant du fond. Monsieur!
FROMOîMT. Ma canne et mon chapeau.
CÉLESTE, paraissant*. Voilà!.. [A Alice.) Eh bien! il est donc parti... il vient de m'embrasser. C'est un bien aimable jeune homme!
FROMONT. Allons donc, Céleste !
CÉLESTE, lui donnant une lettre. Oui, monsieur. Ah! une lettre que j'oubliais...
Elle va chercher le chapeau.
FROMONT, regardant l'écriture. Ah! mon Dieu! mon Dieu! c'est de ma femme !
11 va auprès de la table.
• Fromont, Paul, Alice.
• Fromont , Alice, Ciicstc.
CÉLES^'E, /aissanl tomber le chapeau. Uc inadanii;?. . Esl-co qu'elle revient ?
FROMONT, abattu. J'en ai peur!
CÉLESTE. Voyez donc vite, monsieur, c'est peut-être une fausse alerte.
FROMONT, ouvrant la lettre*. Je ne suis pas assez heureux pour ça. . Voilà déjà la sueur froide qui me prend. {À Alice.) Vous permettez. .. {Lisant.) « Monsieur le marquis, {A part.) Est-elle folle? {Lisant. y. «^ ]c vous embrasserai dans quelques ))instans. {D'un air piteux.) Chère amie!., ra me fera bien plaisir! {Lisant.) « Mais au reru de la présente, vous commen- «cerezpar mettre mademoiselle Céleste à la porte.
CÉLESTE. Moi!
FROMOKT, en colère. Par exemple I je ne souffrirai pas! N'aie pas peur. Céleste! Qu'est-ce que c'est donc que ça? une fille qui m'est dévouée. {LisaJit.) «Je m'étais aperçue depuis «long-temps de certaines choses qui ne conviennent pas... ovous me comj)renez; et vous vous empresserez d'obéir... » {A Cilesle.) Ah! diable!., de quoi s'est-elle donc aperçue?
CÉLESTE, baissant les yeux. Dam! monsieur... je n' sais pas.
FROMOXT, à demi-voix. Est ce que? oh I non! ça ne peut pas être ça...
CÉLESTE. Enfin, monsieur, vous me soutiendrez, j'espère!
FROMOXT. Si je te soutiendrai... parbleu!., je ne suis pas un zéro dans la maison !.. Quelle femme! elle ne peut pas souffrir les gens qui m'aiment. {Hésitant.) Mais, vois-tu, Céleste, si ma femme l'a mis dans sa tête, comme il faudra que lu finisses toujours par t'en aller, peut-être vaudrait-il mieux... ce serait peut-être plus adroit de se résigner tout de suite.
CÉLESTE, pleurant. Là! j'en étais sûre! vous n'avez pas plus de cœur qu'un hanneton !
FROMO\T, la calmaîit. Céleste!
CÉLESTE
Air : Plus qu'un millionnaire. (De l'Artiste.)
Me v'ià ben... la bell' chose !
M' laiss'rez-vous aujourd'hui Chasser sans aucun' cause ?..
Mais c'fst toujours ainsi.
Les hommes sont d'un' faiblesse ! Nous perdons, tout's, hélas !
Not' temps. . et not' jeunesse A n' fair' que des ingrats.
FROMONT. Céleste, prenez garde... il y a un tiers. CÉLESTE, sanglotant. C'est une horreur ! une infamie ! et ne pas me donner les huit jours I
' Froment, Céleste, Alice.
FROIVIOIVT, Oas. Tu les auras... je t'en donnerai quinze... en argent.
CÉLESTE. Où vais-je aller, maintenant?
ALICE, avec bonté. Avec moi... si vous consentez à partager ma mauvaise fortune ?
CÉLESTE. Que dites-vous, mamzelle?
ALICE. Que l'on m'autorise à me faire accompagner par quelqu'un dans ce long voyage... et je ne sais... Mais j'ai idée que nous nous conviendrons... (A mi-voix.) Vous m'avez promis de me parler de lui...
CÉLESTE, bas. Oh! tant que vous voudrez... je cause ti-ès volontiers, d'abord...
FROMONT. Eh bien! cela s'arrange à merveille; te voilà replacée, ma pauvre Céleste !
CÉLESTE, faisajit quelques pas pour sortir. Et je m'en vais tout de suite ?
FROMOIVT. Oui, tu vas accompagner mademoiselle...
CÉLESTE, revenant*. Quoique ça, notre maître, je vous regrette bien, allez...
FROMOIVT, ému. Va, va, mon enfant!
CÉLESTE. Je reviendrai pour mon paquet et pour vous dire adieu.
FROMOIVT, à mi-voix. Oui, le matin... avant que ma femme ne soit levée.
CÉLESTE, le cœur gros. Car je vous aime toujours..., quoique vous ayez la chose de m' chasser.
FROMOIVT, lui serrant la main à la dérobée. Observez-vous, Céleste !
CÉLESTE. Oui, monsieur!.. Ah! {Fondant en larmes et se jetant à son cou ) Adieu, not' maître!..
FROMOIVT, regardant Alice. Elle est très attachée !
CÉLESTE
Air : // faut partir., ô peine extrême ! (l)u Tableau parlant. J
Il faut partir!., ô peine extrême!..
FaOMOPiT.
J'en suis ému comme toi-même.
ENSEMBLE
ALICE , à part.
Déjà l'espoir brille à mes yeux !
CÉLESTE
Les pleurs s'écliappent de mes yeux;..
FaOMONT.
Non, plus d'alarmes, * Céleste, Froment, Alice.
SècUe tes larmes , Console-loi, stcht- tes larmes !
IVoiis nous reverrons tous les deux !
CéLRSTE.
Il me faut quitter ces lieux....
Allons , recevez mes adieux !