‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 341 sur 403 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PIERRE LOLET, écrivant à la table, PAUL, avec une longuevue , regardant de temps en temps par la fenêtre du milieu; PRO- VENÇAL, GIROMONT, BOUQUIN, Matelots, épongeant la boiserie et rangeant les pavillons.

cHCEua.

Air Napolitain.

Nargue des vents et de l'orage ,

C'est le lefrain

Du vrai marin :

Laissons sur le rivage L'amour et le chagrin.

PAUL, seul.

Du matelot qui fuit loin de sa belle , L'espoir, hélas ! est le jouet des vents ; Sur le tillac quand la lune étincelle, Au bruit des flots il chante ses fourmens , Et dit tout bas : « Quand je lui suis fidèle , » Se souvient-elle encor de nos sermens? »

CBOBDB.

Nargue des vents et de l'orage . etc.

Comme la vague et rapide et légère, Le matelot s'abandonne à son sort :

Joyeuse vie alors qu'il esta terre; Et quand la mer vient engloutir son bord , Le matelot à son heure dernière S'endort gaîment, en répétant encor:

cHoeua , très doux.

Nargue des vents et de l'orage , C'est le refrain Du vrai marin :

A son dernier voyage , C'est le chant du marin.

Quelques matelots sortent par ta droite, et la gauche.

PWL, regardant avec la lunette. Rien... Depuis deux mois que je suis de retour, et que nous n'avons pas bougé du port, point de nouvelle... M'aurait-ellc oublié?.. Tout-à-l'heure , j'avais cru reconnaître, au milieu de ce bois d'orangers... je me serai trompé !

GIROMONT, frottant. Notre pauvre Salamandre!., la voilà donc remise à flot... Dis donc, Provençal.

PROVENÇAL, avec un accent fortement prononcé. Qu'es aco ?

GIROMOKT. Sais-tu le nom du nouveau capitaine qui nous arrive ?.. {Cherchant.) Le marquis de...

PROVENÇAL, brusquement. Caspi!.. peu m'importe... un baron... un marquis, un troun de l'air de leur nouvelle boutique... Mon système, c'est qu'il aurait fallu nous donner tout platement, pour capitaine, le lieutenant Pierre Louet, qui est un rudus , ruda, rudum... pour la chose du service; mais qui est le père du matelot , et bienfaisant dans toutes sortes de subsistances.

BOUQUIN. Il ne nous laisse pas aller à terre souvent... mais il a raison ; nous en revenons toujours le gosier trop humide et le gousset trop sèche.

GIROMONT. Le nouveau capitaine sera peut-être fier, hautain.

BOUQUUtf. Une antiquaille , qui ne nous pardonnera pas de nous être battus pour l'autre.

PROVENÇAL. Tandis que le lieutenant...

BOUQUIN. Oh! dam! c'est celui-là qui a fait ses preuves!

GIROMONT. Brave comme un boulet de trente-six!

BOUQUIN. Et tendre pour l'ennemi comme une ancre de miséricorde ... et bariolé de blessures. . . dans toutes les dimensions. . . C'est qu'il n'y a pas à dire. . . il a été partout , celui-là. . . à Aboukir, à Trafalgar... partout où il y avait quelque chose à recevoir. .. il était toujours là... jamais il n'a dit: Assez, je n'en veux plus!., et c'est des gens comme ça qu'on victime !.. Hum ! brave homme !

PROVENÇAL. Et son petit galopin d'aspirant!., ça vous a déjà une poigne!..

PAUL , lui frappant sur l'épaule. Eh ! bien Provençal ?

PROVENÇAL , *aua matelots. Qu'est-ce que je vous disais...

PAUL. Nous dormons?

PROVEIVÇAL. Ah! benoui, mon aspirant... c'est qu'on soulïle un peu , pour dire qu'on se repose.

Us se remettent à rouler le» pavillons qu'ils serrent dans les coffres.

PIERRE, écrivant. Paul... l'adresse?.. M. Fromont...

PAUL, s' approchant. Débitant de tabac, rue du Mail... Qu'est-ce que tu lui dis, pure ?

PIERRE. Oh! pas de phrases! ce n'est pas mon habitude... je. lui rends grâces de ce qu'il a fait pour mon mauvais sujet de fils... je lui répète qu'il peut nie demander ma vie... qu'elle lui appartient... et je m'excuse de ne lui envoyer que le tiers de la somme... qu'il faut que je prélève tous les mois sur mes appointemens. ..

PAUL, ému. Et pourquoi ne pas prendre sur les miens ?

PIERRE. Non, monsieur... il faut que vous soyez puni... en voyant les privations que votre père s'impose... cela vous corrigera peut-être !..

PAUL, lui serrant la main. Ah!., père...

PIERRE, plus doucement. Allons, Paul... ne me donne plus de chagrin.

Air : Vaud. du Charlatanisme.

Depuis que le sort, m'accablant ,

M'enleva ta mère chérie...

J 'ai rassemblé sur toi seul , mon enfant ,

Mon bonheur... l'espoir de ma vie !..

Mais... j'ai deux tâches à remplir:

Comme ton chef et comme père ,

Il me faut souvent te punir !..

Puis pardonner... te gâter... te chérir...

Pour remplacer ta pauvre mèrel..

// l'embrasse tendrement.

PROVENÇAL. V'ià qu'est fait mon lieutenant !.. PIERRE. C'est bien!., tous les hommes sur lepont !.. lecambusier montera double ration d'eau-de-vie !.. PROVENÇAL. Que l'on boira à votre santé. BOUQUIN. Double ration!., hum 1 brave homme!.. Ah ! je n'aimerai pas le nouveau capitaine.

PROVENÇAL. Vive le lieutenant!

Reprisa du chœur.

Nargue des vents et de l'orage, etc.

Ils sortent.

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