SCÈNE VIII
PAUL, FROMONÏ, PIERRE.
t»AUL, accourant au bruit. Qu'y a-t-il donc, père? FROMONT, le reconnaissant. Tiens! le petit aspirant! PAUL, Que vois-je! M. Fromont! est-il possible!
Il court dans ses bras.
PIERRE. M. Fromont ! comment, celui qui t'a sauvé l'honneur ? qui t'a prêté...
PAUL. Lui-même.
FROMONT. Quelle rencontre !
PIERRE, lui sautant au cou. Quoi! monsieur, c'est vous qui avez sauvé l'honneur à mon fils ?
FROMONT. Votre fils! c'est donc vous qui êtes le père? Mais sans doute, je l'ai fait avec plaisir... c'est un joli garçon; et c'eût été dommage qu'il se fût brûlé la cervelle... Mais voyons, mon bon lieutenant, puisque nous sommes en pays de connaissance... service pour service, je vous ai rendu votre fils, que diable! ne me rendez pas ma femme.
PIERRE, lui serrant ta main. Monsieur, je vous écrivais, il n'y a qu'un instant, que ma vie était ù vous; je ne m'en dédis pas! je me tairai, vous resterez, jusqu'à ce que vous ayez un autre emploi.
FROMONT. Ah ! voilà parler.
PIERRE. Mais vous allez écrire au ministre aujourd'hui même ; vous avouerez tout !.. vous solliciterez un changement qu'il serait fâcheux de laisser provoquer par un scandale: jusque là, point de danger.. . je pense que nous ne sortirons point du port, et je redoublerai de soins et d'efforts pour que personne ne puisse soupçonner la vérité. (^ lui-même et à m.i-voix.) Car, après tout , le ridicule retomberait sur nous-mêmes... des marins de la vieille garde commandés par un marchand de tabac. (Haut.) C'est mon premier mensonge, au moins , mais n'imjlbrte !
Air : Les Russes m'ont rendu visite^
Je vous dois trop pour hésiter encore , Pour notre honneur môme c'est un devoir! Je veux ici que tout le monde honore
Votre titre et votre pouvoir!
Et s'il me faut, dans cet espoir.
Donner les jours qui durant le voyage Peuvent encore m'ètre comptés...
Je le ferai, pour que tout l'équipage Respecte au moins l'habit que vous portez !
PAUL, étonné. Comment, c'est monsieur qui est notre capitaine? PIERRE. Paul, sur ta tête! pas un mot sur tout cela. \4. Fromont.) Vous, monsieur, ne me contrariez jamais.
lRO.\IOi\T, iCun air soumis. Non, luuii liculciiaiit. PAUL. C'est inilispcnsable.
PIEKHE. Quaiul vous serez embarrassé, iaites semblant de me dire deux mots à l'oreille ; j'aurai l'air de faire exécuter vos ordres.
FROAIOXT. Oui, mon lieutenant, je tous commanderai tout ce que vous m'ordonnerez.
PIERRE. Pour commencer, et selon l'usage, vous allez donner un punch, pour votre bien-venue.
PAUL. C'est indispensable,
rROAioxT , d part. Deux , si vous voulez, mon aspirant. PIERRE. A onze heures, je me rendrai dans votre chambre. FROMOXT, iranquillement. C'est inutile, je me couche tous les soirs ù dix heures précises; je vais même montrera l'aire ma couverture, parce qu'il faut que j'aie la tête très haute. PIERRE, souriant. Pas aujourd'hui; vous ne dormirez pas. FROMONT, se récriant. Je ne dormirais pas ?.. PAUL. C'est inilispcnsable !
PIERRE. Vous passerez la nuit à me répéter les différens commandemens que je vous montrerai...
FROMONT. Mais je dormirai tout de bout ! PIERRE. Je vous en empêcherai bien.
FROMOIXT. Je serai malade ! PIERRE. Le docteur est ici....
FROMONT. Mais...
PIERRE, d'un ton ferme. Ah! pas d'observation! je suis un peu dur, même pour mes amis; je vous en préviens, il faut m'obéir, capitaine.
FROMONT, ci" un air piteux. Oui, mon lieutenant!.. (A part.) Ah ! ca, c'est une autre Angélique que je vais avoir là à mes côtés. ..
PIERRE. Quelqu'un! Silence!..
Il prend une attitude respectueuse près de Frouiont.