‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 345 sur 403 · FROMONT, PIERRE · texte numérisé non relu

FROMONT, PIERRE

FROMONT. Je vous demande pardon, lieutenant, de vous avoir parlé un peu durement.

PIERRE. Il n'y a pas de mal , capitaine.

FROMONT, lui prenant la main. Si fait! et je veux que vous me donniez la main en ami; j'ai bien un autre chapelet ù vous défiler ; et d'abord , je vous demanderai la permission de déboutonner ce diable d'uniforme qui m'étouffe, et que je n'aurais jamais dû mettre.

PIERRE, étonné. Que voulez-vous dire?

FROMONT, avec un gros soupir. Que je ne suis pas plus marin que les tours de Notre-Dame, puisqu'il faut lâcher le grand mot!., que je n'y entends rien, et que c'est une horreur de m'avoir envoyé ici !

PIERRE. Comment! vous n'êtes pas le capitaine que nous attendons?

FROMONT. Si fait !

PIERRE. Marquis de Longetour ?

FROMONT. Mon Dieu oui, marquis et marchand de tabac. PIERRE, étonné. Marchand de tabac!

FROMONT. Je puis dire le plus infortuné des marquis, et le plus déplorable des marchands de tabac.

PIERRE, Si je comprends...

FROMOKT. Panli !.. je n'y comprends rien moi-même !.. tout e que je puis vous dire , c'est que mon père el mon grand-père taient capitaines de vaisseau, de toute éternité, de m'de en lâle, par ordre de primogéniture !.. Dans le bouharis, je m'éais jeté dans les tabacs , qui m'avaient reçu à bras ouverts !.. nais voilà que les autres, rentrant dans le bien de leurs pères... )n a dit: Il faut que tout le monde y rentre! Ainsi, une supposition... votre père était colonel... voilà votre régiment; votre père était grand-maître de la garde-robe... voilà votre garderobe; capitaine de vaisseau... voilà votre vaisseau, et ainsi de suite.

PIERRE, sévèrement. Quoi, monsieur, sans être capable de conduire de braves gens, vous avez demandé...

FROMONT. Mais du tout... vous ne comprenez pas que c'est ma femme, ma divine Angélique, un démon, qui a sollicité, intrigué, qui m'a empêché d'arriver jusqu'au ministre, qui a vendu mon débit de tabac; de manière que je ne sais plus où reposer ma tête, et que si je n'avais pas voulu partir, elle m'aurait fait conduire en pleine mer par la gendarmerie. PIERRE. Tu Dieu ! quelle commère !

Air : Je n'ai point vu ces bosquets.

Mais, entre nous, il me parait.

Au doux récit que vous m'en faîtes...

Que votre femme porterait

Bien mieux que vous les épaulettes.

FaOMOflT.

Oui, j'en conviens, en toute humilité, Car voyez-vous, malgré ses papillottes, C'est , je vous dois la vérité, Elle, dans la communauté, Qui porte déjà les culottes l

PIERRE, vivement. Mais enfin , que voulez-vous ?

FROMONT. Que vous me gardiez le secret, jusqu'à ce que j'aie une autre place.

PIERRE. Y pensez-vous , monsieur? jouer la vie et l'honneur d'un équipage. . . savcz-vous bien que , pour un marin , son navire, son pavillon, c'est sa vie, son existence, et qu'il meurt plutôt que d'y souffrir une seule tache.

FROMONT, désolé. Et que voulez-vous que je devienne?

PIERRE. Retournez à Paris.

FROMONT. Auprès de ma femme?., j'aime mieux me jeter à l'eau.

PIERRE, élevant la voix. Comment?

FROiMONT, id. Arrangez-vous!., je m'en lave les mains! mais si vous me refusez, je me jette à l'eau... ça vous regarde, d'abord!

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