‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 54 sur 403 · LE PORTIER · texte numérisé non relu

LE PORTIER

Je suis le concierge de la maison. . . chargé d'une commission pour vous. Tout-à-l'heure, il y avait là , au café en face , deux de vos amis , qui n'osant pas se permettre de monter ici , m'ont

( 9 ^ prie de vous «lire qu'ils \-}\\s .lUeuilaicnt pour (lejeûaer, nu café VhIoÎs, au l\ilijis-iloy;il.

ji'ARGEN rïPREs , L'imitaiit.

Au P4»lai8-Royal ! pour «Irjermer ! . . . CVst coonii , ça , mon cher H mi, . » c'est inciue Lien tisé!. , . Tu leur repondras , c'està-dire, lu ne leur rc'poiwUMS rien , puisqu'ils sont piiitis. ( Regardant par lu fe;:eln- du ccin de rceil. ) Ilnui! je les vois, les (itél(irals' {Uaut.) Miiis s'ils rcveuaieutpar hasaid me demander, tu leur dirais : ( Tirant di sa poche une pièce de cinq francs ^ et la lui nu tient dans la main.) que je n'y suis p^is, entends- tu? qu'ils se sont trompes. . . ( D'un air d'inlclligcnce. ) J'ai des raiboua pour ne pas accepter Ifur invitation.

LE rouTlER , auec dédain.

E/Teclivement , ils n'ont p :s î'.iir...

d'argentièees, de même , et à demi-poix. Mauvais genre.

Air : T-'audeii'le des Amazones.

Leur société , vos-lu , ne me plaît guère, Va tu devrais je deviuer :

Ici l'on fait meilleure ciièrc...

i.r. poRTrr.R , étonné.

Tci , Monsieur doit déjeunera

Kl V bal au jour u'a Ktit (jiu; s' t(;rniin«?r. J' cuiipreuils aiors , pa.blpu! plus rien de lonclie , ^ eus voii5 et' dit , pour qiiniqn's lieur's à présent , F;uidia;t r'veuir... lent autant que j'y courbe. Et r dôj; i\<\f.r uie viendra- z-ea doriuant.

ENSEMBLE

Vous vous ôt' dit, faut autant que j'y couche , Et r dé^eÛQer iwe yiciiclra-z-en dorn»ant.

d'argentiêres.

Je me suis dit , tout autant que j'y couclie, Le dejeûat'r doit venir en dormant.

{Le portier sort par le fond. )

D'ARGENTIÈRES, seul.

Ah ! moa dien ! qaelle ccoI« ; ( Regardant la pendule. ) Dix lieures! et la unit n arrive qu'à cinq! que faire jpsques là?. . . C est la première fois que cela m'arrive , an moins. . . car je suis j\a Coucher

o'une sagesse, d'une régularité'. . . au milieu du désordre.. . toujours rentré chez moi à cinq heures du matin. . . jamais dehors en plein jour. . . Et me voilà cerné dnns une maison tlont je ne connais pîis le personnel. Le maître , les allures, les femmes, les enfans. . . Je ne sais ni ce qu'il y a, ni ce qu i! n'y a pas... Je suis comme un voyageur jetlé sur la cote du Mtilahar... Je crois pourt.int avoir salué hier, une maîtresse de maison;

mais je n'en suis pns bien sûr Conduit dans ce bal pnr un

ami, ce diable de Portugais, ce marquis dMlcala, que j'ai perdu dans la foule . . . Toul a conspiré contre moi ... Le bruit, le jeu, le galop. . . Ce punch oublié sur une table. .. Je m'y suis oublié avec lui. ( Montrant le plateau et les verres vides. ) Les délices de Capoue. . . Le sommeil s'en est mêlé , et maintenant me voilà joli garçon ! ( Regardant par la fenêtre.") Si je dépnsse la porte cochÈre, je tombe entre les maius des Philistins. {Se croisant les bras.) Quelle fatalité !.. aussi moi, baron d'Argenticres, homme bien né . homme du monde, l*ami et le commensal de ce qu'il y a de mieux à Paris.... je suis criblé de dettes, et pourquoi?. . . parce que j'emprunte. . . Une malheureuse habitude que j'ai contractée. . . Une jeunesse infiniment trop prolongée ! Ah! si l'on disait : c'est un intrigant qui n'a pas de ressources, qui mange l'argent des autres, je dirais : bien... c'est juste! . . . . Mais c'est mon argent que je mange , par avance d'hoirie, voilà tout! . . . Car enfin, j'ai un oncle , mes amis; un oncle de soixantedix-neuf ans , et de trente mille livres de rentes. . . C'est quelque chose , ça . . . Que diable ! ayez donc un peu de patience . . . j'en ai bien, moi, qui dois hériter.. . A la vérité, j'ai arrangé ma vie et ma dépense de manière à attendre tant que ce pauvre oncle jugera à propos. . . Je ne veux pas le gêner. . . J'ai quatre mille francs de rente viagère , insaisissable , à l'aide desquels je trouve le moyen de fiire par an huit mille francs de dettes, ce qui me constitue douze bonnes mille livresde rente... Voilàmoa revenu ordinaire. Nous avons ensuite les crédits supplémentaires qui jouent comme on sait un grand rôle dans tous les budgets. Éh bien, avec cela, je tiens mon rang, je suis de toutes les parties, de toutes les réunions... du soir... attendu que ma vie ne cottimence qu'à cinq heures en hiver, et à neuf en été... c'est ma morte saison... Mais dès que le jour baisse. . .

Air de la Sentinelle.

Astre des nuits... de mon paisible éclat, Je viens soudain éclairer le beau monde ,* Je puis briller , alors c'est mon état , Et je reprends ma course vagabonde.

Tant qu'il fait nuit , je subjugue et je plais... Riais que l'aurore , hél.ts! qui ni'iin[jortune.

Revienne... las!., adieu tous mes succès...

Le soleil se lève... et je vais,

Moi , nie couch.r avec la lune.

Mais enfin, les oncles ne sont pas éternels. . . Que je paye, et je retrouve enfin luie existence complette,fjui me permettra de prendre ma p;irt dn soleil autrement qu'à ma fenêtre... ( Ecoutant. ) Ah ! mon dieu ! ce ne sera pas encore pour aujourd'hui... Voici quelqu'un. . . Comment e'chapper à mes bourreaux , qui sont 1 1 , la canne à la m;iia . et l'exploit dans l.i poche ?.. Si je trouvais au moins une de ces âmes compatissantes, qui causent Tolontiers. .. {Il regarde Alarianne ^ gui sort de l'apparterîient à droite. ) Une vieille femme ! . . . C'est la Providence qui me Penroie!... C'est naturellement bavard, . . Prenons connaissances des localités.

MARIANNE, D ARGE.NTIÈllES.

MARIANNE, à part , et grommelant.

lium- qv.'est-ce que je disais. . . La vieille folle, à l'entendre, elle a tourné toutes les têtes 5 elle s'attend à des déclarations, des aventures. • . Heureusement que le sentiment ne lui fait pas oublier son chocolat.. . ( Apercevant d' Argentières , qui la salue a^ec grâce. ) Ah 1 . . . ( Haut. ) Que demande Monsieur ? d'argentières.

Mademoiselle. .. {A part. ) Ça les flatte toujours. MARIANNE, prenant le gue'ridoii , et le portant sur le devant du

théâtre.

Oîii est-ce donc qui a de'rangé cette table ?

b'argentières, voulant l'aider.

Permettez . . .

MARIANNE, d'un ton renfrogne'.

Finis>*ez , Monsieur. . . Je n'ai besoin de personne pour faire mon service.

L)'abgentières.

C'est me dire que vous êtes femme de chambre.

MARIANNE

Fenmie de chaige. Monsieur... et gouvernante de Mademoiselle.

d'argentières , à part.

H V a une demoiselle. ( Ihmt. ) Justement , c'est à vou3 , char

mante soubretle , que je voulais demander des renseiguemens.

MARIANNE, élevant la voix.

Des renseignemens? Et sur qui? sur quoi, s'il vous

plaît?

d'aroentiêres.

J'ai voulu dire que vous pouviez me servir.

MARIANNE , plus hauL Vous servir ! . . . Pour qui me prenez - vous, Monsieur? Apprenez que je n'ai jamais donné de renseignemens à personne, 8ur personne, et que je ne sers que mes maîtres ! ( Elle sort par lefond^ en gj-omnielant toujours, sans écouter d* Argentier es, qui veut encore lui parler. ) Ii'argentièRES, seul, et la suivant de l'œil. Il n'y en a peut-être qu'one au monde qui ne parle p-is. . . et c'est pour moi! {Juec impatience.) Il faut pourtant que je trouve des branches où n/dccrocher. .... pour gagner du temps , et trouver quelque porte (3e derrière. ( Regardant la pendule. ) Pas encore une demi'heure!.. Maudite pendule! Je crois qu'elle recule au lieu d'avaucer. ( Apercevant Mothiîde. ) Ah ! la jeune fille! (^ Il remonte la scène.) A cet âge-ià le coeur est expansif... Je serai plus heureux.

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