‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 7 sur 403 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

OSCAR, entrant par la port» du fond à gauche, puis NiNETTli, «n négligé élégant de voyage.

OSCAR, suivant Girard des reux.

Il s'î'Ioigne.. . à merveille.., je puis fuire les honneurs de la maison à ma jolie voyageuse. [Faisant signe). Par ici, madame. . . (à part) ou mademoiselle, je ne sais pas au juste. NiNETTE, paraissa7it.

Bon Dieu ! que de mystère!... en vérité, monsieur , cela n'a pas de nom.

OSCAR

Oh! ne vous âchez pas... je suis si heureux de vous servir de chevalier.

KINETTE, soun'rtni.

Sans me connaître?. . .

OSGAR.

Si f-iit... je vous connais parfaitement... je sais que vous êtes ce qu'il y a de plus joli au monde... une parisienne... une danseuse de l'Opéra. .. j'ai causé avec votre femme de chambre, tandis que vous donniez ordre de raccommoder votre voiture. . . KiNETTE, à part.

Qui n'en a pas besoin. ( Haut ). Gomment! monsieur, vous avez été assez indiscret?. . .

OSCAR

J'ai su que mademoiselle Ninette, de l'Académie Royale , voyag;*!ait.. .

NINETTE

Pour sa santé.

OSCAR

El pour donner quelques représentations. . .

NINETTE

Par complaisance.

OSCAR

Et moyennant cinq cents francs chaque acte do complaisance.

NINETTE , souriant.

Ah ! on est méchant .. en province.

OSCAR

Aussi, cetaccident vousdésolait... tous maudissiez les chemins, les autorités, les chevaux.. . moi , je m'empresse de vous demander pardon pour tout le monde... vous témoignez le désir de visiter les environs, je vous offre mon bras. . .

NINETTE

Que j'accepte, sans savoir ce que je fais... car, en vérité, je suis folU de me confiera un enfant... à un inconnu.

OSCAR

Nous parcourons les sites les plus curieux... je vous vante nos points de vue.. .

NINETTE

Oh! vous vantez^autre chose aussi, monsieur... vous êtes un petit sournois.

OSCAR

Aie : Et voilà contine tout t'arrange.

Ce pèlerinage charmaut Est pour moi le bonheur suprême :

J'adore mon département. . .

NINETTE

Et toujours monsieur dit «ju'il m'aime.

OSCAR

Château, vallon, simple hameau, D'en passer un seul je n'ai garde.

Admirant chaque objet nouveau, Vous m'entendez m'écrier .• Que c'est beau I

NIKETTE. Et toujours monsieur me regarde.

OSCAR, vivement.

C'est qu'en effet je vous adore.

HINETTE.

Déjà ? [4 part) Il est drôle , ce petit bonhomme.

OSCAR, à part.

Quelle jolie occasion pour un début !. . .

NINETTE, à part.

Et puis, c'est sans conséquence.

OSCAR , d part.

Si je pouvais l'égarer dans le labyrinthe ?. . . ( Haut ). Ah !. . . quand je serai à Paris, quel bonheur d'aller tous les jours vous admirer , vous applaudir !.. .

NINETTE

Tous devez venir à Paris ?... Eh ! mais , j'aurais pu vous offrir une place.. .

OSCAR, transporté.

Une place !. . . à côté de vous! . .. j'accepte.

KINETTE.

C'est pour plaisanter, au moins... un inconnu!.. . un tête-àtête de cent cinquante lieues. . . que dirait l'ambassadeur?, . . OSCAR, étonné.

Quel ambassadeur?

KINETTE.

Mais, dame... l'ambassadeur. ( A part. ) Ah! ça... il ne saitdonc rien , ce jeune homme. {Haut). Il paraît que vous n'avez pas la moindre idée de l'Opéru ?

OSCAB.

Une tr6s-vague.

NIISETTE.

Je m'en aperçois.

Aia (le la RoDde des Faneuses (Mad. Duchambgç). Pays de prodiges Et de changcinens, Là, mille prestiges Enivrent les sens :

Voix encbanteresses, Tableaux merveilleux.

Toujours des déesses Et toujours des dieux ; Un essaim de belles Que rien ue cbangea ; Car ces demoiselles Ont cet esprit-là, Et sont immortelles Les jours d'opéra.

DEUXIÈME COUPLRT.

Oui, dans cet empire Uègne la beauté, Et l'on n'y respire Que la volupté ; Pourtant la morale Guide tous les cœurs, On fuit le scandale, On cbérit les mœurs :

Cbez nous une belle Jamais n'oubliera L'ardeur éternelle Qu'elle vous jura. . .

Et l'on est fidèle Les jours d'opéra.

OSCAR

Trois fois par semaine. . . c'est toujours ça. NiNiiTTE , remontant la scène.

Mais, à propos. . . chez qui sommes-nous, mon aimable Cicérone ?. .. [Elle redescend et se trouve à la droite d'Oscar ).

Chez moi. . . ou à peu près un brave homme, 31. Girard,

notre maire. . . des jardins superbes...

NiNETTE , d part.

C'est bien lui. ( Aaaf) Girard?, . aux environs d'Agen?... Eh I oui.. . c'est cela.

(i ) Nincttc, Oscar.

OSCAR

Vous le connaissez ?

NINETTE

Si je le connais !. ..quoique je fusse bien petite quand il a pris sa retraite, ce cher Girard !.. .

OSCAfi.

Sa retraite !.. . comment! il a servi?...

NINETTE

Il tenait les Zépbirsen chef et sans partage.

OSCAR, étonné.

Les Zéphirs ?. .. Monsieur Girard ?

NINETTE

C'est son nom de famille... mais à Paris, sur l'affiche, on ue connaissait qne l'illustreGambetti .

OSCAR

Que me dites-vous?... il serait possible!... quoi! ce fameux Gambetti... dont j'entendais parler dans mon enfance.. .

NINETTE

A renié le talent auquel il doit sa fortune et sa gloire... oui , monsieur, d'artiste il s'est fait propriétaire... d'homme abonnes fortunes, marguillier de paroisse... on ne parle que de cela dans nos coulisses.. . [riant). Il doit être bien drôle en costume...

AiH du Vaudeville de la Famille de l'Apothicaire. Léger comme le papillon, Oui, cet ancien amant de Flore, Changeant de pays et de nom, Pour jamais a fui Terpsichore.

Au lieu de l'arc du Dieu du jour A l'église il tient la bannière.

Et fait du bandeau de l'amour L'éoharpe de Monsieur le Maire.

OSCAR , d part.

Ah! mon Dieu !... si l'on apprenait. . . si l'on pouvait se douter., .la marquise de ChampagnoUes , veuve d'un cordon rouge, capitaine des levrettes de la Chambre , épouser un danseur! ..

NINETTE

Qu'avez-vous ?

OSCAR, troublé.

Rien.. . rien... mais, pour des raisons particulières , ne dites à personne ce que vous venez de me confier.. . je vous expliquerai. . .

LA MARQUISE, en dehors.

Ah!... mon neveu ici.

OSCAR , plus troublé.

Ciell. . . ma tante !

NINETTE, riant.

Une tante î. . . allons, me voili.\ compromise.

Du tout. .. c'est moi... il ne faut pas qu'elle nous surprenne ensemble. . . si vous retourniez à votre auberge ?. .

NINETTE

Non pas, je veux voir les jardins, et ce cher Gambetti... ( A part). Je ne suis venu que pour cela.

oscAB , lui montrant le fond.

Eh bien ! tenez, ce pavillon, au bout de la charmille.. . on n'y entre jamais. .. je vous rejoins dans la minute.

NINETTE

A la bonne heure... (mn/)comme il est troublé!... Vous voyez bien, monsieur , que vous êtes un mauvais sujet, puisque vous vous cachez de votre famille.

( Elle sort par le fond, d droit»).

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