‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 403 · SCÈNE YII · texte numérisé non relu

SCÈNE YII

OSCAR , LA MARQUISE , entrant par la porte de fond d gauche.

LA MARQriSE.

Ah! te voilà, Oscar.. . je te cherchais.

OSCAR, lui baisant In. main.

Bonjour, chère tante... loujoursplus fraîche et plus radieuse.

Avec qui causais-tu donc ?

OSCAR

Avec... cet imbécille d'Hilarion.

LA MARQUISE

J'avais cru entendre une voix de femme.

OSCAR

Ah! oui... Louison... sa prétendue... ils me priaient devons intéresser en leur faveur, et je leur disais qu'aussitôt votre mariage termine.. .

LA MARQUISE, soupiront.

Mon mariage ?.,. il n'est pas encore fait.

OSCAR, inquiet, à part.

Ah! mon Dicul... [Haut). Comment! chère tante, est-ce que vous auriez changé d'idée ?...

LA MARQl'ISE.

Non. • . le veuvage me pèse horriblement... il est si triste d'être seule, quand on a été habituée à la société.. . Je conviens que M. Girard est un aimable homme... d'une tournure vive.. . d'un esprit cultivé... et quoiqu'il soit né à peu près comme tout le monde , je suis sûre que dans son origine il n'y a rien de choquant pour mes nobles parentés du Perche et de l'Angoumois.

OSCAR

Eh bien?...

LA MARQUISE

Mais,., je suis fort mécontente de lui... voilà un an qu'il dit qu'il m'aime , six mois qu'il parle de mariage , et il ne finit rien. . . J'ai peur qu'il ne soit comme le marquis... un peu temporiseur... je n'aimerais pas cela.

OSCAR

Timidité d'amoureux.

LA MARQUISE, minaudant.

Suis-je donc si terrible?. ..

OSCAR

Non, chère tante. .. mais au moment de se lier éternellement... il craint peut-Olrele souvenir de vos anciens triomphes... Jeune, jolie, entourée d'hommages , d'adorateurs... on a beaucoup parlé de vous dans le tems... et notre cousin , le vicomte de Sancerre , m'a même conté des choses...

LA MARQUISE , sourlant avcc complaisance,

Tais-toi..: tais-toi... si tu écoutes ce mauvais sujet de Sancerre... caustique , méchant... un vrai Bussy-Rabutin. .. Il voudrait faire croire que j'ai été légère ..moi!... Le fait est que j'étais jeune... curieuse... lancée dans le tourbillon du monde, avec quelques avantages... une taille de sylphide... de lagrâce... un naturel excessivementimpressionnable... Cela amena quelques épisodes plus ou moins piquans, qui ne tenaient qu'à l'inexpérience et à la sensibilité de mon sexe.

OSCAR

Sans doute... sans doute... mais ces lenteurs peuvent vous compromettre ; et il faut contraindre M. Girard îi se prononcer.

LA MARQUISE

J'ai un moyen tout naturel. .. Chut! je l'entends.

OSCAR

Du courage, chère tante.

LA MARQUISE

Ne m'abandonnez pas, mon neveu.

( «7 ) SCÈNE VIIF.

Les Mêmes , GIRARD , la loilclle un peu en dcjordre, GIRARD , accourant.

Que vient-on de médire ?... madame la marquise, mon aimable voisine , est ici I...

OSCAR , à pari.

Ah! le malheureux î comme il marche les pieds en dehors !... il va se trahir.

GIRARD, at'ec empressement.

Confondu , désolé , désespère, belle dame, de ne m'ètre pas trouvé là pour vous recevoir... mais deux heureux à faire à la Mairie... vous comprenez... la sympathie... Je ne me suis donné que le temps de quitter nies insignes administratifs, et, ne vous trouvant plus à votre château , je suis accouru sur vos traces , à travers le parc , franchissant les fossés, les haies... LA MARQUISE , souriant.

Quelle légèreté I...

GIRARD, ctourdiment.

J'en ai sauté bien d'autres.

OSCAR , vii'emcnt.

Comme moi... à la chasse...

GIRARD , se remettant.

Oui , oui , comme lui , à la chasse... Bonjour, Oscar.

LA MARQUISE

J'étais venue, mon cher voisin, vous engagera dîner aujourd'hui avec nous, sans façon.

GIRARD , lui baisant la main.

Comment donc... mille fois trop bonne... {à part) Quelle main suave I... un vrai satin.

Pour causer de ce mur mitoyen , qu'il faut enfin réparer.

OSCAR

Un mur qui vous sépare .''... pourquoi le relever?...

GIRARD , d'un air tendre.

Il a raison... pourquoi le relever?

LA MARQUISE

C'est indispensable.

OSCAR , haussant les épaules.

Boutt !...

GIRARD

Exactement ce que j'allais dire... boutt !

LA MARQUISE

Il faut bien être chez spi.

GIRARD , à demi-voix et accc prétention. J'aimerais mieux être,., chez nous.

ose. AU , à sa tante.

Ah !... le mot est charmant.

LA MARQUISE , SOUnaill.

Il paraît que vous êtes comme mon notaire , ce petit Frasy, qui prend tout au sérieux.

GIRARD

Vous savez qu'il étnit de notre dîner de jeudi , avec quehpies voisins, et qu'au dessert il ne fut question que de notre mariage.

GIRARD

Conversation bien intéressante.

LA MARQUISE

On nous pressait,., on nous persécutait... et vous vous souvenez

que pour passer la soirée... ( à la campagne on s'amuse de tout)

on imagina de dresser un projet de contrat , de régler les dispositions... le douaire... les témoins... rien ne fut oublié.

GIRARD

C'était fort plaisant.

LA MARQUISE

Oui... mais les notaires ne plaisantent jamais... et ce petit sot de Frasy ne m'écrit-il pas ce matin qu'il a suivi nos instructions , que tout est prêt !. . . et il demande quel jour nous voulons signer.

OSCAR , af^ec Joie.

Vraiment ?

Girard , embarrassé.

Ah! il vous demande...

LA MARQUISE

C'est fort ridicule... cela me met dans un embarras...

OSCAR

Pourquoi donc, ma tante ?.... Je ne vois pas ce qu'il y a d'embarrassant là— dedans.

Si fait.. . et tu vas aller. . .

OSCAR

Du tout , je n'irai pas.

LA MARQUISE et GIRARD.

Comment ?

OSCAR , passant entre eux.

Ou plutôt... si fait !... j'irai... j'y vais à l'instant... mais pour ramener le notaire , les témoins , et faire votre bonheur. LA MARQUISE, jouant l'émotion.

Que dis-tu ?

OSCAR , bas à la Marquise C'est bien... faites la fâchée.... (à Girard,) Je vais prendre un de vos chevaux , pour revenir plus vile,.. (,à part) Mademoiselle Nincttc m'attendra.

GIRARD

Perrncllez...

OSCAR , bas à Girard.

C'est bien généreux de ma part.... car vous êtes ca|)ablc de me donner un petit cousin qui nie soufflera la succession.

GIRARD

Oli ! par exemple...

LA MARQUISE

Air (lo la Walse tle Robin des Bois.

Mais un moment...

GIRARD

Ecoutez-moi , de grâce.

Aujourd''liui même il faut combler vos vœux : ftlon cœur se met sans peine à votre place , Et, malgré vous, je dois vous rendre heureux.

LA MARQUISE et GIRARD.

Il faut attendre...

OSCAR

Ah ! ce serait dommage :

Quand le lionheur ici vous tend les hras, Dt'pèchez-vous de le prendre... [àparl) A Iiiu.îijt", Le temps perdu ne se retrouve pas.

ENSEMBLE

OSCAR

Oui , sur mes soins rei)Osez-vous , de grâce , etc.

LA MARQUISE et GIRARD.

l'n seul moment , ucoutez-moi , de grâce :

11 faut d'abord nous considter tous deux...

Mais Tetourdi ne peut rester en place ,

Et , malgré nous , prétend nous rendre heureux

i^Oscar sort en coiiranl.)-

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