EFFICACITÉ RELATIVE DES INSECTICIDES
En examinant les résultats obtenus un peu partout avec les insecticides, il est facile de remarquer que les effets produits sont plus ou moins grands selon le degré de résistance au Phylloxéra que présentent les vignobles dans le milieu où ils se trou* vent placés.
Ces conditions résident d'abord dans la nature du sol, ensuite dans la qualité du cépage, et enfin dans le développement plus ou moins grand de la charpente ; on pourrait encore y ajouter rinfluence du climat, résultant, soit de la latitude plus ou moins méridionale, soit de la rigueur des hivers, soit aussi de Tabondance des pluies en été, qui exerceront une influence marquée sur la facilité de propagation de rinsecte.
Si l'on considère seulement la nature du sol, od voit en effet que, depuis le terrain très consistant et imperméable dans lequel nos vignes européennes dépérissent rapidement sous les attaques du Pbyl-
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loxera, jusqu'aux terrains sablonneux où elles résistent complètement, on trouve toutes les natures de sols intermédiaires. On rencontre parfois des terrains sablonneux et assez perméables, qui se rapprochent par conséquent de ceux dans lesquels la Vigne européenne résiste complètement, mais dans lesquels néanmoins les vignobles, quoique se maintenant plus longtemps, finissent tout de môme à la longue par succomber. Il est évident que, dans ce cas, le moindre efiFort obtenu, soit par des irrigations d'été, soit à Taide d'un insecticide ou de fumures appropriées, et venant s'ajouter aux conditions déjà favorables du sol, suflBra généralement pour rendre C6S vignes entièrement résistantes.
Aussi peut-on dire d'une manière générale que les insecticides (sulfure de carbone, sulfo-carbonates, sulfure de potassium, etc.), de même que les irrigations, seront d'une eÉBcacité d'autant plus grande qu'on les appliquera à des vignobles placés dans un sol qui se rapprochera le plus possible du terrain dans lequel les vignes européennes résistent complètement. Plus, au contraire, on s'éloignera de ces conditions favorables, et plus aussi les effets produits par l'emploi des insecticides et l'usage des irrigations seront diminués.
Il y a là une raison qui parait suffisamment plausible pour donner l'explication des cas de succès ou d'insuccès, qui se présentent un peu partout, dans l'application de ces mômes insecticides. L'effet
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qu'ils produiront sera toujours proportiouné aux avantages que présentent les conditions de milieu dans lesquelles on opère. En d'autres termes, en appliquant ces insecticides ou en faisant usage des irrigations, on réussira d'autanl mieux que les conditions de sol et aussi de cépage se rapprocheront le plus de celles dans lesquelles la résistance s6 produit naturellement, et on sera d'autant plus exposé à échouer que ces conditions s'en éloigneront davantage. C'est en vertu du même principe que la résistance relative des vignobles au Phylloxéra a beaucoup varié, comme on l'a vu, selon la nature du s^ol dans lequel les vigaes étaient plantées.
C'est ce qui explique les différences, souvent très grandes selon les cas, dans les effets produits par le même traitement, alors pourtant qu'on a opéré de la môme manière et sur des vignobles paraissant se trouver dans des conditions équivalentes comme âge, vigueur et nature du cépage. Ici on obtiendra d'excellents résultats, tandis que là le traitement n'aura produit que des effets absolument négalits. C'est que, évidemment, les conditions de sol et de sous-sol étaient déjà, dans le premier cas, relativement favorables à la résistance. Le vignoble, sans doute, n'aurait pas tardé à dépérir tout de même s'il eût été livré à ses propres forces, et c'est bien réellement le traitement appliqué qui Ta sauvé d'une perte certaine ; mais ici l'insecticide, en agissant avec efiBcacité, est devenu un adjuvant précieux,
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complétant justement ce qui manquait au sol pour permettre aux racines de résister complètement aux atteintes du Phylloxéra. On peut en dire autant des irrigations d'été, qui agiront en produisant un effet analogue, de même aussi que des irrigations de toutes saisons^ telles que les pratique avec intelligenceM. Jules Maistre, de Villeneuvette. Il les appelle irrigations de fond, parce qu'en effet il ne submerge pas, mais se borne à remplir des trous profonds pratiqués entre les souches.
Dans le second cas, au contraire, la nature du sol sera tellement éloignée des conditions nécessaires pour la résistance, que le traitement, quelque eflBcace qu'il puisse être par lui-même, ne saurait suffire pour combler la lacune et compléter T insuffisance trop grande de ce qui manque au sol pour le rendre résistant. On se trouve alors en présence de terrains dans lesquels les pauvres vignobles, une fois atteinte et quoique vigoureux, dépérissent rapidement, et où le Phylloxéra, pour me servir d'une expression pittoresque mais exacte, n'en fait bientôt; qu'une bouchée.
Pour rendre ce raisonnement plus intelligible, si nous donnons par exemple le coefficient 1 0 au terrain de sable pur dans lequel la Vigne résiste entièrement, et le coefficient 1 à celui que nous venons de citer, dans lequel la Vigne dépérit très rapidement, malgré les engrais et les insecticides, il est facile de comprendre que toutes les autres na-
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tures de terrains pourront être classées dans les degrés intermédiaires de cette échelle graduée, selon qu'ils s'approcheront ou s'éloigneront des deux premiers. Par conséquent, suivant que chacun de ces terrains se trouvera dans des conditions plus ou moins résistantes, on pourra lui assigner l'un des coefficients compris en descendant entre 10 et 1. Le terrain dont nous parlions tout à Theure, qui par sa nature est presque entièrement résistant, mais qui ne l'est pourtant pas absolument, portera le n* 9, et il ne lui manquera, par conséquent, qu'une seule unité pour arriver à la résistance ahsolue. Ce qui lui manque lui sera facilement fourni, comme nous Tavons indiqué, soit par quelques arrosages d'été ou par les irrigations de fond pratiquées en hiver, soit par l'insecticide ou des fumures appropriées.
Si ensuite nous descendons d'un degré, il manquera donc deux unités au terrain portant le coefficient 8, et alors le rôle des irrigations ou des insecticides devra être nécessairement plus énergique. Dans ce cas, les moyens de défense pourront encore être suffisants, leur action sera peut-être assez efficace pour sauver le vignoble qui se trouvera dans ces conditions relativement avantageuses; mais comme leur énergie devra toujours aller en augmentant au fur et à mesure que nous descendrons l'échelle des coefficients, il viendra un moment où, malgré toute leur efficacité relative, ces
insecticides et ces irrigations ne pourront plus produire l'efiFet désiré, et alors ils deviendront complet tement insufiBsants pour sauver les vignobles, qui se trouveront ainsi dans des conditions absolument défavorables.