BLACK-ROT ET MALADIES CUYPTOOAMIQUES
Tout cela, sans compter le Pourridié, dont Texistence même, affirmée par les belles études des uns, a été presque mise en doute par d'autres. Ces derniers prétendent, probablement sans raison suffisante, qu'on aurait attribué à tort à ce champignon des méfaits qu'il n'aurait pas commis.
Il y a trois ans, M. Ricard, régisseur à Val-Marie, près de Ganges, découvrait une altération se produisant sur ses raisins, dans laquelle MM. Foëx et P. Viala reconnurent bientôt le Black^Rotdes Américains.
Les expériences faites jusqu'à présent pour enrayer les ravages produits par ce cryptogame n'ont pas donné encore de résultat suffisant, et le mal s'est étendu à quelques autres vignobles des environs.
Les études entreprises sur cette nouvelle maladie se poursuivent avec persévérance et sont d'ailleurs en bonnes mains ; il y a donc tout lieu d'espérer qu'elles aboutiront, et que l'on trouvera le moyen d'empêcher la propagation de cet hôte incommode.
Les viticulteurs des États-Unis confondent sans doute plusieurs choses difiFérentes sous le même nom de Black-Rot : ils appelent ainsi indistinctement les maladies qui, sous difi*érentes formes, attaquent les grappes en amenant leur destruction. L'Anthracnose^ le Mildew et le Black-Rct proprement dit, en agissant sur la grappe, présentent,
dans quelques cas, une certaine analogie, quand on se borne surtout à les observer superficiellement. Les vignerons américains voyaient que chaque fois leur récolte était anéantie, et c'était là ce qui les préoccupait le plus.
Il y a lieu de supposer, d'ailleurs tous les renseignements venus d'Amérique semblent le confirmer, que c'était surtout aux attaques du Mildew et du Rot qu'était due la mortalité des vignes américaines dans les vignobles des États-Unis où Ton en avait fréquemment, et à toutes les époques, essayé la culture ; elles n'avaient jamais pu y être conservées, pas plus il y a deux cents ans que de nos jours.
C'est ce qui explique comment les vignes européennes ne pouvaient pas vivre dans des régions comme la Géorgie, par exemple, où le Phylloxéra, quoique très activement recherché partout, n'a pas encore pu y être découvert.
On s'explique aussi de cette manière pourquoi nos cépages européens dépérissaient tout de même dans les plantations des États-Unis, quoique greffés sur les vignes américaines, et pourquoi on a été obligé en Amérique, malgré les nombreux essais de greffage tentés à différentes époques, d'abandonner ce mode de reconstitution des vignobles, qui n'avait jamais donné aucun bon résultat. Le Phylloxéra n'y était probablement pour rien, au moins dans la plupart des contrées, car, ainsi qu'on l'avait remar-
BLACK-ROT ET MALADIES GRYPTOGABnQUBS. 705
que en Amérique alors qu'on avait observé sa présence pour la première fois, il n'était pas considéré généralement comme très malfaisant. Il ne se montrait guère, en effet, que sous sa forme gallicole, se manifestant extérieurement par la présence d'une grande quantité de galles sur les feuilles des cépages américains, et plus particulièrement sur celles du Clinton j du Taylor et des Riparia; mais on ne s'en préoccupait pas outre mesure, parce que, sous cette forme, le Phylloxéra n'exerçait pas de dégâts appréciables.
A la suite de la découverte en Europe de la forme radicicole, c'est-à-dire de notre Phylloxéra des racines, on se mit à faire des recherches un peu partout, dans tous les vignobles des États-Unis ; mais on ne trouvait alors que fort peu de Phylloxéra sur les racines, tandis qu'il y avait toujours beaucoup de galles phylloxériques sur les feuilles. C'est seulement depuis quelques années que le Phylloxéra des racines s'est considérablement multiplié dans les vignobles des États-Unis, et les viticulteurs du Nouveau-Monde, ceux de la Californie surtout, s'en préoccupent maintenant beaucoup plus sérieusement qu'autrefois, comme d'un nouvel ennemi à combattre, avec lequel il leur faudra désormais compter.
XG.
Les communes dans lesquelles les vignes américaines prospèrent le mieux ne sont pas toujours celles où le chiffre des surfaces plantées est le plus considérable. Nous avons eu Toccasion de citer, au cours de cette étude, les communes de Saint-Georges d'Orques et de Pignan comme étant celles où l'on pouvait admirer, grâce à une nature de sol très favorable aux vignes américaines, des résultats excessivement remarquables. -Pourtant, dansées deux communes, Timportance des plantations n*est pas suffisante pour qu'elles puissent figurer dans le tableau des vingt communes de l'Hérault (voir pag. 659) les plus importantes sous ce rapport.
On m'a communiqué quelques chiffres assez précis, relatifs à Tune de ces communes, et j'ai pensé devoir les relater ici.
Avant le Phylloxéra, la commune de Pignan produisait annuellement de 100 à 140 mille hectolitres de vin, sur une surface d'environ 900 à 1 ,000 hectares plantés en Vigne, ce qui donnait un rendement moyen dellOài40 hectolitres à l'hectare.
Les vignobles ayant été détruits par le Phylloxéra, on s'est mis courageusement à planter les
vignes américaines. Il y avait 300 hectares déjà replantés en 1884, et les plantations effectuées depuis cette époque ont été assez importantes, puisqu'elles s'élèvent actuellement (décembre 1886) à 550 hectares.
Une partie seulement de ces plantations est assez ancienne pour se trouver actuellement en pleine production. La récolte, qui était en 1884 d'environ 6,000 hectolitres, a dépassé 25,000 hectolitres en 1886. Voilà certes un commencement qui ne manque pas d'être encourageant et qui est bien de nature à inspirer quelque confiance pour Tavenir.
Une appréciation analogue pour la commune de Saint-Georges d'Orques donnerait certainement, toutes proportions gardées, un résultat aussi satisfaisant. J'ai reçu, en effet, de M. Justin Âllien, conseiller général et ancien maire de Saint-Georges d'Orques, quelques chiffres intéressants que je reproduis ici avec plaisir.
Avant le Phylloxéra, la commune de Saint- Georges possédait 630 hectares de vignes, et la production moyenne des cinq dernières années qui précédèrent leur destruction avait été de 55 à 60 hectolitres par hectare. On sait que le riche vignoble de Saint-Georges, grâce à la nature exceptionnelle de son sol, produisait un vin exquis, renommé dans le monde entier et dont la valeur commerciale était de plus en plus appréciée. C'était
tous les ans, pour une étendue relativement peu importante, une somme considérable, représentant la valeur de la récolte, qui entrait dans le pays et qui amenait un très grand bien-être chez les propriétaires et cultivateurs. De tout ce beau vignoble, c'est à peine si 12 hectares se sont conservés jusqu'à présent en bon état, malgré le Phylloxéra et quoique n'ayant été l'objet d'aucun traitement.
Les plantations faites depuis ces dernières années ont dû être fort importantes, car la surface plantée en vignes américaines dépasse actuellement 400 hectares.
La récolte de 1884 avait été de 3,500 hectolitres, dont 350 seulement provenant de producteurs directs, la presque totalité ayant été produite par les vignes américaines grefiFees en cépages européens. Celle de 1886 est de beaucoup supérieure, mais le chiffre total ne m'est pas encore connu. Je puis dire seulement que les vignobles reconstitués par le greffage sur vignes américaines produisent de magnifiques résultats, là comme partout ailleurs ; chaque fois qu'on les place dans des sols à la convenance du porte-greffe, les récoltes sont équivalentes et souvent supérieures à celles qu'on obtenait avant le Phylloxéra.
C'est ainsi qu'on peut voir chez M. le D' Gordon un vignoble entièrement reconstitué par le greffage des mêmes cépages sur vignes américaines, et particulièrement sur Clinton. Une partie, la plusan-
cieone, a déjà douze ans de plantation et dix ans de greffe ; elle présente une végétation pour le moins aussi belle qu'autrefois et une fructification tout aussi abondante. Il convient de dire que les fumures sont devenues plus fréquentes qu'on ne le faisait auparavant.
C'est encore là un bel exemple de reconstitution de vignobles entrepris avec persévérance, et qui promet de donner, par la suite, des résultats fort encourageants.
Si maintenant, de Montpellier, nous nous dirigeons vers Mauguio, après avoir passé la chaîne de collines formée de Diluvium Alpin qui, s'amorçant à Beaucaire,se prolonge jusqu'à la mer entre Lattes et Pérols, nous rencontrerons bientôt une assez vaste plaine qui s'étend veri Mauguio et jusqu'aux étangs. Cette plaine est composée d'un sol très siliceux et riche en éléments ferrugineux, formé par des dépôts sédimentaires apportés des Alpes à une époque géologique relativement récente. Tout semble indiquer que, po^^térieurement à ces dépôts, cette plaine aura été traversée par un petit cours d'eau, le Salaison, qui se sera creusé sa vallée d'érosion en emportant jusqu'à la mer les terres du déblai. Dans toute cette plaine, les vignes américaines prospèrent admirablement, et le vignoble que M. Louis Des Hours a créé sur ce point est un exemple remarquable de ce qu'on peut obtenir avec les vignes américaines, quand on se trouve
dans des conditions de milieu qui leur sont favorables.
Les premières plantations du vignoble de Mezouls datent de 1875, mais ce n'était alors qu'un essai ; c'est seulement depuis 1878 que la reconstitution du vignoble a été réellement commencée. Depuis cette dernière date, M. Des Hours a fait chaque année des plantations plus ou moins importantes, et, en y comprenant celles du printemps 1886, elles occupent actuellement plus de 80 hectares. Il avait en principe employé le Clinton^ auquel il a ajoute successivement le Riparia, le Jacquez et leSolonis; mais maintenant c'est le Clinton qui a toutes ses préférences comme porte-greffe .
A part 1 hectare et demi de Jacquez conservés comme producteurs directs, ainsi que quelques pieds d'Othello^ la totalité des plantations a été déjà greffée ou est destinée à le devenir. Les premiers greffages ont été opérés en 1878 et se sont continués chaque année depuis cette époque. Il a été greffé en 1884 les 1 2 hectares plantés en 1883, et en 1885 une surface à peu près équivalente plantée en 1884. Enfin 11 hectares et demi ont été encore plantés en 1885 et greffés au printemps de 1886.
En visitant ce vignoble en compagnie de M. Jamme, ancien élève de Grignon et observateur intelligent pour tout ce qui concerne l'agriculture et la viticulture de notre région, nous avons été frappés, l'un et l'autre, de la végétation presque partout
fort remarquable que nous présentaient ses diverses parties. En parcourant les plantations existantes dans toute leur étendue, pour les examiner attentivement, il ne nous a pas été possible de découvrir une seule soucbe jaunissante; nulle part il n'y avait la moindre trace, non seulement de Gblorose, mais encore de toute maladie cryptogamique.
Une partie seulement de ce vignoble ainsi reconstitué avec intelligence par M. Des Hours est aujourd'hui en production. La récolte, qui a commencé par 50 hectolitres en 1880, s'est élevée progressivement, depuis cette époque, à 450 hectolitres en 1881, à 800 en 1882, à 1,050 en 1883 et à 1,400 en 1884 ; elle a atteint 1,575 hectolitres en 1885, et augmentera certainement d'année en année au fur et à mesure que les jeunes plantations arriveront en pleine fructification. C'est là un bel exemple à suivre partout où Ton se trouvera dans des conditions analogues.
Dans la même plaine, mais de l'autre côté du Salaison , le vignoble de Lauroux, apparlenant à M. le professeur Courty, montre aussi une végétation à peu près aussi remarquable, et là également les feuilles conservent leur belle couleur verte. Dans rintervalle, au contraire, là où le sol de la plaine, enlevé par les eaux du Salaison, a été remplacé, dans la vallée de ce cours d'eau, par des alluvions apportées de loin, dont la composition est de nature toute différente, les vignes américaines qui y soi^t
plantées sont atteintes de Chlorose, et leur mauvais état semble pronostiquer leur fin prochaine. On voit par là combien est grande l'influence de la nature du sol sur le développement futur des vignes américaines en général et de quelques-unes d'elles en particulier. Il y a là un facteur dont il faut nécessairement tenir compte partout avant de planter, si Ton ne veut pas s'exposer à un échec à peu près certain.
XGI.
CE QUE l'on fait AILLEURS.
Presque dans tous les départements phylloxérés, on a fait des efforts énergiques pour reconstituer les vignobles, et on voit un peu ^partout des exemples remarquables de succès qui ne manquent pas d'être encourageants. J'ai signalé à plusieurs reprises, au cours de cette étude, les viticulteurs qui ont été les principaux propagateurs des moyens de défense, et je suis heureux de leur rendre ici un hommage justement mérité ; ils ont tenté, dans leurs départements respectifs, des expériences faites avec intelligence et qui serviront d'exemple, en indiquant la meilleure marche à suivre dans les régions qu'ils habitent.
^ Il en est de môme en Italie, en Espagne, en Âu-
CE QUE l'on fait AILLEURS. 713
triche et dans le Portugal. Gomme on le sait, ces nations sont, après la France, celles qui produisent les plus grandes quantités de vins. Aussi s'y préoccupe-t-on, comme chez nous, de se défendre contre l'ennemi commun.
. J'ai déjà eu l'occasion de citer plusieurs fois les efforts intelligents qui sont faits un peu partout, dans les diverses parties de la péninsule italique, par des hommes pleins de dévouement aux intérêts viticoles de leur pays. Ils sont encouragés par Texem pie que leur donnent un Ministre et un Directeur général de l'Agriculture qui ont fait une étude toute spéciale de la question et qui peuvent dès lors aviser, avec connaissance de cause, aux meilleurs moyens administratifs pour défendre les vignobles et développer leur prospérité.
En Italie, la culture de la Vigne se développe d'année en année avec une très grande rapidité, et la quantité de vin récoltée dans toute l'étendue de la péninsule italique égale déjà la production totale du vignoble français, qu'elle tend même à dépasser. Des mesures sont prises dans toutes les provinces pour entraver l'extension du Phylloxéra, combattre le Peronospora et propager partout les meilleures notions de viticulture et d'œnologie.
Le gouvernement italien favorise de toutes ses forces le progrès incessant de l'agriculture et de la viticulture. Il a institué un comité central ampélographique présidé par M. le comte Joseph de Ro-
Sahut, 3* édit. 46
vasenda, le célèbre auteur de VAmpélographie universelle^ ainsi qu'une Commission du Phylloxéra, présidée par M. Adolphe Targioni-Tozzetti, le savant directeur de la station d'entomologie agricole de Florence. Il a créé ensuite sur différents points des écoles d'agriculture et de viticulture, ainsi que des stations œnologiques qui exercent leur influence dans toute rétendue du pays, en propageant les méthodes culturales et les procédés œnologiques les plus perfectionnés. Partout renseignement viticole estdonoé par des professeurs instruits qui travaillent avec beaucoup de zèle et dont l'activité est féconde en résultats pratiques.
Ce beau pays, si bien privilégié par le soleil, possède toute une pléiade d'hommes intelligents 1res actifs et pleins de dévouement pour la viticulture italienne. Il suffira de citer MM. Agazotti, Alpe, Arcangeli, Arcozzi, Bellati, Bertone di Sambuy, Biaoconcini, Briosi, Gancellieri , Cantoni , Canestrini, Garlucci,Garruccio, Caruel, Garuso, Gavazza,Gerlelti, Cencelli-Perti, Gosta, Gomboni, Guboni, Devincenzi, Franceschini, Froio, Giambartolo, Giordano, Grimaldi, Griffini, Kônig, Landucci , Lawley, Meloni, Mendola, Miraglia, Montecchi, Ottavi (Edoardo), Ottavi (Ottavio), Passerini, Pavoncelli, Pirotta, Ricasoli, Ridolû, Rossi, Rovasenda, Savastano, Sciacca délia Scala, Sestini, Targioni-Tozzetti, Toaldi, Todaro, Trevisan di Saint-Leon, Tubi, Valvassori, Zecchini, olc, etc.
CE QUE l'on fait AILLEURS. 715
L' Au triche-Hongrie, dont les beaux vignobles sont également menacés, ne reste pas non plus inactive. M. le baron Babo, M. J. Belle, M. Hermann Goethe, M. Horwath, M. le baron de Prato et M. le professeur L. Roesler sont constamment en éveil, soità rÉcole de Viticulture et station œnologique de Kloslerneuburg, soit à celles de Goritz, de Marburg et deBuda-Pesth, pour employer les meilleurs moyens de défense, afin d'enrayer les progrès du mal.
Dans le Portugal, on essaye aussi de se défendre avec énergie, et ce n'est pas la faute de M. de Aguiar, de M. de Oliveira, de M. F. D'Almeida e Brito, de M. Rodrigues de Moraes, de M. Gaetano dos Reis, de M. le vicomte Guedes Teixeira, ainsi que de quelques autres hommes dévoués, si le Phylloxéra a étendu ses ravages dans les diverses provinces portugaises. A la fin de 1885, le terrible aphidien avait atteint 15,433 hectares de vignobles du territoire continental, et 2,073 autres avaient déjà succombé.
Les magnifiques vignobles de TUe de Madère, qui produisaient ces excellents vins dont la réputation est universelle, avaient perdu de leur côté 2,000 hectares et 2 , 500 autres étaient a tteints plus ou moins fortement.
Enfin TEspagne, on doit aussi lui rendre cette justice, a fait les plus louables efforts pour conjurer le mal et défendre ses vignobles contre Tenvahissemeut de la maladie. M. le sénateur de La Paz-
716 MOYENS DB DÉFBNSE.
Graells, M. JuaQ Miret, M. Miguel Golmeiro et beaucoup d'autres hommes aussi intelligents que dévoués à leur pays, ont étudié de près tout ce qui se rapporte à celte question, depuis que les vignobles espagnols en ont subi les premières atteintes. Le gouvernement de Madrid, de son côté, emploie toute son influence pour favoriser les progrès de TAgriculture. Il a publié un règlement pour TÉcole nationale d'Agriculture, et le ministère du Fomento fait tous ses efforts pour encourager les fermes-écoles et les établissements agricoles déjà existants, de môme que ponr en fonder de nouveaux dans les diverses provinces de la péninsule ibérique. Aussi, depuis quelques années et grâce à cette impulsion énergique, les nouvelles plantations de vignes ootelles pris un rapide accroissement.
Il existe, à Barcelone, un Instituto agricola Catalan de San-Isidoro, ayant à sa tète des hommes actifs qui dirigent avec autant d'intelligence que de savoir le mouvement agricole et viticole dans les régions Catalane, Valenciane, Aragonaise, et Mayorquine, en môme temps que la lutte contre le Phylloxéra. Il vient d'y être créé un cours public de Viticulture américaine, et M. Raphaël Roig y Torres, qui était déjà directeur du Laboratoire de chimie et de hRevista del Instituto agricola Catalan de San^Isidoro^ a été nommé professeur de cette nouvelle chaire, la première et la seule pour le moment qui existe en Europe.
ce QUE l'on fait ailleurs. 717
Le même M. Roig y Torrejj, qui est aussi directeur fondateur du journal \^ Crônica cientifica {Revue internationale des Sciences) , avait déjà fondé il y a trois ans, à Tarrasa, ville de la province de Barcelone, un établissement ampélographique {Estacion ampelografica catalana)^ avec de vastes terrains dans lesquels il a planté plus de 100,000 pieds de Vigne de toute provenance. Cette expérience permettra d'étudier comparativement le degré de résistance de ces vignes, leur adaptation au sol, indiquer les meilleures manières de les cultiver, de les tailler, de les greffer, etc., etc., et essayer sur elles les moyens de les débarrasser des diverses maladies qui peuvent les attaquer. Il a été secondé dans cette œuvre importante par un viticulteur distingué, M. Joaquin Monset, consul de France à Tarrasa, qui a publié sous ce titre Los enemigos de la Vid^ une étude intéressante sur les moyens employés pour combattre le Phylloxéra, leMildew, TAnthracnose, etc., etc. M. D. Joaquin Monset est également Fauteur d'une excellente traduction des publications de M"' la duchesse de Fi tz- James.
On va joindre à cet établissement une École de Viticulture et d'Œnologie avec tous les éléments les plus perfectionnés de la science agricole et viticole. Ces établissements, créés par l'initiative privée, sont dirigés par un Comité composé des principaux propriétaires de la région, et fout le plus grand honneur à r esprit de progrès et de désintéressement
718 MOYENS UK DÉFENSE.
dont ceux-ci sont patrioliquement animés pour le bien de leur pays.
Depuis la fin du dernier siècle, la culture de la Vigne avait pris, en France surtout, une extension de plus en plus considérable. En 1788, on évaluait la récolte du vin à l'équivalent de 25 millions d'hectolitres, car le système métrique n'était pas encore adopté. Ce chîfiFre était déjà fort respectable pour cette époque reculée, et il arrivait à 28 millions en 1808, pour l'ensemble de la production du vignoble français. En 1815, notre pays possédait 1,734,000 hectares plantés en vignes qui produisaient 31 millions d'hectolitres de vin, soit une moyenne annuelle de 18 hectolitres environ par hectare.
La quantité de vin récolté s'accrut progressivement d'année en année, et elle atteignait près de 37 millions d'hectolitres en 1827. Mais après l'hiver rigoureux de 1829-1830, qui gela toutes les vignes dans le centre et le nord de la France, la production descendit brusquement, en 1830, à 15 millions d'hectolitres. A la suite de cette terrible secousse, les vignes se reconstituèrent peu
STATISTIQUE VITICOLE ET VIMCOIE. 7!9
à peu, et l'importance de la récolte se releva rapidement, en reprenant bientôt sa marche ascendante.
En 1847, la quantité totale de vin récolté sur toute rétendue du territoire français s'élevait à 54 millions d'hectolitres ; m^^is l'Oïdium ne tarda pas à produire ses effets, et ses ravages devinrent tels que la producticm descendit au-dessous de 11 millions d'hectolitres en 1854. C'était un véritable désastre. Elle se releva ensuite peu à peu, quoique assez lentement, puisqu'il faut arriver jusqu'en 1865 pour trouver un chiffre supérieur à celui de 1847.
A partir de 1865, la production annuelle des vins français subit, d'année en année, des alternatives très grandes, variant entre 35 millions en 1873, conséquence de l'hiver rigoureux de 1871- 1872, et s'élevant jusqu'à 83 millions en 1875. Ce dernier chiffre n'avait jamais été atteint avant cette époque; depuis lors, non seulement il n'a jamais été dépassé, mais nous nous en éloignons de plus en plus, et il est malheureusement à craindre que nous ne le revoyions pas de longtemps.
Le développement progressif des plantations, qui prenaient, surtout dans le Midi, une extension de plus en plus considérable depuis l'invasion de TOidium, effrayait, à cette époque, un certain nombre de viticulteurs : ils craignaient que la consommation ne se développerait pas aussi rapidement que
la production, et que, par suite, il y aurait à redouter l'avilissement du prix des vins, dans des conditions pouvant devenir onéreuses pour le producteur. L'expérience a démontré, au contraire, que les débouchés ont augmenté encore plus vite que ne s'accroissait la production, et que les prix, depuis trente ans, au lieu d^baisser, ont généralement tendu à se relever de plus en plus.
Gazalis-AUut, dont les appréciations en fait de viticulture faisaient autorité, avait calculé que la moyenne du prix de vente du vin de sa propriété d'Aresquiès, depuis 1818 jusqu'en 1850, soit pendant 32 années, était seulement de 9 fr.78par hectolitre. Ces prix se sont relevés considérablement à Tépoque de TOïdium, et depuis lors ils se sont toujours maintenus au-dessus de cette moyenne, au moins pour les vins de qualité analogue à ceux récoltés dans le vignoble d'Aresquiès, qui étaient classés comme bons vins d'ordinaire. Les prix de vente ont successivement d'abord doublé et ensuite triplé depuis cette époque. 11 faut donc bien que les débouchés se soient accrus encore plus rapidement que ne s'augmentait la production. Il est vrai que le développement des voies ferrées, en facilitant les transports, a certainement beaucoup aidé à produire ce résultat.
L'exportation des vins français, c'est une chose digne de remarque, est relativement insignifiante, restant à peu près stationnaire et tendant même à
diminuer. Elle était de 3,300,000 hectolitres en 1876, et n'est plus maintenant que de 2 millions 400,000 hectolitres. Nos vins sont donc consommés à peu près entièrement sur le territoire français, et de plus Timportation des vins espagnols et italiens augmente rapidement d'année en année. Alors qu'elle n'était que de 676,000 hectolitres en 1876, elle s'élevait déjà à 8,182,000 hectolitres en 1885, et atteindra probablement 10,000,000 d'hectolitres en 1886, si l'on en juge par le chiffre des onze premiers mois. On voit par là, qu'en dix ans elle est devenue quinze fois plus considérable, de sorte qu'elle tend de plus en plus à se substituer à la production nationale. Nos vignobles français deviennent donc insuflBsants pour alimenter notre consommation.
Jusqu'à ces derniers temps, on appréciait de plus on plus, en France, la valeur hygiénique du vin comme boisson habituelle, et son usage tendait à so répandre à peu près partout Le docteur Lunier a démontré les bons effets produits par le développement de la consommation du vin, se substituant aux affreux breuvages alcooliques, tels que Tabsinthe, le gin, le whiskey, etc., etc., ou tous autres semblables qui sont débités aujourd'hui, malheureusement partout, sous différents noms et consommés par quantités de plus en plus grandes. Il a observé avec raison que les mauvaises passions, l'ivrognerie, la folie et le suicide, sont plus
nombreux dans les pays privés de vin, et que les maladies et les crimes attribués aux excès de l'alcoolisme diminuent au fur et à mesure de l'accroissement progressif de la consommation du vin.
Malheureusement la consommation du vin diirinue d'année en année et tend à diminuer de plus en plus dans toutes nos grandes villes. On pourrait supposer, à première vue, que l'insuffisance de la production et, par suite, le renchérissement du prix du vin ont amené ce résultat. Mais il est pénible de constater que ce que perd la consommation du vin est gagné, et au-delà, par celle des alcools, qui augmente dans d'effrayantes proportions.
C'est là une tendance fâcheuse à tous égards et déplorable au possible pour l'avenir de notre pays. Si nous nous en préoccupons pour la France plus spécialement, c'est parce que notre patriotisme se révolte en songeant aux conséquences qui en résulteront.
On pourrait ajouter que la plupart des vins étrangers, dont l'importation augmente sans cesse depuis dix ans et arrive maintenant à dix millions d'hectolitres, sont très fortement vinés avec des alcools impurs au possible, le plus souvent d'origine allemande, et dont l'addition au vin est fort nuisible à la santé. Et cependant nos législateurs, par une aberration d'esprit aussi profonde qu'inconcevable, ne veulent pas permettre le vinage des vins de France, qui se ferait pourtant avec des alcools
STATISTIQUE VITICOLK liT VINICOLE. 723
français, infiniment moins nuisibles à la santé des, consommateurs, et qui ne le seraient même point du tout si Ton n'employait que des alcools de vin. De sorte que, sous ce rapport, la prohibition du vinage en France constitue un privilège en faveur de la sophistication étrangère et au détriment de notre production nationale.
La moyenne annuelle de la récolte totale de la France, pendant la période comprise entre 1863 et 1876, dépasse 55 millions d'hectolitres.
C'est à partir de 1876 que commencent à se faire sentir les effets du Phylloxéra sur l'ensemble de la production française, qui a diminué jusqu'à l'année présente et diminuera probablement encore pendant quelques années. Mais c'est en entrant dans le détail par départements, en comparant, par exemple, le mouvement de la production dans les régions qui ont été les plus maltraitées, que les effets du Phylloxéra se montrent d'une manière saisissante. On en jugera par le tableau suivant, qui met en regard, pour quelques-uns des départements qui ont le plus souffert, le chiffre, en milliers d'hectolitres, de la production avant le Phylloxéra et celui auquel cette production est progressivement descendue par suite de la destruction des vignobles.
(Voir le Tablea/u à la page suivante.)
Production vinicole comparée, en milliers d'hectolitres, dan^s les départements suivants, pendant les années 1863, 1869. 1875 et 1885.