‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 16 sur 132 · RECONSTITUTION DES VIGNOBLES · texte numérisé non relu

RECONSTITUTION DES VIGNOBLES

nées, alors qu'on plantait un peu partout à la fois les vignes américaines, au lieu de les essayer toutes simultanément, et d'une manière réellement comparative, dans des natures de terrain aussi variées que possible, on les a expérimentées d'abord presque partout isolément et successivement. Commençaot par une ou deux espèces, on les abandonnait bientôt pour en prendre d'autres, en procédant ainsi par éliminations successives. Beaucoup de viticulteurs ont cherché, sur ce point, à se former une opinion, et ont cru l'avoir trouvée au moment 011 ils n'avaient encore à leur disposition que des renseignements souvent très hasardés et des éléments d'étude généralement fort incomplets. Fixant leur choix sur un ou deux cépages qu'ils supposaient être les meilleurs, alors qu'ils n'avaient pas des données suffisantes pour en apprécier le mérite, ils se sont mis à les planter à tort et à travers, croyant fermement trouver le succès au bout de leur expérience, quand le plus souvent ils ne devaient récolter que d'amères déceptions.

Cette méthode d'expérimentation, nécessairement incomplète, n'a pas permis de se rendre exactement compte de la valeur relative de chacun des cépages américains ; elle a eu pour conséquence une perte considérable de temps et d'argent, en retardant de cinq à six années au moins la solution de ce problème.

Lorsque l'étude de la question en était encore à

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ses débuts, et que par conséquent on n'avait aucune donnée précise sur la manière dont tel ou tel cépage américain se comporterait par la suite en grande culture ; tandis qu'on ignorait sur son compte beaucoup de choses qu'il eût été utile de savoir pour agir avec connaissance de cause, on allait toujours en avant, croyant entrevoir au bout de cette expérience un résultat qui, trop souvent, hélas ! s'évanouissait comme un mirage trompeur. Combien n'y a-t-il pas eu ainsi de victimes de leur imprudence, parmi les viticulteurs qui ont planté par grandes quantités tel ou tel cépage américain que, sans raison suffisante, ils croyaient le meilleur, s'exposant ainsi à courir au-devant d'un échec presque certain ! Il eût été plus prudent de ne pas se borner à essayer un seul cépage américain ; il aurait fallu le planter en même temps que beaucoup d'autres, mais par petites quantités de chacun. On aurait pu, par la suite, les étudier tous d'une manière comparative, et se rendre compte, au bout de quelques années, des variétés qui seraient les meilleures, c'est-à-dire qui se comporleraient le mieux dans le terrain où se serait faite Texpérience.

Il est facile de comprendre, on ne saurait trop le répéter, que si chacun dans sa propriété avait expérimenté de la manière qui vient d'être indiquée, la question d'adaptation au sol, celle de la durée du greffage et toutes les autres questions qui intéres-

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sent si vivement les viticulteurs, seraient bien autremeot avancées aujourd'hui, sinon résolues complètement. Il y a peu de propriétaires qui aient agi avec cette prudence que commandaient pourtant les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient, et cela se comprend facilement sans qu'il soit becolxi d'aller chercher bien loin la raison qui explique suffisamment celte manière d'opérer.

Autrefois, en effet, quand on plantait les excellentes variétés de nos vignes européennes, qui faisaient la richesse de notre beau département, on ne se préoccupait de la nature du sol que pour la qualité et la quantité du vin à obtenir ; on savait d'avance, par une longue expérience, que ces vignes prospéreraient indistinctement dans toutes les natures de terrains. Aussi, quand il s'est agi do cultiver les vignes américaines, on était naturellement porté à penser qu'il en serait toujours do même et qu'on n'éprouverait aucune difficulté sérieuse.

De sorte que, procédant par analogie, on avait supposé tout d'abord que les cépages les plus estimés et les plus répandus dans les vignobles des Etats-Unis seraient également ceux qui réussiraient le mieux dans notre région méditerranéenne. Les conditions de milieu étaient pourtant bien différentes, et on avait affaire à des climats trop dissemblables pour pouvoir admettre, à priori, que les choses se passeraient de la même manière.

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On ne tenait pas compte non plus d'une circooslance qui avait pourtant sa valeur. En effet, tandis que les ex^.ellentes variétés de vignes européennes jusque-là cultivées dans nos vignobles appartenaient toutes à la môme espèce, le Vitis vinifera^ les vignes américaines appartenaient au contraire à d'autres espèces différentes entre elles, qui présentaient des caractères tout spéciaux, et pouvaient dès lors avoir des aptitudes et des exigences absolument contraires à celles de nos cépages européens. C'est ce qu'il conviendra d'examiner mainteoant, pour en faire ressortir les conséquences, aûn de ne pas les négliger dans les expériences qui se poursuivent encore, et pour ne plus s'exposer à de nouveaux insuccès.

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