‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 53 sur 132 · AFFINITÉ DANS LE 6REFFA0E · texte numérisé non relu

AFFINITÉ DANS LE 6REFFA0E

genre Vilis^ compris lui-môme, suivant la classiQcation botanique, dans la Famille des AmpélidéeSy à laquelle on a donné aussi le nom de Vitées. Cette Famille naturelle se compose d'environ 250 espèces groupées en cinq genres distincts, parmi lesquels les genres Cissus et Ampélopsis sont les plus connus après le genre Vitis, Aussi était^-il venu tout d'abord et naturellement à la pensée d'essayer si, parmi les espèces appartenant h ces deux genres, il ne s'en trouverait pas quelques-unes qui pourraient servir de sujet porte-greffe à nos cépages européens.

C'est ainsi que M. Laliman (de Bordeaux) eut ridée de greffer nos vignes cultivées sur la Vignevierge grimpante de nos jardins (Ampélopsis hederacea DG.). C'était en effet une espèce très vigoureuse qui prospérait dans tous les terrains, et aurait pu devenir un excellent porte -greffe ; mais celte expérience ne fut pas couronnée de succès.

Enfin j'avais réussi à faire reprendre, il y aura bientôt dix-huit années de cela, un assez grand nombre de greffes de nos cépages européens sur la Vigne- vierge d'Orient [Cissus Orientalis Lamark), aoe autre espèce dont les affinités botaniques la rapprochent par certains caractères du genre Vitis, On a confondu quelquefois bien à tort cette espèce avec le Vitis riparia^ qui ne lui ressemble aucunement. La soudure s'effectua très bien, les greffons se développèrent même assez vigoureusement, puis-

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que la plupart atteignirent jusqu'à un mètre de longueur ; mais quelques-uns se desséchèrent avant rbiver et les autres étaient morts à Texpiration de la première année. Le Cissus Ohentalis est cependant, comme on le sait, une plante grimpante présentant des caractères de végétation qui la rapprochent de notre Vigne cultivée.

On comprend bien vite, d'après tout cela, le danger qu'il peut y avoir à greffer nos cépages européens sur vignes américaines, et comment, selon les cas, les résultats peuvent différer sensiblement de ceux qu'on obtenait en greffant les vignes européennes entre elles. Dans ce dernier cas, on n'avait aucun doute sur le succès quand l'opération était bien faite, et on pouvait être absolument rassuré pour la durée de la greffe ; mais il ne saurait en être de même quand il s'agit de greffer nos cépages européens sur vignes américaines. Si la réussite de Topération par elle-même, au moins dans ses résultats immédiats, est souvent tout aussi satisfaisante, il n'est pas du tout démontré que la bonne conservation et la durée de la greffe soient, dans chaque cas, également assurées. L'expérience seule pourra, par la suite, nous montrer avec quelque certitude jusqu'à quel point et pour quelles espèces cette hypothèse peut se réaliser; elle nous indiquera aussi dans quelles limites l'opération offre des chances de durée.

On pourrait donc déjà, de cette manière, expli

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quer à priori et pour la plupart des cas, dans le greffage de nos vignes européennes sur Riparia^ la raison déterminante des insuccès constatés sur quelques points, et surtout de leur peu de durée. Cette raison n'est pourtant pas la seule, car la question est complexe, et il faut tenir compte de plusieurs autres circonstances qui, exerçant parallèlement leur influence, agissent pour leur part en contribuant, elles aussi, à accroître ou à diminuer la bonne conservation et la durée de la greffe. Il y aura lieu d'y revenir dans la suite de cette étude.

Pour le moment, on peut donc établir d'une manière générale que dans le greffage les chances de réussite de Topération elle-même, ainsi que œlles de la conservation et de la durée de la greffe, sont d'autant plus assurées qu'il existe une affinité botanique plus grande, c'est-à-dire des liens de parenté plus rapprochés, entre les espèces auxquelles appartiennent le sujet et le greffon. En d'autres termes, il y a généralement plus d'espoir de réussir complètement avec des variétés de même espèce qu'entre variétés d'espèces différentes, et à plus forte raison qu'entre espèces appartenant à des genres distincts.

On peut donc tirer de ce qui précède la règle générale suivante :

La durée et la conservation de la greffe sont en raiion directe de l'affinité spécifique existant entre te sujet et le greffon.

On verra, par la suite, que cette règle générale, quoique bien établie, comporte néanmoins de nombreuses exceptions, et il sera intéressant de rechercher dans quelles conditions elles se produisent, pour en faire l'application au greffage de la Vigne, qui nous intéresse plus particulièrement.

Parmi les nombreuses exceptions à la règle générale du greffage, telle que nous l'avons définie précédemment, certaines se présentent sous des apparences tellement caractéristiques qu'elles semblent l'infirmer complètement. C'est ainsi que nous voyons souvent l'opération du greffage réussir aussi bien que possible, les greffes présenter même les meilleures conditions de durée, quoique le sujet et le greffon appartiennent à des espèces différentes entre elles, pourvu qu'elles soient classées scientifiquement dans le même Genre. Quelquefois même on obtient d'excellents résultats dans le greffage entre espèces appartenant à des Genres distincts, et par conséquent infiniment plus éloignées entre elles dans la classification botanique.

Il y a donc parfois compatibilité plus grande entre sujets et greffons appartenant à des espèces de Genres différents qu'entre espèces prises dans le

même Genre ; il existe môme d'assez nombreuses exceptions de celte nature à la règle générale déjà citée. De plus, l'expérience démontre qu'on a quelques chances de réussir l'opération quand on est 60 présence d'espèces différentes ou appartenant même à des Genres distincts, pourvu qu'elles aient entre elles certains caractères de végétation qui en rapprochent la parenté quand il s'agit du greffage. Les classifications botaniques, tout en étant basées sur des caractères naturels, sont néanmoins essentiellement artificielles et peuvent varier, en effet, quoique dans des limites déterminées, selon le point de départ de chacune de ces classifications. AiDsi, par exemple, deux espèces seront considérées comme très voisines par les caractères tirés de leur mode d'inflorescence ou des organes de leur fructification, tandis que par d'autres de leurs organes essentiels leur parenté sera considérée comme moins rapprochée. Il en est de même s'il s'agit du caractère tiré, dans le greffage, de la facilité de concordance des sèves, pour me servir d'une expression usitée en pareil cas. Ce caractère rapprochera des espèces appartenant au même Genre ou même quelquefois à des Genres différents ; il établira ainsi, entre ces espèces, une sorte d'aflBnité spéciale pour le greffage qui, par exception, ne correspondra pas toujours à l'aflBnité spécifique que la classification botanique nous montre entre ces mêmes espèces.

Certaines planles ou arbres offrent même une facilité tout exceptionnelle à recevoir la greffe, non seulement de leurs parents les plus rapprochés, mais encore d'espèces assez éloignées et qui même n'ont avec elles aucun lien apparent de ressemblance. Le Cognassier commun de nos haies en est un exemple des plus remarquables. Il est facile de concevoir qu'on peut greffer sur lui et avec le plus grand succès le Cognassier de Portugal, puisque c'est une variété de la même espèce. On comprend aussi qu'on puisse greffer sur ce même sujet le Cognassier de la Chine, qui est une autre espèce appartenant au même Genre botanique. Il est moins fîicile de comprendre que le Cognassier commun reçoive très bien la greffe de toutes nos variétés de Poirier et à plus forte raison encore celle du Bibassier ou Néflier du Japon, du Cratwgv^ de nos jardins, des Sorbiers, des CoUmeas^r, desBaphiolepis, du Buisson-Ardent, du Néflier d'Allemagne, etc. Ce sont là en effet tout autant d'espèces appartenant à des Genres différents, et dont la plupart ne ressemblent en rien au Cognassier; pourtant leur greffage sur celui-ci réussit admirablement et se conserve longtemps en bon état. Le Cognassier commun est donc le porte-greffe par excellence, puisqu'il reçoit , nourrit et fait très complaisamment développer une foule d'espèces qui au premier abord ne paraissent avoir pour lui que des liens de parenté assez éloignés. Ces espèces

pourlanl si dissemblables, au moins quant à leurs caractères de végétation, ont cependant entre elles des affinités botaniques assez grandes ; elles appartienoeot toutes en effet à la Sous-Famille des Pomacées, qui n'est elle-même qu'une subdivision de la grande Famille naturelle des Rosacées.

D*un autre côté, et par une anomalie tout d'abord inexplicable, le greffage sur ce même Cognassier commun du Cognassier du Japon ne donne aucun bon résultat. La soudure s'opère facilement, mais les greffes ne durent pas et dépérissent peu de temps après. Cependant le greffage s'opère ici entre plantes d'une parenté assez rapprochée. Il n'y a donc pas entre ces deux espèces une aflBnité suffisante pour le greffage, tandis que cette affinité est complète, on pourrait même dire absolue, comme on vient de le voir, entre le Cognassier commun et plusieurs espèces très différentes appartenant à des Genres absolument distincts, et dont la parenté avec le sujet porte-greffe est infiniment plus éloignée.

On voit donc qu'il est possible quelquefois d'obtenir un succès très complet dans le greffage entre espèces appartenant à des Genres distincts, quand il y a néanmoins entre elles des liens de parenté assez rapprochés, et surtout cette affinité spéciale pour le greffage qui leur donne une aptitude particulière à permettre l'opération.

Sans entrer dans de plus grands développements, je me bornerai à citer quelques exemples démon-

Irant que le succès de Topération du greffage dépend souvent des conditions que je viens d'énumérer.

Tout le monde, dans le Midi, connaît le Bibassier {Erioboihrya Japon^ca Lindl.), plus généralement désigné sous le nom de Néflier du Japon. Ce superbe arbrisseau, si ornemental par ses belles et grandes feuilles persistantes, dont le parfum de la fleur est si suave et dont les fruits excellents devraient entrer pour une plus large part dans la consommation, se greffe très facilement sur le Cognassier commun {Cydonia vulgaris Pers.), de même que sur l'Aubépine commune {Cratmgus oxyacantha L.). Dans Tun comme dans l'autre cas, l'opération réussit très bien et les greffes ont toujours présenté les meilleures conditions de durée. Pourtant le Bibassier ou Néflier du Japon ne rappelle en rien Taspect du Cognassier ni de TAubépine. S'il existe des plantes essentiellement différentes, au moins quant à leur apparence extérieure, ce sont bien celles-là ; de plus, leur mode de végétation n'est pas du tout le même. Ensuite le Néflier du Japon, conservant ses feuilles et fleurissant en plein hiver, doit avoir nécessairement besoin d'entretenir pendant la saison hivernale une certaine activité de végétation ; cependant rien n'est jnodiflé dans sa manière de vivre, quoiqu'il soit greffé sur Cognassier ou sur Aubépine, c'est-à-dire sur des arbres à feuilles caduques, qui, livrés à eux-mêmes, restent par conséquent pendant tout l'hiver dans uo

reposa peu près absolu de végétation» Il faut donc que, cédant à l'influence du greffon, les sujets de Cognassier et d'Aubépine modifient sur ce point leurs habitudes de végétation.

n y a d'assez nombreux exemples de cette nature, mais je me bornerai à en citer un autre non moins curieux et très connu. On rencontre dans tous les jardins xm arbrisseau très ornemental, à grandes feuilles luisantes et persistantes, qui rougissent à Tautomne et conservent pendant tout l'hiver cette riche coloration. C'est le Photinia smulata Lindl., mieux connu partout sous le nom ÙACratœgits glabra Thunb., ou plus vulgairement encore sous celui de Cratxgus. Quand on en plante des sujets francs de pied, c'est-à-dire venus par le semis des graines que fournit cette espèce, ils se montrent généralement délicats, ne prospèrent pas également dans tous les terrains et sont souvent pins ou moins atteints par la chlorose. Si au contraire on greffe le CratœgtM glabra sur le Cognassier commun, on obtient des sujets excessivement vigoureux, qui ne présentent pas les inconvénients des plants venus de semis, se développent et gran« dissent rapidement, vivent très longtemps, et deviennent presque des arbres. Pourtant le P/io^mia semdatael le Cognassier commun sont en apparence des plantes essentiellement dissemblables.

Quoique la greffe du Châtaignier sur Chêne, ainsi que nous l'avons déjà vu, n'ait pas pu être

conservée longtemps dans les expériences faites à Lattes, il existe cependant un exemple remarquable de la durée de cette greffe dans le Jardin botanique de Dijon, où j'ai pu l'observer dernièrement. Un sujet de Chêne commun (Quercvs robur L.) de ce jardin fut greffé en Châtaignier vers 1835; cet arbre existe encore, se conserve assez vigoureux et mesure actuellement 10 mètres de hauteur environ sur un mètre de circonférence. La soudure est très bien faite ; elle est encore apparente, comme c'est le cas généralement pour tous les arbres greffés ; il y a même une légère différence dans le diamètre de la tige, plus grand au-dessus qu'au-dessous du point de soudure; cependant on ne voit aucune excroissance sur la tige, qui est très unie, même au point où la greffe a été opérée.

Voilà donc, dans chaque cas, des exemples remarquables de succès, aussi complets que possible, dans le greffage entre espèces appartenant à des Genres différents, mais de la même Famille. Il serait facile de multiplier le nombre de ces exemples, qui constituent toujours de curieuses exceptions aux règles générales régissant tout ce qui se rapporte au greffage.

L'expérience nous démontre encore la possibilité de réussir parfois l'opération du greffage entre espèces appartenant non seulement à des Genres différents, mais encore à des Familles naturelles

distioctes. Ici la parenté est inâniment plus éloignée. On avait même toujours pensé qu'en dehors des espèces appartenant à une môme Famille, Topération de la greffe était impossible. Il existe pourtant quelques cas où le greffage a pu être effectué entre plantes appartenant à des Familles différentes, et que la classification scientifique a tenues par conséquent très éloignées les unes des autres, parles caractères essentiels qui ont servi de base à cette classification.

M. E.-A. Carrière a essayé avec succès, vers 1858, de greffer le Garrya elliptica Dougl., classé, ilyapeude temps encore, dans la Famille des Garryacées Endl., sur VAucuba Japonica Thunb., qui appartient à la Famille des Cornées DC. Entrée ensuite dans la pratique, cette greffe est maintenant usitée dans beaucoup d'établissements d'horticulture, en France et en Belgique. On a aussi employé avec non moins de succès le greffage sur les Opuntia (Famille des Cactées) de plusieurs espèces délicates de Crassula ( Famille des C/amlacées) et de Stapella (Famille des Asclépiadées). Dans chacun de ces cas, le sujet et le greffon appartiennent à des Genres classés dans des Familles différentes.

Il est probable que si l'on poursuivait les expériences de cette nature, on trouverait d'autres exemples d'affinité pour le greffage entre espèces fort éloignées les unes des autres par certains ca-

ractères botaniques qui les out fait placer dans des Familles distinctes. Peut-être aussi reconnaitrait-on alors, comme c'est le cas, par exemple, pour le Garrya et VAucuba, que ces espèces sont moins éloignées scientifiquement qu'on ne l'avait pensé tout d'abord.

En résumant tout ce qui vient d'être expliqué, avec quelques exemples à l'appui, on peut en déduire les règles suivantes :

1® La possibilité absolue du greffage n existe réellement qu'entre variétés d'une même espèce ;

2® Cette possibilité s étend souvent entre espèces appartenant au même Genre ;

y Elle peut même exister quelquefois entre espèces appartenant à des Genres distincts compris néanmoins dans une même Famille naturelle ;

4® Enfin j mais par exception seulement^ elle peut franchir encore les limites de la Famille en permettant de greffer entre elles des espèces classées dans des Familles différentes.

On voit aussi que les exceptions assez nombreuses à la règle générale, qui constituent souvent, comme on vient de le voir, des bizarreries aussi étranges que curieuses, nous montrent justement qu'il est parfois difficile de fixer la limite exacte où s'arrête la possibilité du grefiFage. Tandis que l'opération ne réussit guère et paraît même impossible entre espèces appartenant au même Genre, il se présente des cas dans lesquels le greffage de

vient possible, non seulement entre espèces de Genre différent, mais encore entre espèces appartenant à deux Familles distinctes.

Si donc on considère maintenant les nombreuses exœptions à la règle générale d'affinité dans le greffage, dont je n'ai cité que les principales, on doit être plus rassuré relativement à la possibilité de greffer avec succès nos excellents cépages européens sur les vignes du Nouveau-Monde.

Il résulte en effet, da tout ce qui précède, que dans le greffage des variétés européennes sur les vignes américaines on pourra réussir avec certains porte greffes, quoique cependant ils n'appartiennent pas à la même espèce; mais il en résulte aussi qu'on pourra néanmoins éprouver des échecs en opérant avec d'autres espèces chez lesquelles l'affinité spéciale pour le greffage ne concordera pas suffisamment avec l'affinité spécifique, telle qu'elle résulte des dâssificationsbotaniques. L'expérience a déjà montré quelques exemples venant à l'appui de chacun de ces deux cas, et il sera intéressant d'observer ceux qui se produiront encore par la suite.

On désigne généralement, tantôt sous le nom de greffes disgénères, tantôt sous celui de greffes hétérogènes, les greffages opérés entre espèces suffisammentdifférentes entre elles, pour qu au premierabord on ait pu émettre des doutes sur leur réussite, et souvent même supposer à priori leur impossibilité absolue.

La plupart se présentent en effet dans des conditions physiologiques qui constituent une difficulté pour le greffage ; chez les autres, Taffinité qui devrait exister entre les espèces auxquelles appartiennent le sujet et le greffon ne paraît pas suffisante. Il est facile de concevoir que dans chacun de ces cas on ne peut guère espérer réussir Topéralion du greffage, précisément parce qu'on s'écarte beaucoup trop des règles qui la régissent. C'est pour cette raison que j'ai cru devoir réunir les expressions usitées en pareil cas : greffes disgénère, hétérogène^ etc., etc., sous le nom plus général de greffes hétéroclites^ qui me paraît mieux convenir pour cet objet.

Je n'énumérerai pas ici toutes les bizarreries dans le greffage citées par les nombreux auteurs qui ont

écrit sur cette question. Je me rappelle que dans mfô premiers essais botaniques et horticoles j'avais été fort intrigué par tout ce qu'avaient rapporté les auteurs anciens, et particulièrement Théophraste, Plioe et Golumelle, sur la possibilité d'un grand nombre de greffages qui au premier abord ne paraissaient présenter aucune chance de réussite. Je voulus néanmoins m'en rendre compte par moi-même et savoir à quoi m'en tenir ; j'essayai donc avec persévérance toutes les greffes indiquées, mais je n'obtins presque partout qu'un succès à peu près négatif. Peut-être n'avais-je pas opéré avec tous les soins voulus, et ma maladresse ou mon inexpérience pouvaient à la rigueur expliquer mes insuccès. Je ne sache pas toutefois que ces expériences aient été f^tes ailleurs par d'autres expérimentateurs plus persévérants, quoiqu'il eût été très utile de les poursuivre avec intelligence,en les multipliant de diverses manières.

11 est intéressant de faire remarquer que la plupart de ces greffes disgénères ou hétérogènes citées par les auteurs anciens se pratiquaient entre espèces de Genres différents, mais appartenant souvent à la même Famille naturelle, comme par exemple le Rosier sur l'Amandier, l'Olivier sur le Troëne, le Châtaignier sur le Chêne, le Lilas sur le Frêne, le Sorbier sur l'Aubépine, le Chêne sur le Hêtre, le Fraisier sur le Rosier, etc., etc. Théoriquement, la plupart de ces greffes n'étaient donc pas absolument

Sahut, 3* édit. 15

impossibles^^, et, quoiqu'on ne les ait guère réussies de nos jours, il se pourrait bien qu'accidentellement quelques-unes d'entre elles aient pu être obtenues à répoque où Théophraste d'abord, Pline et Columelle ensuite, écrivaient leurs ouvrages. Il se peut aussi, et c'est même l'opinion généralement admise de nos jours, que ces auteurs anciens, qui étaient surtout des compilateurs, aient accepté de bonne foi, sans les avoir contrôlés, des faits qui leur avaient été rapportés et qui de cette manière nous ont été transmis sans que rien soit venu confirmer, depuis cette époque, leur authenticité.

Dans son grand ouvrage sur Tagriculture des Miures d'Espagne, traduit de l'arabe en castillan au commencement de ce siècle, Ebn-el-Awan, docteur arabe-espagnol, citait ce fait, que de son temps les Rosiers des jardins de Séville étaient communément greffés sur Amandier. J'ai pourtant essayé de pratiquer ce greffage à différentes époques, mais toujours sans aucun succès.

Il y a ensuite une foule de greffages indiqués un peu partout, qui son! trop du domaine de la fantaisie pour qu'ils puissent être pris au sérieux. Tels sont, par exemple, la greffe de la Vigne sur le Noyer et sur l'Olivier, du Poirier sur le Frêne, du Cerisier sur le Platane ou sur le Peuplier, du Chêne sur l'Orme, de l'Olivier sur le Figuier, du Poirier sur l'Amandier, du Citronnier sur le Mûrier, du Noyer sur l'Arbousier, etc., etc., et bien d'autres encore

qu'il serait trop long d'énumérer : tout cela dans le butd'obtenir de nouvelles espèces ou variétés produisant des fruits merveilleux, ou qui profiteraient des avantages du sujet porte-greffe.

On peut encore indiquer ici, mais pour mémoire seulement, les exemples, cités depuis l'apparition du Phylloxéra, de la greffe de la Vigne, d'abord sur le Mûrier, et ensuite sur la Ronce de nos haies. Après vérification, il a été facilement reconnu que dans l'un comme dans l'autre cas on avait affaire, soit à des supercheries condamnables, soit à des méprises résultant de faits acceptés trop légèrement et qu'un examen plus attentif aurait pu éviter.

Enfin, un botaniste distingué, M. Eugène Fournier, enlevé récemment à la science, publiait, il y a peu de temps encore, dans la lievue des Deux^ Mondes et sous ce titre : La Botanique des Chinois, un article plein d'intérêt, dans lequel on remarque le passage suivant :

« La greffe est effectuée par les Chinois entre espèces fort différentes. Ils insèrent avec succès le Chrysanthème sur l'Armoise, le Chêne sur le Châtaignier, la Vigne sur le Jujubier, le Pêcher sur le Plaqueminier. Ces faits, qui changent les habitudes de nos horticulteurs et même les convictions de nos botanistes, rappellent ceux que racontait le bon Pline, souvent taxé d'ignorance ou d'hyperbole. Ici, ce ne seraient pas seulement les Romains qu'il faudrait appeler en témoignage ; d'après un

passage de Tagriculture nabatbéenne qui nous a été conservé, les jardiniers de Tancienne Babyloae avaient observé déjà le penchant de la Vigne à s'unir au Jujubier. D'ailleurs, les succès des Chinois dans ces accouplements étranges ont été constatés par des observateurs européens.]» ce Ils entent le Cognassier sur TOranger», dit le P. Cibot, a et obtiennent ainsi un fruit d^une forme oblongue, de la grosseur d'un petit melon, dont la couleur, la chair, les pépins, le goût et l'odeur tiennent à la fois de Torange et du coing. »

Le P. du Halde, qui a séjourné longtemps en Chine, signale le même fait, et ajoute que le greffage de rOranger sur le Cognassier et celui du Cognassier sur r Oranger s'y pratiquaient couramment et avec succès. Nous serons bientôt fixés à cet égard, car j'ai vu en Provence des expériences de ce genre en commencement d'exécution.

De même que j'ai cru devoir le faire pour les faits signalés par Théophraste, Pline, Columelle et tous les autres auteurs anciens qui ont traité cette question, je pense aussi qu'il est bon de faire des réserves quant aux modes de greffage mis en pratique parles jardiniers chinois. Ces derniers ont la réputation d'être très observateurs, excessivement patients et surtout pleins de persévérance. Ils nous ont montré, de même que leurs voisins les Japonais, combien ils étaient habiles dans l'art de nanifier les végétaux, et de les torturer au point de leur

faire prendre les formes les plus insolites. J'ai pu admirer de leur part des bizarreries dans ce genre qui ont vivement excité mon élonnement, parce que je les considérais comme de véritables tours de force. Je ne serais donc pas surpris outre mesure s'ils avaient réussi à obtenir dans le grefifage certains résultats que nous sommes disposés à considérer en Europe comme absolument impossibles. Cela tient sans doute aux dififérences de caractère entre les Chinois et les Européens, mais peut-être aussi aux différences de climat.

Comme il n'est guère possible, ainsi que j'ai essayé de le faire ressortir, de fixer une limite exacte à la possibilité du greffage ; comme, d'un autre côté, le Cognassier commun a montré une complaisance excessive pour recevoir la greffe, il pourrait bien se faire que les jardiniers chinois aient pu réussir parfois ces accouplements en apparence fort disparates. Il se pourrait aussi que les observateurs européens qui ont remarqué les faits mentionnés ci-dessus aient été trompés par quelqu'un de ces stratagèmes de culture dans lesquels excellent les jardiniers du Céleste-Empire.

Il y aurait à faire des réserves encore plus grandes relativement au greffage du Cognassier sur rOranger. Les fruits trop merveilleux résultant de celte association invraisemblable me font supposer que T observateur de ce fait, peu au courant sans doute des formes très curieuses qu'affectent

certaines variétés d'Orangers, aura été surpris par la vue de l'une d'elles, dont l'aspect fort étrange du fruit, qu'il voyait pour la première fois, l'aura vivenaent frappé. Justenient, M. Meyen, dans la relation de son voyage autour du Monde, parle souvent do V Oranger à fruits monstrueux^ que les Chinois multiplient beaucoup par la greflFe,. non seulement pour orner leurs jardins, mais aussi pour en récoller les fruits, dont ils font des conserves que le commerce apporte quelquefois jusqu'en Europe. Il s'agit là probablement d'une variété très anciennement connue et décrite par Risso, qui est conservée comme une curiosité dans les collections d'Orangers, et qu'on désigne communément sous le nom A' Oranger hermaphrodite, parce qu'en effet son fruit tient à la fois de l'Orange et du Citron. Il se peut aussi que ce soit une autre variété non moins curieuse et décrite par le même auteur, chez laquelle les fruits ouverts laissent sortir les carpelles comme autant de digitations rayonnantes.

Le fait, cité par M. Fournier, du greffage de la Vigne sur le Jujubier intéressera plus particulièrement nos viticulteurs. Ces deux plantes appartiennent à des Familles différentes et sont assez éloignées entre elles quant aux affinités botaniques résultant des caractères ayant servi de base à leur classification. On peut ajouter même que, dans leur nature et leur mode de végétation, ces deux

plaQles sont essentiellement dissemblables ; elles ne paraissent avoir entre elles rien qui fasse espérer à priori que T opération du greffage de la Vigne sar le Jujubier puisse présenter quelques chances de succès.

Cependant, en examinant de près celte question, on peut remarquer que le Jujubier fait partie de la famille des Rhamnées, et que celle-ci est justement la plus voisine de celle des Ampélidées, à laquelle appartient notre Vigne cultivée. Or nous avons vu déjà quelques exemples de greffages obtenus entre espèces pour le moins aussi éloignées que celles-là dans la classification botanique ; de sorte que sous ce rapport on ne peut pas déclarer à priori que Topération soit absolument impossible. C'est une eipërïence à faire, car la pratique du greffage nous a montré déjà tant de faits surprenants qu'on no peut jamais, dans ces circonstances et d'une manière générale, nier absolument la possibilité de l'opération avant de l'avoir expérimentée de toutes les manières. Toutefois, dans plusieurs essais successifs, je n'ai jamais pu réussir cette sorte de greffage.

Oa voit par ces citations, développées peut-être trop longuement, combien est complexe l'étude du greffage; elle se présente sous des aspects divers, offrant des difficultés de plusieurs natures qui auraient eu besoin, pour être résolues, d'expériences poursuivies scientifiquement pendant un

assez grand nombre d'années. En Tétat actuel delà question, on peut constater néanmoins un grand nombre de faits intéressants d'où se dégage un enseignement précieux qui permet déjà de nous frayer un cbemin au milieu des obscurités sans nombre qu'on rencontre à chaque pas dans l'étude de cette même question.

La question du greffage considérée dans son ensemble est beaucoup plus complexe qu'on ne saurait le croire généralement. C'est certainement la plus difiScile à résoudre de toutes celles qui intéressent la reconstitution de nos vignobles. Aussi ai-je pensé, au risque de paraître trop long, devoir entrer dans quelques détails pour expliquer les conditions dans lesquelles on se trouve quand il y a lieu de transformer par le greffage les vignes américaines en cépages européens.

Il convient de tenir compte des conditions particulières au milieu dans lequel s'effectue l'opération, de l'influence réciproque qu'exercent l'un sur l'autre le sujet et le greffon, de l'afiBnité plus ou moins grande qui peut exister entre eux, de l'action que peut exercer celte affinité sur la réussite de

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TopéralioD du greffage et surtout sur sa durée ultérieurs, comme aussi sur ses effets, quant à la végétation et à la fructification du greffon développé.

Cette question fort compliquée exigerait, pour être traitée convenablement, l'observation très attentive des nombreux faits signalés un peu par* tout, et surtout une expérimentation continuée pendant un grand nombre d'années. Ce serait donc un travail de longue haleine, qui nécessiterait une persévérance peu commune ; aussi cette étude n'at-ellepas encore été poursuivie d'une manière aussi complète qu'il eût été nécessaire de le faire.

L'étude scientifique des nombreuses expériences observées jusqu'ici, quoiqu'elles l'aient été seulement dans la pratique, permettrait cependant d'élucider beaucoup de points intéressants.

Ainsi, pour ne citer qu'un des exemples les plus connus : On sait combien le Cognassier, à l'état sauvage, se développe avec vigueur et prospère dans les terrains les plus ingrats, même sans aucune culture, comme par exemple sur les talus et dans les haies, au bord des chemins. Si on le greffe en Cognassier de Portugal, il conservera presque toutes ses qualités et résistera très bien, en permettant au greffon de former des arbres vigoureux et d'une durée très grande. Dans ce cas, en effet, le sujet et le greffon appartenant à la même espèce, il y a entre eux, comme on l'a vu, une afBnité aussi grande que possible, et dès lors l'opération du

greffage se produit dans les meilleures conditions.

Au contraire, par le greffage du Cognassier en Poirier, on diminue beaucoup, tout le monde a pu l'observer, la vigueur et même, ce qui est plus grave, la longévité du sujet porte-grefife. En d'autres termes, le Cognassier greffé en Poirier se conserve beaucoup moins longtemps que s'il n'était pas greffé ou s'il était greffé en Cognassier de Portugal.

On dirait que la sève puisée dans le sol par les racines du Cognassier porte-greffe semble avoir de la peine à circuler dans le greffon du Poirier, la soudure formant un obstacle à sa circulation. Aussi les Poiriers greffés sur Cognassier ne durent-ils généralement pas longtemps, à moins que le greffon ne s'affranchisse, en développant des racines audessus du point de soudure, ce qui arrive fort souvent quand les arbres sont plantés très profondément.

Par le greffage en effet, la soudure, pour si bien opérée qu'elle soit, n'en constitue pas moins une entrave plus ou moins grande à la circulation de la sève. Or, comme on le sait en arboriculture, toutes les opérations qui produisent ce résultat ont pour conséquence de faciliter la fructification et, généralement même, d'accroître le volume des fruits, ainsi que d'en améliorer la qualité. Telles sont, par exemple, les diverses opérations bien connues de la torsion et du demi-cassement des rameaux fructifères, de r incision annulaire, de Tarcure et de l'in-

dinaison des branches, etc., etc., qui sont mises en pratique pour produire justement les effets qui viennent d'être indiqués. Il en est de même des coudes anguleux auxquels on soumet les branches charpentières dans la formation des cordons et des palmettes de la Vigne ou des arbres fruitiers. Par chacune de ces opérations diverses, de même que par le greffage, on gêne la circulation de la sève et on affaiblit ainsi d'autant la végétation du sujet ou de la partie du sujet soumise à cette opération.

Les excroissances formant bourrelet au point de soudure de la greffe, qui se montrent souvent sur les Poiriers greffés sur Cognassier, se manifestent également sur les greffes faites sur Riparia. On s'en est préoccupé avec beaucoup de raison, car leur présence faisait éprouver des craintes pour la durée des greffes ; mais ces excroissances contribuent aussi pour leur part à favoriser une bonne et abondante fructiflcalion.

Les mêmes faits ou des faits correspondants se reproduisent dans la plupart des cas, et il serait facile de citer une foule d'exemples analogues à ceux qui viennent d'être indiqués. On pourra donc en tirer la règle générale suivante, qui trouvera son application dans la plupart des circonstances :

L'opération du greffage est une cause d'affaiblissesèment relatif pour le sujet et naturellement aussi fowr le greffon.

Mais cette cause d'affaiblissement, quand elle se

produit dans des limites déterminées, qui ne compromettent pas trop la durée de la greffe, a justement pour conséquence heureuse d'avancer, de faciliter et môme d'augmenter la fructification. I^a végétation ligneuse étant moins active, l'élaboration des bourgeons fructifères s'opère dans des conditions plus favorables, et, comme conséquence, la fructification arrive plus tôt et devient plus abondante. Il est en effet reconnu que le Poirier greffé sur Cognassier se met plus promptement en fructification que lorsqu'il est greffé sur sujet franc, c'est* à-dire sur les jeunes Poiriers sauvageons obtenus par le semis des pépins de poire. La fertilité est beaucoup plus grande, mais par contre, comme on Ta vu, la longévité de l'arbre se trouve de beaucoup diminuée. Il convient d'ajouter, ce qui est d'ailleurs très important, que les fruits produits par le Poirier greffé sur Cognassier acquièrent un volume plus considérable ; ils sont aussi plus sucrés, plus parfumés et, partant, beaucoup plus parfaits que ceux des sujets de la môme variété greffés sur Poirier de semis.

Il y a là un cas bien déterminé de l'influence marquée qu'exerce le sujet porte-greffe sur le greffon de Poirier, en modifiant à ce point sa nature, quant à sa végétation, à sa durée, à sa fructification et à la qualité de ses fruits, selon qu'il est greffé sur Cognassier ou sur franc.

Des faits analogues se produisent dans le greffage de presque tous les arbres fruitiers ; de sorte

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que, pour la plupart des espèces, cette cause d'affaiblissemeut noo seulemeat n'a pas de conséquences fâcheuses, mais constitue encore un véritable bienfait.

On peut donc poser la règle générale suivante :

Généralement le greffage a pour effet cPaccroîire laferlililé et de développer^ en V améliorant ^ la qiuX' lité du fruit.

Si Ton prend le Cognassier commun pour sujet porte-greffe, il est facile de remarquer, non sans surprise, que Topéralion du greffage par elle-même s'exécute plus facilement et réussit d'une manière plus complète quand on prend pour greffon le Poirier plutôt que le Cognassier de Portugal. Ensuite, ce qui est plus surprenant encore, le greffage du Poirier s'opère également avec plus de facilité quand on choisit pour sujet porte-greffe le Cognassier commun plutôt que le Poirier de semis. On voit par conséquent, et ce fait se reproduit souvent, que Topération du greffage peut dans bien des cas réussir très facilement, sans que cette facilité dans la réussite nïmplique en rien la durée, c'està-dire la conservation de la greffe en bon état pendant longtemps. En d'autres termes:

n n'y a dans le greffage aucun rapport entre le «uccès de Vopéi^ation elle-même et la conservation du greffon pendant longtemps en bon état de végétation ^< de fructification.

Si Ton prend le Cognassier commun comme

sujet porte-greflfe, ses racioes se comportent d'une manière diÉférente, comme on Ta vu, selon que ce sujet porte-grefiFe est transformé par le greffage en Cognassier de Portugal ou en Poirier. Dans le premier cas, Tarbre résiste très bien dans les terrains secs, et il offre les meilleures conditions de durée. Dans le second cas, au contraire, c'est-à-dire quand le Cognassier commun est greffé en Poirier, ses racines se montrent plus difiBciles sur la nature du sol, exigeant un terrain plus fertile et plus frais. Les racines du sujet ne semblent pas pouvoir fournir alors au greffon de Poirier la force de végétation qu'elles donnent quand on greffe le Cognassier commun en Cognassier de Portugal. Il semblerait que, dans cette circonstance et par l'effet du greffage, les conditions de nutrition soient absolument changées. Car, sans cela, comment expliquer cette différence, parfaitement caractérisée, dans la manière de se comporter, selon que les racines du Cognassier commun ont reçu l'une ou l'autre des deux espèces de greffons ? Il y a évidemment là un cas bien déterminé, et des plus remarquables, de l'iufluence indirecte, et que j'appellerai r^/îcj^c, qu'exerce le greffon sur le sujet porte-greffe, en modifiant sa nature au point de le rendre aussi dissemblable à lui-même, pour ce qui concerne ses caractères essentiels de végétation.

Il serait facile de citer une foule d'autres exemples, également bien observés, dans lesquels se

produisent des faits analogues ou correspondants à ceux qui viennent d'être décrits. On peut en déduire la règle générale suivante :

Les effets du greffage sont soumis à Vinfluence directe du sujet sur le greffon et à Vinfluence réflexe h greffon sur le sujet.

Ces deux influences se produisent toujours dans toutes les opérations de greffage ; seulement elles ne s'exercent pas chaque fois de la même manière et varient d'intensité selon les conditions dans lesquelles se trouvent placés le sujet et le greffon. C'est ainsi que cette double influence du sujet sur le greffon et du greffon sur le sujet ne se fait parfois presque pas sentir. Quand, par exemple, on greffe nos variétés de Poiriers sur franc, c'est-à-dire sur des sujets de Poiriers obtenus par le semis des pépins de poire, l'opération du greffage réussit moins bien que sur Cognassier ; les greffons se développent néanmoins avec une vigueur très grande el forment par la suite des arbres susceptibles d'acquérir des proportions considérables d'une durée presque égale, sinon équivalente, à celle des Poiriers non greffés.

Nous voyons donc que, dans le greffage du Poirier, selon qu'on adopte pour sujet le Cognassier

commun ou bien le Poirier obtenu par le semis de

pépins, on obtient des résultats tout à fait différents. J'ai choisi à dessein cet exemple entre tous,

d'abord parce que c'est un des mieux connus,

attODâu quMl est à la portée de tout le inonde; ensuite parce qu'il montre très clairement les avantages et les inconvénients du greffage, selon qu'on adopte pour sujet tel ou tel porte-greffe. J'ai pensé enfin que je ne pouvais faire choix d'un meilleur exemple, permettant d'établir une comparaison avec le greffage de la Vigne.

Les diverses variétés de Poirier, en effet, selon qu'on les greffe sur franc, c'est-à-dire sur Poirier de semis, ou bien sur Cognassier sauvage ou commun, se trouvent dans une situation analogue, sous beaucoup de rapports, avec celle de nos variétés de cépages européens, selon qu'on les greffe sur d'autres de ces variétés ou selon qu'on choisit pour portegreffe les vignes américaines.

Il était donc intéressant de connaître avec exactitude ce qui se passe, dans le greffage du Poirier, sur les deux sujets porte-greffes qui viennent d'être indiqués, pour juger à priori de ce qui se passera dans celui des variétés de notre Vitis vinifei^a sur les diverses espèces américaines. Aussi aî-je pensé devoir résumer les effets bien constatés dans le greffage du Poirier, en les mettant en regard dans le tableau suivant, afin qu'on puisse en faire plus facilement la comparaison.

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