‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 56 sur 132 · Le bois est moins · texte numérisé non relu

Le bois est moins

16. Le bois, tendre, cas- w. Lie Dois est moins santet spongieux, pèse moins spongieux et d'une densité lue celui du dIus grande aue celui des su-

^-.-„ ,^esemoms spongieux ei aune aensiie

à Tolome égal que celui du plus grande que celui des su- Poirier greffé sur franc. jets greffés sur Cognassier.

On voit, par le tableau qui précède, quelles sont les principales conséquences produites par le greffage du Poirier, selon qu*il est opéré sur Poirier de semis ou bien sur Cognassier conamun. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire ressortir, au moins pour la plupart de ces exenaples, l'analogie, qu'il est facile de saisir, entre ces effets et ceux qui se produisent ou peuvent se produire, à conditions égales, dans le greffage de nos vignes européennes sur espèces américaines.

Les circonstances dans lesquelles se manifestent la plupart des effets qui viennent d'être indiqués se retrouvent aussi plus ou moins dans le greffage des vignes. Il n'y aurait donc rien d'impossible que les mêmes causes produisissent, dans des conditions équivalentes, des effets correspondants. On aurait ainsi Texplication de la plupart des phénomènes qui se manifestent dans le greffage, de même que des insuccès qui se produisent souvent à la suite de l'opération, de ceux du moins r ui ne sont pas causés par l'inhabileté de l'opérateur, ni par les circonstances atmosphériques qui peuvent exercer une influence néfaste et compromettre de la sorte le succès qu'on avait espéré. On s'expliquerait aussi les accidents qui ne sont pas inhérents à la nature du sol ou des cépages ; chez ceux-ci, en effet, le greffage est venu aggraver encore une situation déjà compromise, comme c'est souvent le cas pour celui effectué sur des Clinton ou des Ri' paria plantés dans des sols qui leur sont impropres et où, livrés à eux-mêmes, ils n'auraient pu se conserver longtemps en bon état de végétation. On s'expliquera enfin de la même manière les effets produits par le défaut d'affinité spécifique, celle surtout qui est spéciale au greffage, entre les espèces qu'on aura choisies pour sujet et pour greffon. Ainsi que nous Tavons vu déjà, le succès du greffage sera, d'une manière générale, d'autant plus assuré que cette affinité sera plus grande, et nous

verrons parla suite qu'il faudra aussi lenir compte delà double influence qu'exercent de diverses manières, d'abord le sujet sur le greffon, et ensuite le greffon sur le sujet porte-greffe.

DE l'influence DIRECTE DU SUJET SUR LE GREFFON.

Dans les Chapitres précédents, en étudiant les conditions dans lesquelles le greffage est possible, nous avons déjà eu l'occasion de citer quelques exemples de l'influence qu'exercent l'un sur Tau- Ire le greffon et le sujet porte-greffe. Nous avons vu que le plus souvent c'est l'influence directe du sujet sur le greffon qui se manifeste extérieurement, mais que quelquefois aussi on reconnaî'; les effets d'une autre influence que j'ai appelle ré^exe, parce qu'elle est exercée en sens inverse par le greffon sur le sujet porte-greffe. Nous avons vu également que ces deux influences se produisent chaque fois d'une manière plus ou moins apparente, mais pas toujours dans des conditions qui les rendent tangibles pour la plupart des observateurs.

Les viticulteurs se sont préoccupés d'une manière toute particulière de l'influence que pourrait exercer le sujet de Vigne américaine sur la fructifi-

cation du greffon. Us craignaient quen transmettant sa sève pour nourrir le greffon de Vigne européenne, le sujet américain, qui, livré à lui-môme, donne un fruit d'une saveur le plus souvent désagréable, ne dénaturât le goût du vin que produiraient les raisins. En d'autres termes, on était à se demander si la sève du sujet américain, en pénétrant à travers la greffe dans les tissus de nos cépages européens, et devant par conséquent nourrir les raisins produits par le greffon, ne communiquerait pas à ceux-ci le goût foxé des fruits produits par la plupart des vignes américaines. A Bordeaux surtout, on se disait : « La Vigne américaine livrée à elle-même produit un vin de qualité fort médiocre et souvent détestable ; il est à craindre qu'en greffant sur elle nos excellents cépages du Médoc, les vins que nous obtiendrons ne changent de nature et que, privés du bouquet merveilleux qui en fait le principal mérite, ils ne deviennent tout au plus des vins très ordinaires et peut-être même mauvais. D

De même, lorsqu'on a essayé pour la première fois de greffer nos excellentes variétés de Poirier sur le Cognassier, d'Abricotier sur le Prunier commun, de Pêcher sur T Amandier, de Cerisier sur Mahaleb ou Sainte Lucie, de Pommier sur le Doucin ou le Paradis, d'Amandier à fruit doux sur l'Amandier à fruit amer, etc., etc., on a dû certainement se demander si Tinfluence spéciale du sujet

porte greffe ne s'exercerait pas en modifiant la qualité des fruits produits par le greffon. On devait craindre nécessairement que Tàpreté sèche du coing • ne rendît les Poires moins douces et moins juteuses ; que Tacidilé de la Prune sauvage ne nuisît à nos Abricots,si sucrés et si agréablement parfumés ; que TAmande, dont le mésocarpe est charnu et qu'on n'utilise guère parce qu'il est peu juteux et d'un goût peu agréable, n'enlevât à la Pêche ses plus précieuses qualités ; que le goût amer des fruits du Cerastbs Mahaleb ou Cerisier de Sainte Lucie ne se communiquât à nos excellentes cerises ; que la nature acerbe du Pommier-Paradis n'enlevât tout leur mérite à nos belles et bonnes Pommes ; que TAmande amère ne transmit une partie de son amertume aux diverses variétés de l'Amandier à fruit doux, etc. Il était très naturel que ces craintes fussent formulées aux époques, maintenant fort éloignées de nous, où ces diverses expériences ont été faites pour la première fois. On comprend donc facilement que nos viticulteurs s'en soient préoccupés encore tout récemment, quand il s'agissait pour eux de faire produire par le greffage aux Vignes américaines, dont la plupart ne donnent que des fruits détestables, les excellents raisins qui alimentent nos tables ou qui produisent nos meilleurs vins.

Aujourd hui, l'expérience est presque complètement faite dans la pratique, et les viticulteurs de

nos contrées qui ont observé les résultats produits pa^le greffage depuis déjà quelques années sont à peu près tranquillisés à ce sujet. Nous avons vu, en effet^ que généralement le greffage est une cause d'amélioration pour la qualité du fruit. Il serait facile de démontrer aussi que Tinfluencedu sujet sur le grefiFon, quoiqu'elle s'exerce de diverses manières, n'agit presque jamais sur celui-ci en dénaturant ses produits dans un sens favorable. Nous avons déjà cité quelques exemples qui en fournissent la preuve, mais il est bon cependant d'approfondir cette question pour examiner si réellement il n'y a rien à craindre à cet égard.

L'influence direc^,e du sujet sur le greffon, et surtout l'influence réflexe du greffon sur le sujel, ontétô trop souvent niées pour qu'il ne soit pas nécessaire d'ajouter quelques autres exemples à ceux qui ont été cités précédemment. Leur étude attentive nous démontre que cette question, beaucoup trop négligée, est plus importante qu'on ne le croit généralement. Il conviendrait donc de s'en préoccuper d'une manière toute spéciale, maintenant qu il s'agit de reconstituer nos vignobles, et d'étudier la question du greffage sous les divers aspects qu'elle peut présenter.

Le sujet porte-greffe exerce son influence sur le greffon de diverses manières, en produisant des efi'ets qui diffèrent beaucoup selon l'espèce à laquelle il appartient.

INFLUBNCE DU SUJET. 241

Nous nous bornerons à énuraérer les principaux cas dans lesquels s'exerce cette influence, nous limitant à ceux qui sont les mieux connus de la plupart des arboriculteurs ainsi que des amateurs d'horticulture et des viticulteurs, qui ont pu les observer, soit dans les pépinières, soit dans les jardins ou dans les vignobles de tous les pays. .

1* Souvent le sujet moins vigoureux affaiblit la végétatian de l'espèce ou variété servant de greffon.

Exemples. — Le Poirier et le Pommier greffes sur Aubépine ; le Poirier greffé sur Cognassier ; les variétés du Cerisier cultivé greffées sur Cerisier de Sainte-Lucie ; les variétés de Pommier greffées sur Pommier-Paradis ; les variétés de Prunier greffées sur Prunellier épineux, etc., etc.

Dans chacun de ces cas, les variétés servant de greffons acquièrent de moins grandes proportions que si on les greffe sur franc, c'est-à-dire sur Poirier, Pommier, Cerisier et Prunier de semis.

2® Quelquefois y au contraire^ le sujet plus vigoureux augmente la végétation de Vespèce ou variété servant de greffon.

Exemples. — Le Cratœgus glabra Thunb. de nos jardins ou Photinia serrulata Lindl., et le Buissonardent, quand ils sont greffés sur Cognassier ; VOsmanthus greffé sur Troëne ; le Pavia sur Marronnier ; le Libocedrus sur Thuya ; le Pinus Gerardiana

sur Pin sylvestre ; plusieurs espèces de Genévrier sur Cèdre; le Dammara sur Araucaria] l'Érable de Virginie et l'Érable jaspé sur Sycomore ; le Tilleul argenté sur Tilleul ordinaire, etc., etc., sont plus vigoureux que les sujets de même espèce obtenus par le semis ou le bouturage.

Les variétés délicates de Poirier augmentent de végétation quand elles sont griffées sur des sujets vigoureux de Poirier de semis. Il en est de môme de plusieurs autres cas déjà cités, dans lesquels le sujet donne une vigueur plus grande au greffon, quand celui-ci appartient à une espèce qui, livrée à elle-même, se développe peu vigoureusement.

30 Grâce à V influence du sujet porte-greffe^ heau' coup d'espèces peuvent se développer et même prospérer admirablement dans des natures de sols qui ne sont aucunement à leur convenance et dans lesquels souvent elles ne pourraient vivre sur leurs propres racines.

Exemples. — Plusieurs espèces de Pins qui exigent dos terrains siliceux se contentent de nos terrains calcaires quand on les greffe sur Pin d*Alep, Pin pignon ou Pin noir d'Autriche. Le Liquidambar copal, quand il est greffé sur Liquidambar d'Orient; le Cratœgus glabra sur Cognassier ; le Chionanthe sur Frêne, etc., se développent vigoureusement dans des natures de terrain où ils ne peuvent vivre à l'état de franc de pied.

INFLUENCR DU SUJET. 243

Le Pécher et l'Abricotier, greffés sur Prunier, résistent mieux dans les terrains humides que sur franc ou sur Amandier. Le Cerisier cultivé, greffé sur Cerisier de Sainte-Lucie, se contente de mauvais terrains dans lesquels il ne se comporterait pas sH était greffé sur Cerisier de semis, etc., etc.

k^ Dans certains cas, le sujet, porte^greffe exerce son in/ltbence sur In fertilité de Varbre, en la faisant arriver plus promptement.

Exemples — Les sujets venus par semis de Poirier, de Pommier et de Vigne , demeurent fort long temps à se mettre à fruit. En greffant les premiers sur Cognassier, les seconds sur Pommier-Paradis et les vignes de semis sur nos cépages européens, OQ arrive beaucoup plus promptement à les avoir en fructification.

Les variétés de Pommier qui se mettent tardivement à fruit lorsqu'elles sont greffées sur franc, fructifient beaucoup plus tôt si on les greffe spécialement sur les sujets obtenus du semis de Pommier Petit-Api, c'est-à-dire, d'une variété qui fructifie elle-même très promptement, etc., etc.

Les Cameliia greffés fleurissent plus facilement que francs de pied, et il en est de même de beaucoup d'autres plantes que le greffage rend aussi infiniment plus florifères.

5* Dans quelques circonstances , le sujet porte-

244 GRBFFAGE.

greffe agit sur la précocité de la variété employée pour greffon,

Eaemples. — Les variétés de Pêcher greffées sur Prunier Mirobolan mûrissent leurs fruits un peu plus tôt que sur Amandier. La maturité des fruits de nos variétés de Cerisier est un peu plus hâtive chez les arbres greffés sur Laurier-amande (Cerasus lauro^cerasus L.) que sur Cerisier de semis. Le Prunier Reine-Claude greffé sur Prunier Damas devient plus précoce que si on le greffe sur Prunier Saint-Julien, etc., etc.

6® Généralement Vihfluence du sujet a pour heu» reuse conséquence de rendre la fructification plus abondante y d'augmenter le volume des fruits et d'en améliorer la qualité.

Exemples. — Les variétés de Poirier greffées sur Cognassier ; celles de Pommier greffées sur Pommier-Paradis ; celles de Pêcher greffées sur Amandier, etc., etc., donnent, toutes autres conditions restant les mêmes, des fruits plus nombreux, plus volumineux, plus juteux et plus parfumés que les mêmes variétés quand elles sont greffées sur franc.

Le Bibassier ou Néflier du Japon [Eriobotrya japonica Lindl.), greffé sur Aubépine, donne des fruits plus parfumés et moins acides que franc de pied ou greffé sur Cognassier ; le Prunier Rpine-Claude greffé sur Prunier Damas produit des fruits jaunes,

Imdisqu'en greÊFant celle même variélé sur Prunier âiint-JulieD , les fruits conservent leur couleur verte. Plusieurs viticulteurs de la Gironde, entre autres M. Daurel et M. Dezeimeris, ont observé que le (MernetSjuvignon ainsi que quelques autres cépages peu productifs augmentent en fertilité quand ils sont greffés sur vignes américaines.

V Qitelquefois^ au contraire^ V influence du sujet porte-greffe s'exerce dans un sens défavorable, ou modifie considérablement la nature du greffon.

Exemples. — Quand on greffe sur Aubépine nos meilleures variétés de Poirier, les unes conservent toutes leurs qualités, tandis que d'autres ne donnent que des fruits détestables.

Les Tecoma grimpants, quand ils sont greffés sur Catalpaj perdent la faculté de grimper et forment des touffes qui, par compensation, sont beaucoup plus florifères que franches de pied.

Les Passiflora et Bignonia greffés sur d'autres espèces de même genre développent des rameaux qui s'allongent beaucoup moins, mais qui fleurissent davantage.

Le Jasmin commun (Jasminum officinale L.) à

feuilles vertes greffe sur Jasmin panaché change

souvent de couleur et finit môme quelquefois par

devenir lui-même panaché.

Le Chionanthe de Virginie greffé sur Frêne fleu-

rit abondamment, mais ne fructifie jamais, tandis qu'il fructifie à Tétat de franc de pied.

M. Carrière a remarqué que les Garrya elliptica Dougl., lorsqu'ils sont greffés sur Aucuba, modifient d'une manière assez sensible leurs caractères de végétation ; les plantes se ramifient beaucoup moins et leurs feuilles changent de forme et de couleur.

Enfin M. R. Godinot de Vilaire, directeur de rÉcole d'Horticulture et d'Arboriculture de Baslia, rapporte, dans le n© du 7 mars 1886 de la GazeUe des Campagnes^ un exemple assurément fort curieux de Tinfluence du sujet sur le greffon. Des Orangers, Citronniers et Mandariniers greffés sur Cédratier auraient donné des fruits le double plus gros qu'à l'ordinaire ; ensuite leur écorce était grossière et beaucoup plus épaisse. La pulpe aussi était filandreuse, sans jus ni saveur. Ces fruits, en résumé, avaient perdu leurs qualités propres pour prendre celles de l'espèce porte-greffe. C'est assurément fort extraordinaire ; mais, devant l'évidence de faits bien observés, tous les raisonnements doivent s 'inclioer.

J'ai pensé qu'il était possible de grouper les nombreux exemples observés et dont je n'ai cité que les principaux, en les ramenant tous aux sept cas que je viens d'énumérer, dans lesquels se montre surtout l'influence du sujet sur le greffon. H est bon de remarquer à ce sujet que cette influence

s'exerce indépendamment des effets spéciaux pro* duits directement par Topération du greffage luimême, c'est-à-dire des lois particulières que régit cette opération et dont j'ai essayé d'indiquer les principales dans les chapitres précédents.

Il est facile de voir, par tout ce qui vient d'être dit, que l'espèce ou variété servant de greffon ne conserve pas, comme on aurait pu le croire, son entité absolue, c'est-à-dire la totalité des caractères (pli la distinguent. Ces caractères sont au contraire susceptibles de modifications, parfois fort importantes, comme on a pu le voir, et qui peuvent même les dénaturer, dans de certaines limites, selon les conditions dans lesquelles se trouve Tespèce greffon vis-à-vis de l'espèce à laquelle appartient le sujet porte-greffe.

Si maintenant nous nous préoccupons du greffage de nos excellentes variétés de vignes européennes sur vignes américaines, il est facile de saisir les avantages et les inconvénients de l'influence que le sujet exerce sur le greffon. Il convient de rechercher dans quelles conditions peut s'exercer cette influence, quels sont les effets qu'elle est susceptible de produire et quelles conséquences les viticulteurs doivent en tirer^ dans la question très importante de la reconstitution de nos vignobles. C'est là une étude à faire pour chaque espèce ou variété devant servir de sujet porte -greffe vis-à-vis de celle qui doit lui servir de greffon. L'expérience nous in-

cliquera par la suite, et d'une manière certaine, ce qu'il pourra en être dans chaque cas particulier.

Toutefois, Tétude de tout ce qui précède est bien de nature à nous rassurer, sinon complètement, à nous inspirer tout au moins une certaine confiance vis-à-vis du danger qui peut exister à ce sujet. Dans presque tous les cas, en effet, par suite du greffage, Tinfluence du sujet sur le greffon nonseulement n'est pas défavorable, mais s'exerce généralement, au contraire, dans des conditions qui la rendent avantageuse.

Le septième cas serait seul de nature à nous préoccuper sérieusement. Mais si, au point de vue théorique, il peut se faire que dans certaines conditions il y ait là quelque danger, l'expérience pratique a démontré, au moins jusqu'à présent, que pour la Vigne ce danger n'existait guère. 11 n'a pas encore été cité en effet, au moins à ma connaissance, d'exemple dans lequel l'influence du sujet de Vigne américaine se soit exercée au préjudice de la variété européenne à laquelle a été emprunté le greffon. La grandeur des grappes, la grosseur et la couleur des baies, la saveur de la pulpe et la coloration du jus n'ont jamais, que je sache, été modifiées par le greffage dans un sens défavorable. Les vins obtenus n'ont participé en rien au goût foxé, considéré comme un grave défaut, que présentent les vins produits par plusieurs espèces ou

variétés de Vignes américaines prises pour sujets porle-grefifes, quand elles sont cultivées comme producteurs directs.

Ainsi, comme on le voit et comme d'ailleurs l'expérience l'a déjà démontré, on peut aujourd'hui greffer sans crainte les cépages les plus fins de la Bourgogne ou du Bordelais sans avoir à craindre que rinfluence du sujet porte-grefife se fasse sentir sur la qualité du vin produit par le greffon. Les Pineau continueront à produire les excellents vins de Clos-Vougeot, de Chambertin, de Romanée-Conti et des autres crus si justement renommés de la Bourgogne. De même, les Cabernet et les Malbec, les Sauvignon et les Merlot^ les Mansin et les Semil^ lon^ quoique greffés sur vignes américaines, conserveront la réputation sans égale des excellents vins blancs ou rouges récoltés dans leMédoc, les Graves, le Saint-Émilionais et les autres régions essentiellement viticoles dont les crus fort nombreux sont renommés dans le monde entier.

En examinant les conditions dans lesquelles se produit le greffage, on a souvent considéré le sujet porte-greffe comme remplissant vis-à-vis du greffon le même rôle ou un rôle analogue à celui qu'exerce le sol lui-même.

Il y a là évidemment confusion : le sujet portegreffe transmet bien au greffon les matériaux de nutrition qui lui sont nécessaires, mais il ne les lui fournit pas directement, car c'est au sol qu'il les

Sahut, 3» édit. 17

emprunte lui-même. Il ne leur sert que de véhicule ou plutôt de voie de transport, sans modifier ces matériaux d'une manière sensible, si ce n'est dans des circonstances particulières formant les cas spéciaux déjà cités, et dont il existe d'ailleurs d'assez nombreux exemples. S'il en était autrement, FinQuence du sujet sur le greffon se ferait sentir alors dans des conditions qui pourraient s'exercer ici avec une gravité tout autrement exceptionnelle. On sait en effet que dans la production du vin les éléments constitutifs delà qualité résident su^ tout :

l"* Dans la nature du sol où est placé le vignoble; 2® Dans les qualités du cépage dont le vignoble est composé ;

30 Dans les conditions spéciales de cb'mat et d'exposition où le vignoble est plaîé ;

4"^ Dans les procédés culturaux susceptibles d'augmenter plus ou moins la production;

5** Enfin, dans l'observation des meilleurs principes d 'œnologie, c'est-à-dire dans les soins apportés à la fabrication et à la bonne conservation du vin.

Il me semble en effet que ce sont là les conditions essentielles qui expliquent les différences de qualité, souvent très grandes, existant entre les vins obtenus un peu partout, autant dans les crus les plus renommés que dans les vignobles les plus communs.

La composition chimique du sol paratt, comme importance, devoir entrer à cet égard en première iigoe. Comme justement c^est dans le sol que les racines du porte-greffe américain puisent les élémeots de nutrition qui doivent alimenter le greffon du cépage européen, et nourrir par conséquent les raisins produits par celui-ci, on comprend facilemeot la préoccupation très grande de beaucoup de viticulteurs. Ils redoutaient dès lors que Tinfloence du sujet ne s'exerçât au détriment de la qua- Ulé du vin produit par les raisins du greffon développé.

On ne peut pas dire d'une manière absolue que Ton soit entièrement à Tabri de tout danger, pour ce qui regarde l'influence du sujet sur la qualité du vin; mais Texpérience déjà longue qui en a été faite permet d'avoir à cet égard une confiance relative assez grande, qui doit rassurer suffisamment tous ceux qui effectuent des plantations.

Dans les expériences du greffage des vignes faites pendant ces dernières années, on a remarqué quelquefois que Tinfertilité du sujet porte-greffe se communiquait au greffon. Il a été souvent mentionné, par exemple, des greffes d^Aramon sur Cunnln^ gham dont la fertilité était très variable : abondante chez les uns, elle s'est montrée médiocre et même quelquefois nulle chez les autres. Od s'est demandé avec raison quelle pouvait être l'explication de cette fertilité si capricieuse. Quoiqu'il n'ait

pas été fait à ce sujet d'expérience directe qui permette de s'en rendre compte d'une manière certaine, j'inclinerais à supposer que les greffes sur Cunningham sont fertiles là où ce cépage américain se serait montré fertile lui-même s'il était cultivé comme producteur direct. C'est évidemment une question qui dépend de la nature du sol.

Dans les terrains où le Cunningham prospère bien et fructifie convenablement, il y a tout lieu de supposer que le sujet porte-greffe exercera son influence sur le greffon en lui communiquant sa fertilité. Dans les sols au contraire peu favorables à ce cépage, où par conséquent il ne prospère pas bien et fructifie peu, il est à craindre que le Cunningham ne communique celte infertilité au greffon. Il y a là une question à étudier mûrement par des expériences suivies non seulement sur ce cépage, mais encore sur tous ceux choisis comme portegreffes, car il est facile de saisir toute l'importance qu'elle peut avoir pour l'avenir dans la reconstitution de nos vignobles par le greffage des vignes américaines.

Il n'y aurait rien d'impossible aussi à ce que, au fur et à mesure que l'expérience du greffage se poursuivra, on découvre plusieurs autres cas où l'influence du sujet se fera sentir sur le greffon, dans des conditions qui auront besoin d'être examinées avec soin chaque fois qu'elles se produiront.

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